‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 95 sur 96 · ÉCROUELLES · texte numérisé non relu

ÉCROUELLES

Les lois générales peuvent induire à erreur dans la pratique de la médecine et de la chirurgie ; il est important de spécifier les cas et leurs différences. Ceux qui, convaincus de la bonté de la méthode que nous proposons , croiroient pouvoir guérir toute sorte d’écrouelles avec nos eaux , le mercure et nos autres remèdes , risqueroient de se tromper dans l’application qu’ils pourroient en faire : la dose des remèdes qu’il faut donner , la façon de les administrer , et les différens mélanges qu’on peut en faire , exigent des connoissances et des précautions singulières ; outre cela , il est essentiel de ne pas entreprendre le traitement de toute sorte d’écrouelleux.

En un mot , il y a des règles importantes que la pratique seule apprend, et que nous allons tâcher d’exposer du mieux qu’il sera possible. Bien des gens pourroient s’imaginer que rien n’est si aisé ; mais les vrais praticiens connoissent la difficulté qu’il y n à mettre chaque observation à sa place , à en conclure ce qu’il faut seulement, et même à expliquer ce qu’on sent soi-même : essayons de rendre ce que les malades nous ont appris sur des matières dans lesquelles les auteurs nous ont manqué.

Nous trouvons dans toute sorte d’écrouelles trois états différens, quels que soient l’âge et le tempérament de ceux quj en sont atteints.

Elles se réduisent à une sorte de disposition écroiielleuse encore cachée o,u peu décidée y qu’on ne distingue que lorsqu’on est vraiment connoisseur , ainsi que les premiers degrés d’une fièvre lente ; c’est là ce que nous nommons le premier état ou le premier temps des écrouelles.

Ou bien elles se développent actuellement, elles se montrent, leurs'symptômes augmentent ou se décident ; on peut les comparer à ces maladies aiguës , qui sont au point que les anciens nommoient perturhatio critica : la dépuration du sang se fait, pour nous exprimer comme Sydenham; les malades qui sont dans cet état ont quelque rapport aux filles qui sont au moment d’avoir leurs règles pour la première fois ; c’est là ce que nous appelons le deuxième état des écrouelles.

Elles sont enfin bien déterminées , bien caractérisées ; tout le monde les reconnoît; elles n’augmentent ni ne diminuent au moins pour l’ordinaire; et c’est là leur troisième état par lequel nous croyons devoir commencer , parce qu’il apprendra à connoîtra les bornes des deux autres.

Le troisième état des écrouelles.

Cet état est le plus comniLin , oli du moins celui pour lequel les médecins sont le plus consultés y il est généralement connu , et il importe, comme on va le voir, de le bien examiner.

Obs. Une femme avoit depuis son enfance des tLimeurs écroLielleuses au cou , qui étoient bien caractérisées par les autres symptômes ordinaires : la malade vint à perdre ses règles par son âge , les écrouelles grossirent un peu ) elles furent regardées comme une maladie nouvelle par des gens qui avaient ouï parler de la vertu des eaux Bonnes et de l’action du mercure : la malade fut traitée par notre remède^ elle mourut dans le traitement , les tumeurs au cou ayant suppuré.

Un homme naturellement sec et bilieux, qui avoit depuis longtemps des tumeurs écrouelleuses au cou , devint sujet à de vives coliques, à la suite desquelles parut une tumeur fort considérable au mésentère : on soupçonna que c’étoient des glandes écrouelieuses , comme celles du cou y on traita le malade par des apozèmes , des frictions mercurielles , et les eaux de Barèges : il mourut hydropique très-peu de temps après.

Nous avons encore vu périr , par l’action des eaux Bonnes , un eîifant qui vivoit depuis bien du temps avec tout le- mésentère squirrheux , et le cou plein de tumeurs écrouelleuses , ainsi qu’un jeune homme qui avoit le foie pris , et les glandes du col fort gorgées : enfin nous avons vu une femme qui avoit depuis long-temps des glandes au cou , avec un squirrhe à l’ulérus , et d’autres symptômes des écrouelles , périr au retour de Barèges.

Nous pourrions encore parler de bien d’autres que nous avons vu succomber aux memes eaux et au mercure , administrés inconsidérément et sans méthode , pour des tumeurs aux mamelles, sous les aisselles , pour des caries et des ulcères écrouelleux , sans parler de ceux dont les tumeurs étoient internes.

Telles étoient les tumeurs écrouelleuses dont parle Fabrice ïlildan , qui étouffèrent un malade qui avoit le cou plein de glandes , et qu’on traitoit avec les eaux de Baden , ainsi que celles d’un autre malade cité par le même auteur, et qu’un charlatan fit mourir en lui faisant des opérations sur des tumeurs écrouelleuses ; telle étoit la tumeur à la rate, qu’on opéra contre l’avis de Lotichius5 ce dont le malade mourut.

Bien n’est si grand , rien ne mérite tant d’être bien médité , rien enfin ne fait tant d’honneur à l’art de guiérir , considéré comme il doit l’être , que ce qu’Hippocrate dit au sujet des cancers occultes , non curati longiiis perdurant tempus.

Le plus court parti qu’il y ait à prendre , est d’abandonner de certaines maladies a elles-mêmes j on a beau faire lorsqu’elles sont à un certain point, on ne sauroit en venir à bout- Ce précepte est plus important qu’on ne pourroit le croire ; et il n’est pas douteux qu’étant bien entendu , il ne puisse sauver la vie à bien des écrouelleux^ ainsi qu’à bien d’autres malades atteints de maladies

chroniques , qu’on ne fait souvent qu’irriter par des remèdes appliques mal à propos.

Mais ..comment faire comprendre à bien des gens quel est le prix de cette modération ? comment la concilier avec ce que tant d’auteurs recommandent sur l’importance , et meme la nécessité de certains remèdes?

