LXVIII: JOURNÉE
Royaume de Dieu, à qui destiné. Luc., xxu, 28-30.
« Vous êtes ceux qui êtes demeurés avec moi dans mes tentations !, » dans mes peines. Comme s'il disoit : Le désir de la gloire vous tourmente; voici en quoi vous devez mettre votre gloire : c'est de ne m'avoir point abandonné au milieu de mes périls et de mes peines. « Et moi aussi, je vous prépare le royaume , comme mon Pére me la préparé?,» le méme qu'il m'a préparé, un royaume éternel et inébranlable. N'y a-t-il pas là de quoi contenter votre ambition, au lieu de vous amuser à vous disputer : un à l’autre sur des préférences temporelles? « Quand vous serez dans ce royaume, je vous y ferai asseoir à ma table, vous y mangerez et vous y boirez avec moi? : » vous y mangerez tous sans distinction les mémes viandes : vous serez tous également rassasiés des délices et de l'abondance de ma maison : nul ne portera envie aux autres, parce que tous ensemble vous serez heureux. On se dispute les avantages de la terre, parce que qui les possede les partage, et ne peut les laisser aux autres en leur entier; mais à ma table et dans mon royaume la plénitude du bien y est si grande, que tout 'e monde le peut posséder sans diminution.
Vous demandez des trónes et des premieres places, voici le tróne que je vous prépare : « Vous serez assis sur douze trónes, et vous jugerez avec moi les douze tribus d'Israël *. » Vous les jugerez et avec moi: vous serez tous mes assesseurs; et vous songez aux petits honneurs et aux petits avantages que vous pouvez espérer sur laterre! Levez les yeux aux grandeurs, à la puissance, aux trônes que je vous prépare dans ces dernières assises où tout l'univers sera jugé par une derniére et irrévocable sentence,
Quoi! l'ambition ne mourra pas à ces paroles! Il ne reste plus qu'à songer à qui cette gloire est promise : c'est à ceux qui persévèrent avec Jésus-Christ dans ses tentations, qui le suivent à la
1 Luc., xxit, 28. — ? [bid., 29. — 9 [bid., 30. — ^ Ibid., 30.
croix , qui portent sa croix avec lui tous les jours, qui ont tout quitté pour lui : « Vous, dit-il, qui avez tout quitté pour me suivre, vous serez assis sur douze siéges, jugeant les douze tribus d'Israël !. »
EVE ELU EU EU UEULULULE LULULULULUEU EU LULU VVVVLMTVAVLVLLLULVYA VUA LULU UE UUUUUV UV LUV SA.
LXIX* JOURNÉE
Powvoir de Satan.
«Et le Seigneur dit : Simon, Simon ; » je t'appelle par deux fois, sois attentif : « Satan a demandé à vous cribler tous vous autres, comme on crible le froment ?. » Quelle puissance de Satan? Cribler les hommes, les apôtres mêmes, les agiter, les jeter en l'air, les précipiter en bas, en faire en un mot tout ce qu'il veut. Qui a donné ce droit à Satan, sinon le péché? C'est par le péché qu'il a vaincu l'homme, qui ensuite de la victoire lui a été livré comme son esclave. C'est pourquoi il en use avec un pouvoir tyrannique. Néanmoins il ne fait rien de lui-méme : il demande : c'est une puissance maligne, malfaisante , tyrannique , mais soumise à la puissance et à la justice supréme de Dieu.
Il a demandé Job ?, il est appelé « l’accusateur de nos frères *. » Et Dieu lui livre qui il lui plait, selon les régles de sa justice, selon lesquelles il a droit de lui demander ceux en qui il trouve du sien, c'est-à-dire ceux oü il trouve le péché. C'est pourquoi Jésus- Christ dira bientót : « Le prince de ce monde avance, il n'a rien du tout en moi * : » mais pour le reste des hommes, il n'a que trop en eux : il n'avoit que trop sur les apôtres, qui étoient encore possédés de la vaine gloire, l'un des plus mauvais caractères de Satan, qui est devenu Satan par ambition et par orgueil. Et c'est pourquoi Jésus-Christ prend occasion de leur parler de la demande de Satan , à l'occasion de la vaine gloire qui venoit de paroitre en eux et de leur dispute ambitieuse : vous vous tourmentez qui aura la premiere place : vous avez bien d'autres affaires qui devroient
* 1 Matth., xix , 21-29. — ? Luc., XXII, 31. — ? Job, 1, 11, 12; 11, 3, 5-1. — * Apoc., XII, 10. — 5 Joan., XIV, 30. :
vous occuper : Satan entre au milieu de vous par vos disputes : vous lui avez donné lieu et lui avez fait une ouverture bien grande pour vous dissiper, pour vous cribler. Tout ce qui est possédé de la vaine gloire, est léger et propre au crible de Satan. Au lieu done de vous disputer sur des préséances ridicules et de devenir par là la risée et la proie de l'enfer, unissez- vous contre une puissance si redoutable.
