PREMIER FAIT
On regarde ordinairement comme écrouelleux ceux qui sont sujets à des fluxions aux yeux, à des maux aux oreilles^ qui ont la lèvre supérieure gonflée , le nez morveux , rouge et doulou-. reux, les joues élargies, les glandes du col engorgées, et toutes les autres plus ou moins tuméfiées, le ventre bouffi , les extré-. mités amaigries , les os recourbés , etc.
Tous ces symptômes venant à se développer, les glandes du col suppurent , les yeux deviennent chassieux et s’éraillent , les lèvres se gercent, les extrémités des os grossissent^ il se forme des ulcères aux articulations et ailleurs , la toux et la fièvre se mettent de la partie ÿ la maigreur , le marasme et le dévoienmt^t précèdent la mort de ceux qui succombent.
Ceux qui résistent vivent avec des glandes engorgées au cou ^ sous les aisselles et aux aines , avec des ulcères et des caries aux os , avec des toux , des fièvres passagères , des indigestions plus ou moins fréquentes, et des tumeurs aux viscères du bas-ventre.
tiy a des filles qui guérissent de toutes leurs infirmités lorsque leurs règles paroissent , ainsi que des garçons qui deviennent sujets à quelque évacuation naturelle.
Il y a aussi des sujets dans lesquels tous les mauvais symptômes se dissipent d’eux-mêmcs , sans nulle sqrfe de crise ou d’évacua-i tion évidente.
Ces accidens arrivent à tout âge aux enfans à la mamelle , ou lorsqu’ils vivent d’alimens solides , et soit qu’ils soient nés de pa-. rens reconnus écrouelleux , des gens du peuple ou des nobles , malades ou sains , soit qu’on les tienne avec soin ou qu’on les néglige dans le régime.
Les adultes y sont sujets , mais beaucoup moins que les enfans^ les habitans des villes moins que ceux des villages , surtout ceux qui habitent des lieux marécageux, les montagnes et les bords des rivières, et ceux qui se nourrissent mal.
Telle est en raccourci l’histoire des écrouelles ; ceux qui au-k vont quelque expérience reconnoîtront cette maladie à ce tableau : |a plupart des auteurs qui en ont fait mention l’ont décrite à peu près de cette façon.
Mais tous ces symptômes dont il est question ne se trouvent pas toujours à la fois dans le meme sujet : les uns sont plus évidens que les autres , suivant la difl'érence des tempéramens ; les tumeurs aux glandes du cou, df’oh la maladie a tiré sa dénomination, sont des signes des plus ordinaires : bien des gens paroissent s’arrêter à ceux-ci, et semblent croire qu’ils caractérisent uniquelaent la nialadie ) on verra dans la suite les fondemens de cette ppinion.
SUR LES ÉCROUELLES. 4a5
Nous n^avons besoin pour le présent que de faire quelques réflexions sur la description que nous venons de donner ’ elle doit être préférée à toute sorte de définition : elle nous dirigera dans nos recherches sur cette maladie bizarre et singulière.
Le premier pas qu’il y ait à faire est de tâcher de connoître , autant qu’il se j)ourra , les causes de tous les symptômes des écrouelles , et de bien suivre les changemens dans lesquels passent les parties affectées j c’est le moyen le plus assuré pour parvenir à rétablissement d’un traitement méthodique et heureux.
Les causes des écrouelles.
Ne nous aheurtons pas à courir après les premières causes , que nous ne conrioîtrons vraisemblablement jamais ^ bornons-nous à découvrir par l’analogie , des rapports , dont ceux qui ont l’esprit de r art pourront tirer quelque utilité. Il est dit {dans notre pre-^ mier fait) que les enfans sont jplus sujets aux écrouelles qui se montrent principalement à la tete que les adultes ; l’expérience journalière confirme cette vérité, que Lommius a aperçue : car il dit , avec bien d’autres auteurs , que les écrouelles sont une maladie à laquelle les enfans sont plus sujets que les adultes.
Il suit de cette remarque, que l’état des liqueurs et des solides dans les enfans est plus susceptible des dispositions écrouelleuses , quelles qu’elles soient , que dans les adultes ) et que nous serons en droit d’avancer que les adultes qui sont attaqués des écrouelles ont plus de rapport avec le tempérament des enfans que ceux qui ne sont pas sujets à cette infirmité.
Mais quel est cet état particulier à la jeunesse , en quoi consiste-t-il? N’entrons pas dans des détails inutiles 5 laissons parler Ja nature, et ceux qui l’ont étudiée avec soin.