Obs. Nous fûmes consulté il y a neuf ans par une fille agee de vingt-cinq ans , qui depuis l’âge de quinze ans avoit des glandes au cou, qui avoit toujours été mal réglée, dont le ventre se bouffit et se durcit ensuite , sans doute , par des tumeurs au mésentère ou à la matrice , qui avoit les deux mamelles squirrheuses, qui vomissoit presque tout ce qu’elle prenoit, qui avoit de temps en temps les extrémités inférieures fort enflées , la face bouffie , pâle et plombée , qui avoit perdu ses dents , craché du sang et des purulences , et qui enfin ne pouvoit uriner qu’en se sondant elle-même , ce qu’elle ne faisoit jamais qu’en se blessant et en rendant du sang avec l’urine.

Tout bien examiné, nous crûmes qu’il étoit de notre prudence de ne point attaquer une pareille maladie 'j car, par où commencer , et comment s’y prendre? en 'un mot , nous conseillâmes à la malade de vivre comme elle l’entendroit , sans pourtant faire aucun excès , et d’éviter surtout toute sorte de donneurs de remèdes , de quelque état qu’ils fussent.

Qu’est-il arrivé ? c’est que cette malade vit encore^ elle va et vient ; elle travaille , autant qu’il est possible, avec les mêmes infirmités , qu’elle a toujours; elle fait presque tous les jours du sang 23ar les urines , en se sondant ; elle crache tantôt des matières purulentes , tantôt du sang ; elle a des accès de fièvre fort vifs de temps en temps , et avec tout cela elle vit , et nous ne doutons point qu’elle n’eût succombé aux remèdes.

C’est après des expériences réitérées que nous sommes forcé de faire cet aveu , qu’il nous seroit bien aisé d’appuyer de plusieurs autres observations semblables. Nous avons, comme tant d’autres , en sortant des écoles ^ payé le tribut aux idées des maîtres , qui inculquent aisément leurs dogmes dans l’esprit des jeunes gens ; ceux-ci viennent, s’ils sont sages , à découvrir dans la pratique combien ils sont loin de compte avec le plan qu’ils s’étoient formé : nous avons enfin connu combien il est important de savoir distinguer , quœ sunt artis.

Ainsi , notre premier soin , en voyant un écrouelleux , êst d’examiner s’il est incurable , ou s’il n’est pas dangereux de le traiter.

L’âge du malade nous fixe d’abord à cet égard : il est assuré que si c’est un adulte , il guérit plus difficilement qu’une jeune personne ; non pas que nous regardions toujours les adultes comme incurables , ainsi que Wisenian ; mais c’est qiTen effet il faut toujours , dans ces cas , modérer son espérance , surtout lorsque les ecrouelles sont anciennes.

D’ailleurs , si c’est une femme qui n’est pas réglée , et dont on ne puisse pas se flatter de rétablir les règles , soit à cause de son

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âge , soit à cause de sa constitution , nous n’eiitreprenons point de la traiter.

Enfin , quand même le malade seroit un enfant , si son me'sentère est pris depuis long-temps , s’il souffre jusqu’à un certain point , s’il a la fièvre , et souvent le dévoiement , s’il est sujet à la toux sèclie et à des difficultés de resjDirer , avec les hjpocondres élargis, la face pâle, et tout le corps fort maigre, nous croyons qu’il convient de ne pas lui administrer des remèdes , et qu’il est vraisemblablement incurable ) l’état d’enfance exige pourtant des considérations particulières, dont nous parlerons tout à l’heure.

Au reste, il convient de distinguer, dans les maladies incurables , celles qui ne peuvent qu’empirer par un traitement quelconque , et dont on espère , qu’abandonnées à elles-mêmes , elles ne tueront pas le malade, d’avec celles où le malade est évidemment mort , si on ne lui fait des remèdes.

Il est permis , dans ce dernier cas , de tenter quelque médicament : e X tréma , comme on dit, extremis. Il seroit bon cependant qu’on modérât la pente que bien des gens ont à éprouver de certains remèdes , et à se conduire seulement par la médecine et la chirurgie rationnelles .

Quant à nous , nous croyons avoir fait tout ce qui convient , en distinguant avec attention les écrouelleux qu’il faut abandonner à eux-mêmes , d’avec ceux qu’on peut traiter avec espoir. Mais , comme nous l’avons remarqué plus haut , l’expérience nous a convaincu qu’il ne faut pas se déterminer trop tôt à regarder une maladie comme incurable , ou faite pour résister aux remèdes et au régime ; ce qui se voit surtout dans les enfans écrouelleux : il y en a qui paroissent perdus sans ressource , et qui pourtant se remettent quelquefois sans aucune sorte de remèdes.

Nous pourrions citer des observations de pareils malades , dont nous n’avons pas osé entreprendre le traitement , et qui ont repris par la suite des forces et de l’embonpoint ^ tant il est vrai que la révolution du tempérament et la mutation de V âge puéril, comme dit Chauliac expliqué par Joubert , font des effets surprenais sur les écrouelleux ; ce qu’il ne faut jamais perdre de vue , et dont nous parlerons encore ci-après.

Traitement palliatif du troisième état des écrouelles.

Les remèdes que nous ne croyons pas convenables dans ce cas , ne sont que de ceux que nous nommons curatifs ^ mais les simples palliatifs conviennent sans doute : le corps d’un écrouelleux décidé s’étant accoutumé aux ulcères , aux tumeurs et aux autres infirmités , il y auroit de l’imprudence à tenter une révolution impossible. Cicatriser les ulcères, dissiper les tumeurs , donner des fondans et des évacuans dans ces cas, c’est évidemment vouloir tuer le malade ) mais on peut le soulager , l’aider à supporter plus aisément ses infirmités , et empêcher qu’elles n’aillent en empirant : c’est ce que nous avons fait dans bien des occasions , outre celle dont nous avons parlé. {Obs. V lé)

Obs, VU. Une Espagnole âgée de trente ans avoit des tumeiirâ écrouelleuses fort grosses au cou , du mal aux yeux , un squirrhe au foie , une toux sèche et vive , avec difficulté de se coucher suivie côté gauche ; un gonflement au pied et un ulcère à un des doigts de la main. Cet ulcère ayant rongé une phalange , et s’étant cicatrisé à la faveur des baumes ordinaires , la malade se croyoiü en voie de guérison lorsque les tumeurs et son mal aux yeux augmentèrent } ce qui fit qu’elle nous consulta : nous fumes d’avis , qu’après la saignée et quelques purgatifs, entremêlés avec la boisson de nos eaux pendant douze jours seulement , le malade se fît ouvrir deux cautères, un à un bras, et l’autre à la jambe - dès que leur suppuration fut en train , le mal aux yeux diminua , les tumeurs revinrent à leur premier état , et nous conseillâmes à la malade de s’en tenir là , observant seulement de se purger de temps en temps.

