‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 92 sur 96 · DIXIÈME FAIT · texte numérisé non relu

DIXIÈME FAIT

Des observations réitérées ont appris , i®. que tous les symptômes des écrouelles se dissipent quelquefois dans les filles à l’âge de puberté, lorsque leurs règles paroissent; ainsi que dans les enfans mâles, dont la constitution change avec l’âge et devient bilieuse et hémorrhoidale y soit qu’il y ait des évacuations sensibles, ou qu’il n’y en ait point; 2®. qu’un ulcère ou une dartre diminue ou augmente les tumeurs écrouelleuses dans bien des sujets , suivant que l’écoulement est plus ou moins abondant ; 3®. que les tumeurs écrouelleuses ou les ulcères déterminés sont souvent de bon augure, et délivrent tout le corps de bien des incommodités qui reparoissent si les tumeurs diminuent d’elles-mêmes , si les ulcères se dessèchent , ou si on vient à les faire disparoître ; 4®. enfin que les tumeurs écrouelleuses vont et viennent quelquefois , et se transportent d’un endroit du corps à l’autre.

On trouve dans les dilférens auteurs des observations qui sont

SUR LES ECROUELLES.

conformes à celles que nous venons de rapporter. Rivière a vu des écrouelles au cou à la suite d’une suspension des règles ; Fabrice Hildan a observé des tumeurs écrouelleuses à une jambe par la suppression d’un écoulement qui se faisoit autrefois vers l’œil 3 Ainatus Lusitanus parle de quelques tumeurs écrouelleuses qui alloient du cou aux tempes, et de là à la nuque j Simeon Jacotius a vu des tumeurs au cou dissipées par les ulcères à la léte formés par une grande quantité de poux* sans parler de Bâillon , qui a vu dans un enfant des tumeurs qui alloient et venoient 'y ni de Wartlion , qui remarque que les jeunes per-s'onnes qui gardent le célibat deviennent écrouelleuses , et qu elles ne guérissent que par le mariage ^ ni enfin de bien d’autres que chacun peut consulter.

Tous ces symptômes ne sanroient etre attribués uniquement à la cause dont nous avons parlé • mais ils ont un rapport immédiat avec les différeos mouvemens organiques , qui donnent aux bu» meurs des directions particulières, et qui développent meme des maladies cachées ou assoupies.

La théorie de ces mouvemens n’est pas de ce lieii; elle regarde la plupart des tnaîadies, tant chroniques qu’aiguës^ et elle tient surtout à la théorie des métastases, de certains ulcères et des cautères , dont l’Académievfie Chirurgie a proposé l’examen pour le prix de l’année lySS,

Il suffit que nous sachions que quelle que soit la mécanique de ces mouvemens , il y en a qui canlonnent , pour ainsi dire , toute la disposition écroueîleuse dans un endroit , et qui la transportent d’un lieu à un autre j il en est comme des cancers, auxquels la moindre cause donne naissance dans les sujets mal constitués , puisque Baillou en a vu survenir au nez à la suite d’une plaie Jaite en arrachant un poil ^ etc.

Ce n’est pourtant pas à dire que nous pensions que tout le levain écrouelleux^ va former un dépôt particulier, ou bien se répandre plus ou moins dans les humeurs. Nous l’avons déjà fait assez con-^ noître • nous regardons les écrouelles comme une maladie générale du suc nourricier, maladie qui se démontre dans une partie plutôt que dans une autre, suivant la disposition particulière de cette partie , ou suivant les directions des mouvemens des vaisseaux et des nerfs , et du moiiYcment tonique de toutes les portions de la substance cellulaire , qui ont acquis la consistance des membranes. Hecquet a-donné pour la cause des écrouelles le suc nerveux dépravé dans la huitième paire.

Encore une fois, nous ne saurions aller plus avant sur cette matière sans nous écarter du sujet que nous traitons ; ajoutons seulement que ceux qui ont regardé les écrouelles comme une maladie particulière du col , ont pris un seul symptôme pour toute la maladie 3 les glandes au col sont l’efiet de la disposition écroueîleuse et des mouvemens qui la développent dans cet endroit plutôt que dans un autre, par les raisons que nous avons déjà indiquées plus d’une fois, et qui ont fait qu’on a comparé cette maladie à une maladie des coclions, qui en ont en effet une

44o DISSERTATION

pareille ^ tant peut-être à cause du siège de la maladie elle-même, qu’à cause que ceux qui ont le cou garni d-e tumeurs, font souvent , comme nous l’avons remarqué , en respirant et en toussant, un bruit pareil à celui que font les cochons.

, avant d’aller plus loin , si les tumeurs à la thyroïde et les autres goitres sont des symptômes des écrouelles : les auteurs paroissent partagés là-dessus j et nous avons vu des goitres avec des écrouelles, mafs moins communément que des goitres sans écrouelles. îl semble que la première incommodité soit un supplément de la dernière dans les habitans des vallées des Pvrénées^ car la plupart, surtout les femmes, ont des goitres ou des écrouelles, et quelquefois l’un et l’autre.

• Au reste, quoique Freind prétende que les tumeurs à la thyroïde sont scrophuleuses , mais non point les tumeurs des téguraens de cette glande qu’il nomme des goitres, nous croyons que toutes les tumeurs au cou , excepté celles qui viennent par quelque accident, ou à la suite d’une inflammation, ne sont que les symptômes d’une disposition écrouelleuse plus ou moins développée. Ce qui nous engage à penser ainsi , c’est qu’outre que le traitement et la théorie de ces deux maladies sont les mêmes , nous avons observé qu’il y a des cantons entiers dans nos vallées dans lesquels les femmes ont presque toutes des goitres, et qui ne sont séparés d’autres cantons , où l’on ne trouve presque point de goitre , que par un torrent , avec ceci de singulier, que les habitans des deux bords du torrent se nourrissent de même, boivent de la même eau, qui est pour l’ordinaire celle du torrent mitoyen^ mais les villages dont les habitans sont sujets aux goitres sont tournés vers le nord, au pied des montagnes qui leur cachent le soleil levant, au lieu que les autres sont au levant et au midi ; d’où il suit évidemment que la formation des goitres dépend moins de la nature de l’eau , à laquelle on les attribue généralement , que de l’action du sol^eil ou de l’air, plus ou moins chaud ^ ello fait sur les corps des impressions dont les goitres ne sont que des symptômes , et ces impressions font la disposition écrouelleuse.

