‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 76 sur 96 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

De la complication du pouls dans les maladies convulsives , ner^ veuses (ou nervales) , ou plus nerveuses (Qu’humorales.

C’est une vérité reconnue en médecine que la plupart des maladies aiguës sont produites par la suspension des excrétions des dif-> férens couloirs, et terminées par des évacuations plus ou moins abondantes : on sait aussi qu’il y a des maladies dans lesquelles il y a tant de sécheresse , tant de spasme , si peu de matière, qu’on ne peut les attribuer qu’à la sensibilité des nerfs.

C’est de cette sensibilité que dépendent ces deux fameux principes de la secte des méthodiques , le strictum, la constriction ou le resseiTernent , et le laxum ou la perte de ressort des parties j

ainsi que tout ce que les modernes ont avancé du mouvement tonique , du spasme , de la mobilité des fibres , des convulsions ^ de r érétisme.

Il ne faut pas s’attendre à trouver dans ces sortes de maladies le progrès , la marche et le développement du pouls , qui ne sont que la suite de la régularité et de la constance des mouvemens naturels y ou , pour mieux dire , il est évident que les coctions , les crises , les excrétions bien conditionnées , ne peuvent ])resque pas avoir lieu dans ces maladies nerveuses.

Il est cependant à présumer quO;, quelque irréguliers que semblent être les symptômes de ces maladies, ils ont leurs causes , leurs effets et leurs phénomènes fixes : ce seroit vraisemblablement au moyen des réflexions proposées dans le chapitre précédent qu’on pourroit suivre , démêler, classer et évaluer tous ces phénomènes , trop regardés comme des symptômes passagers.

Qu’il y ait dans le corps un ou j^lusieurs obstacles dans les différens viscères , ou dans les organes faits pour soutenir et favoriser l’action des nerfs ^ chacun de ces obstacles doit avoir ses phénomènes particuliers, dans les différentes parties, dans les différons côtés, dans les difïérens départemens des organes (i) : cpi’il se ioigne à ces obstacles fixes et habituels un embarras plus considérable qui occasionne , par exemple, la fièvre , cette dernière fièvre aura sa marche , mais elle sera souvent interrompue et changée par les premiers obstacles , qui ne cessent de produire leurs effets propres - on pourroit peut-être décomposer, par ce moyen, les maladies nerveuses les plus compliquées : mais ces sortes d’examens ne regardent pas cet ouvrage.

Une remarque importante à faire , c’est qu’à côté de ces maladies convulsives , nerveuses et sans matière, se trouvent précisément des maladies contraires, dans lesquelles les embarras des canaux excrétoires sont si considérables, et les différentes matières d’excrétion si abondantes , que ce n’est que par de copieuses évacuations qu’on peut attendre du soulagement dans ces maladies (2).

C’est ici un des sujets de division ou de partage dans les opinions des praticiens. Les uns , attachés uniquement à l’existence et aux phénomènes du spasme , ne s’efforcent qu’à le vaincre par des remèdes doux , caïmans et humectans : d’autres, enhardis par le succès des violens remèdes , ne manquent pas de les placer dans ces cas oii les mouvemens critiques de la machine sont si gênés, qu’ils croient devoir recourir aux médicamens les plus actifs , pour remettre Tordre naturel des oscillations.

Tout le genre nerveux est dans un état de roideiir et à' irritation si considérable par la présence de Tengorgement des viscères, par \ érétisme de Testoraac , par les arrêts de la peau et par ceux des autres parties , que ce n’est cju’au mo^ en des secousses promptes , réitérées, et faites avec effort , qu’on parvient à arrêter les effets

(i) Voyez Kectiercîies sur les j^lancles.

{yé) Voyez Irvsiilur médicin. sur le diagn. de ces maladies,

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pfîrnicieuz de ces engorgemens ^ mais c’est à conditiorï qu’ils soient mobiles ou amovibles . « Il y a des maladies qui paroissent sèches ; i) et crues , non point à cause qu’il n’y a pas des matières dont l’ex- ») crétion doit être faite , mais parce que la fièvre rend le corps » aride (i) ».