Obs. VIJI. Une femme âgée de quarante-cinq ans , qui avoit depuis long-temps trois grosses tumeurs écrouelleuses au col , sans compter un goitre considérable , et qui étoit d’ailleurs sujette à des attaques de vapeurs si vives qu’elles gonfloient prodigieusement toutes ses tumeurs , vint à perdre ses règles , et devint depuis sujette à un asthme et un crachement de sang périodique J ses glandes du col augmentèrent même, et elle étoit dans une situation si triste , qu’on auroit dit qu’elle alloit étouffer à chaque instant.

Nous nous bornâmes à tâcher de la remettre dans l’état oii elle étoit avant d’avoir perdu ses règles : nous lui fîmes prendre les eaux de Barèges seules pour l’asthme , après la saignée et quelques purgatifs, et nous ouvrîmes deux cautères ^ ce qui diminua tous les accidens, et fendit les tumeurs aussi supportables' qu’elles l’étoient depuis quinze ou vingt ans.

Ces deux exemples suffisent pour montrer comment nous nous comportons dans le cas dont il est question : le régime , le lait et les cautères précédés de quelques doses de nos eaux , sont alors nos secours. Nous prétendons augmenter les voies des excrétions par les cautères , et fournir moins de vivacité , de force et d’excrémens par le régime , en diminuant la quantité des alimens , et par l’usage du lait , dont les effets ordinaires qui sont l’affaissement et la faiblesse , sont favorables dans ce cas ; nous considérons les tumeurs écrouelleuses comme faisant corps à part par rapport au reste des organes : il ne faut ni les agacer , ni les augmenter • il faut tâcher d’empêcher les humeurs d’aller y aboutir en grande quantité , et les traiter comme un squirrhe au foie , comme un calcul aux reins , comme des tubercules au poumon , en tenant les vaisseaux le moins pleins qu’il se pourra.

Remarquez que nous insistons plus sur le défaut de sang , de suc nourricier et d’excrémens , par lequel nous prétendons masquer ou éluder , pour ainsi dire , la maladie , que sur les lavages et les délayans et tant d’autres remèdes qu’on vante beaucoup comme propres à remplir les indications que nous avons en vue ; et cela parce que l’expérience nous a appris que les remèdes pré-

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tendus adoiîcîssans irritent au lieu d’adoucir , et hâtent le cours du mal au lieu de l’arrêter; ils gâtent les digestions; ils allument la fièvre et bouleversent les excrétions , qui vont enfin aboutir à la partie affectée , comme nous le prouverons par l’observation suivante.

Obs. IX. Un homme âgé de cinquante ans avoit depuis plus de vingt quelques grosses tumeurs écrouelleuses au cou : dès qu’il faisoit quelque débauche , dès qu’il se dérangeoit de sa façon de vivre , soit en buvant ou en mangeant plus qu’à l’ordinaire , soit en prenant quelques matins de suite des lavages , des apozemes et mênie du lait ; enfin , dès qu’il survenoit quelque épidémie particulière , il devenoit sujet à des gonflemens singuliers de ses glandes , qui formoient quelquefois des attaques périodiques , comme des attaques d’asthme, et dans lesquelles il imitoit évidement en respirant le bruit que font les cochons (ce que nous avons indiqué ci-dessus , dixième fait.)

Nous avons encore vu périr quelques écrouelleux par des rejets d’une maladie qui portoit sur la poitrine de ceux dont le temj)érament étoit bien constitué , et qui alloit aboutir aux glandes des écrouelleux.

Ainsi tout est quelquefois dirigé vers les glandes et les ulcères des écrouelleux, et on est bien étonné, lorsqu’on ne s’y attend point , de voir de ces mauvaises directions de matières excrémentitielîes succéder même à l’usage des remèdes délayans et adou-^ cissans , ainsi que des incisifs.

Ce qu’il y a de plus utile à faire , est de modérer les malades sur la nourriture : il faut leur laisser celle dont ils usent ordinairement, et à laquelle leur estomac est fait; ne leur donner, pour ainsi dire , ni de plus mauvais , ni de meilleurs alimens ; mais leur en diminuer la dose autant qu’il se pourra.

Observations particulières.

Nous finirons cet article en rapportant quelques observations particulières sur des écrouelleux , que nous ne pourrions pas pla- ^ cer ailleurs.

Thomas Bartholin parle d’un paysan qui eut en deux ans de de temps un pouce si gros qu’il approchoit de la tête d’un homme ; nous avons vu tous les doigts de la main ayant chacun trois ou quatre tumeurs si prodigieuses , que la moindre étoit de la grosseur d’un œuf de poule : il y avoit une pareille tumeur au milieu du rayon. Ces tumeurs s’étoient formées peu à peu en trois ans ; elles sembloient des vessies , dans lesquelles on sentoit craquer quelque chose de cartilagineux , ou comme du parchemin sec ; elles sembloient aussi emphisemateuses ; elles avoient quelque rapport avec celles qui sont représentées dans une figure de la Chirurgie de Heister. Ce qu’il y a de singulier , c’est qu-èlles étoient traitées par des gens qui ne visoient pas à moins que de les fondre au moyen des mercuriaux , dont nous bines cesser l’usage, parce qu’ils commençoient à éprouver le malade , qui auroit infailliblement été la victime de ces remèdes.