Ceci nous conduit naturellement à une réflexion de Chauliac , que nous ne saurions rendre mieux que Joubert , son traducteur : il dit que glande , écroiielle , nœud, loupe , tortue, note , goitre et bubon fugilin , sont mis sous le genre des e xi turcs et excroissances phlegmatiques. Tout le monde conviendra aisément que toutes ces maladies ont bien des rapport^,^ c’est ce que Wiseman a prétendu , lorsqu’il dit , au rapport d’ Allen , que les écrouelles se jettent sur toutes les parties, les glandes , les muscles et les os , et que la maladie nommée spina ventosa est une sorte d’écrouelles. Toutes ces tumeurs peuvent être comprises, comme on le fait ordinairement, dans la classe des tumeurs froides^ ainsi il paroit qu’il est inutile d’entrer dans de longs détails pour concilier les auteurs sur les différences qu’ils trouvenl. entre ces maladies : ceux qui voudront distinguer, comme Warton , Slruma de Scrophula , ou regarder, avec Severinus , le pédartrocace comme une tuiiîeur écrouelleuse , ou considérer ceile-ci comme

SUR LES ÉCROUELLES. 44i

■une espece de s€|uirrîie avec Rondelet, sont.au fond très-libres j cependant il est bon de se fixer jusqu’à un cèrtain point, et de ne pas regarder tous les squirrhes , les stéatomes et les loupes comme de vraies écrouelles : ce sont, si l’on veut, des maladies qui n’en différent c[ue par quelques nuances^ mais ces différences sont essentieiles.

Nous ne saurions , par exemple , regarder dans toutes les occasions comme des écrouelles véritables les tumeurs au cou, qui sont la suite des maladies inflammatoires , quoiqu’on le trouve en terme exprès dans le livre de glaiidulis attribué à Hippocrate^ il ne convient pas de décider légèrement qu’une maladie e^t écrouelîeuse , ne fut-ce qu’à cause de l’impression qu’une semblable décision fait toujours sur le malade et sur les assistans. H faut d’ailleurs distinguer les différons degrés d’une maladie , ses commencemens dJ son développement et son état jixe , comme nous le dirons plus bas.

Au reste , telle est la nature de bien des maladies qu’elles ont souvent , quoique différentes dans leur origine , une meme fin ; on a dit que la plupart des maladies clironiques peuvent dégénérer en scorbut ; on peut de même avancer que bien des maladies finissent en prenant un caractère écrouelleux.

Nous avons vu des dépôts de lait dans les femmes aux mamelles , ou dans d’autres parties , auxquels succédoient à la longue la carnification de quelques os , la formation de plusieurs glandes au col et aux aisselles, et enfin des ulcères dont le pus étoit liquide et mal travaillé , et les chairs baveusés et blanchâtres.

On voit aussi les cancers, la vérole, la gale, les dartres et l’excrétion de la sueur arrêtée sous les aisselles ou aux pied-s , dégénérer de même en écrouelles très-bien caractérisées , ainsi que bien d’autres maladies • l’état écrouelleux est secondaire dans ces cas , au lieu xiu’il est indépendant de toute autre maladie dans les écrouelleux ordinaires , dans ceux qui ont cette maladie par levir constitution naturelle , et par celle du climat qu’ils habitent.

Voyons enfin si les écrouelles peuvent se communiquer d’un sujet à l’autre ; les auteurs ne nous éclairent pas à cet égard : voici nos observations :

Une jeune fille très-bien constituée épousa'un homme de famille écrouelîeuse , et elle fut atteinte de cette maladie dont le mari mourut.

Lne jeune femme dont le mari eut la gale et puis les écrouelles , eut elle-même la gale et les écrouelles.

Un homme dont la femme mourut pulmonique à la suite des tumeurs écrouelleuses , devint luUmême pulmonique , et mourut de cette maladie.

H est ordinaire de voir que les nourrices écrouelleuses communiquent leur mal à leur npurrissbn * on peut observer cette communication même dans les brebis , qui ont quelquefois des tumeurs au cou fort semblables aux tumeurs écrouelleuses.

Quant à ce qui concerne la communication des ëcroueiies des pères et des mères aux enfans , elle est assez connue.

Ainsi , il est à présumer que les écrouelles peuvent se communiquer quelquefois , comme la vérole ou la gale^ mais ce soupçon de contagion est peu alarmant, parce qu’il est assuré que quel-, qu’un n’en est atteint que très-difiicilement , à moins qu’il n’ait lui-même du penchant à la maladie j ce que d’autres observations , qu’il est inutile de rapporter, confirment.

Il existe donc dans la nature une sorte de miasme scrophuleux ^ qui est sans doute formé quelquefois par les révolutions qui arrivent aux différentes humeurs , et qui peut fort bien , ea passant d’un sujet à l’autre , aller, comme le levain dans la pâte , gâter des humeurs saines ; mais il faut qu’il trouve une disposition particulière dans le sujet pour y agir»; il a besoin d’y être mis en action par un certain jeu des organes , et par l’état particulier des liqueurs. Quoi qu’il en soit , ces questions , qui ne sont après tout que de pure curiosité , ne regarderit pas plus spécialement les écrouelles que tant d’autres maladies ) passons à quelque chose de plus essentiel.

TRAITEMENT GÉNÉRAL DES ÉGFxOUELLES.

Il ne faut pas moins, pour guérir un écrouelleux décidé, que changer entièrement sa constitution , ou donner une nouvelle tournure à son tempérament^ il seroit inutile de s’attacher aux symptômes uniquement : il est important d’aller droit à la cause.

