EXPLICATION DES SYMPTOMES ORDINAIRES
On peut la tirer aisément de ce que nous avons établi sur les causes , et des observations que nous avons rapportées.
La partie la pîu.s affectée , celle qui résiste le moins au penchant que toute^^ies humeurs ont à devenir acides, est sans doute la partie blanche du sang, c’est-à-dire , le corps muqueux des alimens. Nous croyons , pour étendre ce que nous avons insinué plus haut , que c’est ce corps muqueux qui nourrit les différens organes, en s’appliquant couche par couche sur les premières fibres , comme M. Duhamel l’a démontré à l’Académie des Sciences, au sujet de la lame intérieure du périoste , qui fait l’accroissement dans les os.
Or , les feuillets composés d’une pâte mal travaillée ne sauroient avoir la souplesse et la c;pnsistance convenables , ni s’arranger comme il est nécessaire , pour former des corps plus ou inoinx durs; ainsi les os des écrouelleux sont sujets à se plier et à grossir irrégulièrement, par la mauvaise disposition du suc nourricier.
Toutes les glandes sont , par la même raison , et par rapport à celles que nous avons rapportées ailleurs , sujettes à des engorgernens plus ou moins considérables, que Alorton attribuoit à ce que les vaisseaux des glandes étoient disposés non rectis lineis , non point en droite ligne, mais en manière de pelotons, spiraiïm. ,-iinde rémora.
Or , comme les paupières sont composées dans leurs bords de vaisseaux très-grêles et de petites glandes- sébacées , qui ont natuy^rellement très-peu de ressort , il est naturel que ces parties soient prises à proportion plus que les autres ; ce qui caractérise la disposition aux maux des yeux, auxquels les écrouelleux sont trèssujets : cette disposition augmente certainement dans les habitans
SÜR LES ÉCROUELLES. 437
des montagnes par l’effort que font les yeux , en fixant souvent les rochers escarpés couverts de neige , ou éclcfirés par les rayons du soleil , comme chacun peut l’éprouver aisément • en effet il n’est personne qui, en parcourant les montagnes, ne se sente la vue fatiguée, et les yeux atteints d’une sorte de cuisson fort incommode. Nous avons vu des gens qui avoient acquis par là l’iiahitude de clignoter, dont ils ne se défaisoient qu’avec peine dans les plaines^ joint à ce que l’air, les brouillards et les différentes vapeurs des vallées ou des gorges des montagnes portent nécessairement sur la vue.
Le nez , ou du moins les membranes qui le tapissent intérieurement, ainsi que les lèvres, étant de même très-garnies de glandes , et formées par une substance cellulaire fort lâche , il n’est pas surprenant qu’elles s’engorgent dans les écrouelleux au plus léger changement de temps, parce qu’elles sont plus délicates et plus sensibles qu’elles ne devroient l’être.
Les anatomistes qui ont observé les différens degrés d’accroissement dans le fœtus savent comment et avec quelle lenteur la lèvre supérieure se forme , et combien , si on peut s’exprimer ainsi , la nature évite difficilement le bec de lièvre naturel. Blondel a tiré parti de cette remarque contre l’opinion de ceux qui croient que l’imagination de la mère fait de certaitîes impressions sur l’enfant : nous en conclurons qu’il paroît naturel de penser que cette lèvre supérieure, formée d’un suc nourricier mal constitué, et plus nouvelle que toutes les autres parties , doit être aussi plus mollasse , et avoir plus de penchant à s’étendre dans ceux qui sont nés de parens écrouelleux • ce qui revient à ce que nous observions ci-dessus sur l’engorgement des glandes.
Les gencives même des écrouelleux se ressentent de la mauvaise constitution de la substance cellulaire, non point qu’elles soient constamment rougeâtres , bouilles , mollasses et saignantes ^ comme dans bien des scorbuts décidés; mais c’est qu’elles sont souvent blajf ardes , calleuses , desséchées irrégulièrement et racornies , comme dans de certaines espèces de scorbut , qui ne sont quelquefois, comme on le sait, que des écrouelles déguisées. Cette disposition des gencives , pour le dire 'ici en passant , fait que les habitans des montagnes paroissent avoir les dents beaucoup plus longues que les habitans des villes; cette grosseur apparente, et l’état qui en résulte , -en imposent quelquefois : on prend au premier coup d’œil des bouches gâtées pour des bouches fort saines, comme Bunon , dentiste , l’a rémarqué ; en un mot, les gencives des montagnards ne sont pas ordinairement aussi souples ^ aussi douces , aussi liantes que celles des habitans de la plaine, et ces vices sont beaucoup plus marqués dans ceux qui sont évidemment écrouelleux : leurs dents ne durent pas long-temps; elles ont en général l^inail peu luisant, peu cassant, et sujet à la carie humide.
Enfin , coiYime les parotides et les maxillaires tiennent une bonne partie du fond du visage, il est évident que pour peu qu’elles soient tuméfiées , la portion inférieure de la face s’élargira; ce
qui établira la disposition que les praticiens nomment quelquefois ganache , disposition très-remarquable dans les sujets écrouelieux.
Au reste , nous sommes bien assuré d’avoir observé que bien des enfans écrouelieux ont le cou court et gros, la mâchoire inférieure plus étendue qu’à l’ordinaire , 1^ bouche plus grande , les lèvres plus grosses * ce qui est naturel aux habitans de certaines vallées des Pyrénées. Lommius a dit que les enfans sont sujets aux écrouelles y s’ils ont le cou court y les tempes déprimées , la mâchoire élargie.
Or tous les symptômes dont nous parlons paroissent plus dans la jeunesse qu’à tout autre âge , non-seulement parce que ces parties croissent dans ce temps-là , et qu’elles prennent les modifications dépendantes de la disposition du suc nourricier , mais encore parce que, comme nous le remarquions {deuxieme fait) d’après Stahl , le torrent des liqueurs est dirigé vers la tête dans le jeune âge , et parce que , comme Dionis l’a dit , les enfans mangent souvent , et 'tiennent toujours leurs glandes salivaires en haleine ; ce qui fait qu’il s’y passe à proportion plus de changemens qu’aux extrémités : au contraire , le torrent des humeurs changeant avec l’âge, les maladies se portent ailleurs qu’à la tête , ce quia été observé y car il est rare,. comme nous le dirons ailleurs ^ que les écrouelles se démontrent pour la première fois , dans les adultes, par des glandes au cou.
Quoi qn’il en soit , en voilà ce semble assez pour rendre raison des symptômes que nous avons examinés , ainsi que de bien d’autres , tels que les maladies de la poitrine , celles du bas-ventre et les ulcères irréguliers , auxquels les écrouelieux sont sujets , et qu’on voit dépendre évidemment de la cause que nous avons assignée; passons de suite à d’autres symptômes plus importons, ou qui sont du moins plus particulièrement du ressort de la maladie dont nous* parlons,