Le même Thomas Bartholin parle dhin steatome â la vessie % nous en avons aussi trouvé dans les cadavres des écrouelleux , et notamment trois ou quatre qui ayoient été pris pour des pierres à la vessie , dans un sujet dont nous trouvâmes tout l’os innommé du coté gauche fondu , depuis le pubis jusqu’au bord postérieur de l’ischium , et comme une bouillie très-claire , sentant plus l’aigre fétide que le pourri. Les cartilages de la cavité cotyloïde , celui de la tête du fémur, et le ligament rond qui nageoient dans une espèce de matière glaireuse , étoient sains dans leur état naturel , séparés de leur os comme par une menstrué qui n’auroit fondu que ceux-ci ( car le col du fémur et sa tubérosilé étoient aussi fondus).

Paracelse parle des nattas cartilagineuses , des charnues et des ligamenteuses ; on en a vu dans notre pays une aux os innominés , qui commença par une légère exostose sur leur surface externe , et qui vint à acquérir le volume du yjlus gros potiron , qui étoit en partie cartilagineuse, en partie osseuse , et pleine d’une matière couleur de lie, et qui fut opérée par un charlatan , entre les mains duquel le malade mourut.

Enfin , Severinus parle d’une tumeur prodigieuse â la cuisse , qu’il appelle œdejnosarca ^ nous avons vu toute l’extrémité inférieure de la grosseur d’un homme ordinaire j la jambe avoit plus de trois pieds de circonférence , et elle étoit pleine d’ulcères , ainsi que tout le tour du cou. Il arrivoit à cette prodigieuse extrémité à peu près ce que nous avons vu arriver à un gonflement général de tout le bras , qui augmentoit ou diminuoit à vue d’œil , suivant Je temps et les passions du malade ; de sorte qu’on pouvoit aisément voir s’il sentoit vivement quelque chose par le gonflement subit de son avant-bras et de ses doigts : il ne pensoit point , il ne faisoit pas le moindre effort sans que ce bras s’en ressentît^ ce qui paroît moins singulier à ceux qui ont bien étudié l’économie animale , qu’à ceux qui n’ont que quelques notions générales et indéterminées.

Le deuxieme état des écrouelles.

Venons au deuxième état, que nous avons dit être caractérisé par des signes qui indiquent le développement de la maladie, dont l’augmentation des glandes , la formation des ulcères , et les autres symptômes plus ou moins urgens indiquent les progrès.

Cet état, que nous avons comparé à la fièvre ôlévacuation des maladies 'aiguës , ou à ce que les anciens r\omxn.oiex\\, perturbatio critica , nous paroît n’être autre chose qu’une sorte de fièvre , qui doit fondre les feuillets de substance cellulaire dans lesquels le virus écrouelleux s’est tenu caché jusqu’à ce que le temps l’ait enfin développé. C’est à cette sorte de suppuration que nous attribuons la fièvre , les indigestions, les foiblesses et les tumeurs qui se montrent dans cet état , ainsi que la maigreur , qui n’est cependant pas toujours bien apparente^ ce que nous avons remarqué dès le commencement [septième fait).

Ce point de vue , sous lequel nous considérons le deuxième état

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des écrouelles , fait d’abord seutir que uons le regardons j à certains égards , comme une sorte de travail dépuratoire , dont nous ne sommes pas alarmés, pourvu qu’il soit contenu dans des bornes convenables.

En un mot , nous trouvons dans ce développemejit de la maladie un commencement, une fin, des effets, des crises, ou des évacuations par les veines, les sueurs, les ulcères et les tumeurs squirrheuses même ; nous ne doutons point que si nous nous étions attachés à le peindre à la façon d’Hippocrate , nous n’enssions trouvé un certain ordre dans sa marche y mais nous avons abandonné cette précision scrupuleuse , comme n’étant que de pure curiosité.

Quoi qu’il en soit , l’expérience nous a appris , que , quelle que soit la vertu de nos remèdes , il n’est pas question de les employer sans considération : il est important de laisser aller la maladie jusqu’à un certain point , de ne pas faire de trop promptes révolutions , et de ne pas se presser dans l’application des remèdes , qui ne font , comme nous l’avons insinué ci-dessus , que donner une sorte de fièvre, qui doit nécessairement, pour produire quelque bon effet , avoir un certain rapport avec celle que la nature excite : tout ce que nous avançons peut être conclu des observations suivantes.

Obs. X. Un enfant âgé de treize ans, décidé écrouelleux par des ulcères et des tumeurs qui augmentoient de jour en jour, et par d’autres symptômes ordinaires , fut traité à Barèges par les bains tempérés , la boisson des eaux et les frictions : il guérit en fort peu de temps ^ tous les symptômes de la maladie disparurent entièrement^ mais il retomba l’année d’après : il fallut revenir aux mêmes remèdes , qui , étant administrés avec plus de modération , et soutenus par les amers, le quinquina et les absorbans , réussirent enfin à établir une guéris.on assurée • ce que les suites ont prouvé , puisqu’il n’y a point eu de rechute.

Obs. Xf. Un homme âgé de quarante ans , qui avoit vécu pendant sa jeunesse dans un climat fort marécageux , où il ne buyoit que de l’eau de puits fort mauvaise, fut attaqué en même temps de trois tumeurs écrouelîeuses , l’une au cou , l’autre au doigt index, et l’autre au pied. Nous le mîmes, après les remèdes généraux et les vomitifs réitérés, qui procurèrent des évacuations très-glairenses , à l’usage des eaux Bonnes et des frictions mercurielles , qu’il se donnoit lui-même : il fut tellement soulagé après la quatrième friction, c’est-à-dire au huitième jour, et après trois semaines de l’usage des eaux , qu’il se crut guéri • et comme il attribuoit sa guérison aux eaux seules , qu’il buvoit avec délice , il s’en gorgea, il négligea le mercure , il cicatrisa ses tumeurs , qui avoieiit suppuré : il ne lui restoit qu’un point de carie au doigt de la main • il reprit des forces : nous l’exhortionstous les jours à ne pas se croire si tôt guéri , et à aller aux eaux Bonnes pour y finir ses remèdes , et même à se faire ouvrir un cautère , ce que son âge nous sembloit exiger; il ne nous écouta

J^oint. Enfin , il vint quelque temps après à cracher le sang, et il nous avertit que lorsque ayant traité et guéri son crachement de sang par les mêmes eaux Bonnes, ses favorites, il sentit une tumeur dans le has-ventre : nous le trouvâmes avec la fièvre ^ il n'étoit plus temps de détourner le coup j tout le mésentère étoit pris J le malade mourut enfin avec une suppuration dans les glandes de cette partie.

