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LXXXVIF JOURNÉE.
Jésus-Christ opérant ses miracles, nous fait voir le Pére dans ses œuvres. Ibid.
« Le Pére qui demeure en moi fait les ceuvres?» miraculeuses. C'est la seconde chose par oü Jésus-Christ veut qu'on voie son Pére en lui. On le voit dans ses paroles : il le faut encore voir dans ses œuvres.
Mon Père agit, et moi j'agis aussi : « Mon Père ne cesse d'agir, et je ne cesse d'agir?*. » Si le monde a été, c'est que mon Père l'a fait, et moi aussi: sile monde continue d'étre, c'est que mon Père le conserve, et moi aussi : il a fait, et il fait tout par son Fils : « Le Fils ne fait rien de soi, et il ne fait que ce qu'il voit faire à son Pére*.» Est-ce un apprenti toujours attaché aux mains et au travail de son maitre, toujours apprenti, jamais maître? Les apprentis mêmes ne sont pas ainsi parmi les hommes. Qu'imaginez-vous ici, homme grossier? Quoi! le Pére qui fait quelque chose etle Fils qui l'imite et fait aussi quelque chose, quelle folie! Le Pére a-t-il fait un autre monde que le Fils? Y a-t-il un monde que le Pére ait fait, et un autre monde que le Fils ait fait à l'imitation de son Père? A Dieu ne plaise! le Père fait tout ce qu'il fait par son Fils, et le Fils ne fait rien que ce qu'il voit faire, comme il ne dit rien que ce qu'il entend dire. Mais comment lui parle-t-on? En l'engendrant : car au Père éternel, parler c’est engendrer : prononcer son Verbe, sa parole, c'est lui
L Joan., 1, 1, 14. — ? Joan., XIV, 10. — ? Joan., v, 17. — # Ibid., 19.
donner l'étre. De même lui montrer tout ce qu'il fait, lui découvrir le fond de son étre et de sa puissance, en un mot lui ouvrir son sein, c'est l'engendrer : c'est le faire sortir de ce sein fécond, et en même temps l'y retenir, dans ce sein où il voit tout, tout le secret de son Père et d’où il vient l'apprendre aux hommes , autant qu'ils peuvent le porter et qu'il leur convient.
Il ne dit done rien que ce qu'il entend, il ne fait rien que ce qu'il voit faire : mais entendre son Pére et voir ce qu'il fait et ce qu'il est, c’est naître de lui. Il a cela par sa naissance : il lui est aussi naturel d'agir qu'à son Pére; et c'est pourquoi il ajoute : « Ce que le Père fait, le Fils le fait semblablement*. » Ecoutez : il ne le fait pas seulement, mais « il le fait semblablement, » aussi parfaitement et avec pareille dignité. Le Pére le fait infatigablement, et le Fils de méme : le Père tire du néant, et le Fils de méme : le Père agit sans cesse, et le Fils aussi. « Le Père ressuscite qui il lui plait, et le Fils ressuscite aussi qui il lui plait ?, » avec une pareille autorité, parce que son autorité, comme sa nature, est celle de son Pére. « Comme le Pére a la vie en soi , ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en soi.» On la lui donne; et néanmoins i] l'a en soi, parce qu'on lui donne tout sans réserve. Ainsila vie est en lui comme elle est dans son Pére, et il est comme lui la vie par nature.
« Ainsi le Père qui demeure en moi, fait les œuvres miraculeuses que vous voyez. » Tout est parfait dans les œuvres de Jésus-Christ, tout y ressent une autorité et une origine céleste. C'est pourquoi saint Jean disoit : « Nous avons vu sa gloire comme la gloire du Fils unique, plein de grace et de vérité *. » Comment donc ne voyez-vous pas, dit-il à Philippe, « que mon Père est en moi et moi en lui*? » Voyez-le dans les vérités que je vous annonce , dans les paroles de vie éternelle que je vous apporte : voyez-le dans les ceuvres que je fais pour montrer que c'est mon Père qui m'a envoyé. « Mon Père m'écoute toujours *: » il veut tout ce que je veux : je veux tout ce qui lui plait: tout ce qui est à lui est à moi : tout ce qui est à moi est à lui : comment donc
1 Joan., v, 19. — ? Ibid., 21. — 3 Ibid., 26. — * Joan., 1, 44. — 5 Joan., x1v. 10. — 5 Joan.,. X1, 41, AA
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LXXXVIIIe JOURNÉE. 519
«ne croyez-vous pas que je suis en mon Pére et mon Pére en moi? Croyez-le du moins à cause des œuvres que je fais. Croyezle du moins, » comme s'il disoit : Il y a une autre manière de voir que mon Pére est en moi et moi en lui, qui est de voir la substance de l'un et de l'autre : c'est ce qui fera votre parfaite félicité. Mais en attendant, voyez-le du moins par les œuvres : je fais ce que veut mon Père, ce qu'il me montre : c'est lui qui fait touten moi. Ne fait-il pas tout aussi dans les autres qu'il appelle àtravailler à son ouvrage? Oui sans doute; mais il ne le fait pas comme étant en eux, c'est-à-dire comme y étant pleinement, comme y étant réciproquement et dans une parfaite égalité, parce que nul autre que le Fils ne peut dire : « Qui me voit, voit mon Pére, parce que mon Pére est en moi et moi en lui. »
O rapport! à égalité! à unité! je vous crois : je vous adore : je vous rends graces, mon Sauveur, de ce que vous nous élevez si haut par la foi : ce m'est un gage que vous voulez m'élever encore plus haut par la claire vue. Qu'ai-je done à craindre? Qu'aije à me troubler? Pour n'étre jamais troublé, je ne désirerois avec saint Philippe que de voir votre Père. Vous me montrez où jele puis voir : vous me le montrez dans quelque chose qui m'est bien proche, puisque c'est un homme : et qui est bien proche de vous, puisque c'est un autre vous-même. Je vois : je verrai : qui peut m'óter mon bonheur?
