‹ Œuvres complètes de BordeuChapitre 96 sur 96 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

Nous plaçons les tumeurs scrophuleuses au rang des symptômes des écrouelles : elles ne sont , suivant le plan que nous avons exposé , que l’effet de la suppuration qui arrive aux couches du

tissu cellulaire mal conditionnées^ et qui se développe dans le second é/tat des écrouelles.

Mais comme elles exigent quelquefois des traitemens particuliers , il est bon de les examiner avec un peu plus d’attention , afin de connoitre plus évidemment les rapports qu’elles ont avec la cause des écrouelles , et comment il faut s’y prendre pour s opposer à leurs progrès et aux mauvaises suites qu’elles peuvent avoir.

Elles affectent ordinairement tout le genre glanduleux , pour des raisons que nous avons exposées fort au long ailleurs {troisième fait). Mais outre cela, on en trouve souvent sur le périoste , vers les articulations , en un mot , par tous les endroits où le mouvement du sang se fait peu sentir , et où les couches de la substance cellulaire sont moins élastiques , plus mollasses , et plus sujettes aux changemens spontanés de la glue qui les forme.

Mais quoique ces tumeurs soient l’effet du peu de mouvement que les humeurs ont dans leurs couloirs, cependant elles viennent à eclore à la suite de l’action des courans des liqueurs , qui se portent dans une partie plutôt que dans une autre ; ce qui a été démontré plus haut {deuxieme fait) , et qui ne contredit pas ce que nous avançons de la lenteur des sucs qui croupissent.

2®. Il paroît qu’on n’a jusqu’ici regardé ces tumeurs scrophuleuses que comme des accidens ou des phénomènes bizarres et singuliers, qui n’avoient aucune sorte de type, aucune régularité dans leur accroissement et dans leurs effets : cependant elles ne laissent pas d’avoir un ordre assez fixe dans leur développement j ce que nous allons tâcher de prouver.

3“. Il faut rappeler ici ce que nous avons observé {newieme fait) sur les changemens qui arrivent aux glandes des écrouelleux , et sur les différentes dispositions dans lesquelles on les trouve après la mort ; ces dispositions ont des rapports singuliers avec les trois états des écrouelles.

En effet j les glandes sont maigres , rapetissées et sans action dans le premier état : elles sont arrêtées dans leur accroissement ; elles manquent de nourriture ; elles sont livrées à elles-mêmes ; au lieu que , dans le second , elles sont au commencement , mol^ lasses, imbibées die m^LMYins sucs, engorgées, et quelquefois suppurées , et imparfaitement carnifées : enfin les glandes sont, dans le troisième état des écrouelles, totalement carnifées , squirrheuses, enkj-stées , dolentes ou indolentes , suivant la délicatesse de la partie dans laquelle elles se trouvent. •

4°- Voilà donc trois façons d’être des tumeurs scrophuleuses , qui méritent , comme on le voit aisément , de n’être point négligées , et qui font déjà sentir la régularité de leur marche.

Il y a plus : c’est qu’elles ont entre elles des rapports bien différens de ceux que leur donne la disposition générale des écrouelles ; voici en quoi ces rapports consistent.

Il est fort ordinaire de voir en pratique , que lorsqu’une glande du cou, par exemple, a paru, les glandes des aisselles, celles

dles viscères , les tumeurs des articulations et les fluxions aux yeux, au nez et aux oreilles , sé montrent du même côté • ce qui prouve qu’elles agissent en quelque façon l’une sur l’autre , ou que du moins elles sont les effets d’une cause générale qui affecte plus particulièrement tout un côté : il y a pourtant des exceptions à faire à cette règle , dont l’examen n’est pas de ce lieu 3 elle tient à la théorie des départemens des viscères.

Enfin , il est rare que plusieurs tumeurs écrouelleuses un peu éloignées l’une de l’autre se développent en même temps précisément.

Il est , au contraire , fort ordinaire d’observer que ce développement arrive tantôt au cou seulement , tantôt au mésentère , tantôt aux extrémités , et cela suivant le plus ou le moins de résistance que les parties opposent , et selon, l’action des différentes causes occasionnelles qui nous sont inconnues.