Ainsi il convient de ne pas trop se presser, afin de produire un changement durable, et qui n’empire pas l’état du malade; il faut même se rassurer contre les craintes que pourroit causer l’augmentation des symptômes , qui suit quelquefois les premières prises de nos remèdes ; car outre qu’il est très-naturel d’imaginer qu’ils ne peuvent agir qu’en augmentant un peu les accidens , ce que nos eaux font ordinairement dans toute sorte de maladies , c’est que nous avons observé que cette augmentation est de bon augure , comme on peut le voir dans les observations précédentes.

Obs. XJL Nous nous contenterons , entre quelques cas que nous pourrions rapporter ici, de choisir celui d’un paysan âgé de quaranté ans , qui ayant depuis quelques années des tumeurs au cou , un ulcère fistuleux avec carie de deux côtes , et un gonflement au genou, qui sembloit tenir de l’anchylose , fut guéri radicalement à Barègcs , au moyen des eaux et des frictions mercurielles.

C’est ce qui nous faisoit dire contre Wiseman (ci-dessus) , et quelques autres, que les écrouelleux adultes ne sont pas toujours incurables. Il paroît qu’on a confondu les écrouelleux que nous disons être dans le troisième état, avec les écrouelleux d’un âge avancé ; on peut être fort jeune , et avoir des écrouelles fort avancées , et qu’on peut regarder comme anciennes , et nous en avons vu de fort récentes dans des vieillards mêmes.

Cependant l’enfance est l’âge le plus favorable à la guérison même du second état des écrouelles : nous l’avons déjà dit; et nous pourrions rapporter , si tout le monde ne convenoit de cette vérité , des guérisons faites avec nos eaux et les frictions locales , sur les enfans presque aussi jeunes que celui dont parle Rulland , qui en guérit un de douze jours.

Quelques purgatifs , des vomitifs , des croûtes au visage ou à la tête , une coqueluche , une attaque de vermine , suffisent souvent pour dissiper des tumeurs écrouelleuses dans des enfans : on les voit quelquefois aller et venir , et il ne faut pas les craindre jusqu’à un certain point , pourvu cependant qu’elles soient si légères qu’elles ne risquent pas d’avoir des suites ; ce que l’usage aiîprend à distinguer.

Il est un temps oh les jeunes filles sont souvent attaquées des écrouelles au second degré , qui est aussi fort favorable à leur guérison , ou à l’action des eaux et du mercure : c’est celui oh elles sont à la veille d’avoir leurs règles ; l’action que l’approche des règles excite , la révolution qu’elle fait sur toute la machine , jointe à celle des remèdes , finissent heureusement par une éva-

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cuation natvirelle , qui dissipe , pour peu qu’on l’aide , toute sorte de symptômes.

Le quinquina nous paroît essentiel dans ces cas ^ nous lui avons même quelquefois joint le safran , afin d’augmenter la vertu emménagogue 5 il semble avoir plus de penchant à porter à la matrice que le mercure et les eaux , qui se laissent quelquefois conduire par le courant des excrétions , qui vont aboutir aux organes spécialement affectés par les écrouelles. Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire .de rapporter des observations de cures faites dans ces occasions ^ qui sont évidemment plus aisées à conduire à une fin heureuse , que toutes les autres dont nous avons parlé , pourvu que la matrice n’ait pas totalement perdu son action 5 ce qui fait alors que les écrouelles des jeunes filles rentrent dans la classe de celles qui i>ont du troisième état ^ car comme l’évacuation des règles favorise la guérison des écrouelles, de même aussi leur suspension les aggrave singulièrement, et leur fait parcourir leur temps bien plus vite qu’elles ne le font sur les écrouelleux du sexe masculin.

Traitement palliatif du second état des écrouelles.

On peut trouver des oppositions à la cure radicale de la part des malades et des assistans ; et il est même quelquefois imj)ossible de l’entreprendre , quelque bonne volonté qu’on ait , vu la complication qui peut se rencontrer : outre que , comme nous l’avons déjà remarqué , il ne faut pas toujours en venir brusquement à ce traitement , il faut dans tous ces cas avoir recours à des palliatifs, dont les occasions font assez sentir la nécessité.

Nous serions fort portés à regarder nos eaux seules , et prises à l’ordinaire comme un palliatif convenable et très - approprié , tant est grand le nombre des écrouelleux qui viennent en user à chaque saison , et qui se retirent ayant calmé de beaucoup leurs maux; mais comme il y a bien des gens qui, s’en rapportant aveuglément à la réputation que nos eaux ont acquise depuis quelque temps , en espèrent trop , et viennent quelquefois s’y rendre plus malades, nous croyons qu’elles ne doivent être données à titre même de palliatif , qu’après un miir examen de l’état du malade , et du changement souvent trop favorable que ces eaux font dès les premiers jours de leur usage.

Le lait convient encore , ainsi que les toniques , les absorbans et les purgatifs dans ces cas ; mais leur usage demande aussi bien des précautions.

De tous les remèdes palliatifs , le cautère est celui qui suspend le plus efficacement le progrès des écrouelles , ou qui retarde îê plus leur développement. Nous voyons tous les jours des Espaà gnols chargés d’écrouelles qu’ils ont suspendues par les cautères , qui conviennent , et que nous employons surtout lorsque le maî gagne, par exemple, les yeux, qu’il est important de dégager fort vite , parce que , pour peu qu’il se fasse de suppuration dans ces parties, elles ne reprennent jamais leur disposition naturelle s elles restent toute la vie sujettes à des fluxions fort incommodes.