LULU LULU UUVVUULLUTVLVVUVUV VU UVUVVUVUTVTVU VV LUVVUVUUVULVVTLVU UV tU VVUUULUUVVULVVUVV
LXX* JOURNÉE
Primauté de saint Pierre, prédiction de sa chute par son orgueil, Luc., xxit, 31, 34.
« Satan a demandé de vous cribler tous : mais, Pierre, j'ai prié pour toi *. » Jésus-Christ nous apprend que nous n'avons de secours contre Satan que dans l’intercession et la médiation de Jésus-Christ méme.
Admirons la profondeur de sa sagesse. Parce qu'en réprimant l'ambition de ses apôtres, il avoit parlé d'une manière qui eüt pu donner lieu à ceux qui n'auroient pas bien pesé ses paroles, de croire qu'il n'avoit laissé aucune primauté dans son Eglise et qu'il avoit méme affoibli celle qu'il avoit donnée à saint Pierre, il parle ici d'une manière qui fait bien voir le contraire. « Satan, dit-il, a demandé de vous cribler tous : mais, Pierre, j'ai prié pour toi : » pour toi en particulier : pour toi avec distinction. Non quil ait négligé les autres; mais, comme l'expliquent les saints Péres, parce qu'en affermissant le chef, il vouloit empècher par là que les membres ne vacillassent. C'est pourquoi il dit : « J'ai prié pour toi; » et non pas : J'ai prié pour vous. Et que l'effet de cette prière qu'il faisoit pour Pierre regardàt les autres apôtres, la suite du discours le fait paroitre manifestement , puisqu'il ajoute aussitót aprés : « Et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères ?. »
.— Quand il dit : « J'ai prié pour toi, que ta foi ne défaille point, » il ne parle pas de cette foi morte qui peut rester dans les pécheurs, 1 Luc., xxi, 31, 32. — Ibid., 32.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LXX* JOURNÉE. 474 parce que celle-là n'empêche pas qu'on ne soit criblé par Satan : c’est cette foi qui opère par la charité, laquelle, dit-il, j'ai demandé qu'elle ne défaillit point en toi. Jésus-Christ le demandant ainsi , lui qui dit : « Je sais, mon Père, que vous m'écoutez toujours ', » qui peut douter que saint Pierre n'ait recu par cette prière une foi constante, invincible , inébranlable et si abondante d'ailleurs, qu'elle füt capable d'affermir , non-seulement le commun des fidèles, mais encore ses frères les apôtres et les pasteurs du troupeau, en empéchant Satan de les cribler ?
Et cette parole revient manifestement à celle où il avoit dit : « Tu es Pierre , » je t'ai changé ton nom de Simon en celui de Pierre, en signe de la fermeté que je te veux communiquer, nonseulement pour toi, mais encore pour toute mon Eglise : car « je la veux bátir sur cette pierre : » je veux mettre en toi , d'une manière éminente et particulière , la prédication de la foi, qui en. sera le fondement, « et les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle?, » c'est-à-dire qu'elle sera affermie contre tous les efforts de Satan, jusqu'à étre inébranlable. Et cela, qu'est-ce autre chose que ce que Jésus-Christ répète ici : « Satan a demandé de vous cribler : mais, Pierre, j'ai prié pour toi, ta foi ne défaudra pas; et toi, confirme tes fréres? »
Il est donc de nouveau chargé de toute l'Eglise : il est chargé de tous ses frères, puisque Jésus-Christ lui ordonne de les affermir dans cette foi qu'il venoit de rendre invincible par sa prière.
