XXIII: JOURNÉE
Le Saint-Esprit égal au Fils par ses œuvres.
Toutes ces fonctions du Saint-Esprit l'égalent manifestement au Fils de Dieu, dont il accomplit l'ouvrage. S'il y met la perfection, si Jésus-Christ pour ainsi parler lui en donne toute la gloire, c'est que la gloire du Saint-Esprit est celle du Fils de Dieu, comme la gloire du Fils de Dieu est celle du Père et que la gloire de la Trinité est une et indivisible.
Si ce qui est réservé au Saint-Esprit est si grand , que les apótres ne l'auroient pu porter, quoiqu'annoncé par Jésus-Christ méme, il n'y a done point d'inégalité dans les ouvrages de la Trinité , du cóté des trois divines personnes; mais une dispensation diversifiée
1 Rom., XI, 32, — ? | Cor., 1x, 21; I Cor., 1v, 10.
(a) C'est-à-dire place.
seulement par rapport à nous. Mais Jésus-Christ nous va encore élever plus haut; et aprés avoir égalé le Saint-Esprit au Père et au Fils par ses œuvres, il va encore montrer sa parfaite égalité par son origine.
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XXIV* JOURNÉE
Le Saint-Esprit égal au Fils par son origine, il annonce les choses futures et pénètre le secret des cœurs. Joan., xvi, 13.
« Quand cet Esprit de vérité viendra ; il vous apprendra toute vérité : car il ne parlera pas de lui-même, mais il vous dira ce qu'il a oui et vous annoncera les choses futures *. »
Il ne dira que ce qu'il a oui : mais il a tout oui; aussi enseignera-t-il toute vérité : il est dans le conseil où l'on dit tout : le Pére dit tout par son Fils: le Fils dit tout par sa naissance: si tout se dit par lui, il entend tout : autrement il ne s'entendroit pas lui-méme. On lui dit tout en le produisant, puisque le produire, c’est ‘dire. Le Saint-Esprit est le troisième dans ce secret. Nulle créature n'y entre. On ne dit rien à demi dans cette unité : on n'entend rien imparfaitement: c'est pourquoi « l'Esprit approfondit tout : » il entre en tout, « méme dans les profondeurs de Dieu ?. » Et c'est le caractère que lui donne le Sauveur du monde, en disant « qu'il nous enseigne toute vérité et annonce les choses futures. »
Ce Saint-Esprit est celui qui parle aux prophètes : quand il parle en eux, c'est Dieu qui parle, et on l'appelle l'Esprit prophétique; ce qui l'égale parfaitement au Père et au Fils, puisque comme eux il entre dans le grand secret réservé à Dieu, qui est celui de l'avenir à.
Il entre par la méme raison dans cet autre intime secret qui est la connoissance du secret des cœurs. Qui voit le secret de Dieu, que ne voit-il pas? Par qui est-ce que saint Pierre a vu le secret
! Joan., xv1, 13. — 2 I Cor., 11, 10. — ? Isa., xLvitr, 165 LIX, 21; Lxx, 43 Zachar., vYt, 495 I Cor., xiv, 325 Apoc., XXII, 6.
d'Ananias et de Saphira, dans la vente de leurs biens? Aussi en mentant à Pierre, ils mentirent au Saint-Esprit '. Par qui est-ce que « le secret des cœurs étoit manifesté » dans ces assemblées dont parle saint Paul, ce qui fait dire à tout le monde que « Dieu est au milieu de nous ?? » Comment? sinon par l'esprit de prophétie, qui est dans le méme lieu l'ouvrage du Saint-Esprit, à qui toutes ces graces sont attribuées conformément à cette parole : « Un seul Esprit opère ces choses, les partageant à chacun selon qu'il lui plait ?. »
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XXV* JOURNÉE
Origine du Saint-Esprit. Ordre des personnes divines. Joan., xvi, 14, 15.