Les cautères nous ont souvent empêché ces accidens , et nous donnent le temps de préparer la cure radicale , qu’il faut toujours diriger sans se presser.

Le premier état des écrouelles .

Nous voici enfin parvenus à l’état des écrouelles le plus difficile à connoitre et à traiter , et en même temps celui qu’il seroit le plus important de pouvoir guérir radicalement.

Il est ordinairement mieux caractérisé dans les en fans nés de parens écrouelleux , soit que l’ayant porté du ventre de leur mère , iis se trouvent déjà plus près du second état , soit qu’on y fasse plus d’attention à cause de la constitution des parens , soit enfin parce que ceux qui deviennent écrouelleux par accident sont mieux constitués et résistent plus aux effets du virus.

Quoi qu’il en soit , il seroit bien consolant de pouvoir dire , voilà un enfant écrouelleux au premier degré “ il faut le traiter , ra rêter les écrouelles , les empêcher de parcourir leur temps ^ et voici quels sont les remèdes qu’il faut employer.

On sauveroit par là bien des peines à des malades chargés d’infirmités d’autant plus fâcheuses , qu’elles tiennent toujours du virus qui fomente leur principale indisposition : on épargneroit à bien d’autres des douleurs , des opérations , et des traitemens douloureux • enfin , on empêcheroit peut-être que ce virus ne vînt à. se transmettre des pères et des mères aux enfans , ce qui couperoit racine à une infirmité qui ne porte que trop sur l’espèce 1 mm aine.

Mais outre qu’il est impossible de résoudre les parens d’un enfant à le livrer à un traitement dont il ne leur semble pas avoir besoin, c’est que, n’étant pas assez sûrs de nos remèdes, nous n’oserions jamais le recommander d’une certaine façon : après tout , il ne nous est pas permis de tenter des manœuvres qui paroisse iiLpouvoir avoir quelque heureux succès , mais qui pourroient aussi avoir de mauvaises suites.

En un mot , nous ne saurions, sur ce qui regarde le traitement radical de ce premier état des écrouelles , rapporter que des présomptions , fondées à la vérité sur quelques observations , mais , qu’à dire vrai, nous ne regardons pas nous -même comme concluantes, quelque bonne envie que nous eussions de faire quelque découverte utile sur une matière aussi importante.

Rappelons d’abord ce que nous avons remarqué , en peignant les écrouelles en général {premier fait) • la pâleur, la grdsseur des lèvres , la maigreur , la foiblesse et quelquefois même la vivacité d’esprit dont nous n’avons pas parlé , et que quelques auteurs mettent au rang des symptômes des écrouelles : joignez à cela la voracité , un certain air luride , /mec , une voix rauque , des propos d’enfant gâté , les épaules élevées , et un je ne sais quoi qu’on ne peut pas exprimer, et qui excite sur un connoisseur une méfiance qu’il trouve presque toujours fondée , vous aurez les caractères du premier état des écrouelles.

Or , comme nous l’avons dit bien des fois , tout cela dépend de

îa constitution du suc nourricier , qui étant appauvri par les acides développés dans les humeurs, a perdu sa ductilité, et a fourni moins de substance cellulaire aux fibres des nerfs , qui , étant dégagés des gaines que la nature leur ménage ordinairement, se trouvent plus vihratilés.

C’est donc l’amélioration du suc nourricier que l’on doit avoir en vue dans le traitement du premier état des écrouelles , afin d’empécher ses progrès.

Il nous paroît qu’il est bon d’entreprendre cette curation ah ovo , et de commencer , lorsqu’on le peut , par traiter le père et la mère : eu effet, nous avons observé que des parens écrouelleux avoient fait des enfans plus vigoureux , après avoir été guéris , après avoir changé d’air , et avoir pris nos eaux , qui sont singulièrement pi^o-^ lijiques qu’avant qu’ils eussent fait aucun remède.

L’enfant étant né , pourquoi ne pas lui donner , avec une nourrice choisie, comme on le fait ordinairement, des remèdes qui pussent emporter l’impression héréditaire? Pourquoi ne pas traiter sa nourrice , afin de lui faire téter un lait chargé de parties qui pussent s’opposer aux progrès du virus? Nous avons souvent , comme tant d’autres, purgé des enfans de cette manière.

Mais comme le lait de femme nous paroît avoir pins d’analogie avec toutes les modifications que peuvent prendre les sucs des enfans , nous croyons que le lait des animaux résisteroit plus à îa disposition écrouelîeuse y nous choisirons le lait de vache et de chèvre , par préférence à celui des brebis , parce que ces derniers animaux sont sujets à des tumeurs qui ont beaucoup de rapport aux écrouelles : nous avons vu des enfans dans la montagne nourris de cette façon , et qui étoient plus sains et plus vigoureux que leurs frères, qui avoient été nourris par leur mère, qui avoit des écrouelles.

Comme le lait , quel qu’il soit, a toujours dû penchant à prendre la tournure acide que nous avons dit se trouver dans le suc nourricier des écrouelleux ,. il seroit à souhaiter qu’on put lui substituer , même dans l’enfance , une liqueur plus active et plus directement opposée au levain que l’on craint^ les panades faites avec de la pâte cuite et fermentée auroient peut-être les qualités propres pour cela : nous les croirions très-convenables , surtout si l’on y ajoutoit un peu de vin. Toutes nos nourrices ont éprouvé que le pain trempjé dans le vin rend les enfans plus forts et plus rohu-stes ; c’est précisément ce que nous voudrions faire dans les écrouelleux dont nous craignons la foiblesse et la débilité : c’est pourquoi nous serions d’avis qu’on leur fît des panades avec un peu de vin cuit si l’on veut, et quelques aromates, comme îa cannelle, qu’on pourvoit aussi soutenir par quelques puuses de chocolat de santé, dont le principal ingrédient nous semble avoir les qualités convenables pour combattre l’état écrouelleux , et auquel nous joindrions encore Tusage des châtaignes bien cuites et mises en bouillie.