Voilà quelque chose de grand pour saint Pierre. Mais il ne faut pas oublier que, de peur qu'il ne s'enorgueillit d'une si haute promesse, elle est suivie incontinent de la prédiction de sa chute. Car voici ce qui suit : « Et Pierre lui dit : Seigneur, je suis prét d'aller avec vous , et dans la prison et à la mort méme; et Jésus lui répondit : Je te le dis, Pierre, » je te le déclare, « que le coq ne chantera point aujourd'hui, que tu n'aies nié trois fois que tu me connoisses ?. »
Quand Dieu fait ou promet de grandes graces, il faut Om et reconnoître de qui elles viennent. Au lieu de considérer sa foiblesse, Pierre s'emporta jusqu'à dire avec fierté et arrogance :
1 Joan., XI, 42. — ? Matth., xvi, 48. — 9 Luc., XXII, 33, 34...
« Seigneur, je suis prét à vous suivre partout, et jusqu'à la mort. »
‘Mais Jésus-Christ, qui l'avoit élevé si haut, sait bien rabattre son orgueil : « Simon, dit-il, j'ai prié pour toi, ta foi ne défaudra point : confirme tes fréres. » Et un moment aprés : « Je te le déclare à toi , » à qui je viens de dire de si grandes choses; mais à toi, qui présumes de toi-méme au lieu de t'humilier de mes dons, « je te déclare, » dis-je, que tu tomberas « cette nuit, » dans un moment, et par « trois fois, » dans une honteuse et manifeste infidélité, afin que tu sentes que si tu portois « un grand trésor, » tu le portois « dans un fragile vaisseau de terre, » et que ce qui se fait en toi de grand se fait, non point par toi-méme, « mais par la sublimité de la vertu de Dieu !. »
Et si nous pénétrons toute la suite des paroles de Jésus-Christ, nous verrons que la chute de saint Pierre arrive par une permission spéciale en punition de son orgueil, et pour lui apprendre l'humilité. Car celui qui dit : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point, » pouvoit prier, non-seulement afin qu'elle ne . défaillit pas finalement ni pour longtemps, comme il est arrivé à Pierre qui se réveilla à l'instant et au premier regard de Jésus- Christ, mais encore afin qu'elle ne souffrit pas, pour ainsi parler, cette courte éclipse. Mais il ne le voulut pas et il aima mieux permettre que Pierre füt humilié par sa chute.
Et c'est pourquoi les saints, en considérant toute la suite de l'Evangile, n'hésitent pas à confesser que saint Pierre fut délaissé et que la grace se retira de lui : non point d'elle-méme ( car c'est ce qui ne peut jamais arriver); mais comme nous le verrons encore plus clairement dans la suite, parce qu'il avoit présumé et quilest utile aux présomptueux comme lui de tomber dans un péché manifeste pour apprendre à se défier de leurs forces. Ce qui est encore plus utile à ceux qui, comme saint Pierre, devoient étre élevés dans les grandes places de l'Eglise, et mis bien haut sur le chandelier. Car comme leur élévation les porte naturellement à s'enfler et à exercer leur puissance avec hauteur, Jésus-Christ leur apprend par l'exemple de saint Pierre, comme saint Pierre
lui-méme l'avoit appris par son expérience , à craindre d'autant e MR est venie
plus de tomber que leur péril est plus grand et leur chute plus éclatante et plus scandaleuse.
Au reste, en élevant saint Pierre si haut, Notre-Seigneur, si on peut parler ainsi, avoit pris ses précautions pour prévenir tous les sentimens de présomption qui pouvoient entrer dans son cœur. Car en méme temps qu'il lui disoit : « Ta foi ne défaudra point, et confirme tes frères, » il ajoutoit : « Lorsque tu seras converti, » lui insinuant sa chute et lui faisant voir qu'il devoit attribuer le bien qu'il feroit à la bonté de son Maitre, qui avoit daigné demander pour lui de si grandes choses. Mais saint Pierre ne veut point entendre tout cela; au contraire, piqué, ce semble, de ce mot de conversion dont Jésus-Christ s'étoit servi,loin de songer qu'il pouvoit tomber d'autant plus dangereusement qu'il étoit élevé plus haut , il ne songe qu'à vanter son courage, et il oublie la grace qui seule le pouvoit soutenir.
Les excés oü il a poussé sa présomption se déclareront davantage dans la suite, et ils obligèrent son Maitre à retirer sa main pour un moment. Mais sa chute n'empécha pas l'effet des promesses et des desseins de Jésus-Christ. Car encore qu'il ait renié, et par trois fois, et la dernière fois avec blasphème et exécration, en sorte que dans ce genre de crime il ne pouvoit pas tomber plus bas : Jésus, qui fond les cœurs par ses regards, lui en réserve un des plus efficaces et des plus tendres; et cet homme si entété de lui-même et de son courage, se retire fondant en larmes; et celui qui étoit tombé parce que son Maitre avoit détourné sa face pour un moment, apprend qu'il n'est converti que parce qu'il a daigné jeter sur lui un regard.
