‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 113 sur 149 · LX: JOURNÉE · texte numérisé non relu

LX: JOURNÉE

Jésus notre victime donné à la croim, donné dans l’Eucharistie. Luc., xxi, 19, 20.

Que je trouve de douceur à méditer votre parole! que j'en trouve dans cette parole par laquelle vous établissez et continuez ce banquet, qui est en méme temps un sacrifice! Je ne me lasse point de la méditer : je la considère de tous côtés : je la rumine pour ainsi parler, et je la passe et repasse sans cesse dans ma

1 Hebr., Ix, 24; vit, 25. — ? Apoc., IV, 5. — ? Joan., vii, 11.

bouche pour la goüter, pour en tirer tout le suc : « Ceci est mon corps donné pour vous; » en temps présent: «qui se donne : Ceci est mon sang répandu pour vous !; » dans le méme temps : « qui se répand. » Saint Matthieu parle ainsi, saint Marc, saint Luc, saint Paul : quatre témoins parfaitement uniformes de votre parole : tous quatre parlent en présent: cela est clair dans l'original, et l'interprète latin qui a traduit au futur : « sera livré, sera répandu » par rapport à la croix où ce corps alloit effectivement être livré, et où ce sang alloit être répandu, a conservé dans saint Luc le temps présent: Hoc corpus, quod. pro vobis datur, afin que nous entendissions, non-seulement que Jésus-Christ en disant : « Ceci est mon corps, » l'entendoit de ce méme corps qui alloit étre livré pour nous, mais encore qu'il entendoit que ce méme corps, qui alloit être livré et donné pour nous, l’étoit déjà par avance dans la consécration mystique, et le seroit à chaque fois qu'on célébreroit ce sacrifice. Croyons donc, non-seulement que le corps de Jésus-Christ devoit être donné pour nous à la croix et l'a été en effet, mais encore qu'à chaque fois qu'on prononce cette parole il est par cette parole actuellement donné pour nous : Hoc corpus, quod. pro vobis datur.

Il veut donc dire que ce corps, non-seulement nous est donné dans lEucharistie : « Prenez, mangez; ceci est mon corps ?: » mais encore qu'il y est donné pour nous, offert pour nous, aussi bien qu'il l'a été à la croix: ce qui marque qu'il est encore ici notre victime, qu'il y est encore offert, quoique d'; ne autre maniére. Ainsi ce terme: « Donné pour vous, » se dit de Jésus-Christ sur la croix, et se dit de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et convient à ce double état de Notre-Seigneur du corps présent dans l'un et dans l'autre. C'est pourquoi le Sauveur, non-seulement parle en temps présent pour nous montrer qu'il est ici comme en la croix, se donnant actuellement pour nous, mais encore il choisit un terme qui convient à son sacré corps dans ces deux états. S'il avoit dit: Ceci est mon corps qui est crucifié, percé de plaies, mis à mort pour vous, on ne pourroit pas dire que cela lui convient dans l'Eucharistie : car il n'y meurt plus; et il faudroit expliquer

1 Luc., xxi1, 19, 20. — ? Matth., xxvi, 26.

nécessairement et uniquement : Ceci est ce méme corps, qui sera mis en eroix pour vous, et y rendra le dernier soupir pour votre salut. Mais il a dit: « Ceci est mon corps donné : » cela convient à ses deux états; ce corps est donné à la croix, ce corps est encore donné dans l'Eucharistie, et dans l'un et dans l'autre état donné pour nous. Dès là qu'il est dans l'Eucharistie pour nous y être donné, il est donné pour nous: avant que de nous le donner à manger, la parole de Jésus-Christ le rend présent, et cette présence est encore pour nous. Jésus-Christ est présent pour nous devant son Père; il se présente pour nous, il s'offre pour nous; et sa présence seule est pour nous une intercession toute-puissante.

Voilà done ce qu'opère dans l'Eucharistie ce précieux terme : « Ceci est mon corps donné. »

Mais peut-étre que les autres termes rapportés par les écrivains sacrés, n'ont pas été prononcés avec le méme choix, et ne conviennent pas également aux deux états de la présence de Jésus- Christ. Voyons, lisons, méditons : « Ceci est mon sang répandu : » il est répandu sur la croix; mais n'est-il pas encore répandu dans le ealice ? N'y a-t-il pas dans ce calice de quoi faire à Dieu pour notre salut la plus salutaire effusion qui füt jamais? Ce sang est là pour être répandu sur les fidèles : il est là en état d’être répandu et sous la forme d'une liqueur, dont le propre est de se répandre. Ce sang qui a été répandu à la croix et qui a coulé de toutes les veines rompues du Sauveur, coule encore dans ce calice de toutes ses plaies, et principalement de celle du sacré cóté. C'est pour cela que nous mélons ce calice d'un peu d'eau en mémoire de l'eau qui coula du côté ouvert avec le sang. Seigneur Jésus, Vous êtes la parole, et vos paroles sont prononcées avec un choix digne de vous. En disant: « Ceci est mon sang répandu pour vous, » en temps présent, vous me marquez que non-seulement il est répandu pour moi sur la croix, mais encore qu'il se répand pour moi et pour la rémission de mes péchés dans ce calice, pour m'en assurer, pour me l'appliquer, pour continuer desire l'intercession toute - puissante que vous faites pour moi par ce

sang.