Nous aurions aussi recours à nos eaux , que nous avons déjii fait prendre à des enfans, et dont une fille, qui est d’une cou-

stitution ecrouelleiise , fait sons nos yeux depuis cinq ans sa toîsson ordinaire : elle ne vit que d’eau Bonne et de café ^ elle ne peut absolument retenir que ces deux liqueurs : elle vomit toute autre chose , meme l’eau pure très-souvent, et elle a avec cela de l’embonpoint.

Un enfant nourri comme nous le proposons deviendroit encore plus fort si on l’accoutumoit à des bains froids ^ nous avons vu un jeune homme dont tous les frères étoient écrouelleux , et qui s’étoit préservé de cette maladie en se baignant souvent dans l’eau froide , en rompant meme quelquefois la glace , comme on le fait dans certains pays du nord.

On voit que notre intention est de rendre le suc nourricier plus compacte. Il nous paroît que chaque digestion apporte aux premières fibres une sorte de couche de substance nourricière qui devient ensuite cellulaire : nous croyons que la nutrition se fait dans toutes les parties comme dans les os», couche par couche , ainsi que dans les végétaux , ce que nous avons déjà indiqué plus d’une fois ^ or, les alimens que nous proposons , joints à un régime convenable , appliqueroient plus intimement toutes les couches de tissu cellulaire les unes contre les autres , ce qui rendroit les vaisseaux plus forts , plus actifs , et plus propres à pétrir et à mêler les humeurs , et à faire les excrétions.

Tout ce que nous venons de proposer n’est , à proprement parler, qu’une sorte de traitement prophylactique ou préser^atoire , puisqu’il ne s’agit que d’empêcher que le suc nourricier ne se charge de mauvais miasmes , qui viendroient à faire des ravages dafss la suite; mais ce n’est jias là détruire ou déloger ceux que l’enfant peut avoir déjà, quelques précautions qu’on ait prises: on peut bien parvenir à les masquer de façon qu’ils ne se montreront pas si aisément; mais ils seront toujours nichés àsios quelques couches du tissu cellulaire , qui étant comprimées et soutenues par de nouvelles couches saines, pourroient à la vérité ne pas changer grand’chose à la constitution des parties , mais qui resteroient toujours , et qui ne joueroient pas à proportion comme les autres.

Nous seroit-il permis de proposer nos présomptions sur la façon dont on pourroit les détruire ou les faire suppurer, comme, nous disions plus haut (frict. Merc.), que cela doit arriver? JJinoculation des écrouelles nous paroîtroit (si elle étoit possible) devoir produire cet effet : elle exciteroit d’abord quelques orages ; mais ils seroient salutaires ; on pourroit les ménager pour cet âge tendre, oii les parties sont si souples qu’il n’est pas à craindre qu’il arrive des états fâcheux.

On 2>om'i’C>it , s’il en étoit besoin, préjiarer les malades avant de leur donner , ou bien de leur développer les écrouelles : ceux qui les ont au premier degré doivent vraisemblablement payer le tribut entier , et passer jjar les deux autres , auxquels ils risquent de ne pas résister ; pourquoi ne pas les hâter, dès que l’enfance paroît plus favorable à leur terminaison , que l’âge plus avancé.

En un mot, nous procéderions , s’il étoit permis de le faire, au

sujet (les écrouelles, comme on procède en Angleterre au sujet de la petite -vérole , et comme nous avons nous -même procédé après d’autres praticiens à l’égard de quelques galeux pleins de dépôts et de tumeurs singulières , que nous avons dissipées en redonnant la gale.

Mais quelque Lien fondée que nous semble cette manœuvre > quoique nous pensions qu’elle pourroit avoir lieu dans bien d’autres maladies , nous nous garderions bien de la mettre en œuvre ; nous ne la proposerions pas même , si nous croyions que quelqu’un fut assez hardi pour en user contre l’authenticité des lois , et avant que cette métho.de fut revêtue de leur autorité; nous en parlons seulement en passant , pour la soumettre à des gens plus éclairés et plus à portée de la répandre , s’il le falloit.

Ajoutons seulement que nous avons observé que , de tous les écrouelleux , ceux qui résistent le mieux , ce sont ceux dont les écrouelles commencent dès l’âge le plus tendre , et parcourent vite le premier et le second état. H y a plus ^ c’est que ceux même qui arrivent jusqu’au troisième , s’y accoutument mieux quand ils sont jeunes , et n’en sont pas pour cela moins propres au travail , etc.

Traitement palliatif du premier état des écrouelles.

L’indication principale à remplir dans ce cas , outre la cure propltj'lactiqiie , qu’il faut ménager bien sagement , comme l’exemple de cet enfant dont nous parlions {changement d'air) plus haut , ainsi que bien d’autres nous le démontrent , est d’empêcher , s’il se peut , que les ravages du second état n’aillent aboutir au cou et au visage , ou du moins qu’ils s’y montrent le plus tard qu’il sera possible.

Les cautères aux extrémités inférieures nous paroissent trèsconvenables dans ces vues , surtout dans les Jeunes filles , en attendant que leurs règles paroissent.

C’est aussi le cas du mariage que Warthon propose : tous ceux qui sont mariés de bonne heure s’en trouvent bien : c’est peutêtre là une des raisons qui ont fait que l’usage de se marier fort jeune s’est établi dans nos montagnes.

La santé des enfans qui doivent provenir de ces mariages nous paroissant dépendre de la jeunesse des pères et mères , nous ne saurions qu’approuver et recommander , autant qu’il nous est permis , ces sortes de mariages pour les jeunes gens écrouelleux.

Nous avons observé que les écrouelleux au premier degré sont des enfans plus sains que ceux qui le sont au second ou au troisième : on voit aussi quelquefois que les aînés des familles sont plus vigoureux que les Cadets ; ainsi il convient de marier les écrouelleux fort jeunes , tant par rapport à eux que par rapport à leurs enfans.