5°. Cela posé, un praticien méthodique saura d’abord se fixer sur une tumeur scrophuleuse : il verra si elle est dans le premier état, ainsi que les écrouelles, ou bien au second , ou bien enfin si elle a atteint le troisième , ce qui n’est pas inutile à remarquer , puisque de ces trois états découlent , comme on va le voir , des règles de traitement fort différentes entre elles.

En effet, qu’y a-t-il à faire dans le premier état, si l’on est appelé par hasard? On distingue la disposition écrouelleuse par les signes que nous avons exposés {premier fait). Pour ce qui est des tumeurs ou des glandes , on les sent au cou , sous les aisselles , aux aines , arrondies , flottantes dans une substance graisseuse , mollasse et peu fournie : elles sont, comme on le sait, par l’ouverture des cadavres, ou simplement flétries, ou tout au plus un peu durcies ^ comment remédiera-t-on à cette constitution?

Il est évident qu’on irriteroit les parties en pure perte : la raison et l’analogie le dictent ^ mais l’observation nous l’a démontré plus d’une fois : les emplâtres, les embrocations, les douches, tout est inutile; on ne fera que décider plus vite le second étal. Il faut, si on n’a pas cela en vue , en revenir au traitement que nous avons dit convenir au premier état des écrouelles y les topiques n’aboutissent à rien dans ce cas.

6°. Le second état demande plus d’attention ; il* est plus compliqué ; tâchons de le simplifier autant qu’il est possible ; commençons par suivre les changemens qui arrivent à une seule glande , indépendamment des rapports qu’elle a avec toutes les autres.

Elle étoit originairement, c’est-à-dire dans le premier état, sèche, maigre , un peu dure et comme rapetissée elle commence dans le second état par se gonfler , comme nous l’avons dit ailleurs {neu\>ième fait). Les humeurs se sont accumulées et arrêtées dans les couloirs : la grosseur qui se manifeste est l’effet de cet arrêt des liqueurs ; et cet arrêt ne s’est formé que dans les parois ou les environs de la première petite glande , qui fait le noyau de la tumeur, et qui est enveloppée comme par une écorce

faite au moyen des parties engorgées qui forment la grosseur actuelle. Tout ceci est fondé sur l’ouverture des cadavres et sur ce qui se passe dans les malades : cet état est peint d’après la nature.

Le praticien doit pénétrer dans les causes éK’identes de cet engorgement et en prévoir les suites : s’il est causé , comme dans les jeunes filles , par Faction qui arrive à toute la macliine , et qui tend à déterminer un courant d’humeurs vers la matrice , il y a lieu de se flatter que cet engorgement se dissipera à la faveur de l’ouverture que la nature ménage y il ne faut alors que la suivre , exciter cette action , si elle est languissante , l’appuyer et la diriger par les remèdes généraux et contraires au virus écrouelleux , et par quelques topiques, non emplastiques ^ tels que ceux

dont nous parlerons plus bas, mais par quelques très -légères douches de nos eaux , par quelques frictions mercurielles et quelque embrocation , sans charger la partie d’aucune sorte de poids qui puisse l’irriter.

Si Fou ne peut pas se flatter que la nature fournisse un aboutissant aux humeurs qui sont en mouvement, c’est à l’artiste prudent à ménager les excrétions par des purgatifs, les autres évacuans et les fondans que nous axons proposés ailleurs , sans oublier les cautères , s’il le faut , et prenant toujours soin de proportionner les changemens qu’on veut produire dans la tumeur à ceux qu’on fait dans tous les excrétoires , puisqu’on ne sauroit la diminuer avec succès ou la dissipes^ , qu’autant qu’on aura ouvert une route aux humeurs qu’elle contient.

C’est là une de ces tumeurs qui se guérissent quelquefois d’ellesmémes , et qui cèdent très-communément à nos eaux et au mercure : elles nous indiquent ce qui se passe dans les résolutions , qui ne corrigent presque jamais (ce qu’il faut bien remarquer) la disposition qui constitue le premier état d’une glande scrophuleuse : celle-ci reste ordinairement comme un petit corps à part , qui est même souvent devenu plus calleux qu’il ne Fétoit : car il n’est point de résolution qui ne soit suivie de callosité ou d’une sorte de cicatrisation qui succède à Fexfoliation de quelques lames de substance cellulaire ; ces lames se fondent ou se collent plus intimement dans quelque résolution que ce soit.

