XXX: JOURNÉE
Qu'est-ce qu’on doit demander au nom de Jésus-Christ. Joan., xvr, 24.
« Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom *. » Eh quoi! 1 Joan., Xiv, 98. — ? Ibid., 23. — 3 Ibid., 24. TOM. VI. 38
lorsqu'ils lui disoient : « Seigneur , apprenez - nous à prier ; » et encore : « Augmentez-nous la foi! , » n'étoit-ce pas de lui et par lui qu'ils espéroient cette grace? |
Leurs demandes n’étoient pas encore assez épurées. À l'occasion du royaume de Jésus- Christ, ils s'étoient mis dans l'esprit des idées de grandeur et d'ambition , qui tenoient beaucoup de l'esprit judaique. L'attache sensible qu'ils avoient à sa personne étoit un obstacle à l'amour spirituel qu'il leur demandoit. Lorsque leur foi fut épurée par sa croix, par son absence et par l'opération du Saint-Esprit, ils apprirent ce qu'il falloit demander au nom de Jésus-Christ, qui étoit de lui être conformes et de marcher après lui dans la route des croix et de la mort. Que pouvez-vous demander au nom de Jésus-Christ, sinon les choses que vous voyez en lui? Prends bien garde, ame chrétienne, ce que c'est que Jésus-Christ, et par là tu apprendras ce que tu dois demander en son nom.
C'est ce que les apótres n'entendoient pas encore; et loin de vouloir porter leur croix avee Jésus-Christ, ils ne vouloient pas méme entendre ce qu'il leur disoit de la sienne : « Ce discours étoit caché à leurs yeux ; et ils craignoient de l'interroger sur ce discours?, » parce qu'ils eraignoient d'apprendre trop leurs obligations, en découvrant les dispositions de leur Maitre. Ainsi comme ils répugnoient beaucoup à la croix, ils ne savoient guère ce qu'il falloit demander au nom de Jésus-Christ crucifié; et c'est pourquoi il leur dit : « Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom : Demandez et vous recevrez, afin que votre joie s'accomplisse ?. »
La joie qu'il leur promet ici n'est pas une joie sensible : c'est une joie dans la:foi : c'est une joie dans la croix, comme celle de Jésus-Christ, « qui est monté sur la croix en se proposant une grande joie *. » Quelle joie, si ce n'étoit celle de glorifier son Pere et de contenter son amour en sauvant les hommes? Ainsi nous devons apprendre à mettre toute notre joie à le glorifier, ce qui nous fera réjouir dans nos souffrances, ce qui inspira aux apótres
1 Luc., X1, 45 XVII, 5. — ? Luc., 1x, 44, 45; xvii, 34. — 3 Joan., XVI, 24, — P'HC0R- EXIT. ;
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXXIe JOURNÉE. 595
cette joie qu'ils ressentirent d'avoir été flagellés pour le nom de Jésus-Christ*. Alors done ils avoient appris ce qu'on recoit et ce qu'on doit demander en son nom, qui est d'apprendre à se glorifier, à se réjouir dans ce qu'on souffre pour lui.
La patience estle seul moyen de surmonter les vices et d'épurer les vertus : la patience chrétienne apprend non-seulement à porter sans murmure, mais encore à se réjouir dans les souffrances que Dieu envoie. Se fonder sur la patience et s’unir à la croix de Jésus- Christ, c'est le moyen de prier en son nom , et c'est par là qu'on obtient tout.
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XXXI JOURNÉE
Tout nous vient par Jésus-Christ. Joan., xvi, 25-28.
« Je vous ai dit ceci en paraboles : » je ne me suis pas encore entièrement expliqué sur mon départ : je vous en vais maintenant parler à découvert : vous allez tout voir en trois mots : «Je suis sorti de Dieu et je suis venu au monde : maintenant je quitte le monde et je m'en retourne à mon Pére*?. » Il finit là son discours, comme n'ayant plus rien à leur expliquer, aprés leur avoir dit si nettement d'oü il venoit et l'obligation qu'il avoit d'y retourner.