Le penchant qu’ont dans cette maladie les humeurs à s’aigrir, et le peu de consistance qu’a acquis le suc nourricier, sont nécessairement accompagnés d’un dérangement plus ou moins sensible dans la digestion et dans la transpiration , comme on peut aiseE ment le conclure de tout ce que nous avons dit jusqu’ici , et de ce que nous avons déjà remarqué ci-dessus.

Il est essentiel de porter d’abord ses vues sur les premières voies, puisque c’est dans ces parties que prend sa source une hu-. meur pernicieuse , qu’il faut nécessairement épuiser ^ et que d’ajlleurs elles influent singulièrement , et par une mécanique peu connue , sur toutes les fonctions.

Les purgatifs et les émétiques. Les purgatifs sont nécessaires^ quelques bons praticièns que nous avons indiqués a.u commencement les conseillent. Aux écrouelles , dit Joiibert d’après Chaurliac , les purgatifs font grand profit. Etm aller veut qu’on y emploie l’hellébore noir • Bâillon conseille une poudre laxative ; et enfin l’usage du mercure doux est recommandé par tout-le monde pour cette maladie.

Il est vrai qu’il paroît qu’on donne ce dernier remède à titre di* altérant , et que la plupart des auteurs n’ont pas fait grand usage des purgatifs décidés pour les écrouelles : nous n’en trouvons guère qui aient vanté l’usage des vomitifs autant que Fuchsius , il dit que vomi tus dehet assidue provocari ^ malgré cela, les vomitifs Qot été communément regardés comme des remèdes trop vifs : ce

qui est enfin dégénéré en habitude, qui a souvent en médecine la force de loi. . »

Mais ayant réfléchi sur ce que Galien , et , après lui , Mon tan us , disent avoir guéri des squirrhes cancéreux par des purgatifs reitérés, et l’expérience nous ayant instruit là-dessus, nous ne saurions nous empêcher de dire que quel que soit l’état d’un écrouelleux, les purgatifs réitérés font toujours de bons effets sur lui, pourvoi qu’il soit en état d’en supporter l’action ; les vomitifs même donnés plus souvent qu’on ne pourroit le croire, nous ont toujours paru avoir des succès très-heureux.

D’un côté , l’évacuation souvent copieuse des sucs glaireux qu ils procurent dans cette maladie , dégage elhcacement les premières voies , répare le défaut de transpiration , remet la digestion et emporte des levains de matière acide ; et d’autre part , ces remèdes remettent le ton des nerfs gastriques, et redonnent par là une force notable à toutes les parties du corps.

En un mot, les vomitifs et les purgatifs employés sagement, mais avec une confiance et une fermeté qu’on acquiert par les snccès , sont aussi nécessaires dans les écrouelles que dans toutes les autres maladies chroniques et aiguës.

C’est au praticien éclairé à préparer le corps par la saignee et les autres remèdes ordinaires , et à bien saisir les contre-indications qui peuvent se présenter par l’état de la poitrine et du bas-ventre ; mais plusieurs exemples nous ont appris qu’il ne faut pas trop s’amuser à des remèdes préparatoires, ni se multiplier à soi-meme par des idées puisées dans la théorie, les motifs de crainte : nous ne nous sommes fait les lois dont nous parlons , qu’après avoir vu des cas oii nous n’osions pas nous décider, et qui réussissoient entre les mains de gens plus hardis que nous. Ceci pourroit regarder d’autres maladies que les écrouelles^ mais c’est à celle-là seideinent que nous nous bornons ici.

Le vomitif qui a paru lui être le plus approprié , est Vipéca-^ ciianha: on a dit qu’il fondoit les sucs visqueux des premières voies ^ ce qu’il y a d’assuré , c’est qu’il en fait souvent rendre une cjuantité prodigieuse : nous osons en appeler à l’expérience ^ qu’on le donne dans ces enfans dont le cou est gorgé et houfli dans sa totalité, dans ces filles qui ont des glandes au cou , des maux aux yeux , et qui sont dans un abattement général, ainsi que dans ceux qui ont de vieux ulcères écrouelîeux ; on verra , malgré les terreurs paniquesdesmaîades , que tout change en bien deux ou trois jours après l’effet d U vomitif j nous n’indiquons ici aucun cas que nous n’ayons vu bien des^fois avec toute la réflexion qubl exigeoit.

Quant à l’espèce des purgatifs, les doux, tels que la manne e.t la casse, nous ont manqué quelquefois, quoiqu’ils procurassent des évacuations * elles n’éîoient pas si on peut parler ainsi*

elles ne nous paroissoient être que l’excrétion des humeurs déjà mobiles et contenues dans les intestins , dont l’intérieur étant enduit d’un vernis glaireux, avoit besoin d’être irrité jusqu’à un certain point ; aussi nous sommes-nous restreint à employer, en

pareil cas , autant qu’il est possible , le séné et le jalap dont Fiisagô devient si rare, parce qu’ils excitent quelquefois de certaines douleurs passagères^ comme si ces douleurs même que l’on prétend éviter, n’étoient pas l’effort le plus salutaire qui puisse arriver aux intestins, et la suite nécessaire de l’heureuse impression des remèdes : nous employons aussi souvent les purgatifs avec le quinquina, dont nous parlerons ci-dessous; les sels catarthiques nous sembleroient convenir à certains égards; mais nous n’avons point d’expérience là-dessus ; et nous laissons* ce point à discuter à ceux qui ont accoutumé de les employer plus que nous ne faisons.

Les ahsorh ans . Les absorbans sont presque de tous les remèdes pris intérieurement , ceux qui ont le plus réuni le suffrage des différens auteurs; il en est peu qui ii’eii recommandent l’usage, comme Etmuller , Ruland et tant d’autres ; l’éponge brûlée et la pierre ponce ont été très-communément données pour tels ; Thomas Burnet parle de quelqu’un qui juroit avoir souvent guéri des écrouelles {pliiries) avec des pilules faites de miel et les cendres d’une taupe.

