LES RAPPORTS DE NOTRE MÉTHODE AVEC CELLE DES BONS PRATICIENS
Les auteurs qui recommandent les sudorifiques avoient en vue une indication que nous remplissons avec nos eaux , auxquelles nous ne croyons jjas qu’on peut substituer les tisanes sudorifiques ni l’eau de goudron , ne fût-ce que par rapport à la grande quantité que nous sommes d’avis qu’on en prenne y sans papier des bains, de leurs degrés de chaleur, etc.
Les professeurs de Montpellier, qui voulurent, il y a plusieurs années , employer les frictions mercurielles pour les écrouelles , trouvèrent des inconvéniens que nos eaux préviennent j sur quoi nous en appelons à l’expérience.
Morton , qui prétend que scrophulœ curantur longo usu medieaminum balsamicorum , mercurialium , millepedum y Chali-
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beatorurn y et prœcipue aqiiarum miner aliiim , ne diffère de notre opinion que par la nature des eaux minérales que nous proposons, et par l’usage des martiaux, que nous ne croyons pas être un remède approprié aux écrouelles, parce qu’ils donnent en général tro]") de ton , et que nous avons éprouvé qu’ils portent à la poitrine des écrouelleux j c’est ce qui arrive à nos eaux de Bannières , qui sont salées et vitrioliques , et que bien des gens croient bonnes pour les écrouelleux : opinion à laquelle nous ne saurions nous rendre , parce que quoi qu’on puisse dire , nous avons observé qu’elles augmentent les tumeurs , les arrêts aux viscères , la fièvre et la sécheresse des écrouelleux, quoique d’ailleurs elles pussent leur être favorables à certains égards , en vidant bien les premières voies.
Quant aux cloportes, quoique Wiseman les mette au rang des spécifiques pour les écrouelles , nous avouons que nous les avons toujours employées sur l’autorité des auteurs , sans observer des changemens bien notables, peut-être parce que nous les donnions à trop petite dose.
Ruiand employoit beaucoup pour les écrouelles le soufre , son haiime et son huile de soufre : il rapporte avoir fait de fort belles cures; et il nous paroît que le soufre fait sur le sang et sur l’organe de la peau le même effet que nos eaux, quji sont elles-mêmes sulfureuses ou bitumineuses , ou qui du moins ont tant de qualités par lesquelles elles approchent de ces minéraux.
Dioscoride recommandoit , pour les tumeurs écrouelleuses , les cendres d’écorce de saule ; Lotichius , une emplâtre avec le soufre, le cresson et la moutarde ; Amatus Lusitanus , un onguent avec l’encens, le mastic , le poivre. On voit que tous ces remèdes ont du rapport avec les nôtres, et que les effets qu’ils doivent naturellement produire , prouvent, vu les succès qu’on en a éprouvés , l’existence de la disposition acide que nous avons supposé établir l’état écrouelleux dans le sang.
On peut conclure la même chose au sujet des feuilles d’aloës et de pêcher, que quelques-uns ont conseillées, ainsi qu’à l’égard de la scrophulaire , que Baillou a j)rétendu être naturœ Jiumoris scrophulosi , dont les chimistes ont dit qu’elle contient du sel vo latii et de l’huile, et dont nous nous servons quelquefois en décoction , tant sur ce que les auteurs en disent pour les écrouelles , que parce qu’il y en a qui jirétendent, qu’elle emporte étant bouillie avec le séné que nous employons souvent, la mauvaise odeur de ce purgatif, et qu’elle empêche ses effets pernicieux. IVous finirons cet article, en rapportant une recette avec. laquelle
Valleriola traitoit les écrouelles.
R. Radie Turpet. guram. hermodact.. . aa. drag. ij.
Radie, utiiusq. seropliular ., onc. j.
Radio, angelic. major., drag. ij.
Folior. orient. onc. j.
wSeamon. crud sernp. iv.
Fiat ex omnibus pulvis , et cuin sirop, rosar. pallid. s. q. massa pilul. Cnjus dosis ad drag. ij addendo 'cuilibet , mercur. dul. gr, xx,.
Voyez quelle activité ces pilules doivent avoir, et remai^uez en
même temps qu’elles remplissent les mêmes indications que nos eaux , le mercure , les purgatifs et le quinquina , et qu’elles ne sauroient le faire aussi sûrement pour des raisons qui se présentent très-natu rellement.
Ce sont là les réflexions précieuses des vrais maîtres de l’art , que nous disions au commencement devoir être recueillies avec soin : c’est par ces réflexions que nous prétendons appuyer notre méthode , que l’envie de nous singulariser ne nous fera jamais regarder comme absolument différente au fonds de celle des grands praticiens^ mais qui paroît avoir bien des avantages, une étendue et une simplicité qui doivent la faire préférer : établissons sa sûreté.
Observation pratique. Un Espagnol dont le père ni la mère n’avoient jamais eu de maladie vénérienne, âgé de vingt ans ou environ , et qui avoit depuis l’âge de quinze des tumeurs indolentes au cou et aux viscères du bas-ventre , et outre cela , un gonflement aux os du carpe et un ulcère avec carie aux vertèbres des lombesyqui étoit maigre, sec, avec les yeux chassieux et les gencives calleuses , sujet à des dévoiemens passagers, à la fièvre et même à la toux de temps en temps , qui étoit d’ailleurs sans appétit et sans force , et qui avoit été traité en Espagne où l’on avoit fait inutilement toute sorte de remèdes, jusqu’à lui ouvrir des cautères qu’on avoit ensuite laissé fermer, vint aux eaux Bonnes , où il prit les eaux en boisson ordinaire , en douche , en injection , et de deux jours l’un en bain, avec des frictions mercurielles de six gros d’onguent au tiers de mercure, faites au sortir du bain au cou, sur les hypocondres, aux dos et aux poignets, et des bols purgatifs avec le jalap et le mercure doux une ou deux fois la semaine. Le traitement dura près de trois mois, au bout desquels tous ces symptômes eurent disparu : le malade fut mis à l’usage du lait avec les eaux pendant quelques jours ^ il mangea ensuite, reprit des forces, et partit quelque temps après , parfaitement guéri : il n’a point eu de rechute. Cette observation a été faite il y a trente ans.