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LXXXVIII: JOURNÉE
Les miracles des apôtres plus grands que ceux de Jésus - Christ. De quelle maniére. Joan., xiv, 12.
« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi, non-seulement fera les ceuvres que je fais, mais il en fera encore de plus grandes; parce que je m'en vais à mon Pére?. » Vous croyez tout perdre par ma retraite : vous y gagnez; et la puissance qui vous sera donnée d'en haut, viendra à un tel point,
1 Joan., XIV, 11, 12. — ? Ibid 12.
que non-seulement vous ferez les choses que je fais , mais encore vous en ferez de plus grandes. Ne vous troublez donc pas; ne craignez rien : au contraire remplissez-vous de foi et de confiance ; de cette sorte ce qui se fera par vous aprés ma retraite, est au-dessus de tout ce qui a été fait.
C'est la merveille de Dieu dans les disciples de Jésus-Christ. Ils ont fait tout ce qu'il a fait : car ils ont guéri comme lui tous les malades qu'on leur présentoit, et comme lui ils ont été jusqu'à ressusciter des morts.
Ils ont fait des choses qu'il n'a pas faites : à la parole de Pierre « Ananias et Saphira sont tombés morts’, » et à celle de Paul «le magicien Elymas a été frappé d'aveuglement ?. » Ils ont livré à Satan et à des maux imprévus ceux qu'il falloit abattre manifestement pour inspirer de la crainte aux autres. Voilà des miracles que Jésus n'a pas faits; mais c'est aussi qu'il ne devoit pas les faire, à cause qu'ils répugnoient au caractère de douceur, au personnage de Sauveur qu'il venoit faire. Ce n'est que sur un figuier qu’il a déployé la puissance de perdre et de détruire; ce n'est que des pourceaux qu'il a livrés aux démons. Pour les hommes, il doit étre un jour leur juge; mais dans son premier avénement, il ne devoit faire sentir que sa qualité de Sauveur.
Nous pouvons dire néanmoins encore que dans ces miracles qui viennent d'une puissance bienfaisante, les apôtres ont fait plus que Jésus. En touchant les habits qu'il portoit actuellement, il sortoit de lui une vertu salutaire?; mais on n'a point vu qu'on guérit par « l'application des linges qui l'avoient touché une fois, » comme il est arrivé à saint Paul*; et méme « par son ombre, » comme il est arrivé à saint Pierre.
Mais le grand endroit où il paroit dans les apôtres un miracle plus grand que ceux de Jésus, c’est la conversion du monde. A la première prédication de saint Pierre, trois mille hommes se convertissent 5, à la seconde cinq mille". Aprés la mort de Jésus ses disciples ne se trouvent qu'environ six vingts dans le cénacle® : il y avoit par-ci par-là quelques disciples cachés; mais saint
1 Act, v, 1,2 et seq.— ? Act., xIu, 8, 40, 11. — 8 Luc., vit, :4, 46. — * Act., XIX, 11, 12. — 5 Act., v, 15, 16. — 6 Act., II, 41. — 7 Act., 1v, 4. — 8 Act., T, 15.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LXXXVIIIe JOURNÉE. 521
Jacques dit à saint Paul : « Voyez, mon frére, combien de milliers ont cru‘! » Et que sera-ce donc si nous considérons la gentilité convertie, et l'Evangile recu dans le monde, jusqu'aux peuples les plus barbares? Voilàles miracles de la prédication apostolique, plus grands que ceux de la prédication de Jésus-Christ méme.