Les apótres vont entendre plus que jamais cette vérité qui leur Ôtera toutes leurs erreurs sur le règne de Jésus-Christ. Ils s'étoient grossièrement attendus à le voir établir sur la terre avec un éclat mondain ; mais cette pensée n'a plus de lieu depuis que Jésus- Christ montoit au ciel. Car on voit là que son royaume n'est pas de ce monde, que son tróne est à la droite de Dieu et que c'est de là qu'il doit mettre tous ses ennemis à ses pieds. C'est ce que les apótres entendirent, comme il paroit, par la première prédication de saint Pierre , où il allégue un passage du psaume crx. Alors donc, quand ils entendirent où Jésus-Christ devoit régner et d’où il devoit vaincre ses ennemis, ils surent que dorénavant il falloit tout demander en son nom, et en voici tout le secret : « Je
1 Act., V, 44. — ? Jodn., XVI, 28.
suis sorti de Dieu pour venir à vous : » je vous aimois et je suis venu vous chercher : si je vous quitte pour retourner à mon Pere, je porte mon amour, celui que j'ai pour vous, jusque dans son sein ; et je serai plus que jamais votre avocat, votre intercesseur et le parfait médiateur de Dieu et des hommes.
Ainsi demander par Jésus-Christ, c'est croire qu'il est dans le ciel notre avocat, et encore qu'il ajoute : « Je ne vous dis pas que je prierai pour vous, » il ne laisse pas de le faire d'une maniere admirable en se présentant pour nous à Dieu, comme il est écrit - aux Hébreux *. Mais il veut dire que, non content de cela, il fait plus, puisqu'il nous concilie tellement le Pére, que de lui-méme il se porte à nous aimer, quoique toujours au nom de son Fils, puisqu'il dit : « Mon Pére vous aime, parce que vous m'avez aimé et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu *. »
Ainsi demander par Jésus-Christ, c'est en croyant qu'il est sorti de Dieu , l'aimer de tout notre cœur et ne vouloir plus rien que ce qu'il veut, puisqu'il n'y a rien à obtenir que par lui. Telle est la médiation de Jésus-Christ. Nous l’aimons , et par là son Père nous aime : nous aimons Jésus-Christ par qui nous lui demandons toutes choses, et tout nous revient par Jésus-Christ au nom duquel nous demandons tout. !
Entrons dans cette secrète correspondance du Père, qui nous aime à cause que nous aimons son Fils ; et croyons que c’est luiméme qui nous inspire cet amour, puisqu'il est vrai que ce n’est pas nous, mais lui qui a aimé le premier, et son amour est la source de celui que nous lui rendons.
Mon Sauveur, mon intercesseur, mon médiateur, mon avocat, je n'ai rien à espérer que par vous : j'entre dans vos voies : j'obéis à vos préceptes. Ainsi se justifie ce que vous dites : « Je suis la voie*. » C'est par vous qu'il faut aller : c’est par vous qu'il faut demander : c'est par vous qu'il faut recevoir : tant de grandes vérités qu'on vient d'entendre, sont renfermées dans la conclusion des prières de l'Eglise : Per Dominum nostrum Jesum Christum. Toutes les fois qu'elle retentit à nos oreilles, rappelons ces vérités dans notre esprit et conformons-y notre cœur.
1 Hebr., 1x, 24, — ? Joan., XVI, 21. — 3 Joan., XIV, 6.
Les vœux montent par Jésus-Christ; les graces reviennent par lui : pour l'invoquer, il faut l'imiter : c'est l'abrégé du christianisme.
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XXXIF JOURNÉE.
Délaissement de Jésus-Christ. Joan., xvi, 29, 30, 31, 32.