Continuons à ruminer ces saintes paroles : : « Ceci est mon cor ps.

donné pour vous, » avons-nous lu dans saint Luc. Mais le mot que saint Paul a mis en la place est celui-ci : « Ceci est mon corps rompu pour vous !; » mais que veut dire ce terme, selon l'usage de la langue sainte? Isaie nous l'a expliqué par ces paroles : « Romps ton pain à celui qui a faim ? : » donne-lui ce pain : faislui-en part. Saint Paul explique done bien : « Ceci est mon corps donné pour vous, » par : « Ceci est mon corps rompu pour vous. » Ce corps est mis en état de nous étre donné, de nous étre distribué, de nous étre rompu dans l'Eucharistie; et dés qu'il est mis dans cet état, il est déjà rompu et donné pour nous dans la destination et par la parole de Jésus-Christ. Mais ce méme terme a aussi son rapport au corps en croix, au corps froissé de coups et percé de plaies, suspendu à une croix dans un état si violent, où son sang ruisselle de tous cótés de ses veines cruellement rompues. Le mot de rompre convient donc encore aux deux états, et à celui de Jésus-Christ à la croix, et à celui de Jésus-Christ dans l'Eucharistie : le corps est donné dans l'un et l'autre état : il est rompu dans l'un et dans l'autre. Il en est de méme du sang. Le corps est partout donné pour nous, il est partout notre victime : le sang est partout versé pour nous : il a coulé pour nous sur la croix : il coule encore pour nous dans la coupe sacrée.

Mon Sauveur, quel sacrifice! Mon Sauveur, encore un coup, que de douceur à méditer votre parole! J'y trouve toujours de nouveaux goûts comme dans la manne : votre corps et votre sang sont mon oblation, mon sacrifice, ma victime, et sur la croix et sur la sainte table, et comme la croix cette table est un autel. Ah! vraiment ce que dit saint Paul est bien véritable! « Nous avons un autel dont ceux qui demeurent attachés au tabernacle » ancien et à l'autel de la loi, « n'ont pas pouvoir de manger ?. » Pour y participer, il faut entrer en esprit dans « le tabernacle, qui n'est pas fait de main d'homme *. »

1I Cor., Xi, 24, Græc. — ? Isa., Lin, T. — 3 Hebr., xi, 10. — ^ Hebr., IX341*

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LXIe JOURNÉE. 453

VU UV AU VUVUEV LULU VU VUE LULU LUE UV UUL V UULTUS EU UVUUUUEV UVUVNY VR VV UUUL VUVUUUUVAA

LXI JOURNÉE

L'Eucharistie est le sang du Nouveau Testament. Matth., xxvi, 98.

Je reviens aux paroles de l'institution avec un nouveau goût, et j'y trouve ce mot qui me touche : « Ceci est mon sang du Nouveau Testament.» Je trouve dans ce mot de Testament je ne sais quoi qui me frappe, qui m'attendrit. C'est ici un testament : c'est l'assurance de mon héritage; mais il faut qu'il en coüte la mort à celui qui le fait. J'ouvre encore la divine Epitre aux Hébreux, et j'y trouve ces paroles: « Partout où il y a un testament, il faut quela mort du testateur s'y rencontre: car le testament est confirmé dans la mort; et il n'a pas sa valeur, tant que le testateur est en vie. C'est pourquoi l'ancien Testament méme n'a pas été consacré sans sang : car aprés que Moise eut lu le commandement de la loi à tout le peuple, il prit du sang de la victime, et le jeta sur le livre méme et sur tout le peuple, en disant : C'est ici le sang du Testament que le Seigneur a fait pour vous ?. » Je vois donc l'héritage céleste donné par testament aux enfans de Dieu. Jésus-Christ est le testateur: il faut qu'il meure : le testament n'est valable et ne reçoit sa dernière force que par la mort du testateur; jusque-là il est sans effet, on le peut même changer : ce qui le rend sacré et inviolable, ce qui lui donne son plein et entier effet et saisit l'héritier de tout le bien qui lui a été laissé par le testateur, c'est sa mort. Et tout cela s'accomplit parfaitement en Jésus-Christ, qui meurt pour nous assurer notre héritage. C'est pourquoi l'ancien Testament, qui devoit étre la figure du Nouveau, n'a pas été consacré sans sang : tout le peuple et le livre méme de la loi, où la promesse de l'héritage étoit renfermée, est sanctifié par l’aspersion de ce sang : tout est ensanglanté, et le caractère de mort paroit partout ; et Moise en jetant ce sang sur le livre de l'alliance, lui donne le caractère de testament, en disant, selon que l'interpréte saint Paul : « C'est ici le sang du Testament, que fait le Seigneur à votre avantage ?. » Ce que Jésus accomplit en

1 Matth, xxv, 28. — ? Hebr., 1x, 16, 17, etc. — 3 Ibid., 20.

disant aussi : « Ceci est le sang, » non de l’ancien « Testament, » mais du « Nouveau. »

Ce qui paroît donc en ces paroles et par le rapport qu’elles ont avec les anciennes figures, c’est que le sang de Jésus-Christ versé à la croix, et versé d'une manière très-réelle et très-véritable, quoique différente de celle-là, « est le sang du Nouveau Testament, » c'est-à-dire le sang versé pour lui donner toute sa force, Il y a des testamens dont la loi est qu'ils soient écrits de la main du testateur; mais la loi du Testament de Jésus-Christ, c'est qu'il devoit étre confirmé et comme tout éerit de son sang : l'instrument de ce testament et l'acte où il est écrit, c’est l'Eucharistie. Les promesses de Jésus-Christ et du nouvel héritage, nous sont faites par la mort de Jésus-Christ, qui nous tire par là de l'enfer et nous assure le ciel ; et l'acte où cette promesse est rédigée, l'insirument où la volonté et la disposition de notre Pére est écrite; cet acte, cet instrument est tout écrit de son sang : son testament, en un mot, c'est l'Eucharistie.