Ajoutons à ces miracles les secrets révélés par les apótres, que Jésus n'avoit pas révélés par lui-méme; en sorte que nous pouvons dire en quelque facon, non-seulement qu'ils ont fait de plus grandes choses que lui, mais encore qu'ils en ont dit de plus hautes.
Jésus avoit bien parlé de la réprobation des Juifs et de la conversion des Gentils; mais que la réprobation des Juifs düt sitót paroitre et donner lieu (a) à la prochaine conversion des Gentils ;
"qu'Israél düt revenir , mais à la fin seulement et « quand les nations seroient pleinement entrées ? » dans l'Eglise, et qu'il plût à Dieu de tout renfermer dans l'infidélité, afin de montrer que personne n'étoit sauvé que par misérieorde, c'est un secret dont Jésus-Christ avoit réservé la révélation à saint Paul, qui étant choisi pour étre le docteur des Gentils, devoit aussi annoncer aux hommes plus profondément le mystère incompréhensible de leur vocation.
C'est ce « mystére » profond et ce secret inconnu au monde dans les siècles et dans les races passées, que Dieu lui a révélé pour les Gentils, par lequel aussi Dieu a fait connoitre «la grande science qu'il lui avoit donnée du mystère de Jésus-Christ. » C'est ce «secret qui a été révélé aux apôtres et aux prophètes » de la nouvelle alliance « par le Saint-Esprit, » et particulièrement à lui Paul prisonnier de Jésus-Christ pour les Gentils, et qui a été révélé par eux et « par l'Eglise » non-seulement aux hommes, mais encore « aux anges et aux puissances célestes, afin de leur faire admirer les divers conseils de la féconde sagesse de Dieu ?. » C'est de quoi il se glorifie dans le troisième chapitre aux Ephésiens, parce qu'en effet il lui a été donné , non-seulement d'expliquer clairement et amplement ce que Jésus-Christ avoit comme enveloppé dans des paraboles, mais encore de proposer ce nouveau secret du retour
.3 Act., xxr, 20. — ? Rom., x1, 25, 26, 29 et seq. — 9 Ephes., 111, 1, 3-6, 8-11.
(a) Var.: Düt sitôt paroitre et dût donner lieu.
522 MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGLIE.
des Juifs, aprés seulement que les Gentils auroient rempli l'Eglise.
0 Dieu, soyez loué pour les graces que vous faites aux hommes, et pour les lumières admirables que vous avez données à votre Eglise. Qui n'admireroit l'honneur que Jésus-Christ veut faire à ses disciples, de surmonter en quelque facon ses propres ouvrages?
Il montre pourtant aprés que ce que feront ses disciples de plus grand que lui, c'est lui encore qui le fait : « Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai*.» Et ce que je ferai par vous sera plus grand en quelque facon, que ce que je ferai par moi-même : pourquoi? Ecoutons-en la raison : « Parce que je m'en vais à mon Pére. » Si je fais de si grandes choses en descendant de mon Père, combien en ferai-je de plus grandes, quand je remonterai au lieu de sa gloire?
- Mon Sauveur, je le reconnois : vous étes la sagesse éternelle, et
vous faites tout à propos et dans son temps. Les hommes ne pouvoient pas porter d'abord tout le poids de votre secret : vous dispensez tout par ordre : vous réservez vos plus grands ouvrages pour le temps où retourné à votre Pere, les jours d'humiliation étant écoulés, vous agirez avec plus d'empire. Vous montrerez votre puissance, en faisant de si grands prodiges par vos disciples. C'est vous qui animez tout : vous paroissez au haut des cieux à votre premier martyr ?, et vous montrez en lui le secours que vous donnez à tous les autres : vous révélez votre vérité aux Gentils par un saint Paul; mais ce Paul, par qui vous opérez la conversion de tant de peuples, vous le convertissez lui-même, en lui parlant du haut des cieux ? et lui apprenant que c'est en vain qu’il vous résiste.
Vous faites tout ce qu'il vous plait par vous-même et par vos disciples : vous faites tout convenablement, selon que les hommes le peuvent porter et selon les divers états oà vous devez étre.
« Ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai * : » il ne dit pas, Mon Père le fera; mais «Je le ferai. » C'est toujours ce qu'il dit : « Mon Père agit et j'agis aussi * : » ce qu'il
: 1 Joan., xiv, 43. — ?. Act., vir, 55. — 3 Act., Ix , 3-1. — ^ Joan., xiv, 43. — 5 Joan., v, 11.
fait, c’est moi qui le fais. « Car il fait tout par son Verbe, et rien de ce qui se fait ne se fait sans lui !. »
« Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai : » tout ce que vous me demanderez , je le ferai : c’est lui par qui on demande : c'est lui qui fait ce qu'on demande : c'est en son nom qu'on demande : on lui demande à lui-même, et on obtient tout, non-seulement par lui, mais de lui. Et, dit-il, « je le ferai , afin que le Père soit glorifié dans le Fils ?. » Il affermit notre foi en nous faisant voir qu'il nous fait du bien par l'intérét de sa gloire. Son intérét, c'estle nótre; sa gloire, c'est notre bonheur. Qu'y a-t-il done à craindre pour nous? Considérez, chrétiens, quel Médiateur vous avez, combien bon, combien puissant. Tout est possible par son entremise : il ne s'agit que de savoir ce qu’il faut demander et désirer : c'est ce qu'il va vous apprendre.