Tous ces témoignages ne sauraient que donner un grand poids à l’usage de ces remèdes, qui sont aussi employés ordinairement dans les Pyrénées; on en combat les goitres comme les écrouelles et nous en avons vu quelquefois des effets surprenans.

Nous employons les absorbans les plus communs comme les plus assurés; tels sont les coraux, les yeux d’écrevisses et la magnésie blanche , que nous avons vu que des charlatans gardaient comme un secret rare et précieux , et dont ils n’accordoient la connoissance qu’à ceux qui avaient pour eux une confiance aveugle et a l’épreuve , ou bien à ceux qui la leur payaient bien cher.

Ces remèdes n’agissent pas tant san§ doute , en enlevant aux sucs contenus dans les premières voies quelques parties d’acide auxquelles ils se joignent , qu’en purgeant très-efficacement par leur union avec les acides ; ce que nous avons vu arriver à la magnésie blanche avec un succès marqué.

D’ailleurs, ils réveillent aussi l’action de l’estomac et des intestins, qui, étant irrités dans une seule partie , reprennent leur jeu dans toute leur longueur ; ce que Junker a très-bien remarqué après Stahl: or, c’est de cette action tonique surajoutée aux intestins des écrouelleiix , que nous attendons la révolution favorable à leurs premières voies , comme nous le dirons tout à l’heure.

Les amers , le cfuinqiiina. Bâillon nous ayant indiqué l’usage de la pimprenelle , de la véronique et de la fumeterre dans les écrouelles, et ayant trouvé dans Thomas Burnet le cliamedris et la scolopendre en décoction , fort vantés pour la même maladie ,, nous avons juge , vu la constitution glaireuse ou pituiteuse de l’estomac de ceux qui en sont atteints, et l’inertie assez évidente dans laquelle leur bile se trouve , que les amers étoient très-convenables dans ces cas.

Nous nous sommes borné au quinquina , que nous regardons eomme un des stomachiques des plus efficaces. Il n’a jamais manque

sua. LES' ECaOUELLES.

de redonner Tappelit , de dissiper les langueurs d’estomac, et îa sorte de devoiement et de foiblesse qui arrivent souvent aux écrouelleux ; bien entendu que nous avons fait précéder les évacuans.

D’ailleurs le quinquina est un des amers qui étend le plus évidemment son action sur le sang et sur toute la machine : les belles cures qne Morton a faites avec ce remède (et qui le lui ont fait trop vanter) snffiroient pour établir ce que nous avançons, si l’on ne savoit outre cela les effets surprenans qu’il a produits sur quelques gangrènes. Nous lui avons vu , pour ce qui nous concerne , opérer des guérisons qui semblent incroyables* et pour nous renfermer dans la maladie que nous traitons , nous avons souvent observé , comme nous venons de le dire , qu’il redonne l’action , le jeu de la respiration , la couleur ,’ la gaieté aux écroueliçu^î , et qu’il change en moins de temps qu’on ne saiiroit le croire l’état de leurs ulcères , en leur donnant un coup d’ohl , une consistance et une sensibilité quelquefois nécessaire , ce que les baumes ne produisent pas , joint à ce qu’il y a presque toujours dans les écrouelleiix des espèces de redoublemens de fièvre, de douleurs ou de tumeurs plus ou moins marqués; ce qui vient de la débilité de leur estomac , qu’il faut souvent relever, avec les précautions dont nous parlerons plus bas.

' hes anti-scorbutiques. Nous avons, encore tiré de grands avantages de l’nsage des anti-scorbutiques alkalins , tels que le cresson et le coebléaria , dont il n’est pas nécessaire de vanter la vertu , et dont on voit évidemment le rapport avec l’état glaireux et tendant à l’acidité , qui rend les humeurs des écrouelleux sans presque aucune vivacité , et leurs solides sans jeu.

Ainsi ripécacuanba et les purgatifs réitérés, l’usage des absorbans", des plantes crucifères et du quinquina différemment combinés et administrés avec les précautions convenables , suivant que le cas l’exige, sont les principaux • secours que nous fournissons aux premières voies des écrouelleux, afin de leur donner la force nécessaire pour vaincre le penchant des humeurs qui y croupissent , et de celles qui y aboutissent , et pour les disposer à fournir un chyle plus vif, et soutenir leurs oscillations, qui influent sur tout le reste du corps.

Les laitages. On nous opposera peut-être ce que Baillou opposoit à Rondelet ; c’est que ce dernier ordonnoit pour les écrouelles des médicam.ens cjui ont trop de chedeur , et que Vliuineur des écrouelles étant acre , mordante et salée , il convient de V adoucir et de diminuer son activité par des incrassans et des relâchans , an lieu de reffaroueber par des toniques et des spiritueux ; enfin , bien des gens seront peut-être de l’avis dti même Bâillon , qui conseiîloit \e’ petit-lait et le hait d’ ânesse , avec plusieurs autres auteurs, notamment Wiseman , qui le met au rang des spécifiques pour les écrouelles.

Il s’en faut beaucoup que nous soyons éloigné de l’usage de ces remèdes adoucissans , lorsc|u’on ne les donnera que pour ce qu’ils valent , et dans des cas où il est important de relâcher et

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(Fiiumecler lieaucoup , comme il y eu a j ce que nous dirons plus i>as : mais autre chose est de donner un remède comme préparatoire , autre chose est de le regarder comme spécifique ou curatoire.