Qui done ne seroit ému en entendant tous les jours ces paroles du Sauveur : « Ceci est mon sang du Nouveau Testament; » ou comme le tourne saint Luc : « Ce calice est le Nouveau Testament par mon sang * » qu'il contient parce que telle est la nature de ce Testament, qu'il doit être écrit tout entier du sang méme du testateur. Venez lire, chrétiens, venez lire ce testament admirable : venez en entendre la publication solennelle dans la célébration des saints mystères : venez jouir des bontés de votre Sauveur, de votre Père, de ce divin testateur qui vous achète par son sang votre héritage, et qui écrit encore de ce méme sang le Testament par lequel il vous le laisse: venez lire ce Testament: venez posséder : venez jouir : l'héritage céleste est à vous.

VEUVE VUE UT UE UE UE UV UT TA UA LE CAVE UL CX LR LUV YS LULU VA LU V VA

LXIEF JOURNÉE.

C'est le Nouveau Testament par le sang de Notve- Seigneur.

« Ce calice est le Nouveau Testament par mon sang : » c'est 1 Luc., xxu, 20.

ainsi que saint Lue et saint Paul! tournent ce que rapportent saint Matthieu et saint Marc : « Ceci est le sang du Nouveau Testament. »

Il n’y a pas lieu de douter que les paroles prononcées par Jésus- Christ en donnant son corps, ne soient celles-ci : « Ceci est mon Corps, » puisque tous ceux qui ont écrit cette institution, saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Paul, le rapportent dans ces mémes termes.

Il n'y a non plus lieu de douter que Jésus-Christ n'ait consacré son sang avec la méme facon de parler dont il a consacré son corps; c'est-à-dire comine le racontent saint Matthieu et saint Mare: « Ceci est mon sang du Nouveau Testament ?. » Mais comme il y avoit quelque chose de particulier à considérer dans ce sang du Nouveau Testament, et qu'il y falloit entendre que ce sang versé pour nous sur la eroix, et encore versé pour nous et transformé en une liqueur dans l'Eucharistie, y étoit la confirmation et le témoignage certain de la dernière disposition de notre Père, saint Luc et saint Paul l'expliquent ainsi: « Cette coupe est le Nouveau Testament en mon sang. » Comme si on disoit : De méme que ce papier où est écrite de la main de votre père sa dernière volonté, est son testament, ainsi cette coupe sacrée est le Testament de Jésus-Christ par son sang qu'elle renferme et dont la dernière disposition devoit être écrite.

Il n'y a donc rien de plus simple que les paroles dont Jésus- Christ a usé : « Ceci est mon corps : Ceci est mon sang du Nouveau Testament : » il n'y alà aucune figure, et tout y est véritable au pied de la lettre. Dans ces paroles de saint Luc et de saint Paul, ou plutót dans ces paroles de Jésus-Christ, ainsi que ces deux écrivains sacrés les ont tournées : « Cette coupe est le Nouveau Testament par mon sang, » il y a une facon de parler un peu plus tournée, aisée toutefois et du discours familier, semblable à celle qui appelle du nom de festament l'instrument où est déclarée la derniere volonté du testateur. Mais en méme temps la vérité du sang est marquée avec une force particulière. Car il y est expressément marqué , que si la coupe qu'on nous présente

1 Luc,, xxit, 20; I Cor.; x1, 25. — ? Matth., xxvi, 28; Marc., xi, 24.

est le Testament de Jésus-Christ, si elle est l'instrument sacré où sa dernière disposition est marquée, c'est par le sang de Jésus- Christ qu'elle contient, à cause que ce Testament, comme on vient de voir, étoit de nature à étre écrit, non pas de la propre main, mais du propre sang du testateur. Et les paroles de saint Lue marquent ce sens évidemment : car à les traduire mot à mot, selon qu'elles se trouvent dans l'original, il faut rapporter ces mots : « Répandu pour vous, » non pas au sang, mais àla coupe; et on les doit traduire ainsi : « Cette coupe versée pour vous est le Nouveau Testament par mon sang : » ce n'est pas seulement le sang qui est versé pour vous : c'est la coupe, au méme sens qu'on dit tous les jours, quand une liqueur est répandue, que le vase où elle étoit est répandu. Entendons donc aussi que cette coupe est ici répandue pour nous; c'est-à-dire que le sang qu'elle contient n'est pas seulement répandu pour nous à la croix; mais qu'en tant qu'il coule encore dans cette coupe et qu'il en découle sur nous, c'est encore une effusion qui se fait pour notre salut et une oblation véritable.