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,LXXXIX* JOURNÉE
Ce qu'il faut demander et désirer : aimer et garder ses commandemens, Joan., xiv, 15, 24.
« Si vous m'aimez, gardez mes commandemens. » Et il conclut: « Celui qui a recu mes commandemens et qui les garde, est celui qui m'aime. Et celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et je l'aimerai, et me manifesferai à lui *. » Tout cela conclut de plus en plus à ne se laisser troubler de rien, dans les moyens qu'il nous donne de nous assurer l'amour de son Père et le sien. Comme s'il disoit : Ne vous mettez en peine de rien, que de garder mes commandemens : si vous les gardez , tout est sür, parce que mon . Père et moi vous aimerons d'un amour si cordial, que nous nous manifesterons à vous sans rien vous cacher.
Les apótres désiroient de voir son Pére; et aprés leur avoir appris où il le faut voir, c'est-à-dire en lui, il vient à la pratique, et leur apprend le moyen de parvenir à cette vision bienheureuse où l'on voit le Fils dans le Père, et le Père dans le Fils, qui est de garder ses commandemens.
1 Joan., 1, 3. — ? Joan., XIV, 13. — ? Ibid., 15, 21.
« Je me manifesterai moi-même à lui. » N'espérez pas pouvoir me voir, ni voir mon Père, de vous-même. Nul ne me peut voir, que je ne me découvre moi-même à lui, et je ne me découvre qu'à ceux qui gardent mes commandemens. Je me découvre à ceux-là de cette manière admirable, qui fait qu'on voit mon Père en moi, et qu'on me voit dans mon Père. Ne vous contentez pas de vous attacher aux sublimes vérités : ne vous repaissez pas dela plus haute contemplation, encore moins des spéculations inutiles : venez aux moyens et aux vérités de pratique : appliquez - vous à l'observance des commandemens : ne croyez pas qu'il suffise de parler hautement de moi, car toute votre hauteur n'est que bassesse à mes yeux; ni d'admirer ma grandeur, car je n'ai pas besoin de vos louanges; ni d'avoir quelque tendresse vague et infructueuse pour ma personne, car tout cela n'est qu'un feu volage qui se dissipe de lui-même et se perd bientôt en l'air. Si vous m'aimez véritablement, sachez que l'amour n'est pas dans la spéculation , ni dans le discours. « Tous ceux qui me disent, Seigneur, Seigneur, » qui le disent deux fois et semblent le dire avec force, « n'entreront par pour cela dans le royaume des cieux : mais celui qui fait la volonté de mon Père, entrera dans le royaume des cieux ! : » car c’est comme j'ai fait moi-même, et j'ai été « obéissant jusqu'à la mort de la croix ?. » Comment seroit-il utile aux hommes de faire sur moi de beaux discours, puisque ceux qui auront prophétisé et fait des miracles en mon nom, sans venir à la pratique des vertus et à observer mes préceptes, recevront à la fin cette terrible sentence : « Je ne vous connois pas : allez; retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité *. » Combien done la vie chrétienne est-elle sérieuse! Combien est-elle ennemie des vains discours! Elle est toute dans l'obéissance, dans l'humilité, dans la mortification, : dans la croix : toute à crucifier ses mauvais désirs, et à abattre la chair qui convoite contre l'esprit.
Prenez garde à l'amusement ; j'oserai le dire, à la séduction des entretiens de piété, qui n'aboutissent à rien : tournez tout à la pratique.
Ne vous attachez néanmoins pas à une pratique sèche et sans
1 Matth., vir, 21, 29, — ? Philipp., 11, 8. — ? Matth., vix, 3.
amour. « Si vous m'aimez, gardez mes commandemens ! : » commencez à aimer la personne : l'amour dela personne vous fera aimer la doctrine : et l'amour de la doctrine vous mènera doucement et fortement tout ensemble à la pratique.. Ne négligez pas de connoitre Jésus-Christ et de méditer ses mystères : c’est ce qui vous inspirera son amour; le désir de lui plaire suivra de là, et ce désir fructifiera en bonnes œuvres. La pratique des bonnes œuvres, sans l'amour de Dieu et de Jésus-Christ, n'est qu'une morale purement humaine et philosophique; toutes les vertus chrétiennes sont animées de l'amour de Jésus-Christ. Ainsi on fait tout en foi, on fait tout en espérance, on fait tout en charité : on aime Dieu, on en est aimé : Jésus-Christ nous aime, et il se manifeste luiméme à nous : eten lui il nous manifeste son Père : nous voyons: nous vivons : nous sommes heureux, non point en nous, mais en Dieu.