Le lait , par exemple , est souvent très-bon pour préparer , j^our corriger certains symptômes urgens : il peut même être em- 2)îoyé à titre d’aliment ; mais l’expérience apprend tous les jours à ceux qui suivent de près les maladies , et qui savent ne pas prendre un faux calme pour une guérison , qu’il ne produit rien moins que les effets qu’on en attend. Il est d’ailleurs directement contraire à l’indication principale qu’il y a à remj)lir , autant qu’il est possible, dans le traitement des écrouelles^ c’est celle qui est tirée de la cause qu’on doit combattre : en un mot , le lait favorise l’état d’inertie , de foiblesse , d’affaissement , et jDeut-être de sécheresse dans lequel les solides se trouvent dans les écrouelleux; il porte dans les liqueurs un chyle prêt à s’aigrir , pour j)eu qu’il trouve des dispositions dans le sujet ^ ce que nous ]3rouverons j^rincipalement par rexem2)le des femmes écrouelleuses , qui, lorsqu’elles deviennent nourrices , sont souvent sujettes à des engorgemens extraordinaires dans le genre glanduleux* par celui des en fans à la mamelle , qui sont très-communément attaqués de tumeurs qui ont ^^lus ou moins de rapport aux écrouelles ; et enfin j)ar celui de nos montagnards qui se nourrissent de laitages , et qui sont plus écrouelleux que ceux qui boivent du vin.-

On verra pourtant ci-dessous que nous employons ce remède ; mais ce n’est qu’en l’aiguisant, ou lorsque nous y sommes forcé , notre. intention est de faire sur les écrouelles un changement qui a du rap]3ort à celui que l’on fait dans les enfans que l’on sévre ; c’est de leur donner des forces , en accoutumant leur estomac à la digestion de quelque chose de plus actif que le lait> et à fournir at\ sang un suc nourricier plus solide.

L’effet de tous les remèdes dont nous venons de parler est passager 'y ils n’agissent presque que sur les j^remières voies ^ mais il s’agit de renouveler toute la lymphe , de fournir des sucs miicilagineux plus abondans à tout le tissu cellulaire, d’ouvrir les couloirs de la peau, sans comj)ter qu’il faut aller emj)orter les embarras des glandes , et quelquefois des os.

Le^ eaux minérales. Il est donc important d’avoir un médicament général y si on peut s’exprimer ainsi, ou qui agisse sur toute la machine, qui fasse des révolutions j)erraanentes , et qui ait enfin le degré d’efficacité nécessaire, avec la douceur convenable.

Les eaux minérales , les Bonnes en Bearn , et celles de Barèges dans le Bigorre , nous ont fourni cette sorte de remède ; on sait tout ce qui a dit sur leur nature ' savonneuse , huileuse, sulfureuse , sur leur odeur d’œuf cuit , sur leur chaleur de difïérens degrés , et sur leurs sels neutres , le marin , et un sel vitriolique semblable à celui d’Epsom , qu’elles contiennent en très-petite quantité. Voici ce qui nous a engagé à les employer pour les écrouelles.

SUR LES ECROUELLES.

. ËIl es forît trai^spirer , prises en bain , beaucoup plus qu’un bain tVeau commune cliaude au même degré ; ce que nous avons prouvé, en faisant peser deux hommes qui se sont bargnés, Ibin dans l’eau naturelle chaude , l’autre dans l’eau Bonne et celle de Barèges : celui qui prit le bain d’eau minérale,, perdit de son poids beaucoup plus que l’autre; l’état de souplesse et de douceur qu’elles donnent à la peau , indique la même propriété , aussibien que la inoîteLir souvent abondante qu’elles excitent étant prises intérieurement.

2°. Elles font rendre , quand on les boit pour de certaines maladies , une grande quantité de glaires , ou du moins elles les disposent à sortir par l’action du moindre purgatif, et quelquefois d’un simple lavenient; elles remettent l’appétit et la digestion, et elles redonnent des forces , et souvent de l’embonpoint.

3“. Elles donnent au sang une constitution plus vive , plus forte , plus, élastique; ce qui se prouve par les couleurs qu’elles procurent à la plupart des files chlorotiques , par l’inspection de leur sang lorsqu’elles ont pris des eaux un certain temps : on s’aperçoit aisément qu’il est devenu rutilant, vif, quelquefois comme celui des pleurétiques » ce qui est encore indiqué par l’effet qu’elles produisent sur le sang extravasé ; car elles le raréfient ; et lorsqu’on fait bouillir le mélange d’eau minérale et de sang, ce dernier ne se coagule point , comme cela lui arrive avec toute autre eau; la fièvre légère et salutaire que les eaux excitent , est encore une preuve de la même propriété.

4°. Nous leur avons vu , entre mille cas que nous pourrions citer , redonner la souplesse et le mouvement à des membres , des jambes et des bras, qui étoient dans une sécheresse extraordinaire , et en convulsion depuis des années entières , et davantage ; dissiper des dépôts de lait dans plusieurs parties du corps et dans les mamelles; fondre quelques tumeurs, aux aines, au dos, sous les aisselles et au cou; cicatriser de vieilles fistules sans carie et avec carie, dans tous les os du corps humain , depins le pied jusqu’à la tête, aux orbites, au palais, dans les narines, d^ans les oreilles , à la nuque , au cou , à l’épine du dos , aux côtes , au sternum , à l’os sacrum, aux os innominés , et à tous ceux des extrémités ; sans parler de ce que nous leur avons vu faire sur des maladies internes. i

5°. Enfin nous avons éprouvé que les concrétions de la bile ou les pierres d.e la vésicule du fiel , les tumeurs squirrheuses., certaines espèces de pierres des reins et de la vessie , étant mises à tremper dans çes eaux , diminuent à la longue, et se dissolvent du moins en partie : nous avons observé qu’elles se mêlent avec le pus mieux que l’eau commune, ainsi qu’avec la lymphe, et surtout avecle lait, qu’elles ne le caillent pas , même parl’ébnlîir lion , et qu’elles le rendent plus propre à résister à l’action des acides ; mais ces dernières expériences n’étant ni aussi décisives , ni aussi multipliées que les observations faites sur le corps vivant, c’est aussi aux premières que nous nous en tenons.

Il n’est penoiuîc qui n’en conclue c^u’elîes indiquent que nos

eaux peuvent être très-saiiitaires aux ëcrouelleux : l’êvénenient confirme cette idée, à îjien des égards^ mais rexpérience nous ayant appris qu’il y a des écrouelles qui résistent à nos eaux , et que celles qu’elles guérissent sont sujettes à des récidives, nous avons cru qu’il falloit leur joindre un autre remède.