Rendons graces à Jésus-Christ, qui nous a expliqué en tant de sortes et d'une manière si expresse le sacrifice qu'il continue à offrir pour nous dans l'Eucharistie. Voyons-y encore couler pour nous le sang de la rédemption en vérité comme sur la croix, quoique sous une forme étrangére. Il est puissant pour opérer tout ce qu'il a dit : son sang est ici; cette coupe en est pleine; il s’y répand tous les jours pour nous; c'est de ce sang qu'est écrit le Testament de notre Pére. Et quel est ce Testament, sinon celui dont il est écrit : « C'est ici le Testament que je ferai avec eux : je mettrai ma loi dans leurs cœurs, et je l'écrirai dans leur esprit, et je ne me souviendrai plus de leurs péchés !. »

Et pourquoi nous léguer par testament la rémission des péchés, si ce n'est pour lever l'obstacle qui nous empêche d'entrer dans le ciel, qui est notre véritable héritage? Et pourquoi faire cela par un testament, si ce n'est pour nous faire souvenir que pour étre en droit de nous léguer cet héritage céleste, il en devoit coûter la vie à celui qui nous le léguoit par testament? Et pourquoi nous

1 Jerem., xxxi, 31, 33, 34; Hebr., vit, 8 et seq.; X, 16 4T.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LXIIIe JOURNÉE. 457

donner le sang du Nouveau Testament; ou comme le tournent saint Luc et saint Paul, pourquoi nous donner ce testament scellé, confirmé, écrit avec le sang du testateur, sinon pour appuyer notre foi et enflammer notre amour? Qui ne seroit attendri, en voyant un testament écrit de cette sorte? Que l'héritage est grand, qui nous est légué par un testament si auguste, si précieux ! Qui auroit le cœur si endurci, qui voyant ruisseler encore de cette coupe sacrée le sang de ce Testament, par lequel nos péchés sont lavés, ne les auroit en horreur, et n'en déracineroit jusqu'aux moindres restes à la vue et par la vertu de ce sang?

VUVUVVVUVLTLLUL LUE VUULLVULTTA ULL TA VU t tUULTATL TL ULLA LU LEUUUULE UU tULLVU VA VUVVM V

LXIIE JOURNÉE.

La Messe est la continuation de la Céne de Jésus-Christ. Ibid.

Reconnoissons donc, chrétiens, que toutes graces abondent dans ce sacrifice. Jésus est mort une fois, et n'a pu étre offert qu'une fois en cette sorte : autrement il faudroit conclure que la vertu de cette mort seroit imparfaite. Mais ce qu'il a fait une fois de cette manière, qui étoit de s'offrir ainsi tout ensanglanté et tout couvert de plaies, et de rendre son ame avec tout son sang , il le continue tous les jours d'une manière nouvelle dans le ciel, où nous avons vu par saint Paul qu'il ne cesse de se présenter pour nous , et dans son Eglise oü tous les jours il se rend présent sous ces caractères de mort.

Peuple racheté, assemblez-vous pour célébrer les miséricordes de votre Pére céleste par Jésus-Christ immolé pour vous. Oü est le corps de Jésus, là est le lieu de votre assemblée : « Où est ce corps, là les aigles doivent accourir ‘. » Et qu'y ferons- nous? qu'a fait Jésus? « Il a pris du pain : il a béni: il a rendu graces dessus : » il a fait de saintes prières : « il a pris une coupe ? : » il a fait de méme dessus. Le prétre fait comme lui; on mange, on boit ce corps et ce sang; on dit l'hymne et on se retire. Soyons attentifs : suivons le prétre qui agit en notre nom, qui parle pour

1 Matth., xxiv, 98. — ? Matth., xxvi, 26, 27, 305 Marc., XIV, 22, 23, 26.

nous : souvenons-nous de la coutume ancienne, d'offrir chacun son pain et son vin, et de fournir la matière de ce sacrifice céleste: la cérémonie a changé : l'esprit en demeure : nous offrons tous avec le prêtre : nous consentons à tout ce qu'il fait, à tout ce qu'il dit. Et que dit-il? « Priez, mes frères, que mon sacrifice et le vótre soit agréable au Seigneur notre Dieu. » Et que répondezvous? « Que le Seigneur le recoive de vos mains. » Quoi! notre sacrifice et le vótre. Et que dit encore le prétre? « Souvenez-vous de vos serviteurs, pour qui nous vous offrons. » Est-ce tout? Il ajoute: « Ou qui vous offrent ce sacrifice. » Offrons donc aussi avec lui: offrons Jésus-Christ; offrons-nous nous-mémes avec toute son Eglise catholique, répandue par toute la terre.

Le prêtre bénit, il rend grâces sur ce pain et sur ce vin, qui va être changé au corps et au sang; il prie pour toute l'Eglise : bénissez, rendez graces, priez. On vient à cette spéciale bénédiction, par laquelle on consacre ce corps et ce sang : écoutez, croyez, consentez. Offrez avec le prétre, dites Amen sur son invocation , sur sa prière. Le voilà donc : il est présent: la parole a eu son effet, voilà Jésus aussi présent qu'il a été sur la croix, où ila paru pour nous par l'oblation de lui-même ! : aussi présent qu'il est dans le ciel, où il paroit encore pour nous devant la face de Dieu ?. Cette consécration, cette sainte cérémonie, ce culte plein de sang et néanmoins non sanglant, où la mort est partout, et où néanmoins lhostie est vivante, est le vrai culte des chrétiens ; sensible et spirituel, simple et auguste, humble et magnifique en méme temps.