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XC* JOURNÉE
Promesse de l'Esprit consolateur, ce que c’est que le monde. Joan., xiv, 15-17.
« Si vous m'aimez, gardez mes commandemens; et je prierai mon Pére, etil vous donnera un autre consolateur pour demeurer éternellement en vous : l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connoit pas ?. » Il n'oublie rien pour les consoler et les raffermir : et aprés leur avoir parlé de son amour et de celui de son Pére, afin que rien ne leur manque de ce qui est divin, ou plutót afin que rien ne leur manque de ce qui est Dieu, il leur promet le Saint-Esprit.
L'aimable titre que celui de Consolateur, que Jésus-Christ donne au Saint-Esprit! Ce sera donc cet Esprit qui vous consolera de mon absence : ce sera cet Esprit qui vous inspirera le vrai amour, qui vous fera garder mes commandemens. Cet Esprit viendra à la prière de Jésus-Christ : le Père le donnera, et nous verrons aussi que Jésus-Christ le donnera lui-méme. C'est cet Esprit
1 Joan., XIV, 45. — ? Ibid., 15-17.
qui est venu enflammer l'Eglise à l'amour de Jésus-Christ et à la pratique de ses préceptes.
« Un autre consolateur : » Jésus- Christ est un grand consolateur, puisqu'il dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes peinés'. » Le Saint-Esprit insinue cette douce consolation dans le cœur : il y répand la douceur céleste qui fait ressentir, qui fait aimer les consolations de Jésus-Christ.
« Un autre consolateur : » il avoit parlé de son Pére, il avoit parlé de lui-même : il falloit encore parler de cet autre consolateur, et nous manifester tout ce qui est Dieu, la Trinité tout entière.
« Pour demeurer en vous éternellement : » cet Esprit consolateur ne quitte jamais que ceux qui le chassent, et de lui-même il demeure éternellement.
« L'Esprit de vérité : » quelle est la consolation de l'homme parmi les travaux et les erreurs, si ce n'est la vérité? L'Esprit de vérité est donc notre véritable consolateur, en mettant la vérité à la place de la séduction du monde et de l'illusion de nos sens.
« Que le monde ne peut recevoir : » le monde est tout faux. Qu'est-ce que le monde, sinon « la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie?? » La concupiscence de la chair nous livre à des plaisirs qui nous aveuglent : la concupiscence des yeux, l'esprit de curiosité nous mène à des connoissances, à des épreuves inutiles; on cherche toujours, et on ne trouve jamais, ou bien on trouve le mal : l'orgueil de la vie, qui dans les hommes du monde en fait tout le soutien, nous impose par de pompeuses vanités. Le faux est partout dans le monde, et l'Esprit de vérité n'y peut entrer. On est pris par la vanité : on ne peut ouvrir les yeux à la vérité.
« Que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connoit pas, » parce qu'il ne veut ni le voir, ni le connoitre : il est livré, il est séduit. « Le monde est tout dans la malignité ?, » est tout plongé dans le mal : le monde pense mal de tout : il ne veut pas croire qu'il y ait de véritables vertus, parce qu'il n'en
1 Matth., xt, 28. — ? I Joan., 11, 16. — ? Ibid., v, 19.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XCIe JOURNÉE. 5971
veut point avoir, ni qu'il y ait d'autre motif des choses humaines que le plaisir et l'intérét, ni qu'il y ait de bien solide que dans les choses corporelles. « Jouissons, dit-il, des biens qui sont !; » tout le reste n'est qu'idée, imagination, pâture des esprits creux : ce qui est, c'est ce qu'on sent, c'est ce qu'on touche : tout le reste échappe. Et au contraire ce qu'on sent, ce qu'on touche, c'est ce qui échappe continuellement des mains qui le serrent. Plus on serre les choses glissantes, plus elles échappent : la nature du monde est de glisser, de passer vite, d'aller en fumée, en néant. Mais le monde veut s'imaginer que c'est cela qui est. Comment donc pourra-t-il connoitre l'Esprit de vérité, et comment pourrat-il le recevoir ?
« Le monde ne peut pas le recevoir. » Il y a l'esprit de vérité et l'esprit d'erreur. Qui est possédé de l'un, ne peut pas recevoir l'autre. « L'homme sensuel ne peut entendre ce qui est de l'esprit de Dieu : ce lui est folie et il ne peut pas l'entendre, parce qu'il le faut examiner par l'esprit?; » et son esprit est tout plongé dans les sens; il fait quelque effort, et il ne peut pas, et il retombe toujours dans son sens charnel.