<7°. On n’arrive pas toujours au moment favorable de la résolution : la glande qui a été engorgée pendant quelque temps s’est durcie; elle a acquis, comme les dissections le démontrent, un degré de carnification fort différent de ce qu’on paroît penser ordinairement : toutes les membranes , toutes les cellules , presque tous les vaisseaux gorgés se sont collés les uns aux autres , comme les artères ombilicales se collent dans les enfans ; le total fait un corps irréductible .

Ou juge que cet état est formé par la longueur de la maladie , par la dureté de la tumeur, par son insensibilité y et dans ce cas, quand même les remèdes généraux aiiroient détruit la disposition ëcrouelleuse , il ne faut pas se flatter que la glande reprenne son

premier état : elle restera toujours comme elle est; il est inutile de cliercher des fondaiis ; il n’en est point cpii puissent décoller les parois des vaisseaux : nous leur avons toujours vu produire des effets funestes. Le plus court est d’abandonner la tumeur à ellemême , ou bien il faut l’emporter , pourvu que rien ne s’y oppose 5 ce qui est assez rare.

Ce sont là les glandes ou les tumeurs qui re'sistent à toutes sortes de traitement ; on peut être fort bien guéri des écrouelles , et avoir de pareilles glandes : elles ont beaucoup de rapport avec les callosités qui suivent les jugemens de certaines maladies aiguës; elles n’ont pas de mauvaises suites, pourvu qu’on les ménage avec soin , et qu’on ne s’aheurte pas à les vouloir fondre.

8°. Mais la glande grossit quelquefois sans mesure : le courant des excrétions va aboutir à cette tumeur comme à une espèce de centre que la nature affecte ; ce qui se voit surtout dans les femmes qui^)nt perdu leurs règles, dans les hommes dont quelque excrétion est dérangée.

On connoît cet état lorsqu’on s’aperçoit que la glande ne pouvant plus grossir , elle s’étend singulièrement ; elle se durcit souvent avec douleur et inflammation , et puis elle se ramollit par degrés , avec des signes d’une suppuration sourde ou évidente. Le pouls change encore dans ce cas : il acquiert une nouvelle force par l’effort de la partie affectée , qui devient dès lors une sorte de foj'er d’irritation ; et les urines , ainsi que les autres excrétions , deviennent claires , ou ne charrient plus les débris de substance cellulaire qui doit sortir.

Il est évident , par tout ce que nous avons dit plus haut {fricî. m,erc.) qu’il faut prendre cet état pour une sorte de crise qu’il importe de ménager et de favoriser; par conséquent il faut bien se garder d’avoir la résolution en vue ; au contraire , on doit favoriser la suppuration.

Or , la tournure que la glande a prise fournit des vues qu’il s’agit de ne point laisser échapper. Cette glande , qui étoit presque carnifée , ainsi que nous le disions tout à l’heure, et composée d’une seule substance homogène , comme ligamenteuse , devient pleine de petites loges , qui sont de petits centres ou foj'er s qui prennent un air de purulence. Ces loges sont souvent éloignées l’une de l’autre : communément elles occupent le milieu de la glande : elles sejnblent n’être que- la dissolution de la primd iwe , qui servoit de noyau ; ceci est encore tiré de ce qui se trouve sur le cadavre.

C’est ici le cas des topiques, des emplasticjues , de la poix de Bourgogne , de l’emplâtre de Vigo , suivant le plus ou le moins de douleur de la partie.

Ces emplâtres fixent d’abord la direction du courant général , qui doit aller déposer les excrémens qui sont l’effet de la maladie ou des remèdes : ils agissent alors comme un corps à électriser appliqué sur un corps électrique , duquel les rayons de matière partent avec force et s’élancent vers l’obstacle; ainsi les emplâ-

très sont une sorte d’obstacle qui agit en irritant , en attirant les oscillations , en empêchant l’évacuation de la transpiration , et en ramassant tous les sucs qui viennent aboutir dans cette partie , comme une espèce de miroir concave qui assemble les rayons de lumière dans un foyer.