Nous avons même cru entrevoir^ en comparant ce qui se passe dans les différentes familles de nos montagnes, où les alimens , l’air , l’eau et la façon de vivre sont les mêmes , qu’en mariant les écrouelleux fort- jeunes, on pourroit enfin parvenir à détruire

peu à peu îe virus , ou du moins le rendre si léger , qu’il feroîfe peu de ravages.

La révolution que produit l’âge de puberté dé<^éloppe quelquefois les écrouelles , à moins qu’on ne la dirige à sa destination par le mariage- cette direction, faite au moment qu’il faut, pendant trois ou quatre générations, ne serviroit pas peu, jointe à d’autres secours , à châtrer le virus.

Il faudroit , si l’on vouloit faire usage de ces précautions, pour combattre V endémicité de la maladie , que les écrouelleux du second et du troisième état s’interdissent le mariage , ou qu’ils eussent assez de courage pour ne pas vouloir engendrer des malheureux • mais ce qu’il y a de fâcheux , outre bien d’autres raisons , c’est que nous savons , à n’en pouvoir douter , que les écrouelleux au second et au troisième degré, sont d’une salacité singulière j ils sont aussi vifs, aussi ardens que les pulmoniques, et ({Lie tant d’autres malades : ils croient se soulager en se livrant à leur passion , et meme il semble qu’ils s’en trouvent mieux d’abord ; mais on voit qu’à l’user ils abrègent leurs jours.

Au reste, il est aisé de concevoir comment le mariage peut contribuer à prévenir et à dissiper même certains symptômes des écrouelles: la chose parle d’elle-même dans les filles, surtout dans celles qui sont mal réglées* mais pour ce qui est des mâles , ils deviennent vigoureux par un exercice modéré , ce qui fait que toutes les lames du tissu cellulaire s’approchent plus les unes des autres , et font un total mieux lié et plus solide. Il arrive à tout leur corps à proportion , ce qui arrive aux mains d’un manœuvre : les callosités dont elles se couvrent sont une forte image de celles qui se forment dans tout le corps par des secousses réitérées , et par une expression des sucs trop aqueux , qui imbibent tout le tissu cellulaire , joint à ce que des exercices réglés distribuent , ménagent et dirigent les oscillations du mouvement tonique comme il convient.

Remarques importantes.

I®. Tout ce que nous avons dit des différens états des écrouelles ne renferme pas si précisément tous les cas qu’on ne puisse en trouver quelqu’un qui s’écarte plus ou moins des divisions que nous' avons établies J mais nous ne nous sommes déterminés à ces divisions qu’après avoir vu un grand nombre d’écrouelleux de toutes les espèces : nous savons .qu’ils diffèrent entre eux par de différentes nuances , et que ces nuances sont plus ou moins marquées , et plus ou moins apparentes , surtout au passage d’un état à l’autre.

Il y a plus , c’est que les trois états ne sont pas toujours de même durée dans tous les sujets : les uns restent long-temps dans le premier, et passent fort vite au troisième. Il y en a qui restent toute leur vie au second état , et n’avancent ni ne reculent , pour ainsi dire : tout cela dépend sans doute de la différence des tempéramens.

Quant à ce qui concerne les âges , celui de la jeunesse est en

SUR LES ÉCROUELLES. 4y3

general plus sujet au premier état e[u’un âge plus avancé , et les adultes sont plus communément dans le troisième que dans les deux autres : cependant il n’y a rien de fixe là-dessus^ les écrouelles se nokpntrent et se développent plus tôt ou plus tard, suivant des circonstances qui nous sont encore inconnues.

2°. On a du s’apercevoir que nous ne parlions que des écrouelles essentielles , idiopatiqiies ^ ou pures et simplés ; nous les avons considérées en les dépouillant de tout ce c[ue les autres maladies peuvent y ajouter, et comme une maladie de naissance ou bien acquise , dans laquelle il n’y auroit aucune sorte de complication ou de mélange. .

Mais la pratique apprend tous les jours qu’il est des écrouelles qui semblent être les symptômes ou les effets d’autres maladies, ou qui du moins ayant été excitées par ces maladies, ont pris un caractère qui en dépend singulièrement : par exemple , il v a des écrouelles vénériennes , des écrouelles^^of/ew^ci' , ées cancéreuses y des scorbutiques , des hémorrhoïdales y sans parler de celles qui peuvent être le résultat de V assemblage de plusieurs virus , et l’effet des maladies aiguës.

Cdiacun peut aisément sentir qu’il est important, pour traiter ces sortes d’écrouelles symptomatiques, d’avoir toujours égard à la maladie qui leur a donné naissance , qui les entretient, qui les défigure ou qui les masque.

3°. Nous n’avons pas parlé de la division des écrouelles en sanguines et en phlegmatiques y comme disoient les anciens, et en bénignes et m.alignes y parce que toutes ces différences ne nous semblent fondées que sur des symptômes, ou plutôt des accidens très-variables , et que d’ailleurs elles rentrent toujours , soit bénignes y soit malignes y soit sanguines , soit phlegmatiques y éidiXis quelqu’une des classes que nous avons assignées.

Cependant ces considérations doivent avoir lieu dans la pratique , et on doit se tenir pour dit , quand on veut traiter cette maladie , qu’elle prend bien des formes qui la défigurent , et qui demandent des manœuvres variées.

En un mot , il en est comme de presque toutes les autres maladies , qui exigent , de la part de celui qui les traite, une attention scrupuleuse , poiir les diriger et les faire rentrer dans le plan des traiteniens généraux. Il n’est pas de maladie ,* soit aiguë, soit chronique , qui ne prenne quelquefois des tournures singulières , qu’il seroit aussi difficile de décrire qu’il seroit ridicule de ne pas supposer que les praticiens les moins accoutumés à voir des malades ne s’y trompent yias , et savent les distinguer des caractères essentiels et invariables des maladies.

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