«Il me glorifiera, parce qu'il prendra du mien *. » Que Jésus- Christ daigne nous parler de ces communications intérieures des personnes divines, et nous faire entrer en quelque facon dans cet ineffable secret, il y a de quoi s'en étonner. Vraiment il nous traite en amis, comme il disoit lui-méme, en nous apprenant non-seulement ce qu'il fait au dehors, mais encore ce qu'il produit au dedans. «Il prendra du mien : » le Fils a tout pris du Père et il glorifie le Père : le Saint-Esprit prend du Fils et il glorifie le Fils. Il semble que c'est là le but de cette parole; mais écoutons de quelle sorte Jésus- Christ s'explique. Il ne dit pas : « Il prendra de moi; » mais : «Il prendra du mien : » O Sauveur, que voulez- vous dire? M'est-il permis de le chercher? Ou bien m'en tiendrai-je à ce que vous dites, sans rien dire, ni rien chercher davantage dans cette parole? Mais votre Eglise y a trouvé que le Saint-Esprit procédoit de votre Pére et de vous, et que c'étoit pour cela que le Saint-Esprit étoit votre Esprit, comme il étoit l'Esprit du Père. Il est appelé l'Esprit de Jésus-Christ, Spiritus Christi*. Il est à Jésus-Christ. Jésus-Christ l'envoie : par quelle autorité , si ce n'est par l'autorité de principe et d'ori-
1 Act., v, 3, 4, 9.— 21 Cor., xiv, 24, 25. — ? Cor., Xit, 11. — À Joan., XVI, 14. — 5$] Petr., T, 11.
eine? Caril ne peut y en avoir d'autre entre les personnes divines.
Voilà la doctrine de l'Eglise catholique et la tradition des saints : je la recois, j'adore cette vérité. O Jésus, encore un coup, quelle merveille que vous daigniez nous parler de ces hauts mystères, à nous qui ne sommes que terre et cendre! Avec quelle foi, avec quelle reconnoissance, avec quel amour devons-nous écouter ces paroles! Seigneur, ce n'est pas en vain que vous nous parlez de ces choses: vous nous en montrez une étincelle durant cette nuit, dans le dessein de nous en montrer à découvert la pleine lumière au jour de l'éternité. Nous verrons ce que veut dire : «Il prendra du mien, et il me glorifiera , et il vous l'annoncera. Tout ce qui est à mon Père est à moi; et c'est pourquoi je vous ai dit qu'il prendra du mien, et il vous annoncera ce qu'il en aura pris !. »
Le Saint-Esprit prend du Père dont il procède primitivement; et en prenant du Père, il prend ce qui est au Fils, puisque tout est commun entre le Père et le Fils, excepté sans doute d’être Père: car c’est cela qui est propre au Père, et non pas commun au Père et au Fils. Le Fils a donc tout ce qu'a le Père, excepté d'être Père : il a donc aussi d’être principe du Saint-Esprit : car cela n’est pas être Père : le Fils prend cela du Père; et le Père qui en l'engendrant dans son sein, lui communique tout excepté d’être Père, lui communique par conséquent d’être le principe productif du Saint-Esprit. C'est pourquoi le Saint-Esprit est l'Esprit du Père comme du Fils, envoyé en unité de l’un et de l’autre, procédant de l’un et de l’autre comme d’un seul et même principe, parce que le Fils a recu du Père d’être principe du Saint- Esprit. Et c’est pourquoi Jésus-Christ ne dit pas : « Il prendra de moi, » parce que ce seroit dire en quelque facon qu'il en seroit le seul principe, et que le Saint-Esprit procède du Fils comme le Fils procède du Père, c’est-à-dire de lui seul. Mais il n'en est pas ainsi : car ce Saint-Esprit procède du Père radicalement ; et s'il procède du Fils, c'est du Père que le Fils a pris de le produire : et c'est pourquoi il dit plutót : « Il prendra du mien, » que de dire: «Il prendra de moi , » parce qu'encore qu'en effet il prenne de
lui, il ne prend de lui que ce que lui-même a pris du Père. Tl 1 Joan., XVI, 14, 18.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR , XXV* JOURNÉE. 587 procède donc du Père et du Fils; mais il procède du Père par le Fils, parce que cela même que le Saint-Esprit procède du Fils, le Fils l'a recu du Père, de qui il a tout recu.