Cette action excite dans la glande un mouvement dont le foyer principal, qui est souvent le centre, acquiert une force centrifuge qui fait que le petit dépôt augmente en rongeant la tumeur couche par couche , tout comme elle s’étoit formée. Les couches qui ont été les premières obstruées , étranglées , et privées du mouvement vital , en acquièrent un spontané plus ou moins développé, qui fait qu’elles résistent à l’effort des couches voisines, qui viennent elles-mêmes se briser contre l’obstacle qui est à leur centre, par les secousses des vaisseaux, par le mouvement expansif de la chaleur , et par les distensions qu’elles souffrent , vu la quantité des humeurs excrémentitielles qui abondent à chaque instant. •

Ce travail est difficile , souvent très-lent et fort imparfait , lorsqu’il est livré à la nature seulement , ou lorsque l’art le dérange par des évacuations et des révulsions hors de saison , que nous avons vues avoir de funestes suites.

On dit que le pus fait le pus ; et cela est vrai dans cette occasion , ainsi que dans tant d’autres j mais les secours de l’art sont ici nécessaires. Nous venons de donner l’usage des emplâtres : on on a dit qu’ils attirent la matière ; ce qu’ils opèrent vraisemblablement en formant un étranglement ou un appui contre lequel les parois de la glande et les tégumens viennent s’user imperceptiblement , ce qui , joint à l’action que les remèdes généraux excitent , doit avoir de bons effets.

Les douches de Barèges sont encore un remède très-commode et très-utile dans ce cas : elles commencent par refrec/r et recroqucAfiller sur elle-même une tumeur ; elles l’animent et la réveillent au point d’exciter en peu de temps une suppuration abondante : nous leur avons vu ramasser et circonscrire àes tumeurs irrégulièrement étendues , et causer des fontes et des suppurations que tous les autres remèdes n’avoient pu exciter.

Quels qué soient les remèdes mis en usage , un praticien doit redoubler son attention dans le traitement de la tumeur dont il est question ^ elle paroît souvent totalement suppurée , tandis qu’elle n’est qu’à moitié pleine d’une liqueur puriforme . Il y a encore des callosités qu’il faut détruire , ce qui ne peut se faire que par le temps et en insistant sur des manœuvres qui achèveront ce qu’elles ont commencé.

11 faut donc bien se garder d’ouvrir ces tumeurs dès qu’on sent la fluctuation • mais il est aussi nécessaire de prendre garde qu’elles n’échappent par quelque sorte de clapier , et que les matières qu’elles contiennent n’aillent tomber dans quelque cavité : il est question de les ménager , de façon que tout le corps de la glande vienne enfin à être dissous. Quandià fieri potest , abcès-

SUR LES ECROUELLES, 4^^

sus clausus linquendus est , ut eo major glandulœ strumosæ pars per maturationem in pus abeat : nam tota , si Jîeri potest ^ absumenda , dit Etmuller 3 et c’est là le langage de tous les bons praticiens. Les dilFérens cas qui peuvent se rencontrer leur apprennent à donner plus ou moins d’extension à cette règle générale : Jl faut ouvrir aussi tard que faire se peut les tumeurs scrophuleuses qui sont en suppuration.

9°. Mais on n’est pas d’accord sur la façon dont l’ouverture de la tumeur ou de l’abcès doit être faite : quelques-uns proposent le fer , et la plus grande partie les caustiques ^ il y en a même eu qui ont employé le cautère actuel.

Nous croyons qu’il y a des cas indifférens dans lesquels ces trois méthodes peuvent avoir lieu : c’est à celui qui doit faire l’opération à choisir la manière qu’il jugera la plus convenable • mais il y a aussi des cas propres au fer , et d’autres qui sont faits pour les cautères. Enfin , il y en a j)our lesquels il est bon d’employer le feu. Voici ce que nos observations nous ont appris à cet égard , et les règles que nous suivons dans la pratique.

