‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 127 sur 149 · XXII: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XXII: JOURNÉE

L'Esprit de vérité enseigne toute vérité. Joan., xvi, 12, 13.

Nous apprenons dans les versets 12 et 13, que le Saint-Esprit. nous apprendra ce que nous n'eussions pas pu porter sans lui. Mais qu'est-ce qu'il y avoit de si nouveau et de si étrange à nous.

11 Joan., 11, 15, 17.

dire, que nous ne puissions pas le porter encore ? Notre foiblesse est done bien grande, si nous ne pouvons pas porter ce que J ésus- Christ méme auroit à nous dire? Cela est pourtant, puisqu'il le dit.

Jésus-Christ attribue deux choses au Saint-Esprit : l'une, de nous suggérer, de rappeler en notre mémoire, de nous faire entendre « ce que Jésus-Christ nous auroit dit auparavant ! : » c’est ce qu'il a dit ci-dessus : l'autre, de nous apprendre des choses nouvelles, « que nous n'eussions pas pu porter d'abord *, » encore même que Jésus-Christ nous les enseignât. Apprenons ici à ménager les ames. Avec toute son autorité et avec toute la lumière dont il est rempli, Jésus-Christ méme se croit obligé à ce ménagement des ames infirmes : à plus forte raison les autres hommes doivent-ils entrer dans cette condescendance.

Mais oü trouverons-nous des vérités plus fortes que celles que Jésus-Christ vient d'expliquer à ses apôtres, en leur disant « qu'on les haira jusqu'à croire servir Dieu en les massacrant * ? » Voici quelques vérités que Jésus-Christ n'a pas dites, ou sur lesquelles il n'a pas appuyé: que les apótres seroient obligés nonseulement à subir l'exécration de la synagogue, mais encore à se séparer d'eux-mêmes du reste du peuple, comme il paroit dans les Actes ; à relàcher l'obligation de la loi; à la regarder comme un fardeau insupportable aux Juifs mémes, selon ce qu'ils disent dans les Actes : « que ni nos pères ni nous n'avons pu porter *; » à faire voir, ce qui est bien plus, que non-seulement la loi n'obligeoit point les Gentils, mais encore les rendoit coupables, conformément à cette parole : « Si vous vous faites circoncire , Jésus- Christ ne vous servira de rien. » Voilà quelque partie des vérités que les apótres n'auroient pu porter, si Jésus-Christ les leur avoit apprises d'abord. Et c'est pourquoi il les réserve au Saint-Esprit, qui aussi, lorsqu'ils furent obligés de les expliquer dans le concile de Jérusalem, leur fait dire : « Il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous ©, »

.1 Joan., xiv, 26. — ? Joan., xvi, 12. — 3 Ibid., 2, 3. — ^ Act., 193,15, 18.7 397 33; v, 12-14; xv, 1, 9, 5, 7, 10, 20, 21, 28, 29. — 5 Rom., 111, 105 Galat., 11, 16, 18, 20, 21; ru, 10, 11, 24, 98; IV; 9-115. v, A, 2, etc. — 9 oft, Xy,98;

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXIIIe JOURNÉE. 583

Que dirai-j du redoutable secret de la réprobation des Juifs pour donner lieu (a) aux Gentils et du retour futur de ces mêmes Juifs aprés que les Gentils seront entrés? Secret admirable qui donne lieu à celui de la prédestination , et à ces terribles paroles: « Dieu a tout renfermé dans l’incrédulité, pour montrer que nul n'est sauvé que par sa miséricorde !. » C'est un secret dont Jésus- Christ a posé les fondemens, mais dont il laisse l'application et le fond à développer à saint Paul.

C'est encore un grand secret que ce méme Apótre apprend aux fidéles, qu'il faut joindre à toutes les persécutions la mortification volontaire, « en chátiant son corps et en le réduisant en servitude?: » chose que le Fils de Dieu n'avoit pas si clairement expliquée que le Saint-Esprit l'a fait à cet Apótre. Ne poussons pas plus avant nos recherches sur ces vérités que Jésus-Christ semble réserver au Saint-Esprit. Contentons-nous d'admirer la dispensation de la doctrine salutaire : et ne nous ménageons plus nousmêmes, puisque Jésus-Christ nous a ménagés autant qu'il a été nécessaire.

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