Les friciions mercurielles. Nous n’avons pas été long-temps à nous déterminer • le mercure s’est bientôt présenté à nous comme ayant les qualités nécessaires pour faire le complément à nos eaux, instruit par Warlon , qui dit fréquenter strinnæ evanescunt m.erciirii salicatione ^ et par Amatus Lusitanus , qui en a guéri inunciione mercurii ^ rassuré d’ailleurs contre l’opinion de bien des auteurs, qui n’en disent pas un mot dans le traitement des écrouelles , par celle de tant d’autres cjui rie cessent de vanter l’usage du mercure doux et des autres préparations mercurielles , nous nous sommes déterminé pour les frictions : non que le mercure ou ses préparations prises intérieurement ne nous aient paru avoir quelques bons succès y mais c’est que- nous avons cru qu’introduit immédiatement dans le tissu de la peau , il agit plus efficacement.

Nous ne doutons pas que , pris intérieurement , et appliqué extérieurement , il ne puisse entrer dans les voies de la circulation , ou dans les artères et les veines qui tiennent au cœur^ mais à dire vrai , il semble que s’il y entroit comme on le pense communément , il devroit s’accumuler dans les ventricules du cœur , et y causer bien des ravages : or, comme nous n’avons jamais vu ce cas , et que des auteurs que nous nous rappelons , il n’en est qu’un cité dans le Dictionnaire de Médecine , qui dit avoir trouvé le mercure ainsi accumulé dans le cœur, comme d’autres qui l’ont trouvé dans des cavités osseuses, et comme Cheine , qui l’a aperçu sur la peau même , nous sommes porté à croire que ce minéral agit très - souvent , sans entrer dans la cavité des vaisseaux , et en passant d’un lieu à un autre ,* dans la substance cellulaire et ses interstices.

Le mercure confondu avec les humeurs dans les vaisseaux , s’accumiileroit comme dans une bouteille dans laquelle on le mêîeroit avec du sang , et qu’on secoueroit, sans faire un changement notable sur ce même sang, comme on peut l’éprouver. Ce Cîue le mercure fait dans une bouteille , il le feroit dans un vaisseau sanguin ou dans un Ivmphatique ^ les veines ne sauroient le faire mouvoir , et les artères ne Lempêcheroient pas de se joindre à celui qui arriveroit de nouveau : encore une fois , n’étant pas miscible avec le’s humeurs, et étant d’une pesanteur spécifique si différente de la leur, il s’accumuleroit : on auroit beau l’avoir divisé • dès que deux parties de ce minéral circuleroient dans le même vaisseau , elles se joindroient , ou dans le tronc ou dans les ramifications.

Au lieu qu’en supposant qu’il passe d’une cellule à l’autre , qu’il va et vient en parcourant les mêmes routes, dans lesquelles il est toujours aussi gêné que lorsqu’il y est entré , il paroit sensiblement

qu’il ^oit faire une grande quantité de compressions, qui seront comme autant de petites ligatures qui étrangleront les vaisseaux, et qui en augmenteront faction. Il agira sur la substance cellulaire, en la comprimant, en Tétendant , en donnant à ses couches une grosseur égale , et en facilitant les voies à celles qui doivent se former de nouveau ; il brisera , si l’on veut , les concrétions qu’il rencontrera^ mais son effet principal sera toujours d’exciter un mouvement comme fébrile dans les derniers capillaires, qui sont ceux qui doivent fournir la matière de la nutrition , et que nous croyons être dans les écrouelleux dans un état d’inertie , d’abattement et d’amaigrissement pareil à celui qui se trouve dans l’estomac ; ou pour mieux dire , qui fait lui-même, la sécheresse , la délicatesse et la foiblesse des viscères.

Quoi qu’il en soit de toutes ces questions , qui tiennent plus qu’on ne 2^ourroit le penser à de grandes recherches sur l’écono- I mie animale , il est évident que nos eaux et le mercure s’aident I mutuellement , et que l’effet que ces deux causes produisent doit i être bien jolus assuré ^ joint à ce que chacun agit à sa manière ,

I chacun combat la maladie selon ses forces.

Les eaux , outre ce que nous en avons dit , agissent à titre de i menstrue , qui dissout les concrétions que le mercure a brisées ,

I' et elles les emj)ortent avec les excrétions générales. Ce qu’il y a encore de plus notable , c’est qu’elles s’incorporent avec la lymphe nourricière , qui s’étend avec aisance dans les espaces que le mercure a parcourus : ce qui fait penser ainsi, c’est que les eaux augmentent dans tous les ulcères la suppuration , ou le travail de la cicatrisation ; elles éj^aisissent en même temps le pus , j et le rendent plus égal , plus liant , 23lus propre à réparer les t pertes , ou à coller les parties les unes aux autres : c’est ce qui I fait la qualité vulnéraire si connue dans ces eaux.

Or , ce qui se passe dans un ulcère évident , se passe de même à 1; jjeu de chose près dans toute sorte de maladies : les parties se ^ relâchent ^ elles acquièrent leur mouvement naturel ÿ les tumeurs ^ qu’elles contiennent se dissipent , parce qu’il s’y fait une sorte de îï cicatrisation qui commence par des fontes ou par une suppuration r| qui dissipe la matière des arrêts que les excrétions emportent , Js et qui donne occasion à l’épanchement d’une matière jffus louable , n qui doit succéder à celle qui s’en va.

’ Ainsi , guérir un écrouelleux , c’es\, pour donner une autre face . à ce dont nous parlions ci-dessus au sujet des premières voies , c’est fl mettre en suppuration insensible presque toutes les couches du tissu 9: cellulaire , dont la substance est mal constituée , et réparer les 3( pertes , ou remplacer les exfoliations ^ c’est ce que nos eaux font î< par le secours du mercure.