Voilà le triomphe des émétiques , des purgatifs les plus violens , et des remèdes qu’on nomme les plus chauds : c’est ici qu’il faut dire avec tlippocrate, que les forts médicamens emportent tout (2) • voilà des maladies faites pour déconcerter les opinions des anciens , leur lenteur, leur expectation , leur attachement à la nature. Il faut pourtant leur rendre la justice qui leur est due , ils connoissoient l’usage de ces remèdes forts ; leur attention à suivre la nature lie les empêchoit pas de les mettre en œuvre , surtout dans les maladies dans lesquelles ils avouoient eux-mêmes que la vertu des jours n’avoit point d’influence.

Ils ont parlé de ces combats dans lesquels la nature est vaincue , ou prête à succomber sous les efforts de la maladie , si on la livre à elle-même. Une de leurs saignées en valoit plusieurs de celles qu’on fait aujourd’hui; leurs purgatifs étoient beaucoup plus forts : et il y a des médecins de la secte des modernes , qui , se croyant fort ennemis de V expectation des anciens, se sont pourtant trouvés plus timides qu’eux et plus soumis à la nature , vu l’insuffisance et la légèreté des petites potions purgatives qu’ils employoient (3) .

Mais de quelles lumières n’a pas besoin un médecin, pour éviter les méprises dans les maladies dont il est question ! La théorie et le raisonnement sont ici très-sujets à faire broncher d’un côté ou de l’autre ; l’expérience éclairée est l’unique ressource qui puisse guider les praticiens.

Le pouls est , dans ces maladies nerveuses , presque toujours non critique ,* il n’est presque point développé ; il est très-serré , au contraire, fort convulsif, et surtout variable , inconstant , mo-^ bile , peu /zxe, très-éloigné de cette teneur , de cette aisance , de cèiie fermeté qui caractérise le pouls critique. Ce qu’il y a de plus singulier encore , c’est que le pouls semble quelquefois critique dans ces maladies , sans qu’il soit toujours suivi des évacuations qu’il annonce. Cette observation peut être souvent réitérée dans les maladies convulsives nommées vaporeuses (4).

Bâillon prétendoit « que dans les pâles couleurs le cœur est » quelquefois fol {fatuum) , et qu’il y a avec cette maladie , une » sorte de fièvre qu’il est impossible de déterminer (5) ». Les pâles couleurs sont une sorte de maladie nerveuse ; on peut en dire autant du pouls ou de la fièvre de toutes les autres espèces de maladies de cette classe.

Obs. CX- 'LVII. Mélancolie outrée dans un jeune homme qui pàroît bien constitué , et qui s’est adonné vivement à l’étude pen^

(1) Bailloa ", Epid. 2 , not. 8.

(2) Ti-aité des Lieux dans l’homme.

( 3) Voyez Recherches sur les crises.

(4) Voyez le deruier chapitre.

ïiaillou ^ Coasull. liv. III , et ao livre des maîadies des filles.

^ant plusieurs années ; inconstance , fureur de voyager , vivacité des passions , toutes sortes d’incommodités , sans c|ii’il y ait une maladie fixe : les forces diminuent sensiblement dans l’espace de deux ans ; la maigreur augmente journellement j elle est bientôt au point du marasme parfait ; le pouls est constamment ,

v/fy peu égal y plus ou moins agité , dur et corwulsif. Les remèdes les plus appropriés , les apéritifs , les laitages , les eaux minérales, l’équitation , etc. , n’ont aucun succès , et le malade dépérit de plus en j)lus , par leur usage ; il meurt enfin dans l’étisie. Le pouls n’a cesse de se resserrer, de se durcir , de ^ ajj'oiblir , et d’être non critique y à proportion que toutes les évacuations sont devenues plus crues y plus séreuses, moins excrémentielles.

Obs, CXLT^ JII. Un malade qui a eu bemicoup de chagrin , est devenu si sensible , si délicat , si vif, que le moindre chatouillement ou la plus légère douleur le met en convulsion. Un bruit un peu extraordinaire , un faux mouvement , la passion la moins vive, lui causent des suffocations, des tremblemens , des espèces de frissons. Son pouls est habituellement vif, incertain, palpitant, serré y convulsif.

Il est fort approchant de ce caractère dans beaucoup d’hypocondriaques, sujets à des douleurs vagues , des vents, des tournemens de tête , qui finissent par des engorgemens des viscères , que l’art ni la nature ne peuvent résoudre , et dont la convulsion et le resserrement Au pouls accompagnent l’opiniâtreté.