C'est ce qui explique la raison mystique et profonde de l'ordre de la Trinité. Si le Fils et le Saint- Esprit procèdent également du Pére sans aucun rapport entre eux deux, on pourroit aussitót dire, le Père, le Saint-Esprit et le Fils, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Or ce n'est pas ainsi que Jésus-Christ parle : l'ordre des personnes est inviolable, parce que si le Fils est nommé aprés le Pére parce qu'il en vient, le Saint-Esprit vient aussi du Fils, après lequel il est nommé, et il est l'Esprit du Fils comme le Fils est le Fils du Père. Cet ordre ne peut être renversé : c’est en cet ordre que nous sommes baptisés , et le Saint-Esprit ne peut non plus être nommé le second que le Fils peut être nommé le premier.
Adorons cet ordre des trois personnes divines, et les mutuelles relations qui se trouvent entre les trois et qui font leur égalité, comme leur distinction et leur origine. Le Père s'entend luimême, se parle à lui-même, et il engendre son Fils qui est sa parole : il aime cette parole qu'il a produite de son sein et qu'il y conserve; et cette parole qui est en méme temps sa conception, sa pensée, son image intellectuelle éternellement subsistante, et dés là son Fils unique, l'aime aussi, comme un Fils parfait aime un Père parfait: mais qu'est-ce que leur amour, si ce n'est cette troisiéme personne et le Dieu amour, le don commun et réciproque du Père et du Fils, leur lien, leur nœud, leur mutuelle union, en qui se termine la fécondité, comme les opérations de la Trinité ? Parce que tout est accompli , tout est parfait, quand Dieu est infiniment exprimé dans le Fils et infiniment aimé dans le Saint- Esprit; et qu'il se fait du Pére, du Fils et du Saint-Esprit, une très-simple et très-parfaite unité: tout y retournant au principe d’où tout vient radicalement et primitivement, qui est le Pere, avec un ordre invariable : l'unité féconde se multipliant en dualité, c’est-à-dire jusqu'au nombre de deux, pour se terminer en Trinité : en sorte que tout est un, et que tout revient à un seul et méme principe.
C’est la doctrine des saints : c’est la tradition constante de l'E-
glise catholique : c’est la matière de notre foi, nous le croyons : c'est le sujet de notre espérance, nous le verrons : c'est l'objet de notre amour; car aimer Dieu, c'est aimer en unité le Père, le Fils, et le Saint-Esprit : aimer leur égalité et leur ordre : aimer, et ne point confondre leurs opérations, leurs éternelles communications, leurs rapports mutuels et tout ce qui les fait un en les faisant trois, parce que le Pére qui est un et principe immuable d'unité, sé répand, se communique sans se diviser. Et cette union nous est donnée comme le modèle de la nótre: « O mon Père, qu'ils soient un en nous; comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous, ainsi qu'ils soient un en nous‘. O Dieu, Père, Fils, et Saint-Esprit, je me reconnois en tout et partout fait à votre image, à l'image de la Trinité, conformément à cette parole : « Faisons l'homme à notre image et ressemblance ?, » puisque méme l'union que vous voulez établir entre nous est l'image imparfaite de votre unité. O charité ! tu dois croître et te multiplier jusqu'à l'infini dans les fidéles, puisque le modéle d'union et de communication qu'on te propose est un modéle dont tu ne peux jamais atteindre la perfection : et tout ce que tu peux faire, c'est de croitre toujours en l'imitant, en communiquant de plus en plus tout ce qu'on a à ses frères, lumière, instruction, conseil, correction quand ille faut; amour, tendresse, vertu, par l'édification et le bon exemple, support mutuel; et à plus forte raison, biens, richesses, subsistance, et tout jusqu'au pain que nous mangeons, que nous devons partager avec les pauvres.
La mission du Saint-Esprit est expliquée : nous en avons vu les effets égaux à ceux qu'a produits le Fils : nous en avons vu l'origine dans l'éternelle communication des trois divines personnes : écoutons la suite des paroles de notre Sauveur.
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XXVF JOURNÉE.
Qu'est-ce à dire : Encore un peu de temps? Joan., xvi, 16.
« Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus : encore
! Joan., xvit, 21. — ? Genes., 1, 26.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXVIe JOURNÉE. 9589
un peu de temps, et vous me verrez, parce que je m'en retourne à mon Père 1.»
Depuis le verset 9 du chapitre xiv, jusqu'à la fin, que Jésus- Christ sort de la maison; et dans tout le chapitre xv et dans le xvr' jusqu'à ce verset, Jésus-Christ a parlé seul sans discontinuation et sans étre interrompu par ses disciples, si ce n'est par ce petit mot de saint Jude : « D'oà vient, Seigneur, que vous vous découvrez à nous, et non pas au monde?? » A quoi Jésus-Christ ne répond pas, ou n'y répond qu'indirectement, en continuant son discours. Ils l'interrompent ici plus ouvertement, en se disant les uns aux autres : « Que veut-il dire : Encore un peu, et vous ne me verrez plus: et ils disoient : Que veut dire ce peu de temps? Nous ne savons ce qu'il veut dire?. » Et Jésus qui avoit prévu cette interruption, et qui avoit comme jeté cette parole pour y donner lieu dans le dessein d'en tirer une grande consolation et une grande instruction pour eux, reprend la parole en cette sorte : « Vous vous demandez les uns aux autres ce que veut dire ce peu de temps : En vérité, en vérité, je vous le dis : vous gémirez, et vous pleurerez vous autres, et le monde se réjouira; mais votre tristesse sera changée en joie *, » etc.
Il y avoit quelque sorte d'ambiguité dans ce discours du Sauveur : « Encore un peu, et vous ne me verrez plus,» etc. On pouvoit entendre : Dans peu vous cesserez de me voir, car je vais mourir : e£ dans peu vous me reverrez, car je ressusciteral ; les ombres de la mort ne me peuvent pas retenir, et il faut que je retourne à mon Pére. Durant le temps que je serai dans le tombeau, le monde triomphera, et il croira être venu à bout de ses desseins, et vous serez dans la désolation et dans l'oppression, comme un troupeau dispersé. Mais à ma résurrection qui suivra de prés, la joie vous sera rendue, et la confusion à vos ennemis. C'est ainsi qu'on pouvoit entendre ces prompts passages de la privation àla vue et de la vue à la privation. Mais la suite nous fait voir que Jésus-Christ regarde plus loin : nous cesserons de le voir, non précisément à cause qu'il ira à la mort, mais à cause qu'il montera aux cieux, à la droite de son Père : et nous le reverrons pour
1 Joan. xvI, 16. — ? Joan., xiv, 22. — 3 Joan., XVI, 17, 18. — # Ibid., 19, 20.
ne le plus perdre, lorsqu'il viendra des cieux une seconde fois pour nous y ramener avec lui. Ainsi ce qu'il appelle un peu de temps, c'est tout le temps de la durée de. ce siècle, tant à cause que ce temps finit bientót pour chacun de nous, qu'à cause qu'en le comparant à l'éternité qui doit suivre, c'est moins qu'un moment.
Apprenons done que selon le langage du Sauveur, qui est celui de la vérité, tout ce qui est temps n’est qu'un point, et moins que rien, et que ce qui dure, ce qui est véritablement, c’est l'éternité qui ne passe jamais. Comptons pour rien tout ce qui passe. Il y a prés de dix-sept cents ans depuis l'ascension de Notre- Seigneur ; et tout cela devant Jésus-Christ, « qui est le Père du siècle futur *, » n’est peut-être qu'une très-petite partie de tout le temps qui se trouvera du jour de l'ascension à la fin du monde, que Jésus-Christ a compté pour rien. Les siècles sont donc moin que rien : mille ans valent moins qu'un jour selon cette mesure. Que seroit-ce done que les souffrances de cette vie, si nous avions de la foi? Nos sens nous trompent : tout le temps n'est rien : tout ce qui passe n'est rien : aceoutumons-nous à juger du temps par la foi. Selon cette règle, qu'est-ce que dix ans, qu'est-ce qu'une année, et un mois, et un jour de peine? Et cependant cette heure nous paroitsi longue. Gens de peu de foi, quand serons-nous chrétiens? Quand jugerons-nous du temps par rapport à l'éternité ?
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