Quoi ! durant un si grand mystère, pas un soupir sur vos péchés, pas un sentiment de componction ! Vous assistez de corps seulement ! Et quoi ! Jésus n'est-il iei que selon le corps? son esprit n'est-il pas aussi avec nous? Et que veut donc dire le prétre, lorsqu'il nous salue , en disant : Dominus vobiscum : « Le Seigneur est avec vous? — Et avec votre esprit, » répondez-vous. C'est donc à l'esprit du prêtre , à l'esprit du sacrifice , que vous voulez vous unir; et votre corps est là comme mort, sans esprit, sans

foi ! Quoi donc! vous ne sentez rien ! Vous ne songez pas que ces ! Hebr., 1x, 26. — ? [bid., 94.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR , LXIVe JOURNÉE. 459

espèces sacrées sont l'enveloppe où est renfermé le corps de votre Sauveur, et comme le drap mortuaire dont il est couvert ! Vous assistez au tombeau où est votre Père qui est mort percé de plaies pour vous sauver; et vous êtes insensible ! Vous vous réveillez à ces paroles ; mais songez-vous bien que ce Jésus ici présent ne veut pas vous voir le moindre ressentiment contre votre frère; ou pour parler comme lui, avec le moindre ressentiment de votre frère contre vous ‘! Vos autres déréglemens ne lui causent pas moins d'horreur. Allez, « hypocrites, qui ne m'honorez que des lèvres et dont le cœur est loin de moi ?, » retirez-vous. Non, revenez : ranimez-vous : rentrez en vous-mémes : donnez du moins un soupir au déplorable état de votre ame. Dites : « Je confesserai à Dieu mon péché : et vous me l'avez remis? : » oui, vous le pourrez confesser avec tant de componction et de si bon cœur, qu'il vous sera pardonné à l'instant.

LUEUR LEUR LU EL ERREUR ELEVEUR LU ELU LULU LUE CUULVUUV LL UULU LULU LULU UVLUUULEUL LU LU

LXIV* JOURNÉE

La communion. Il faut communier au moins en esprit. Ibid.

On vient à la communion : heure terrible, heure désirable ! Le prétre a communié : préparez-vous : votre tour viendra dans un moment. Communiez d'abord en esprit : croyez : adorez : désirez. C’est ma viande, c'est ma vie; je la désire, je la veux. Vous n'étes pas préparé à communier : pleurez, gémissez. Hélas! où est le temps où nul n'assistoit que les communians, où l'on chassoit, où l'on reprenoit, du moins oü l'on blàmoit ceux qui assistoient au banquet sacré sans manger? En effet y assister sans manger, n'estce pas déshonorer le festin et en mépriser les viandes ? Quel mépris, quelle maladie, quel dégoüt? Mais ce n'est plusla coutume. Ecoutez ce que dit l'Eglise dans le concile de Trente : « Le saint concile désireroit que tous ceux qui assistent au sacrifice y participassent *. » Pourquoi le saint concile le désire-t-il, si ce n'est que Jésus-Christ le désire? Car il ne se change en viande que

1 Matth., v, 23.— ? Matth., xv, 1, 8. — 9 Psal. xxx1, 5.— ^ Sess. XXII, cap. VI.

pour étre mangé. L'Eglise désire done que vous communiiez , vous tous qui assistez au sacrifice. Le concile toutefois ne dit pas qu'il désire; il dit qu'il désireroit : Optaret sancta synodus. Pourquoi? l'Eglise n'ose former un désir absolu d'un si grand bien : elle désireroit que tout le monde le fit, que tout le monde en füt digne. O prétre, désirez aussi que tout le monde communie avec vous. Et vous tous qui assistez, répondez à ce désir de l'Eglise et de son ministre. Si vous ne communiez pas, encore un coup pleurez du moins, gémissez; reconnoissez en tremblant que le chrétien devroit vivre de manière, qu'il püt communier tous les jours. Promettez à Dieu de vous préparer à communier au plus tôt : vous aurez communié du moins en esprit. Le prétre communie : le prêtre achève, affligé de communier seul : ce n'est pas sa faute : il ne faut pas laisser de dresser la table, encore que tous n'en approchent pas. Telle est la libéralité, telle est la bonté du grand Pére de famille. Enfin donc le sacrifice est consommé : retirezvous avec douleur, de n'y avoir pas eu toute la part qui vous étoit destinée.

VE UV UV UV EVEUU VUE LULU EUUULULE VULVUVUVA TVYAtUVUVENVVATLALUUVUVULVLUVUMY UV, y VUUSLVULVUVYV RN LV

LXV* JOURNÉE

L'action de graces. Matth., xxvr, 30.

« Et aprés avoir dit l'hymne, ils s'en allérent à la montagne des Oliviers !. » Ils y allèrent à la vérité; mais avant que Jésus- Christ partit , il se passa plusieurs choses que nous verrons dans la suite. Arrétons-nous un moment sur cet hymne, sur ce canlique d'action de graces et d'allégresse, par lequel Jésus et ses apôtres finirent le saint mystère. Que pouvoient chanter ceux qui étoient rassasiés de Jésus-Christ et enivrés du vin de son calice, sinon celui dont ils étoient pleins? « L'Agneau qui a été immolé, est vraiment digne de recevoir la force, la divinité, la sagesse, la puissance, l'honneur, la gloire, la bénédiction. Et j'entendis toute créature qui est au ciel, sur la terre , sous la terre , sur la mer et

dans la mer, et tout ce qui est dans ces lieux qui crioient en di- 1 Matth., xxvi, 30.

sant : À celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire, et puissance aux siècles des siècles! ! »

Le monde chante les joies du monde; et nous que chanteronsnous, après avoir recu le don céleste, que les joies éternelles ?