Obs, CXLIX, Plusieurs filles qui ont les pâles couleurs , ont îe pouls irrégulier y serré , étranglé , tre s-variable et convulsif, au moindre mouvement qu’elles font. {J^ojez /’Observ. idy.)

Quatre de cette espèce , dans lesquelles le pouls prend de la consistance y de la teneur, de la force, à la suite des remèdes ordinaires : le pouls se développe, il est légèrement rebondissant , inégal y brusque ; il annonce les règles qui paroissent en effet, et qui dissipent presque toutes les infirmités habituelles ÿ le pouls se trouve, après ces excrétions, égal , souple .. libre , assez plein.

Trois femmes âgées de quarante-cinq à cinquante ans , sont au point de perdre leurs règles. Le pouls est irrégulier , convulsif , dur y peu dilaté pendant plusieurs mois de suite ; il se calme enfin , il devient doux , mollet, assez plein lorsque les règles ne se montrent plus : le pouls se ressent de la tranquillité de la matrice , dont l’excrétion est autrement active qu’on ne sauroit le déduire de la simple pléthore générale ou particulière si célébrée dans les écoles (i). '

Une femme âgée de quarante-six ans , sent depuis long-temps des frissons et des douleurs à la tête ^ elle est toujours agitée j le pouls se ressent de cette agitation, il est dans une incertitude continuelle , ses mouvemens sont irréguliers , V arlhre est fort tendue : il survient un déiDÔt à une oreille , après l’usage d’une grande quantité de remèdes appropriés 5 ce dépôt est suivi dps signes de suppuration ^ et lorsque cette suppuration est faite , la

(i) Fo/ez les Recli«rcheâ ?ar les glandes.

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douleur et la pesanteur de la tête , les agitations ont disjDaru • le pouls est àexenvi tranquille , égal, mollet, plein.

Ohs. CL. Le feu prend à une maison dans laquelle se trouvent deux femmes qui ont leurs règles : elles sont extrêmement effrayées. Il survient à rime une perte très-ahondante * et les règles se suppriment dans l’autre avec des convulsions affreuses. Le pouls est très-'2^//’et très-.s'c/’re 'dans l’une et dans l’autre, mais plus dans celle dont les règles sont supprimées : le pouls indique un peu l’évacuation des règles dans celle qui a la perte ^ on sent quelque rebondissement léger à travers le resserrement de l’artère : le temps et quelques légers secours calment enfin ces accidens^ le pouls reprend sa tranquillité ordinaire dans l’une et dans l’autre de ces deux femmes.

Obs. CLT. Abattement et affaissement extraordinaire , avec un dégoût total de la vie, dans un homme qui a eu du chagrin * il tombe dans une langueur et un dépérissement sensibles; il maigrit et s’affoiblit journellement; il perd l’appétit; le pouls devient petit, serré, dur, presque insensible ^ rieo ne peut le développer. Ce malade meurt sans jamais avoir eu dans le pouls de signe d’aucune sorte d’évacuation critique j il est tombé insensiblement dans un marasme parfait.

Obs. CLIJ. Frisson , tremblement et vomissement , dans un homme qui, depuis quelques années, ne buvoit presque que de l’eau-de-vie , et qui avoit beaucoup de chagrin : à ce frisson succède une chaleur âcre , avec une sécheresse générale de la peau : la langue est extrêmement sèche , et rien ne peut l’humecter ; le pouls paroît à peine fiévreux ; il est caché , petit , serré : les saignées réitérées , les éméti([ues , les lavages , les adoucissans et les caïmans de toute espèce , les vésicatoires même ne procurent aucun développement dans le pouls; à peine devient-il un peu plus fort i,mais il reste toujours dur et tendu ^ on y sent quelques rebondissemens vers le neuf de la maladie : il y a un peu de saignement de nez au onzième : la tête se prend alors après une saignée du pied; les convulsions surviennent; les bras et les jambes sont dans une roideur extraordinaire; le ventre se bouffit et est insensible; le malade meurt le quatorzième jour, malgré huit saignées, l’émétique , plusieurs apozèmes, du kermès, quatre ou cinq purgaîions , les A'ésicatoires , des tisanes, du petit-lait, des potions huileuses. Le pouls a toujours été en déclinant et perdant de sa consistance depuis le commencement de la maladie, surtout depuis la dernière saignée faite au moment où il sembîoit vouloir devenir critique (i).

(t) Voyez le chapitre XXXIV, .au sujet de l’action de« remèdes sur le pouls.

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