Des trois façons d’employer le fer, nous préférons le bistouri fin , mince, étroit et bien emmanché , à toute sorte de lancettes , comme étant plus aisé à manier et à diriger dans les chairs ^ et , s’il se peut, nous donnons la préférence sur le bistouri même aux ciseaux bien affilés , parce que , quoiqu’il paroisse que le bistouri coupant plus net, doit moins faire souffrir , cependant nous avons remarqué que les douleurs qu’il excite sont si vives et si subtiles , que les malades les comparent à la douleur de la brulure; et que nous en avons trouvé beaucoup qui aiment mieux les ciseaux , quoiqu’ils agissent un peu moins promptement , et qu’ils mâchent un peu les chairs ; le froissement même , ou la constriction qu’ils font avant de couper, peut engourdir la partie : chacun peut sur lui-même , en rognant ses ongles avec un canif ou des ciseaux , sentir la différence qu’il y a entre la sensation que ces deux instrumens excitent.

Quoi qu’il en soit , nous employons le fer lorsque nous avons lieu de soupçonner que toute la glande étant détruite , le fond du sac évacué portera sur une base qui pourra servir de fondement à la cicatrice ; or , voici ce que nous entendons par cette base et ce fondement. Les dissections des sujets qui avoient eu des plaies , des ulcères, et auxquels on avoit fait des amputations, nous ont appris que toute cicatrice est toujours établie sur un endurcissement, une sorte de callosité ou de carnification des parties voisines qui ont changé de nature et acquis une consistance pareille à la couenne de lard , dure , souple , homogène , sans fibres ni vaisseaux apparens et intermédiaires entre les os , les ligamens et les chairs proprement dites ; cette substance nous semble n’être autre chose que la cohésion des couches du tissu cellulaire , faite au moyen du suc nourricier épanché dans leurs interstices.

Il arrive à chaque ouverture qui fournit du suc nourricier

48o DISSERTATION

dans une plaie , ce qui arriveroit à un petit tuyau qui fourniroît un jet de matière qui auroit la vertu de se pétrifier à l’air : cette matière s’assembleroit autour du tuyau • et s’il y en avoit plusieurs qui fussent près les uns des autres, ils viendroient à se coller au moyen du suc qu’’ils fourniroient , et qui se nicherôit dans leurs interstices.

La même chose arrive au suc nourricier : il colle les parties les unes aux autres; peut-être a-t-il encore la vertu de les fondre ou de les dissoudre , à moins qu’elles ne soient fort dures et osseuses , pour les rendre plus propres à Vunion. Il en est comme des soudures des métaux, qui sont d’autant plus parfaites, que le COY^s soudant aura mieux pénétré le corps à souder : le suc nourricier qui est de la même nature que la partie, agit sur ces parties comme un métal fondu sur un métal froid ; ii s’incorpore avec elles et fait un mélange qui constitue un tout homogène, et qui fait que les parties perdent leur forme.

Les grains charnus d’une plaie en voie de cicatrisation , ne sont peut-être autre chose que de petits amas de suc nourricier, qui s’appliquent couche par couche dans les vides cpie les fibres laissent entre elles : ce qu’il y a de vrai , c’est que celles-ci sont presque affaissées. La substance carnifiée prend le dessus dans un espace plus ou moins étendu ; elle forme une base dont les prolongemens ou les fusées qui s’étendent dans les parties font les racines de la cicatrice , qui n’est, pour la plus grande portion , qu’une sorte de callosité.

Si le fond du sac qu’on vide peut s’appuyer sur un pareil fondemènt , qu’il ne faut pas confondre avec les duretés qui doivent se dissiper ; si les environs sont assez solides , nous ne trouvons point de danger à faire l’ouverture avec le fer.

Mais il faut observer que la paroi du sac oh l’on fait l’ouverture ne venant à se coller que rarement et difficilement avec le fond , nous sommes d’avis de l’emporter au moins en partie , en faisant l’ouverture ovale , en emportant une portion de la peau, ou bien en donnant à l’ouverture la forme d’un T ou de croix , pour rogner les lambeaux dans les suites du pansement , s’il est nécessaire.