Obs. II. Un enfant âgé de douze ans , d’un tempérament trèsdélicat , et qui avoit été nourri du lait d’une femme enceinte , avoit , depuis l’âge de six ans , les yeux fort chassieux et larnroyans , les joues élargies, les glandes du cou fort gorgées et douloureuses, un ulcère qui résista aux remèdes ordinaires à la partie postérieure de l’oreille , le ventre bouffi , les extrémités amaigries , un fonds de fièvre lente , avec un dérangement d’appétit singulier, et des indigestions qui finissoient par des dévoiemens souvent séreux et fétides, et qu’on traitoit depuis long-temjDS par les secours ordinaires: il fut envoyé h. Barèges seulement pour l’ulcère; on prit tous les éclaircissemens nécessaires sur la conduite de sesparens, on ne trouva rien de suspect : on mit le malade à l’usage des eaux et des bains tempérés; on lui donna des frictions de trois jours l’un et demi-onee chacune , avec l’onguent fait à moitié , en le baignant les deux autres ; on lui donnoit de légers absorbans presque chaque
soir, on le purgeoit toutes les semaines , on le nourrissoit de potage et de lait : on parvint enfin à la longue à guérir la fièvre , dissiper les tumeurs, rétablir les yeux, cicatriser Tulcère, et rendre la souplesse au ventre et l’embonpoint aux membres. Cet enfant a eu depuis la petite-vérole : il lui est arrivé des accidens, des chutes et des plaies dont il est très-bien guéri , et il se porte fort bien depuis p'usieurs années.
Obs. JIJ. Une fille âgée de vingt ans , née dans un de nos villages des montagnes des plus élevées , qui eut , dès l’âge de quinze ans, les pâles couleurs , devint bientôt après sujette à un vomissement presque habituel • il fut suivi d’une tumeur indolente à une des mamelles, d’une pareille à la région de la matrice, etde j)lusieurs autres au cou : elle avoit outre cela la physionomie plombée , les lèvres grosses et violettes , les gencives délabrées et fétides , les yeux ternes, une grosseur à l’articulation du doigt indice avec le métacarpe et une enflure aux pieds ^ elle fut traitée fort inutilement jusqu’à ce qu’elle allât aux esiurs. Bonnes , oii elle prit les eaux en boisson ordinaire , ne vivant presque que de pain et de fromage grillé , se purgeant deux fois la semaine avec le jalap , le quinquina et les absorbans , se baignant une fois par semaine seulement , et se frottant elle-même deux fois avec six gros d’onguent mercuriel fait à la moitié , et distribué entre le ventre , la mamelle , le col et le doigt ; elle vécut ainsi pendant deux mois , au bout desquels elle reprit des forces , et ses tumeurs disparurent ^ mais comme ses aigreurs d’estomac et ses vomissemens avoient résisté , l’ipécacuanlia fut placé deux ou trois fois , qu’on appuya avec le quinquina : les règles, qui avoient cessé pendant la formation des tumeurs , ayant reparu , la malade fut très-bien guérie , sauf sa tumeur au doigt , qu’elle emporta la saison suivante aux eaux Bonnes , avec des frictions mercurielles locales.
Obs. Un jeune homme âgé de vingt ans , d’un tempérament mélancolique , et qui étoit extrêmement sec et un peu jaune, eut vers l’âge de quinze ans une douleur au côté droit ,* avec des coliques convulsives qu’on guérit par les remèdes ordinaires^ il parut quelque temps après des tumeurs au cou , qui augmentèrent peu à peu jusqu’à la grosseur d’un œuf de pigeon chacune : il eut , outre cela , une espèce de tumeur à l’olécrane , qui suppura et fit un ulcère^ ses yeux devinrent très-chassieux , et il fut traité par de bons maîtres qui ne songèrent jamais au mercure , parce qu’ils ne trouvèrent rien qui put fonder leurs soupçons à cet égard; mais l’ulcère ni les tumeurs ne guérissoient point : il fut préparé avec des apozèmes légèrement antiscorbutiques , précédés de l’ipécacuanha et de c[uelques purgatifs; on lui fit prendre les eaux Bonnes transportées : les tumeurs grossirent ; il se déclara un autre ulcère au poignet ; on continua les mêmes remèdes , une des glandes vint à suppurer , et le doigt indice de la main s’engorgea : on fit prendre quelques bains aux eaux Bonnes , où le malade ne put pas rester ; on lui donna des frictions chez lui de deux jours en deux jours, de deux onces chacune, avec l’on-
guent fait à moitié : on donna vingt frictions^ le malade buvoit toujours les esiu.^ Bonnes , et vivoit de potage : enfin il fut envoyé kBareges pour y prendre les eaux^ les douches et quelques bains , et les tumeurs disparurent totalement , ses ulcères se cicatrisèrent; il prit , de retour chez lui , des apozèmes avec un nouet de rhubarbe et de quinquina ; ce qui remit ses forces et son embonpoint.