‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 120 sur 149 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

SUITE DU DISCOURS DE NOTRE-SEIGNEUR : CE QU'IL DIT DEPUIS SA SORTIE DE LA MAISON JUSQU'A CE QU'IL MONTAT A LA MONTAGNE DES OLIVIERS.

PREMIERE JOURNÉE

Jésus est la vigne, et les fidéles les membres; nécessité, efficace, inftuence continuelle de la grace. Joan., xv, 1 jusqu'au 7.

« Je suis la vigne et mon Père est le vigneron, le laboureur *. » On croit que sur le chemin de la montagne des Olives il se trouvoit beaucoup de vignes, qui donnèrent lieu au Sauveur de dire ces paroles. Nous devons apprendre par cet exemple et par les autres de méme nature à nous servir de tous les objets qui se présentent pour nous élever à Dieu , et par ce moyen sanctifier pour ainsi parler toute la nature.

Nous avons ici à considérer trois choses : la vigne ou la tige, qui est Jésus-Christ; les branches de la vigne, c'est-à-dire les fidéles; et le laboureur, qui est le Pére éternel. Les deux premières choses nous font sentir combien nous sommes unis à Jésus-Christ, et le besoin extréme que nous avons de cette union.

Notre union avec Jésus-Christ présuppose, premièrement, une méme nature entre lui et nous, comme les branches de la vigne sont de méme nature que la tige. Il falloit donc que Jésus-Christ fût de méme nature que nous; ce qui aussi fait dire à saint Augustin qu'il a prononcé ces paroles selon qu'il est homme.

Elles présupposent secondement une intime union entre lui et nous, jusqu'à faire un méme corps avec lui, comme le sarment et les branches de la vigne font un méme corps avec la tige.

Elles présupposent en troisième lieu une influence intérieure de Jésus-Christ sur nous, telle qu'est celle de la tige sur les branches qui en tirent tout le suc dont elles sont nourries.

1 Joan., XV, 1.

De là suit une extrême dépendance de tous les fidèles à l'égard de Jésus-Christ. Comme les branches sécheroient et périroient sans ressource et ne seroient plus propres que pour le feu sans le suc qu'elles tirent continuellement de la tige, il en seroit de méme de nous si nous ne recevions continuellement de Jésus- Christ la grace qui nous fait vivre.

Remarquons donc bien qu'il ne suffit pas que Jésus-Christ nous enseigne par sa parole et par ses exemples, mais encore que nous avons besoin de la continuelle influence de sa grace, sans laquelle nous péririons.

Combien, d'un côté, devons-nous avoir de joie d’être unis si intimement à Jésus-Christ; et de l'autre quelle doit étre notre humilité dans le besoin continuel que nous avons de la grace!

Elle ne pouvoit étre mieux marquée que par le besoin que les membres ont de leur chef ou, ce qui est de méme nature, par celui que les branches ont de leur tige. Car un seul moment d'interruption d'une influence si nécessaire les feroit mourir.

Entrons donc dans la pratique de ce commandement du Sauveur : « Demeurez en moi et moi en vous : comme la branche ne peut porter du fruit, il en est de méme de vous : vous ne pouvez rien faire sans moi !. »

« Vous ne pouvez rien faire: » rien du tout; vous ne pouvez porter le moindre fruit, ni pousser par conséquent la moindre fleur, parce que la fleur n'est que le commencement du fruit. Il avoit dit que « le laboureur purgeroit le plant qui porte du fruit, afin qu'il en portàt davantage?. » Mais de peur que nous ne crussions que nous ne devions à sa grace que labondance des fruits, à cause qu'il avoit dit « que la plante seroit purgée pour porter beaucoup, » il ajoute: « Vous ne pouvez porter de fruit, si vous ne demeurez en moi ;» et encore plus précisément : « Vous ne pouvez rien sans moi;» vous ne pouvez méme commencer le bien,loin que vous le puissiez achever. « Personne ne peut rien penser de soi-méme comme de soi-méme? : personne ne peut prononcer le nom du Seigneur Jésus, que par le Saint-Esprit^,» ni avoir le Saint-Esprit que par Jésus-Christ qui doit

1 Joan., xv, 4, 5. — ? Ibid., 2. — * II Cor., 111, 5. — * I Cor., xit, 3.

l'envoyer, comme il.le dira dans la suite. Et non-seulement l'envoyer au dehors , mais encore au dedans, selon ce que dit saint Paul, « que tous les membres unis ensemble recoivent l'aceroissement par tous les vaisseaux, et par toutes les liaisons qui portent et communiquent la nourriture et la vie ‘, » chacun selon sa mesure : ce que le méme apótre attribue ailleurs à la distribution de la grace du Saint- Esprit, « qui partage ses dons à chaeun selon qu'il lui plait ?. »

Tenons-nous dans une grande [riens à chaque instant, à chaque action.

C'est par la foi qu'on tire le suc de cette divine racine : tenonsnous toujours dans la foi.

Jésus-Christ dans l'Eucharistie doit étre notre cher objet, et le moyen le plus efficace de s'unir à lui comme à celui sans lequel on ne peut rien, de qui on tire tout le bon suc de la grace , la vraie nourriture de l'ame.

Mais voici le comble de la joie. C'est que la racine n'aime pas moins à communiquer sa vie que les branches à la recevoir. Le chef est fait pour se communiquer, et Jésus-Christ pour se donner à nous : c'est pour cela que tous les conduits sont préparés: « Les uns sont apôtres, les autres docteurs?; » mais tout cela est pour les membres, outre que le chef influe par lui-méme.

« Approchez-vous de lui et recevez la lumière, et vos visages ne seront jamais chargés de confusion *

La confusion est pour ceux qui s’éloignent de Jésus, parce que laissés à eux-mêmes, ils sèchent, ils meurent , ils ne sont que foiblesse et péché.

Si la vigne , siles membres du corps pouvoient sentir ce qu'ils doivent à la racine et au chef, ils seroient en continuelles actions de graces. Rendons graces au Seigneur notre Dieu. Saint Paul ne nous préche que l'action de graces. La foi, la prière, l’action de graces, c’est le principe, c'est le moyen, c'est le fruit de notre union avec Jésus-Christ.

1 Ephes., 1v, 16. — 2 I Cor., xit, 11, 13. — ? Ibid, 28. — * Psal. xxxitI 6,

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