C'est donc alors qu'il commenca à recevoir cette force qui lui avoit été promise. Il fit une grande chute , mais il fut incontinent relevé : sa foi ne se perdit que pour un moment, mais elle ne défaillit pas pour longtemps : au contraire elle revint plus ferme et plus vigoureuse qu'elle n'avoit été devant sa chute : Jésus-Christ accomplit en lui ce qu'il lui avoit promis, et il se servit delui pour confirmer ses fréres. C'est pourquoi il fut le premier des apótres à qui il apparut après sa résurrection : «Il apparut, dit saint Paul",
1 I] Cor., xv, 5.
à Céphas et puis aux onze; » et on disoit parmi les disciples : « Il est vraiment ressuscité, et il a apparu à Simon ‘. » Il avoit apparu à ces femmes pieuses; mais on ne parloit parmi les frères que du témoignage de Simon, qui les devoit confirmer. C'est lui aussi à qui saint Jean avoit réservé l'honneur d'entrer le premier dans le tombeau où il n'étoit arrivé que le second ?, afin qu'il fütle premier témoin des marques de la résurrection. Dés lors il est marqué que saint Jean vit ces marques et qu'il crut. Mais on ne célèbre avec distinction parmi les disciples que la foi de Pierre, et non pas celle de Jean 5.
Lorsqu'ils allérent à la pêche où Jésus devoit apparoitre pour montrer les effets de la péche spirituelle, pour laquelle il les avoit choisis, ce fut Pierre qui dit le premier : « Je m'en vais pêcher ; » et les autres le suivirent, en disant : « Nous y allons aussi. » Le bien-aimé disciple qui connut Jésus le premier, l'indiqua à Pierre seul et il lui dit : « C'est le Seigneur. » Ce fut Pierre et non pas Jean , qui se jeta dans la mer : ce fut Pierre et non pas Jean ni les autres, qui amenèrent au Sauveur les cent cinquante-trois poissons mystérieux qui ne rompoient point le filet, et qui figuroient les vrais fidéles qui devoient demeurer pris heureusement dans les rets de la prédication évangélique. Pierre toujours à la tête de cette pêche mystérieuse, à qui Jésus avoit dit spécialement durant sa vie mortelle : « Mène la nacelle en pleine eau, » et « je te ferai pécheur d'hommes *; » qui à la parole de Jésus avoit en effet amené tant de poissons, que deux barques en furent pleines, jusque presque à couler à fond : lui-même conduit cette pêche, encore plus belle et plus mystérieuse , que les apótres firent sous les yeux de Jésus-Christ ressuscité : et tout cela en figure de la prédication apostolique , qui commencée par saint Pierre le jour de la Pentecóte etles jours suivans, amena tant de milliers d'ames à Jésus-Christ et forma à Jérusalem le corps de l'Eglise qui devoit ensuite se multiplier avec une telle fécondité par toute la terre. Voilà ce que figuroit cette pêche des apôtres , saint Pierre étant à la tête et les confirmant par son exemple. C'est pourquoi Jésus-
: 2. XXIV, 34. — ? Joan., xx, 4, 8. — 3 Joan., xX1, 3, 1, 44. — * Luc., V, 2 E :
Christ lui dit encore, et non pas à Jean, ni aux autres, dans le temps de,cette pêche : « Pais mes brebis, pais mes agneaux ! : » pais les mères comme les petits; ce qui revient au commandement de les affermir dans la foi, puisque cela méme, c'est gouverner le troupeau. C'est, dis-je, le gouverner que d'y affermir cet esprit de foi etle paitre par la parole.