10°. Si, au contraire, ce qui arrive ordinairement , la glande cju’on veut vider n’est qu’une espèce de corps mobile et flottant dans les graisses, dont les parois ne forment qu’une sorte de sac qui ne tient pas à un bon fond de chairs, il est nécessaire d’employer le caustique.

Mais il ne faut pas se contenter de faire tomber en escarre la paroi externe du sac , comme nous l’avons vu souvent faire ; on doit emporter le fond du sac : c’est pourquoi il convient d’employer le caustique à deux et à trois reprises, ou bien de faire d’abord une ouverture avant d’appliquer le caustique ; ce qui fait que l’on parvient jusqu’au vif, et qu’on coupe assez de vaisseaux pour établir le fojer ou le magasin de suc nourricier qui doit former la cicatrice.

SUR LÉS ÉCROUELLES. 4Sl

Le caustique a encore d’autres avantages sur le fer : outre qu’il est moins douloureux, c’est qu’il agit à titre d’irritant, qui. plie et qui dirige tout l’effort de la maladie vers la partie où on l’applique^ et qu’il donne , ainsi que les vésicatoires, une se» cousse plus ou moins vive à tout le genre nerveux , ce qui assure les évacuations qui doivent se faire par l’abcès : chose qu’il ne"" faut jamais perdre de vue , et qui est un effet qui doit être bien ménagé , puisqu’on a vu tout un côté en convulsion à la suite de l’action d’un caustique.

Le caustique peut encore exciter de nouvelles fontes dans le corps même de la glande, qui étant devenue trop calleuse , résiste aux autres moyens que l’on emploie pour la faire suppurer : on pourroit alors se résoudre à la couper en deux , et à la faire tomber peu à peu par différentes escarres. INoiis avons du moins vu que des glandes ayant ete ouvertes avant leur parfaite maturité y et se trouvant ou devenant dures ou calleuses, les caustiques dissipoient à merveille ces obstacles.

Les caustiques que nous employons sont la pierre infernale, l’eau mercurielle , l’acide vitriolique , lorsqu’il ne s’agit que de faire une escarre légère dans une tumeur déjà ouverte, de mettre les grains charnus au niveau les uns des autres , et d’en diminuer la hauteur 5 le précipité rouge, l’alun brûlé et la chaux vive, quand on ne veut que donner du ton , absorber des sucs aqueux et agacer les chairs. Enfin , nous nous servons de la pierre à can= tère pour faire Vescarre de l’ouverture et pour dissiper des callosités ; nous l’employons à petits morceaux , ou en poudre , seule , ou mêlée avec un emplâtre , en l’appliquant seulernent sur une partie , ou en l’y introduisant de force , suivant qu’il faut aller plus ou moins profondément; ces différens caustiques , et bien d’autres , dont les auteurs parlent , agissent en faisant une sorte de croûte , qui se forme et qui tombe peu à peu par une mécanique qui ne nous paroît pas avoir été développée jusqu’ici.

II®. Quant au cautère actuel, il nous paroît avoir été en général trop négligé par les modernes , et être fort utile dans des tumeurs scrophuleuses , lorsqu’elles ont été ouvertes , que leur fond est si mollasse et si spongieux que la pierre à cautère s’y fondroit en pure perte , et qu’il faut pénétrer jusqu’à quelque os qu’on soupçonne devoir être gonflé ou carié , et qui doit s’exfo« lier. On rend par cette méthode la plaie plus profonde; on augmente les sources du suc nourricier , et l’on empêche que les chairs ne poussent si vite; ce qu’il ne faut pas négliger. C’est pourquoi la plaie doit être entretenue long-temps et avec ménagement; et comme les chairs sont souvent mollasses et blafardes , et que le pus est séreux , md\ formé , peu nourrissant, plus excrémentitiel que récrémentitiel y il est important d’ajouter aux digestifs ordinaires quelque chose d’un peu actif, ainsi que le baume de Fioraventi, l’esprit de térébenthine, le quinquina en poudre, ou sa décoction , et surtout les douches et les lavages de nos eaux.

