II: JOURNÉE
Le Pére est le vigneron. Ibid., 1.
« Mon Père est le laboureur, ou le vigneron. » Il faut exclure ici une fausse idée, qui seroit de croire que le Pére n'agisse qu'au dehors. Ce divin laboureur est celui qui envoie la pluie dont la vigne se nourrit : c'est lui qui opère dans les cœurs, « qui donne l'accroissement , comme dit saint Paul, qui opère le vouloir et le faire !. »
Mais ici l'influence intérieure semble être attribuée au Fils comme chef, afin d'établir la confiance des membres, en leur montrant que celui qui agit en eux leur est intimement uni.
Le Pére agit dans le Fils, et le Fils agit en nous : le Fils n'a rien que de son Pére, et nous n'avons rien que du Fils : ainsi tout retourne au Pére : « Le Pére ne cesse d'agir, dit le Fils de Dieu; et moi j'agis aussi?; » et notre propre action de l'un et de l'autre, c'est d'agir dans les cœurs où nous envoyons notre Saint-Esprit, agissant par lui sans discontinuation et faisant les hommes un méme esprit avec nous. Le Fils donc opère, et le Père opère; et il ny a de différence qu'en ce que le Père est Dieu seulement, et le Fils Dieu et homme tout ensemble : Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu uni à nous, Dieu agissant en nous, comme dans une partie de lui-méme. C'est done là le fondement de la confiance.
Quand les ariens disoient : Si l'un est la vigne et l'autre le vigneron et laboureur, ils ne sont pas de méme essence, ils ne songeoient pas que ce méme Jésus, qui est notre Chef, notre tige en qualité d'homme, et de méme nature que nous, en tant que Dieu est de méme nature que son Père et laboureur comme lui, qui ne cesse de travailler à sa vigne élue. C'est là tout le fondement de notre espérance, de ce que tout est à nous par Jésus-Christ. Comme homme il est à nous : l'homme est Dieu : Dieu donc est à nous en Jésus-Christ. « Le Père est dans le Fils et le Fils est dans le Père ?:»
1 ] Cor., 11, 6, 7 ; PAilipp., 11, 13. — ? Joan., v, 41. — * Joan., XIV, 10.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, IIIe JOURNÉE. 541
toute la substance de la divinité étant à nous, tous les fruits et tous les dons sont à nous : le Saint-Esprit qui est le don substantiel est à nous : et ce don nous est donné avec tous les dons dont il est plein. Voilà les richesses du chrétien. Peut-il penser à d'autres biens? Il en a besoin, je le sais, mais pour le corps : qu'il les prenne done en passant pour le corps qui passe; mais qu'il cultive, qu'il nourrisse, qu'il enrichisse son ame. « Travaillez, non point à une nourriture qui périt, mais à une nourriture qui mène à une vie éternelle, que le Fils de l'homme vous donnera !, » qu'il vous a déjà donnée en s'incarnant, qu'il vous donne tous les jours par sa parole, et qu'il vous donnera encore en se donnant à vous par l'Eucharistie.
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IIIe JOURNÉE.
Jésus-Christ retranche la branche infructueuse. Ibid., 2.
« La branche qui ne porte point de fruit en moi, » ce céleste vigneron « la retranchera; et la branche qui en portera, il la taillera, afin qu'elle en porte davantage *. » Voilà deux opérations : de retrancher le bois inutile, et de tailler l'autre pour n'y rien laisser d'impur et de superflu.
La première opération, qui est de retrancher la branche qui ne porte point de fruit, a un effet terrible marqué au verset 6, où il est porté que cette branche retranchée « séchera et sera jetée au feu et brülera. »
Il ne faut qu'écouter le saint Prophéte : « Fils de l'homme, que ferez-vous de la branche de la vigne? En ferez-vous quelque bel ouvrage *, » comme on en fait du cèdre, des autres grands arbres, qu'on n'emploie jamais à de plus beaux usages qu'après qu'ils sont coupés? En est-il de méme de la vigne? Point du tout. « Quand méme elle étoit sur pied, » on voyoit bien « qu'elle n'étoit propre à aucun ouvrage : combien plus » étant arrachée, verrat-on qu'elle n'est « bonne que pour le feu? » Plus elle est excel-
1 Joan., VI, 21. — ? Joan., XV, 2. — ? Ezech., xv, 2-4 et seq.
lente, lorsqu'elle porte « son fruit délicieux qui réjouit Dieu et les hommes‘, » plus elle est inutile quand elle n'en porte plus, et n'a plus rien à attendre que le feu dont elle est digne. Ainsi en est-il du chrétien.
Et remarquez qu'elle en est digne, non à cause seulement qu'elle porte du mauvais fruit, ce qui lui arrive lorsque son fruit dégénère et que son raisin se change en mauvais verjus; mais lorsqu'elle ne porte pas de bon fruit : ainsi en est-il du chrétien : « Jetez le serviteur inutile dans les ténèbres, » dans les cachots éternels : « là sera pleurs et grincemens de dents ?. »
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