‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 131 sur 149 · XXIX: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XXIX: JOURNÉE

Joie qui ne peut étre ravie. Joan., xvr, 22.

« Personne ne vous ravira votre joie !. » D'où vient notre joie? De notre bonheur. Quand donc nous mettrons notre bonheur dans un bien qui ne pourra nous étre ravi, notre joie ne pourra aussi nous être ôtée. Qu'est-ce qui doit faire notre bonheur? C'est que Dieu que nous aimons soit heureux et le seul puissant : Beatus et solus potens, comme dit saint Paul ?. Si nous aimons Dieu de tout notre cœur, de toute notre intelligence, de toutes nos forces, comme nous ne pouvons rien contribuer à son bonheur, notre partage est de nous en réjouir. Réjouissons-nous de la gloire de Dieu, de sa perfection , de son bonheur, de la naissance éternelle de son Verbe, de l'éternelle procession de son Saint-Esprit, de ce qu'il se connoit, de ce qu'il s'aime, de ce qu'il est tout action , tout intelligence, tout amour, tout vie : si grand qu'il ne peut rien acquérir , aussi bienfaisant que riche : plein de vie, plein d'être, l'étre méme, la vérité méme : le parfait, le tout. Qui nous peut Ôter ce sujet de joie? Il faudroit pouvoir ôter Dieu : et en l'ótant s'óter soi-méme , et tout étre, et ne laisser que le néant. Tout ce qu'on nous peut ôter, c’est la joie que nous avons de l'étre de Dieu.

! Joan., xvi, 22. — ? | Timoth., AA a (ER

Mais qui nous la peut ôter, si ce n’est nous-mêmes par le péché ? Viendra le temps où le péché étant entièrement détruit en nous, nous ne cesserons non plus de mettre toute notre joie dans l'éternelle félicité et perfection de Dieu, que Dieu ne cessera d'étre heureux et parfait. Alors donc nous serons parfaitement heureux , et notre joie ne pourra plus nous étre ravie.

Réjouissons-nous en méme temps de ce que Jésus-Christ est entré dans la gloire de son Pére : « Si vous m'aimiez, dit-il, vous vous réjouiriez de ce que je retourne à mon Père, parce que mon Père étant plus grand que moi ! » selon la nature que j'ai prise, retourner à mon Père c'est retourner au centre de la grandeur et de la félicité.

Dieu est une nature heureuse et parfaite, et en méme temps une nature bienfaisante et béatifiante : l'aimer, c'est vivre, c'est étre juste, c'est étre véritable, c'est étre heureux, c'est étre parfait autant que le peut étre ce qui n'est pas Dieu. Mais Dieu nous apprend qu'il nous fait dieux, un méme esprit avec lui , participans, associés à la nature divine, à la sagesse, à la vie, à l'éternité, à la félicité de Dieu. Lui qui est son bonheur, devient le nótre : notre bonheur est par conséquent le bonheur de Dieu : Dieu se donne à nous tout entier : nous le verrons : nous l'aimerons, assurés de ne cesser jamais de le voir et de l'aimer : « En ce jour-là, dit le Sauveur, vous ne m'interrogerez plus de rien; car vous verrez à découvert la vérité méme. » Vivez donc et réjouissez-vous dans cette espérance. Mais en attendant, que ferons-nous au milieu de tant de besoins , de tant d'indigence? « Vous n'avez qu'à demander; tout ce qui vous sera nécessaire vous sera donné en mon nom ? : » vous n'étes donc plus indigens, puisque vous avezle nom par lequel vous pouvez tout obtenir.

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