12°. Remarquez que , comme nous l’avons indiqué ci-dessus (SQ ,

nous 11 avons considéré jusqu’ici que les cliangernens d’une tumeur solitaire , et la façon dont il faut la traiter : ce traitement seroit assez simple et uniforme si les tumeurs se présentoient ainsi dans la pratique ; mais il est rare qu’on en trouve une seule : il y en a ordinairement plusieurs dans un meme sujet ^ et , ce qu’il y a de plus fâclieux , c’est qu’elles ne se deVeloppent pas ensemble , qu’elles dépendent souvent Fune de l’autre , et qu’elles sont l’effet d’un changement qui arrive à toute une partie aux dépens d’une autre.

En un mot , pour rendre en raccourci quelques-uns des cas principaux qui se sont présentés à nous , une tumeur scrophuleuse au cou est souvent tellement liée avec du mal auxyeux, que vous ne sauriez résoudre l’un sans augmenter l’autre • ou bien elle est dans le voisinage d’une autre glande , qui grossit si vous dissipez la première, et qui augmentera si vous la faites suppurer* ou bien , enfin, le cou étant pris et Irrité par des topiques, quels qu’ils soient, les aisselles, la poitrine , le mésentère, la matrice et les autres viscères viennent à se prendre ; ce qui fait sentir de plus en plus la nécessité de nos remèdes généraux.

Pden n’est si compliqué que ces tumeurs , rien n’est si difficile à diriger * c’est à ceux qui Font éprouvé à le dire et à le sentir. Quant à nous , nous nous en tiendrons à ce que nous avons exposé d’après les observations multipliées qui nous ont instruit là-dessus ^ et nous ne nous arrêterons point ici à faire la critique de bien des auteurs , qui ont proposé leurs traitemens , sans parler des obstacles qui peuvent s’y rencontrer , et qui se sont contentés d’établir des lois générales , auxquelles il seroit fort imprudent de s’en tenir.

i3®. Au reste, nous n’avons pas parlé des glandes squirrheuses , stéatomateuses , cancéreuses^ elles appartiennent, pour l’ordinaire , au troisième état des écrouelles , que nous ne sommes pas d’avis de traiter ^ ou bien elles peuvent être traitées en suivant une méthode qn’il est aisé de tirer de celles que nous avons données^ ou bien enfin être emportées, copime nous l’avons dit (ci-dessus) j ce qui se fait aussi lorsque ces hlandes sont mobiles , en pratiquant une ouverture à la peau , par laquelle on fait passer la tumeur , dont on a soin de lier le pédoncule ou le paquet de vaisseaux et de substance cellulaire, qui foriTraient, pour ainsi dire , ses racines : il est rare de pouvoir emi^loyer la ligature, ainsi que Tragus dit l’avoir fait une fois.

L’art est aujourd’hui trop avancé pour qu’il faille prendre les précautions de rappeler les effets fâcheux des opérations mal faites , rapportées par FabriciusHildanus , qui vit tuer un homme auquel on emporta une glande du cou • par Bâillon , qui a vu un malade l'endu muet par la même opération^ et enfin par Albucasis , qui vit , au rapport de Freind , ouvrir les artères du cou ; les remarques qu’on pourroit faire là-dessus , ainsi que "bien d’autres petits détails sur le manuel des opérations , sei oient inutiles et lion de saison.

Nous remarquerons cependant en passant que nous avons vu emporter de grosses glandes sous Faisselle et aux mamelles , des testicules scrophuleux , des doigts, des jambes , des pieds ^ des mains scrophuleuses. Toutes ces opérations avoient été faites avec adresse et selon les règles; cependant les malades moururent, et nous trouvâmes dans les cadavres des suppurations internes , des dévelopfemens de glandes écrouelleuses , qui nous sembloient être la suite de manœuvres employées pour combattre les extérieures. Ces observations nous ont fait penser qu’il est fort nécessaire de se bien fixer sur le troisième état des écrouelles , et de ne pas se contenter d’avoir égard à ce qui paroît : on voit aisément riiiiportance de ces sortes de réflexions.