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XCI JOURNÉE
La demeure de Jésus-Christ et sa manifestation dans les saintes ames. Joan., xiv, 17.
« Mais vous, vous le connoitrez, parce qu'il demeurera en vous et qu'il sera en vous. » Y étre véritablement, c'est y demeurer : il ne veut pas étre dans nous en passant : oü il ne demeure pas, si on peut parler de la sorte, il ne croit pas y avoir été : «c’est un esprit ferme, esprit; stable, constant, assuré?, » parce qu'il est véritable; et ce qui est véritablement, c'est ce qui demeure ; ce qui passe tient plus du néant que de l'étre.
Mais, Seigneur, vous avez dit : « L'Esprit souffle où il veut; et personne ne sait d’où il vient, ni où il va; ainsi en est-il de celui 1 Sapient., 11, 6. — * I Cor., 11, 44. — 3 Sapient., vit, 23.
qui est né de l'esprit!. » Comment donc dites-vous aujourd'hui : « Vous le connoitrez, parce qu'il demeurera en vous et qu'il y sera? »
Dans les premières touches de l'esprit, on ne sait d’où il vient ni où il va : il vous inspire de nouveaux désirs inconnus aux sens: vous ne savez où il vous mène : il vous dégoüte de tout et ne se fait pas toujours sentir d'abord : on sent seulement qu'on n'est pas bien et on désire d'étre mieux. Quand il demeure, il se fait connoitre; mais aprés il vous rejette dans de nouvelles profondeurs, et vous commencez à ne plus connoître ce qu'il vous demande : et la vie intérieure et spirituelle se passe ainsi entre la connoissance et l'ignorance, jusqu'à ce que vienne le jour où ce bienheureux esprit se manifeste.
«Je ne vous laisserai pas orphelins: je viendrai à vous *. » Il venoit de les appeler ses « petits enfans ?; » il continue à parler en père : « Je viendrai à vous; » je vous verrai après ma résurrection. Mais ce n'est pas là toute ma promesse : car je disparoitrai trop tôt, pour vous satisfaire par cette courte vision : je viendrai en vous par mon Esprit consolateur. Les orphelins seront consolés, parce que l'esprit de leur père sera en eux, et qu'il leur apprendra à prononcer comme il faut le nom de père : « Dieu enverra dans leurs coeurs lesprit de son Fils qui les fera crier : Mon Père, mon Père *; » qui leur apprendra à parler, à agir en enfans et non en esclaves, en esprit de confiance, de tendresse, d'amour et de liberté.
« Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus; mais vous, vous me verrez, parce que je vivrai et vous vivrez?; » vous vivrez de cette vie dont il est écrit: « Le juste vit de la foi *. » Vous vivrez de cette foi agissante et féconde en bonnes œuvres, « qui opère par l'amour ". » Pour voir Jésus vivant, il faut vivre, et vivre de la vraie vie. Le monde, qui est mort, ne verra point Jésus qui est vivant. « En ce jour vous verrez que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous*. » En ce jour, lorsque le Saint-Esprit vous sera donné, et encore plus en ce jour où vous
^ ! Joan., 111, 8. — ? Joan., XIV, 18. — 9 Joan., xut, 33. — * Galat., 1v, 6. — Joan., xiv, 19. — 6 Rom., 1, AT. — " Galat., v, 6. — 8 Joan., XIV, 20.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XCIIe JOURNÉE. 529
verrez à découvert la Vérité même, vous verrez mon union iritime, substantielle et naturelle avec mon Père, et celle que j'ai contractée avec vous par miséricorde et par grace. Si vous m'aimez, je vous aimerai, et « je me manifesterai à vous » par amour. Douce manifestation que l'amour inspire, que l'amour attire! « Je me manifesterai, » non point pour satisfaire des yeux curieux, mais pour contenter un cœur ardent.
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XCIIF JOURNÉE.
La prédestination, le secret en est impénétrable. Joan., xiv, 22.