Aussi est-ce lui qui en attendant la descente du Saint-Esprit fut leconducte r des apôtres dans cette mémorable action où ils firent le supplément du collége apostolique, et mirent à la place de Judas « un témoin de la vie et de la résurrection de Jésus-Christ ?, » qui recevant avec eux tous le Saint-Esprit qu'ils attendoient , recut en même temps la grace de porter ce témoignage dans tout l'univers?. C'est donc par Pierre principalement « qu'il est rangé parmi les apótres *. » Pierre est partout à la téte de la prédication, et mène pour ainsi dire ses frères les apôtres au combat. C'est lui qui en entreprit la défense devant tout le peuple, lorsqu'on les accusa d'étre ivres de vin pendant qu'ils ne l'étoient que de l'esprit de Dieu*. Pierre fait le premier miracle qui parut en confirmation de la résurrection de Jésus-Christ *. Ce fut lui qui fit un exemple d'Ananias et de Saphira": ce premier coup de foudre, qui inspira aux fidèles une salutaire terreur et qui affermit l'autorité du gouvernement apostolique, partit de sa bouche. Ce fut lui qui frappa d'anathéme Simon le magicien et en sa personne tous les hérétiques, dont cet impie étoit comme le chef*. Ce fut lui qui visita le premier les Eglises persécutées comme leur père commun , afin que non-seulement la prédication , mais encore la visite des églises, qui est le nerf du gouvernement ecclésiastique, füt commencée et comme consacrée en sa personne. Quoiqu’apôtre spécial des Juifs, qui étoient dans ces commencemens la principale portion et comme le premier lot de l'héritage de Jésus-Christ, ce fut lui qui consacra les prémices des Gentils en la personne de Corneille le centenier?: les disciples qui appréhendoient qu'il n'eüt excédé en annoncant l'Evangile aux Gentils, apprirent de
1 Joan., XXI, 15-17. — ? Act., 1, 15, 22. — ? Ibid., 26. — * Act., II, 14. — 5 Ibid., 15. — 6 Act., 111, 6. — 7 Act., v, 3, 5, 8, 10. — 8 Act., vir, 9, 18, 205 1x, 32. — ? Act., x, 9, 19, 35. ;
lui que le Saint-Esprit leur étoit commun avec eux, et furent affermis dans les véritables sentimens par sa parole *.
Paul destiné par Jésus-Christ à être le prédicateur particulier des Gentils, avant que d'être employé à ce ministère et que d'exercer pleinement son apostolat, « va voir Pierre pour le contempler, » dit l'original ?, comme le chef du troupeau, comme la merveille de l'Eglise , ainsi que l'expliquent les Saints. Saint Jacques y étoit, mais ce n'est point saint Jacques que saint Paul alloit voir : il alla, dit-il, voir Pierre ; il demeura quinze jours avec lui, et il autorise sa prédication par ce témoignage. Ce qui nous fait voir que lorsque quatorze ans aprés , suivant une révélation du Saint-Esprit, il vint à Jérusalem conférer avec les apótres, de l'évangile qu'il préchoit aux Gentils?, c'étoit encore principalement saint Pierre qu'il venoit chercher.
Quand il fallut autoriser dans le concile de Jérusalem la liberté des Gentils par un décret qui mérita d'étre prononcé au nom du Saint-Esprit, saint Pierre y paroit le premier comme partout ailleurs : ce fut lui qui résolut la question pour laquelle on étoit assemblé, et saint Jacques déclare qu'il se rangeoit à son avis. Il est à la tête de tout, et tout est confirmé par son sentiment *. Ainsi la chute de saint Pierre, loin d'avoir anéanti la promesse de Jésus- Christ, en fait éclater davantage la vérité.
Pierre instruit d’où venoit sa force, agit avec d'autant plus de confiance, que sa confiance n'avoit plus rien d'humain : la modestie et l'humilitéle suivent partout : autant que son autorité est éminente dans l'Eglise, autant est-on édifié par la douceur de son gouvernement. Nous avons vu les belles paroles avec lesquelles il bannit de l'Eglise l'esprit de domination, et apprend à tous les pasteurs que la force du gouvernement diese est à faire le premier ce qu'on enseigne aux autres : forma facti gregis ex animo, en un mot «à se rendre le modèle du troupeau de tout son cœur *. » Pour apprendre par son exemple à tous les fidèles à profiter des corrections où consiste la force de l'Eglise, tout chef de l'Eglise qu'il étoit, il recoit la correction de saint Paul avec une
! Act., x1, 1-4, 15, 1T. — ? Galat., 1, 18, 19. — ? Galat., 11, 1 » 6, 9. — * Act., xv, 1, 13, 14, 19, 90, — 5 I Petr., v, 3.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LXXIe JOURNÉE. 477
déférence qui ne sera jamais assez louée‘. Car encore qu'il ne fût pas seul à tenir envers les Gentils la conduite que saint Paul blàmoit, et que saint Jacques en füt le principal auteur, il reconnut que saint Paul avoit raison de se prendre à lui de cette faute comme à celui qui , étant à la téte, l'autorisoit davantage par son exemple. Il se laisse done reprendre en face, devant tout le monde, et loin de s'offenser de ce qu'on avoit consacré la mémoire d'une si vive répréhension dans une Epitre que toutes les Eglises lisoient comme divine, on a vu qu'il la met lui-méme comme les autres Epitres de saint Paul, au rang des Ecritures canoniques?. Une seule chute éteignit pour jamais en lui la présomption : il montra que la primauté consiste principalement à savoir céder à la vérité plus que les autres. On ne put plus résister à la conduite que tenoit saint Paul, après que le prince des apôtres eut cédé : et la véritable manière de traiter avec les Gentils demeura autant affermie par l'humilité de saint Pierre, que par la vigueur de saint Paul.