Le monde chante ses passions, ses folles et criminelles amours : et nous que chanterons-nous , sinon celui que nous aimons? Le monde fait retentir de tous côtés ses joies dissolues : et qu'entendra-t-on de notre bouche, après avoir bu ce « vin qui germe les vierges *, » sinon des cantiques de sobriété et de continence? Remplis dela mort de Jésus-Christ, qui vient de nous étre remise devant les yeux, et dela chair de son sacrifice, que chanterons-nous, sinon : « Le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde ?? »

Ne vous en allez pas sans dire cet hymne, sans réciter le cantique de la rédemption du genre humain. Quoi ! Moise et l'ancien peuple chantèrent avec tant de joie le cantique de leur délivrance, après être sortis de l'Egypte et avoir passé la mer Rouge ! Chantez aussi, peuple délivré ; chantez le cantique de Moïse et le cantique .de l'Agneau , en disant : « Que vos œuvres sont grandes et admirables, ó Seigneur, Dieu tout-puissant! Que vos voies sont justes et véritables, Ô Roi des siècles ! Seigneur, qui ne vous craindroit, et qui ne glorifieroit votre nom ? Toutes les nations viendront et adoreront devant votre face, parce que vos jugemens sont manifestes *. Vous avez détruit par votre mort celui qui avoit l'empire de la mort, c'est-à-dire le diable *. Le prince de ce monde est chassé © : et attachant à votre croix la cédule de notre condamnation , vous avez désarmé les principautés et les puissances : vous les avez menées en triomphe hautement et à la face de tout l'univers , après les avoir vaineues par votre croix”. » Et maintenant, en mémoire d’une si belle victoire nous offrons par vous et en vous, à votre Père céleste, ce sacrifice de louanges et d'action de graces, qui au fond n’est autre chose que vous-même, parce que nous n’avons que vous à offrir pour toutes les graces que nous avons reçues par votre moyen.

1 Apoc., V, 12, 13. — ? Zachar., 1x, AT. — ? Galat., V1, 14. — * Apoc., xv, 3, 4. — 5 Hebr., 11, 14. — € Joan., XII, 31. — " Coloss., 11, 14, 15.

XA RAAARA TAA TRA VUE LU LE (CUR CULA RAUS AAA UU RAAAAACUAAA VAUVUUUVURA VU ELU ULUL UU UU UU

LXVE JOURNÉE.

Trahison de Judas découverte. Joan., xur, 26, 30.

Après la cene achevée, après que Jésus eut donné à Judas le morceau trempé, qui fut un signe à saint Pierre et à saint Jean pour connoitre ce traitre , le malheureux « se retira incontinent, et il étoit nuit !. »

Pour l'ordre de l'histoire, on peut observer ce qui a déjà été remarqué dans lévangile de saint Luc, qu'apres la Cène Jésus parla encore à ses disciples, de celui qui le devoit trahir : ce qui redoubla leur inquiétude sur l'auteur de la trahison. Ce fut alors que saint Pierre fit signe à saint Jean , et que Jésus leur donna à eux seuls la marque du morceau trempé.

Il ne le fit pas connoitre à tous les disciples, comme saint Jean le dit expressément ?. Cela auroit causé parmi eux un trop grand tumulte, et ils se seroient peut-étre portés à quelque violence, à laquelle aussi par sa bonté il ne vouloit pas exposer le traitre, ni le divulguer plus qu'il ne falloit. Mais comme il vouloit qu'ils sussent qu'il eonnoissoit parfaitement toutes choses et que cela leur étoit utile, il en choisit parmi ses disciples deux dont il connoissoit mieux la discrétion, pour être quand ille faudroit, témoins aux autres qu'il ne savoit pas les événemens par de vagues connoissances ou des pressentimens confus, mais avec une lumière claire et distincte.

Il parla donc à saint Jean assez bas pour n'étre entendu que de lui seul, ou tout au plus de saint Pierre, qui y étoit attentif. Les autres ne connurent rien à ce signal ; et Judas aprés avoir pris ce morceau, se retira incontinent, selon saint Jean.

Cette sortie précipitée du traître eût étonné les autres apôtres , s'ils n'eussent oui Jésus-Christ qui lui avoit dit : « Fais vite ce que tu as à faire?; » ce qu'ils avoient entendu de quelque ordre qu'il lui donnoit pour la fête ou pour les pauvres. Ils connoissoient

1 Joan., xur, 30. — 2 Ibid., 28. — 3 Ibid., 21.

la tendresse de leur Maitre pour ces derniers. Il donnoit souvent de pareils ordres pour eux, et on jugeoit bien qu'il ne les oublieroit pas au milieu de ses extrémes périls. Aimons done les pauvres et prenons-en tant de soin, qu'on ait sujet de penser que nous songeons toujours à eux.

Quelques-uns ont cru que ce morceau, aprés lequel Satan entra en Judas, fut celui du pain sacré de l'Eucharistie. Mais visiblement ce fut un morceau que Jésus-Christ trempa dans quelque plat; ce qui ne convient point à ce pain divin.

Il faut done entendre que ce morceau fut à saint Jean le signe qu'il demandoit, et à Judas la dernière marque de familiarité et de communication qu'il auroit avec lui : aprés quoi ce cœur ingrat, que rien ne put fléchir, fut livré à Satan.