« Jude lui dit: Seigneur, d’où vient que vous vous découvrez à nous, et non pas au monde !? » Cette question devoit naitre naturellement du discours qui a précédé; puisqu'on y a vu que le Sauveur avoit déclaré qu'il se manifesteroit par son Saint-Esprit à ses amis, et non pas au monde. C'est donc ici le grand secret de la prédestination divine : saint Jude va d'abord au grand mystère : «D'où vient? » Qu'avons-nous fait, qu'avons-nous mérité plus que les autres? N'étions-nous pas pécheurs comme eux , charnels comme eux ? Eussions-nous cru, si vous ne nous áviez donné la foi? Vous eussions-nous choisi, si vous ne nous aviez choisis le premier? « Vous ne m'avez point choisi, dira-t-il bientót, mais c’est moi qui vous ai choisis?. En cela paroit son amour, que ce n'est pas nous qui l'avons aimé, mais c'est lui qui nous a aimés le premier ?. »
Pourquoi, Seigneur, pourquoi, dit saint Jude? Lui seul pouvoit résoudre cette question; mais il s'en est réservé le secret. Et c'est pourquoi il n'y répond pas; et sans faire méme semblant de lentendre, il répète encore une fois : « Si quelqu'un m'aime, il gardera mon commandement; et mon Pére l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui”. » Comme s'il eüt dit: O Jude, ne demandez pas ce qu'il ne vous est pas donné de savoir: ne cherchez point la cause de la préférence :
1 Joan., XIV, 20. — ? Joan., Xv, 16. — 9 I Joan., IV, 10.— # Joan,, xiv, 23.
adorez mes conseils : tout ce qui vous regarde sur ce sujet, c'est qu'il faut garder les commandemens : tout le reste est le secret de mon Père : c'est le secret incompréhensible du gouvernement que le souverain se réserve.
Il y a des questions que Jésus résout ; il y en a qu'il montre expressément qu'il ne veut pas résoudre , et où il reprend ceux qui les font; il y en a, comme celle-ci, où il réprime la curiosité par son silence; il arréte l'esprit tout court; et pour le désoccuper des recherches dangereuses, il le tourne à des réflexions nécessaires (a). Passons : évitons cet écueil où l'orgueil humain feroit naufrage. « O profondeur des trésors de la science et de la sagesse de Dieu ! Que ses jugemens sont impénétrables et ses voies incompréhensibles ! Qui lui a donné quelque chose le premier, pour en prétendre récompense? Parce que tout est de lui, tout est par lui, tout est en lui : à lui soit gloire dans tous les siècles! Amen *. » Il n'y a qu'à adorer ses conseils secrets et lui donner gloire de ses jugemens, sans en connoitre la cause. C'est avec ces mots de l'Apótre, expliquer le silence de Jésus-Christ. Taisez-vous, raison humaine! O Seigneur, que j'ai de joie de la faire taire devant vous! C'est assez de savoir dire comme David avec joie et reconnoissance : « qu'il n'a pas ainsi traité toutes les autres nations; et il ne leur a pas manifesté ses jugemens ?; » et encore avec saint Paul : Jésus-Christ « a laissé chaque nation aller dans ses voies 5; » sans lui demander pourquoi il l'a fait. « Qui en veut savoir davantage, dit saint Augustin, qu'il cherche de plus grands docteurs; mais qu'il prenne garde de trouver des présomptueux *. »
! Rom., x1, 33, 36. — ? Psal. cxLvir, 10. — 3 Act., xiv, 15. — * Lib. De Spirit. et litt., cap. XXXIV, n. 60.
É (a) Le passage suivant, que les précédentes éditions donnent comme authenlique, ne se trouve ni dans le manuscrit ni dans les anciennes copies : Saint Jude entendit bien qu'il ne falloit pas pousser plus loin la question. Apprenons de ce saint apôtre à demeurer en repos, non sur l'évidence d'une réponse précise, mais sur l'impénétrable hauteur d'une vérité cachée.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XCIIIe JOURNÉE. 53K
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XCIITI: JOURNÉE.
Demeure fixe du Père et du Fils dans les ames. Joan., xiv, 23.
Ce qui est certain, ce qu'il faut savoir, ce qu'on ne sauroit assez imprimer dans son esprit, c'est que la cause prochaine de la préférence est que Jésus-Christ et son Père se manifestent à celui qui garde les commandemens : « Nous viendrons à lui, et nous y établirons notre demeure !. »
Il va toujours les affermissant de plus en plus, en les assurant de l'amour de son Pére, du sien, de la présence et de l'assistance de son Saint-Esprit; et fin de ne rien omettre, il leur dit encore : « Nous viendrons en vous, mon Père et moi; » nous ne nous contenterons pas de vous assister au dehors: « nous viendrons à vous : nous y établirons notre demeure : » nous vous serons intimement unis : et cela, non point en passant, mais par un établissement permanent.
« Nous viendrons : » quel autre qu'un Dieu peut parler ainsi? Un simple homme, une simple créature, quelque parfaite qu'on la fasse , oseroit-elle dire : « Nous viendrons, » et s'associer avec le Père éternel, pour demeurer dans le fond des ames comme dans son sanctuaire ?