Remarquez que l’un et l’autre de ces remèdes s’opposent à 9^ l’effet de l’acrimonie acide que nous avons suj)j)osée dans le sang al des écrouelleux : les eaux l’embaument j et le mercure luiidonne Il une tournure bilieuse , qui le fait pencher du côté de la pourriu ture plutôt que vers l’acidité , comme l’odeur fétide de ceux qui '6 salivent le fait seule assez voir.

4do dissertation

Tout concourt à rendre l’alliage de ces deux remèdes , si efficaces par eux-mémes , bien plus recommandable ^ ils s’aident mutuellement , comme nous l’avons déjà dit : les eaux diminuent la férocité du mercure , et rendent ses effets plus durables , en fournissant un baume qui répare toutes les pertes que le poids , la sécheresse et l’action du minéral occasionnent ^ elles facilitent la digestion et remettent les excrétions , en nourrissant les vaisseaux à proportion qu’elles leur donnent les dispositions favorables aux évacuations ^ ce qui fait que ceux-ci conservent long-temps le pli qu’ils reçoivent , et qui s’oppose à des rechutes.

Le régime. Nous ne nous sommes pas bornés , pour le traitement des écrouelles, à l’application des médicamens dont nous venons de parler : nous sentions bien , et tous les auteurs sont de meme avis là-dessus , qu’il j avoit beaucoup à attendre du régime , ainsi que de l’usage des choses non naturelles.

Quant au régime , certains auteurs le demandent dessiccatif. Il peut en effet convenir dans la disposition mollasse et foible de quelques écrouelleux ; mais il faut souvent employer les incrassans et les adoucissans : il y a enfin à cet égard bien des réflexions à faire , qui s’opposent à l’établissement d’une loi générale; c’est au praticien à se retourner suivant l’occasion qui se présente : nous nous contenterons de placer ici quelques remarques au sujet des médicamens qui semblent combattre directement l’acrimonie acide qui se trouve établie dans les estomacs de la plujiart des écrouelleux.

Il paroît d’abord que le lait ne convient pas dans cet état d’acrimonie , ce qui , joint à ce que nous avons dit ci-dessus de son usage , devroit le faire exclure dans le traitement des écrouelles ; mais il faut avouer qu’il passe quelquefois à merveille , malgré l’acidité des sucs des premières voies : peut-être même cette acidité est-elle nécessaire pour la bonne digestion des laitages; ce qu’il y a d’assuré , c’est , encore une fois , qu’ils passent quelquefois très-bien .

Le meilleur remède que nous avons trouvé pour l’empêcher de déranger la digestion , c’est de le mêler avec nos eaux ; ce mélange purge souvent les premiers jours ; mais dans les suites il se digère à merveille par des estomacs qui ne peuvent supporter que ce mélange : il y en a qui sont dans ce cas ; et c’est alors qu’on est obligé d’avoir recours au lait , non comme médicament , mais comme aliment.

C’est toujours malgré nous que nous l’employons : nous lui préférons, autant qu’il se peut, les farineux fermentés, et les sucs des viandes légères; mais nous sommes quelquefois réduits au lait , et cela parce qu’il faut , pour que la digestion se fasse bien, non-seulement un certain rapport entre les humeurs de l’estomac et l’aliment dont on se nourrit , mais encore entre ce même aliment et les forces de l’estomac.

Les acides doininent dans les estomacs des en fans , ou dîins celui de quelques adultes dont les forces digestives sont aussi débiles;

SÜR LES ECROUELLES. 45t

cependant au riroît d’un Boerhaavien qui, fidèle à ses principes $ viendroit proposer dans ces cas des viandes tendantes à la pourriture , du sanglier , du gibier , des alouettes , parce que M. James , très-scrupuleusement attaché à cette doctrine des acrimonies, auroit dit dans son Dictionnaire , que V alouette faisant beaucoup tC exercice f ses sels volatils dowent être exaltés et ses sucs alkalescens. Les absorbans sont alors les principaux remèdes , parce qu’ils agissent , comme nous l’avons remarqué , en réveillant le . ressort de l’estomac , ainsi que les esprits volatils huileux de Silvius Deleboé , bien ménagés , dont nous avons vu de forts bons effets, précisément dans des cas de tumeurs froides et d’épanchement de lait.

D’ailleurs , le lait convient pendant l’usage des frictions mercurielles ) nous l’employons quelquefois , mais nous le quittons le plus tôt qu’il est possible , pour en venir aux alirqens que l’habitude du malade , le goiVt et les circonstances qu’on ne peut pas prévoir , indiquent au praticien. Nous ne saurions , par exemple , jamais consentir à ce qu’atteste Dionis , que les enfans qui virent de légumes et de fruits sont presque tous écrouelleux : nous pou« vous certifier , sans prétendre être du nombre des Pythagoriciens aussi rigides que MM. Hecquet et Cheine , avoir observé que les légumes , surtout les choux, sont fort bons pour les écrouelleux , ne fut-ce que parce qu’ils tiennent le ventre libre. Nous avons aussi vu plus d’une fois , que le grand usage des châtaignes et des raisins les soulagent beaucoup , en dissipant les embarras d’entrailles^ en calmant des fièvres et des toux opiniâtres , et en pro-» curant de l’embonpoint.

Enfin , nous avons vu des gens qui regardoient la rue comme spécifique pour les écrouelles , et qui en nourrissaient (pour ainsi dire ) les écrouelleux les années entières ; et nous avons appris , à n’en pouvoir douter, quelque bon effet de cette plante , dont les anciens avoient fait la base du mithridate , et que tous les auteurs recommandent comme alexipharmaque contre le phlegine , et les tumeurs froides et piîuileuses > mais que nous ne regardons point comme spécifique , parce que nous ayons vu que ceux qui l’emploient comme telle se trompent souvent.