Quant à ce que dit saint Jean, que « Judas sortit incontinent aprés, » on peut entendre cet incontinent en deux manières. L'une, que ce morceau trempé fut donné au traître pendant le souper; auquel cas l'éncontinent ne voudroit pas dire le moment immédiatement suivant, puisqu'il y eut entre deux la consécration du sang qui se fit aprés le souper, et à laquelle Judas assista selon saint Luc, comme il a été dit souvent. L’incontinent en ce cas voudroit dire peu de temps aprés, et signifieroit seulement qu'il n'y eut point d'autre action entre la sortie de table qui devoit arriver un moment après, et la retraite de Judas. L'autre manière d'expliquer ce morceau trempé, c'est qu'il fut donné à Judas aprés la consécration de la coupe sacrée. Car encore que le souper füt achevé, on voit par saint Luc qu'on demeurà encore quelque temps à table, puisque Jésus-Christ y parla encore du traitre. Ce put done étre alors qu'il donna ce morceau à Judas comme extraordinairement et aprés le souper, peut-étre méme pour le mieux marquer aux deux disciples à qui il voulut bien le faire connoitre. Au reste il n'est pas besoin d'étre curieux sur ces circonstances ; et lorsqu'on voit quelque obscurité dans les évangiles sur de telles choses, on doit croire qu'elles ne sont pas fort importantes, ou du moins qu'elles nele sont pas pour tout le monde. Quoi qu'il en soit, après la cene, Judas sortit; et ce n'est pas sans raison que saint Jean remarque « qu'il étoit nuit, » afin de nous

faire entendre que tout ceci et ce qui suit arriva peu d'heures avant que le Sauveur füt livré. Car il fut livré la méme nuit. Cette circonstance du temps auquel Jésus parle, sert à nousrendre attentifs à ses dernières paroles, qui contiennent son dernier adieu et ses dernieres instructions : celles par conséquent qu'il veut laisser le plus profondément gravées dans le cceur de ses disciples. En voici une trés-importante que nous tirerons de saint Luc.

VAVUAU LULU LULU VU VAGRATVVUVA/CVYAATU VA. VU SAUL UV UV UY UV MVVUVAALAXVULVVUVVVUVU UA QUU.

LXVIF JOURNÉE.

Autorité légitime établie, domination interdite dans l'Eglise. Luc., xxi, 24.

« Il s'éleva aussi une dispute entre eux, lequel d'eux tous paroissoit être le plus grand !. » Cette dispute, assez fréquente parmi les apôtres, est renouvelée au temps de la Cène. Saint Luc la place incontinent apres qu'il en a fait le récit et celui de l'étonnement où se trouvèrent les apôtres, lorsqu'ils se demandoient les uns aux autres lequel d'entre eux trahiroit leur Maitre ?. Rien ne peut éteindre l'ambition dans les hommes. L'exemple de la douceur et de l'humilité de Jésus-Christ le devoit faire mourir. Et cependant ses disciples, gens grossiers qu'il avoit tirés de la péche et de la nacelle, s'y laissent emporter. C'est ce qu'on voit souvent dans l'histoire de l'évangile; et Jésus les avoit réprimés par les paroles les plus fortes, surtout lorsque les deux fils de Zébédée lui demandérent les premières places de son royaume ?. Cependantla méme dispute renait, et dans le plus grand contre-temps qui füt jamais. Ils venoient de voir le lavement des pieds ; et Jésus qui leur ordonnoit de suivre cet exemple , pour les y exciter davantage, les avoit fait souvenir que lui, qui le leur donnoit, étoit leur Seigneur et leur Maitre. Combien plus se devoient-ils abaisser, eux qui n'étoient que les serviteurs.

Ils l'alloient perdre : déjà il neleur parloit que de sa mort prochaine , de la trahison qui se tramoit contre lui et de toutes les

! Luc., xxit, 24. — ? Ibid., xxi, 23. — ? Matth, Xx, 25; Marc., x, 42,

suites funestes de ce complot. Quoiqu'ils ne dussent être occupés que d'un si triste et si étrange événement , leur ambition les emporte : et encore assis à la table où Jésus leur avoit donné la communion, mystère d'abaissement où le caractère de l'humilité de Jésus jusqu'à la mort de la croix étoit imprimé, l'action de graces étant à peine achevée, ils se disputent entre eux la première place. Connoissons le génie de l'ambition, qui ne nous quitte jamais au milieu des événemens les plus tristes, et parmi les pensées et les exemples qui nous devroient le plus porter à des sentimens contraires.

Jésus-Christ leur dit sur ce sujet ce qu'il leur avoit déjà dit dans les occasions que nous venons de marquer; et il le répéte dans un temps dont toutes les circonstances le devoient encore plus imprimer dans les esprits , puisque c'étoit celui de sa mort prochaine et de son dernier adieu.

Mais il faut encore regarder plus loin. Il venoit établir un nouvel empire, qui auroit son gouvernement et pour ainsi parler ses magistrats, et il se sert de cette occasion pour montrer quel devoit étre le génie de ce nouveau gouvernement.

Ce qu'il a dessein d'établir, c’est la différence des empires et des gouvernemens du monde d'avee celui qu'il venoit former. Dans ceux-là est le faste; tout s'y fait avec hauteur et avec empire, souvent méme avec arrogance, avec violence : mais « parmi vous le premier et le plus grand doit devenir le plus petit , et celui qui gouverne doit étre le serviteur de tous, de méme que le Fils de l'homme n'est pas venu se faire servir, mais servir luiméme et donner sa vie pour la rédemption de plusieurs. Car vous voyez que je suis parmi vous comme celui qui sert’, » puisque méme pendant que vous étiez assis à table, j'en suis sorti pour vous servir et pour vous laver les pieds.