« Nous viendrons à eux, et nous y établirons notre demeure : » et cela qu'est-ce autre chose, sinon ce qui est écrit: « Vous étes le temple du Dieu vivant: comme Dieu, je ferai ma demeure en eux, ef je me promenerai au milieu d'eux , et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Sortez du milieu du monde, et séparezvous, et ne touchez point aux choses impures; et je vous recevrai, dit le Seigneur; et vous serez mes fils et mes filles, dit le Seigneur tout-puissant ?. »
Qui nous dira quelle est cette secrète partie de notre ame dóut le Père et le Fils font leur temple et leur sanctuaire? Qui nous dira combien intimement ils y habitent, comme ils la dilatent
1 Joan., x1V, 23. — ? II Cor., vi, 16-18.
comme pour s'y promener et de ce fond intime de l'ame se répandre partout, occuper toutes les puissances, animer toutes les actions? Qui nous apprendra ce secret, pour nous y retirer sans cesse et y trouver le Père et le Fils?
Ce n'est pas là cette présence dont saint Paul dit: « Il n'est pas loin de nous: car nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes en lui et par lui !*. » Car cette présence nous est commune avec tous les hommes, et méme en un certain sens avec tout ce qui vit et qui respire; mais l'union que Jésus-Christ nous promet ici, est une union qu'il ne promet qu'à ses amis. Qu'elle est profonde ! qu'elle estintime! qu'elle est éloignée de la région des sens !
Quand Dieu nous a faits à son image, il a créé en nous pour ainsi parler ce secret endroit où il se plait d'habiter. Car il entre intimement dans la créature faite à son image : il s’unit à elle par l'endroit qu'il a fait à son image, où il a mis sa ressemblance. L'homme ne lui est pas étranger, puisqu'il l'a fait, comme lui, intelligent, raisonnable, capable dele désirer, de jouir de lui; et lui aussi il jouit de l'homme : il entre dans son fond, d’où il possède le reste : il en fait son sanctuaire. O homme, ne comprendras-tu jamais ce que ton Dieu t'afait? Nettoie à Dieu son temple : car il y veut habiter : crois seulement, mais d'une foi vive : tu n'auras besoin pour prier d'autre temple que de toi-méme. Que Dieu t'écoute de prés! Il est en toi: il y demeure : il y règne : son Fils y est avec lui : quand il t'a fait à son image, il a parlé avec son Fils de l'ouvrage qu’il alloit faire; et il a dit: « Faisons l'homme à notre image et ressemblance?! » Et maintenant il vient en toi avec lui : il l'envoie continuellement de son sein dans le tien : il y envoie aussi son Saint-Esprit, sanctificateur invisible de ce temple. Il faut être juste pour cela : car il ne peut pas habiter dans une ame souillée. O homme, comment peux-tu souffrir le péché! Temple de Dieu, comment peux-tu mettre une idole dans ce sanctuaire !
Non : je me veux retirer en Dieu. Et que faut-il faire pour cela, sinon se recueillir en soi-même ? Mais l'y sentons-nous , l'y trouvons-nous? Dieu n'est-il pas en nous d'une maniere vive et qui se
! Act., XVII, 27, 28. — ? Genes., 1, 26.
fasse sentir ? Jésus-Christ a dit du Saint-Esprit : « Vous le connoitrez, parce qu'il sera en vous et qu'il y demeurera '. » Nous devons done aussi connoitre et sentir en nous le Père et le Fils puisqu'ils y sont et qu'ils y demeurent. Oui sans doute, il est ainsi : Dieu se fait sentir en quelque sorte lorsqu'il arrive en nous : c'est ce que saint Paul vient de nous rapporter : « Et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple ?. » Quand je ne sais quoi nous dit dans le cœur que nous ne voulons que Dieu et que tout le reste nous est en horreur, alors Dieu se fait sentir. Mais nous ne croyons pas qu'il se fasse toujours sentir bien clairement, ni que dans le cours de cette vie il se fasse sentir avec certitude. Il nous est plus intime que nous ne le sommes à nous-mémes : ainsi il se cache en nous autant qu'il lui plait: il s'y découvre à nous-mêmes autant qu'il lui plaît; et il ne s'y découvrira pleinement que lorsqu'il assouvira tous nos désirs, que « sa gloire nous apparoîtra et que Dieu sera tout en tous?, » comme dit saint Paul.
Ouvrons-lui cependant l'entrée : Jésus- Christ nous en donne le moyen : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole : celui qui ne m'aime pas, ne garde pas ma parole * : n'aimez point en discours, ni en paroles; aimez par les œuvres et en vérité *. » Il sonde les cœurs, et il voit que celui qui parle et qui croit aimer sans agir, n'aime pas. Mais aussi celui qui garde extérieurement sa parole et qui n'agit point par amour, ne garde pas véritablement cette parole : il faut joindre l'exécution de sa parole avec son amour , parce que sa principale parole et l'abrégé de sa doctrine, c'est qu'il faut aimer.
AVES LUE UUL EU LULU VVLVUVVAATV LUV VV VE VIVA. M UUUUUT VEUVE UV LL VUVUVUVUL EU LL UV UULULUUL US