AAA ME LUE EU ET VVVULVVVLLULVATTTRTATXTALALTTALTA TA ME VE YA VA ULUVTNVA VUUVULE VAULVAVVRLTAVLTXA TN VUA WU UV
LXXI JOURNÉE
Construction de l'Eglise. Priére de Notre- Seigneur pour saint Pierre : et tn sa personne pour les élus. Luc., xxu, 32.
I! faut encore s'élever plus haut, et pour affermir notre foi, contempler dans les paroles de Jésus-Christ toute Ja constitution de son Eglise.
La prière qu'il fait pour saint Pierre n'est pas particulière à cet apótre : il est la figure de tous les élus, pour qui Jésus-Christ prie spécialement ; et quoiqu'il ne leur déclare pas à tous, comme il fait à saint Pierre, qu'il prie que leur foi ne défaille pas , il a pourtant fait pour eux tous cette prière d'une certaine facon. Et deux choses sont véritables : l'une que Jésus-Christ leur a obtenu cette grace singulière, que leur foi ne défaillit pas à jamais et finalement, ce qui emporte la grace de la persévérance finale ; lautre, que nul ne recoit cette grace pour qui Jésus-Christ ne
1 Galat., 11, 11-14. — 2 II. Petr., rrr, 15, 16.
l'ait demandée et ne la demande continuellement à son Pére par cette perpétuelle intercession qu'il fait pour nous. Reconnoissons donc l'effet de cette intercession toute-puissante dans tout le bien qui est en nous, en quelque degré qu'il nous soit donné ; et reconnoissons-le principalement, lorsque remplissant nos cœurs d'une douce confiance en sa miséricorde , il nous fait marcher d'un pas ferme dans ses voies, sans nous détourner à droite ni à gauche.
Gardons-nous pourtant bien de croire que ce soit lui qui fasse tout sans notre coopération ; mais qu'à l'exemple de saint Pierre, la confiance que nous aurons en cette puissante intercession de Jésus-Christ nous rende plus vigilans, plus attentifs à notre salut et plus fervens à la prière. Regardons saint Pierre qui monte au temple avec saint Jean à l'heure de la prière de none‘ : ce qui marque non-seulement une prière réglée, mais encore une prière multipliée dans un méme jour. Il ne dit pas : Je n'ai plus besoin de prier, puisque Jésus-Christ m'a dit lui-même qu'il avoit prié pour moi ; au contraire Dieu lui fait sentir qu'il faut se joindre en esprit à cette puissante intercession de notre grand avocat, de notre puissant médiateur, et demander persévéramment en son nom tout ce qui nous est nécessaire pour notre salut.
Et saint Pierre n'étoit pas seulement soigneux d'aller faire sa prière dans le temple aux heures marquées pour, l'oraison , mais encore dans la maison il avoit ses heures réglées pour la prière : il monta à l'heure « de sexte,» c'est-à-dire vers le midi, « au plus haut de la maison, » au lieu le plus retiré « pour prier?. »
Prions done à son exemple, en union avec Jésus-Christ. Prions avec une ferme foi et une pleine croyance que si nous persévérons dans la priére, non-seulement rien ne nous manquera pour notre salut, mais encore nous recevrons une abondance de grace par la continuelle influence de l'esprit de Jésus-Christ dans nos cœurs. Car il veut notre salut et «ne veut la mort de personne, mais plutôt que nous vivions tous et que nous soyons sauvés ?.» Vivons dans cette espérance et dans cette foi, tout ce que nous sommes de chrétiens que le baptéme a fait ses membres.
es e I, 4. — ? Act., x, 9. — ? Ezech., xvur, 32; 1. Timoth., 11, 4; IL Petr., , 9.
VVVLVVWVVULLULVUVLYX VULE LE VUA LUE LE LULU UE UUULUUUUUUVUULE LULT WVVWVYTVY LU VEUVE VU VU UV VETUS.
LXIF JOURNÉE.
La foi de saint Pierre est la foi de l'Eglise de Rome, où est le centre de l'unité catholique. Luc., xxu, 32.