Il ne dit donc pas qu'il n’y a point de conducteur, ni qu'il ny a point de premier parmi eux; mais il dit à ces conducteurs et à celui méme qu'il avoit déjà désigné tant de fois pour être le premier, que leur administration est une servitude, qu'ils doivent à son exemple étre la victime de ceux qu'ils ont à conduire,

1 Matth., xx, 26-285 Luc., xxi, 26, 21.

et qu'ils doivent paroître les derniers de tous par leur humilité.

C'est ce qu'ont pratiqué les apôtres : Paul se rend « serviteur de tous , et se fait tout à tous, afin de les sauver tous ! : » Pierre, qui étoit le premier: «Je parle à vous qui étes prétre, moi qui suis prétre comme vous, et qui suis de plus témoin des souffrances de Jésus-Christ et devant participer à sa gloire : paissez le troupeau de Dieu qui vous est commis, veillant sur sa conduite, non par nécessité et par contrainte ni par intérét, mais avec une affection sincère et volontaire; non en dominant sur l'héritage du Seigneur, mais en vous rendant le modèle de tout le troupeau; et lorsque le Prince des pasteurs paroitra, vous recevrez une couronne de gloire qui ne se flétrira jamais ?. »

Voyez comme il se souvient des paroles de Jésus-Christ. Le Maitre dit : « Les rois des nations les dominent; mais il n'en est pas ainsi parmi vous ?; » et le disciple : « Ne dominant point sur l'héritage du Seigneur. » Il faut donc óter du milieu de nous l'esprit de domination, l'esprit de fierté et de hauteur, l'esprit d'orgueil, l'esprit d'intérét; mais songer à gagner les coeurs par humilité , par amour et en donnant bon exemple.

. Le Maitre dit : « Ceux qui exercent la domination et la puissance sur eux , sont appelés bienfaiteurs* : » c'étoit un titre qu'on avoit donné à de grands rois, qu'on appeloit Z'vergètes, bienfaiteurs, et on le donnoit ordinairement aux grandes puissances de la terre. Elles aimoient à étre honorées de titres qui marquoient bonté, libéralité, magnificence. Les plus grands titres des grands rois sont ceux qui sont tirés de la douceur: témoin ce titre de irés-clément, qu'on donnoit aux empereurs; et celui de sérénissime, dont on honore encore les rois et les princes. Mais vous, dit le Sauveur, ne soyez point bienfaiteurs en cette sorte, pour vous faire honneur de ce titre, mais en vous rendant en effet serviteurs de ceux que vous aurez à conduire.

- Le Maitre dit : « J'ai été parmi vous comme serviteur, et je suis venu pour donner ma vie en rédemption pour plusieurs *. » Et saint Paul a dit aussi, comme on a vu, non-seulement : « Je me

1 I Cor., 1x, 19, 22. — * 1 Petr., v, 1-4. — ? Luc., xxit, 25, 26. — * Ibid, 9 — 5 Matth., xx, 28. i | , xx, 35, 26. — * Ibid, 25.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LXVIIe JOURNÉE. 467

suis rendu serviteur de tous; » mais encore : « S'il faut que je sois immolé , et tout mon sang répandu en effusion sur le sacrifice de votre foi, je m'en réjouis; » et encore : «Je vais être immolé, et l'effusion commence déjà?. »

Ce n'est pas qu'il ne doive y avoir dans les pasteurs de l'Eglise une autorité; et s'ils ne devoient pas agir d'une certaine facon avec empire, saint Paul n'auroit pas écrit à Tite : « Parlez avec tout empire : que personne ne vous méprise*; » et il n'auroit pas menacé lui-même «de venir avec la verge et de châtier toute désobéissance *. » Mais c'est, dit saint Augustin, que ce n'est pas nous, mais Dieu et sa vérité que nous voulons faire craindre dans notre parole.

Voilà done comme, à cette fois et aprés l'exemple de la mort de Jésus-Christ, ses apótres sont changés. Ils ne songent plus à exercer un empire hautain : ils gagnent tout par lhumilité et par la douceur : ils n'envient plus à Pierre la prééminence : il * prend partout la parole, et personne ne la lui conteste *. « Voyez, dit saint Chrysostome, comme il se met partout à la téte, et comme il agit dans cette sainte société comme en étant le chef. » Personne ne s'y oppose plus; et ce désir de préséance , dont ils ont été autrefois si animés, a entièrement cessé. Pierre qui agit partout comme le premier, se laisse reprendre par Paul"; sur quoi les Péres remarquent : il ne dit pas : Je suis le premier, et je dois étre révéré et obéi par ceux qui sont aprés moi; mais il se laisse contredire jusqu'à lui résister en face, et il loue les lettres de saint Paul *, où il est expressément porté : « qu'il ne marchoit pas droit selon la vérité de l'Evangile?, » jusqu'à les mettre au rang des Ecritures inspirées de Dieu.

Changeons done aussi avec les apótres. Si la mort de Jésus- Christ a éteint en eux ces sentimens d'une ambition toujours renaissante, faisons-les aussi mourir en nous ; et puisque les chefs du troupeau sont si humbles, songeons à l'humilité qui convient aux simples brebis.

1 Philipp., M, A1. — 2 11 Timoth., 1v, 6. — 9 Tit., 11, 15. — * I Cor., 1v, 21, — $ Act., 1, 43, 155 r1, 14; nr, 125 1v, 85; v, 295 x, 55 XI, 4, 17; xv, 7, ete. — 6 In Act. Apost., hom. 3 et alibi. — ? Galat., 11, 11, 14. — 8 Il Petr., n1, 15, 16. — 9 Galat., 11, 14.

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