, Le changement d! air. Rien ne nous paroît plus Utile aux écrouelleux que le changement d’air et d’habitudes : les habitans 1 des villes doivent toujours se flatter de trouver dans l’air de noS I montagnes un remède qui produira d’heureuses révolutions sur la machine ; l’exercice qu’on y fait , les objets qui s’y présentent , les alimens moins déguisés par l’art dont on y use , la vie libre qu’on y mène, tout concourt à favoriser ces révolutions, ^ont i nous pourrions rapporter des exemples sans nombre ; outre qu’il g est important d’user de nos eaux à leur source.

5 Ce lju’il y a de singulier , c’est que quoique l’air de nOS mon-»

Itagnes convienne aux habitans des villes , celui des villes ne convient pas à nos montagnards, qui, étant devenus écrouelleux dans leur air natal , deyroient naturellement se flatter de trouver un remède dans un air différent du leur ^ mais celui des villes est pour

45i DISSERTATION

eux si peu convenable, les alimens dont on les nourrit ont si peu de rapport avec leur estomac , les moeurs memes des villes les tiennent dans un état si éloigné de celui qui leur est propre dans leurs hameaux , qu’ils ne sauroient le supporter : nous en avons vu plusieurs qui sont tombés malades par cette raison seule , qu’ils étoient dans des villes , leur ennui aggravant singulièrement leurs maux. Les écrouelles memes se déclarent quelquefois en peu de temps dans des montagnards devenus habitans des plaines , tandis qu’ils se portoient fort bien chez eux. Contentons-nous de quelques observations à ce sujet, qui ne laisse pas d’être fort important.

i“. Les cadets de certaines bonnes maisons de paysans de nos montagnes se destinent ordinairement à l’état ecclésiastique ; le séjour qu’ils font en conséquence dans les villes change quelquefois leur tempérament d’une manière si remarquable , qu’ils sont constamment , ou les seuls écrouelleux de la famille , ou du moins les plus foibles , tandis que leurs frères qui vivent les six mois de l’année sur les montagnes sous de simples cabanes , sujets à toutes les injures du temps , se portent mieux qu’eux.

2°. Nos vieillards ont observé que depuis que les mœurs des montagnards deviennent plus douces et plus ressemblantes à celles des villes , ils deviennent eux-mêmes plus foibles , plus timides , plus sujets à un grand nombre d’infirmités qu’ils ne connoissoient pas même autrefois , et notamment aux écrouelles. ~

Il y a des cantons entiers où les hommes ont évidemment dégénéré depuis qu’ils se sont interdit les danses et les jeux de force , la j)aume , et les autres violens exercices ^ la race de ces anciens Cantabres si redoutables aux Romains s’est perdue.

3®. Entre plusieurs exemples que nous pourrions rapporter, nous nous contenterons d’observer ce qui est arrivé l’année dernière à un enfant qu’une princesse prit en affection à Barèges. Il couchoit sur la dure , ou tout au plus sur le gazon qu’il partageoit avec les brebis. Il n’avoit pour vivre que le peu de mauvais pain que ses pareils pauvres pouvoient lui fournir, avec quelques verres de petit-lait souvent fort aigri. Il s’avisa de mendier ^ il frappa tout le monde par sa candeur et par ses saillies naturelles : il mérita les bontés de la princesse j mais il en a peu profité ; car depuis qu’il a été placé comme il faut , couché à son aise , nourri mollement , et qu’on lui a donné les premiers principes d’éducation , il est devenu très-malade : son foie et son mésentère se sont engorgés , les écrouelles se sont décidées ^ il est aujourd’hui mort ou mourant. Cette révolution s’est passée dans un an : car il se portoit à merveille l’année passée , et paroissoit plus vigoureux et plus sain que ses frères ses aînés, qui sont aujourd’hui très-forts, quoique les écrouelles ne laissent pas de se faire entrevoir chez eux.

C’est un mauvais service à rendre à nos montagnards que de leur changer la nourriture , et de leur prescrire des exercices nouveaux pour eux : ceux qui s’attendrissent sur leur situation en les voyant mal couverts , mal logés , mal nourris , toujours sur des

rochers escarpés , ne connoissent pas la valeur réelle de cet état. Il approche pins de celui qui est naturel à riiomme que celui des habitans des villes 5 la multiplicité des sensations que ceux-ci éprouvent leurs coutumes , leur maintien , leurs occupations , leurs alimens , tout les tient dans une gêne qui arrête le cours des mouvemens nécessaires pour exécuter pleinement toutes les fonctions.

Il arrive aux humeurs des montagnards qui passent dans les villes ce qui arrive à l’estomac des enfans qu’on surcharge de Auande ; il s’y décide une sorte de putridité , qui est la cause de mille infirmités.

La solidité , le poids , la lourdeur des alimens pâteux dont nos montagnards se nourrissent , et qu’on peut comparer au pain grossier de Westphalie dont Hoffmann a parlé, sont nécessaires pour exciter leurs forces digestives ; ils languissent lorsqu’on leur donne quelque chose de plus léger : il est vrai qu’il leur arrive de faire des digestions qui les rendent sujets aux écrouelles j mais la difficulté même qu’ils ont à digérer suspend le développement du virus écrouelleux , ou paroît en fixant les oscillations vers, l’estomac, les empêcher -^e se joorter irrégulièrement vers le système glanduleux.

Quoi qu’il en soit ,-on ne doit pas toujours se flatter de faire une révolution heureuse dans le corps de nos écrouelleux des montagnes , en les transportant dans les villes 5 mais comme il est bon de les distraire de leurs occupations ordinaires , au moins pendant le temps du traitement de leurs infirmités , il convient de les faire voyager de vallée en vallée , d’une source à l’autre : il est de fait que celle'auprès de laquelle il sont nés , quoique semblable à celle qu’ils- iront prendre un peu loin , leur est moins utile 3 tout ce qui a un air d’habitude n’est plus un objet de sensibilité.

Ceux qui ont tant recommandé l’usage des remèdes que chaque pays fait naître , n’ont pas assez senti la nécessité ou l’utilité de ces^maximes : d’ailleurs* nos’ montagnes sont pour celui qui les connoît bien Lin petit monde , ou l’on trouve tous les climats dans la même saison. *

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