Suivons le mystère. Cette parole : « Affermis tes frères, » n'est pas un commandement qu'il fasse en particulier à saint Pierre : c'est un office qu'il érige et qu'il institue dans son Eglise à perpétuité. La forme que Jésus-Christ a donnée aux disciples qu'il rassembloit autour de lui, est le modèle de l'Eglise chrétienne jusqu'à la fin des siècles. Dès le moment que Simon fut mis à la tête du collége apostolique , qu'il fut appelé Pierre et que Jésus-Christ le fit le fondement de son Eglise par la foi qu'il y devoit annoncer au nom de tous : dés ce moment se fit l'établissement , ou si l'on veutla désignation d'une primauté dans l'Eglise en la personne de saint Pierre. En disant à ses apótres : « Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles !, » il montra que la forme qu'il avoit établie parmi eux passeroit à la postérité : une éternelle succession fut destinée à saint Pierre, comme il en fut aussi destiné une de semblable durée aux autres apôtres. Il y devoit toujours avoir un Pierre dans l'Eglise pour confirmer ses fréres dans la foi ; c'étoit le moyen le plus propre pour établir l'unité de sentimens, que le Sauveur désiroit plus que toutes choses; et cette autorité étoit d'autant plus nécessaire aux successeurs des apôtres, que leur foi étoit moins affermie que celle de leurs auteurs.
En méme temps que Jésus-Christ institua cet office dans son Eglise, il lui fallut choisir un siége fixe pour son exercice. Quel siége lui choisites-vous, Ó Seigneur, et qui pourroit assez admirer votre profonde sagesse ? Ce ne pouvoit être Jérusalem , parce que le temps étoit venu oü faute d'avoir connu le temps de sa visite, elle alloit étre livrée aux Gentils. L'heure des Gentils étoit venue : c'étoit le temps où ils se devoient ressouvenir du Seigneur leur Dieu, et entrer en foule dans son temple, c'est-à-dire dans son Eglise. Que fites-vous done, ó Seigneur, et quel lieu choisites- . 1 Matth., xxvii, 20.
vous pour y établir la chaire de saint Pierre? Rome la maitresse du monde, la reine des nations et en méme temps la mère de l'idolâtrie, la persécutrice des saints : c'est elle que vous choisites pour y placer ce siége d'unité, d’où la foi devoit être préchée comme d'un lieu plus éminent à toute la terre.
Que vos conseils, à Seigneur, sont admirables, et que vos voies sont profondes! Votre Eglise devoit étre principalement établie parmi les Gentils : et vous choisites aussi la ville de Rome, le chef de la gentilité, pour y établir le siége principal de la religion chrétienne. Il y a encore ici un autre secret que vos saints nous ont manifesté : dans le dessein que vous aviez de former votre Eglise en la tirant des Gentils, vous aviez préparé de loin l'empire romain pour la recevoir : un si vaste empire qui unissoit tant de nations, étoit destiné à faciliter la prédication de votre Evangile et lui donner un cours plus libre.
Il vous appartient, Ô Seigneur, de préparer de loin les choses, et de disposer pour les accomplir des moyens aussi doux qu'il y a de force dans la conduite qui vous fait venir à vos fins. A la vérité, l'Evangile devoit encore aller plus loin que les conquêtes romaines, et il devoit étre porté aux nations les plus barbares. Mais enfin l'empire romain devoit étre son siége principal. O merveille! Les Scipions, les Luculles, les Pompées, les Césars, en étendant l'empire de Rome par leurs conquétes, préparoient la place au règne de Jésus-Christ; et selon cet admirable conseil Rome devoit étre le chef de l'empire spirituel de Jésus-Christ , comme elle l'étoit de l'empire temporel des Césars.
Rome fut sous ses Césars plus vietorieuse et plus conquérante que jamais : elle contraignit les plus grands empires à porter le joug : en méme temps elle ouvrit une large entrée à l'Evangile : ce qui étoit recu à Rome et dans l'empire romain prenoit de là son Cours pour passer encore plus loin : Rome ruina l'ancien sanctuaire de Jérusalem, et ne laissa d'espérance à ceux qui vouloient adorer Dieu en esprit, que le nouveau sanctuaire que le Seigneur établissoit parmi les Gentils, c'est-à-dire l'Eglise chrétienne et catholique, et peu à peu Rome devenoit le chef de ce nouvel empire.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR , LXXIIe JOURNÉE. 481
Pour préparer les voies à ce grand ouvrage, ó Seigneur, vous fites dés lors éclater la foi romaine; et votre apótre saint Paul écrivit à cette Eglise que sa foi étoit devenue célébre par tout l'univers !.