Nous finirons en en faisant une sur la parotide. Nous l’avons vu couper à moitié ; et le malade mourut , partie par Fbémorrliagie , partie à la suite de la suppuration : nous nous convainquîmes que la glande avoit été seulement coupée , parce que nous en trouvâmes une grande portion sur le cadavre, lleister dit l’avoir emportée , et donne la façon de le faire : Heister étoit anatomiste, il faut s’en rapporter à lui; mais il nous reste bien des doutes à cet égard.

1°. Tous ceux qui disent avoir emporté la parotide. Font-ils fait? Nous l’avons trouvée dans des cadavres et aperçue sur des vivans, auxquels on nous avoit dit l’avoir enlevée. 11 est aisé de se tromper là-dessus , et de prendre quelques lymphatiques engorgées , ou une portion de la parotide elle - même , pour sa totalité.

2°. Ceux qui connoissent bien la position de ces parties , savent qu’outre la portion extérieure de la parotide , il y en a une grande partie qui est enchâssée entre les éminences stj loïde y mastdide et condjldide de la mâchoire inférieure , dont elle fait quelquefois le tour pour aller se joindre à la glande molaire ; à dire vrai ^ nous avons de la peine à concevoir qu’un opérateur puisse sans danger aller fouiller dans ce creux, et arracher la glande qui y ï est nichée.

> 3°. La grande quantité de nerfs et de vaisseaux qui traversent

I la glande , doivent faire trembler l’opérateur le plus expérimenté; outre qu’étant couj)és , la moitié du visage doit nécessairement s’en ressentir , c’est qu’il est bien difficile d’arrêter l’hémorrhagie.

1Î1 est vrai qu’on a des points d’appui : il est vrai qu’on a publié récemment des secours assez assurés pour remédier à cet accident; mais il est vrai aussi que les compressions et les derniers spécifiques approuvés sont quelquefois inutiles et très-difficiles à mettre en œuvre sous les aisselles , aux aines , au fond de la gorge , dans les narines, et même au côté du cou : nous en appelons à cet égard à ceux qui voient des malades, et qui sentent les difficultés que mille circonstances font naître.

14°. La parotide arrachée , l’hémorrhagie arrêtée , il faut faire suppurer ces parties ; il faut faire exfolier les os qui sont à décou- I vert , et établir une cicatrice dans une partie où il n’y a point de

fond : combien ce traitement ne devroit-il pas traîner en longueur ! que d’accidens à craindre dans ce long intervalle I

Au reste , nous ne proposons nos doutes que comme un moyen, de modérer la règle de Heister , qu’il seroit peut-être dangereux que des jeunes gens prissent au pied de la lettre , et pour donner occasion à ceux qui auront plus d’observations que nous là-dessus ^ à ne pas les laisser pe’dre.

i4°* Enfin , nous croyons en avoir dit assez pour faire entendre quel parti l’on doit prendre SLir le traitement de bien d’autres symptômes des écrouelles , ainsi que les maux aux yeux , aux oreilles , au nez , à la poitrine, au bas-ventre, aux articulations ^ les ulcères et les caries ^ il faut toujours combattre la cause avec précaution par nos spécifiqaes , et remédier aux symptômes suivant l’état des parties affectées.

L’Académie demandoit l’examen des tumeurs scropbuleuses s nous ne nous flattons pas d’avoir mis cette matière dans le jour qui lui convient ; mais nous espérons qu’on pourra , sur ce que nous avons dit , déterminer le caractère des tumeurs scropJiuleuses, par l’examen des père et mère du malade , par la connoissance du pays qu’il habite , de la façon dont il se nourrit , et des symjotômes qui se présentent en lui • ce qui est un corollaire de tout ce que nous avons dit des causes et des sjmptomes des ecrouelles. On peut aussi connoître et distinguer les especes de tumeurs, leurs trois états, celui de maigreur ^ de dé'^eloppement et de suppuration y ainsi que les différens XvBL\\.em.ens palliatifs , de résolution , de suppuration et éé extirpation qui sont nécessaires dans ces cas.

Il y a long-temps que , conduits par les vues et la méthode que nous proposons , noLis combattons avec quelque succès une maladie qui est des plus ordinaires dans nos climats , qui est même la principale , qui dérange et qui masque singulièrement toutes les autres , tant aiguës que chroniques.

Page 1