Comme c'étoit dans cette Eglise que devoit principalement éclater la vocation des Gentils, vous inspirâtes à ce même apótre de lui développer le mystére de cette vocation : et l'Eglise romaine recut dès lors dans la divine Epirre Aux Rowarws le précieux dépôt de la révélation d'un si grand mystère, où étoit Dee le secret de la prédestination et de la grace.
Lorsqu'il fallut consommer l'ouvrage et mettre Rome à la tête de toutes les églises chrétiennes, Seigneur, vous y envoyâtes le grand pêcheur d'hommes, je veux dire l'apótre saint Pierre, afin de consacrer cette Eglise par son sang et d'y établir le principal siège des chrétiens, où la foi devoit être confirmée.
Ce fut alors qu'il eut besoin de savoir marcher sur les eaux , de savoir fouler aux pieds les flots soulevés, comme vous le lui aviez appris, et de ne pas craindre lorsqu'il enfonceroit. Car il eut à surmonter toutes les tempétes que les fausses religions, la fausse sagesse, la violence, et la politique du monde excitèrent contre l'Eglise. Saint Paul étoit le maitre des Gentils : mais ce n’étoil pas à lui qu'étoit donnée cette chaire principale : c'étoit à saint Pierre; et pour accomplir le dessein de Dieu sur Rome, il falloit que saint Pierre y fixàt son siége. Paul y vint dans le méme temps : la direction particulière qu'il avoit reçue pour les Gentils y expira avec lui. Ces deux apôtres scellèrent dans Rome de leur sang le témoignage de Jésus-Christ. En allant au dernier supplice, ils annoncèrent aux Juifs leur dernière désolation comme un événement qu'on alloit voir au premier jour, et confirmèrent par là la vocation des Gentils. Les évêques qui leur succédèrent dans l'Eglise romaine, qu'ils venoient d'illustrer à jamais par leur martyre et sanctifier par leur tombeau, recueillirent leur succession : mais la chaire qu'ils remplirent s'appela la chaire de saint Pierre, et non pas la chaire de saint Paul; et ils furent nommés successeurs de saint Pierre, et non pas de saint Paul.
1 Rom.. 1, 8.
Dés là, Seigneur, vous avez tellement disposé les choses que les successeurs de saint Pierre, à qui on donna par excellence le nom de Papes, c'est-à-dire celui de Péres, ont confirmé leurs freres dans la foi; et la chaire de saint Pierre a été la chaire d'unité, dans laquelle tous les évêques et tous les fidèles, tous les pasteurs et tous les troupeaux se sont unis.
Que vous rendrons-nous, Ô Seigneur, pour toutes les graces que vous àvez faites à votre Eglise par ce siége? C'est là que la vraie foi a toujours été confirmée. N'entrons point dans les disputes qui causent des dissensions, et non pas l'édification de vos enfans. Suivons les grands événemens et les grands traits de l'histoire de l'Eglise : nous verrons l'autorité de ce grand siége étre partout à la téte de la condamnation et de l'extirpation des hérésies : la foi romaine a toujours été la foi de l'Eglise : la foi de saint Pierre, c'est-à-dire celle qu'il a préchée et qu'il a laissée en dépót dans sa chaire et dans son Eglise, qui s'y est toujours inviolablement conservée, a toujours été le fondement de l'Eglise catholique et jamais elle ne s'est démentie.
Qu'importe qu'il y ait peut-étre dans toute cette belle suite deux ou trois endroits fâcheux ? La foi de saint Pierre n'a pas défailli, encore qu'elle ait souffert quelque éclipse dans le reniement qui lui a été particulier, et dans l'incrédulité qui lui a été commune avec ses frères les apôtres. Il en est ainsi de saint Pierre considéré dans ses successeurs : tous ses successeurs sont un seul Pierre. Quelque défaillance qu'on eroie remarquer dans quelques-uns, sans entrer dans ce détail plus curieux que nécessaire, il suffit que la vérité de l'Evangile soit demeurée dans le total, et qu'aucun dogme erroné n'ait pris racine, ni fait corps dans la succession et la chaire de saint Pierre : si bien que la foi romaine, c'e-t-à-dire la foi que Pierre a préchée et établie à Rome et qu'il y a scellée de son sang, n'a jamais péri et ne périra jamais.
Voilà, Seigneur, le grand secret de cette promesse : « Simon, j'ai prié pour toi que ta foi ne défaille pas; et toi confirme tes frères *. » Nous tenons cette explication de vos saints, et toute la suite des événemens la justifie. O Seigneur, qui ne vous loueroit,