Les disciples ravis d'avoir entendu ce grand secret de leur Maitre, lui en témoignent leur joie en lui disant : « C'est à cette heure que vous parlez à découvert : » vous avez répondu à nos plus secrétes pensées : vous avez satisfait à nos désirs les plus profonds : « Vous savez tout, et vous n'avez pas besoin qu'on vous interroge : c'est pour cela que nous croyons que vous êtes sorti de Dieu‘. » Nul autre qu'un Dieu sorti de Dieu, ne peut découvrir le secret du cœur humain : nous croyons en vous. Qui ne croiroit, à les entendre parler de cette sorte, que leur foi auroit autant de persévérance qu'il y paroissoit de sincérité ? Mais Jésus les connoissoit mieux qu'ils ne se connoissoient eux-mêmes; et il leur dit : « Vous croyez maintenant ? Le temps va venir, et il est venu, que. vous serez dispersés chacun de son côté, et que vous me laisserez seul : mais je ne suis pas seul, parce que mon Père est avec moi ?. »
Qui nous donnera ici d'entendre l'état d'une ame qui n'a que Dieu : d'une ame destituée de tout appui, de toute consolation humaine? Quelle détresse d'un cóté, quelle joie de l'autre , lorsqu'on a d'autant plus Dieu qu'on n'a que lui! C'est l'état oà va entrer Jésus-Christ ; et il y faut ajouter ce dernier trait, qui met le comble à un état si désolant , qu'on a Dieu sans sentir qu'on l'a, puisqu'il semble s'étre retiré jusqu'à réduire Jésus-Christ à dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé ?? »
O ames qui participez à cette désolation de Jésus- Christ, qui vous enfoncez d'abime en abime, si loin de Dieu, ce vous semble, et tellement séparées de lui par ce grand chaos que votre voix ne peut parvenir à ses oreilles , comme si vous étiez dans l'enfer, je vous remets entre les mains de Jésus-Christ, qui vous donne son
1 Joan., XVI, 29, 30. — ? Ibid., 34, 32. — 3 Matih., xxvii, 46.
fiel à manger, son vinaigre à boire, sa désolation à porter. Il est avec vous ; et s’il ne veut pas se faire sentir, c'est là votre épreuve. Dites avec lui dans ce creux, dans cet abime profond : « En espérance contre l'espérance ! : » je me meurs, je vais expirer : « Mon Père, je recommande, je remets mon esprit entre vos mains *. » Je vous remets ma vie, mon salut, mon libre arbitre avec tout son exercice. Aprés cela, taisez-vous, et attendez en silence votre délivrance. Amen , amen.
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XXXIIIF JOURNÉE.
Acquiescement à la volonté divine. Joan., xvr, 33.
«Je vous ai dit ceci; » je vous ai expliqué la désolation oü je serai jeté par votre fuite, qui ne laissera que Dieu avec moi : «afin que vous trouviez la paix en moi seul?: » non pas en vousmêmes, ni dans votre foi que vous voyez si chancelante. Il n'y a donc point de paix pour vous, que celle que je vous donne en vous protégeant. Vous m'allez quitter, mes enfans : vous m'allez laisser seul selon le monde: si dans cet abandon je ne suis pas seul; si mon Père ne me quitte pas un seul moment, quoiqu'il semble me délaisser, apprenez de là qu'il n'y a de paix ni de force qu'en lui seul et dans l’acquiescement à sa volonté. « Vous aurez de l’affliction dans le monde; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde *. » Destitué de toute apparence de secours et n'ayant pour toute ressource qu'un Dieu délaissant et irrité , j'ai vaincu le monde : je l'ai vaincu pour moi et pour vous : prenez courage, ayez confiance : quelque délaissés que vous croyiez étre et encore que vous vous voyiez sur le bord du précipice et déjà comme engloutis par la mort, le monde que j'ai vaincu ne peut rien sur vous; et pourvu que vous sachiez vous commettre à ma foi, votre paix est inaltérable.
Repassez ici toutes les persécutions de l'Eglise, tous les dégâts qu'y ont faits les schismes et les hérésies, toutes les peines intérieures et extérieures, et tous les délaissemens de ses serviteurs.
! Rom., IV, 18. — ? Luc., xxi, 46. — 8 Joan., XVI, 33. — ^ Ibid, —
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR , XXXIVe JOURNÉE. 599
Voyez de quelle sorte ils en sont sortis, et le bien qui est arrivé par toutes ces tempêtes, et reposez-vous comme un Jonas au milieu des vents et des flots. Dieu est avec vous; et quand il vous faudroit étre jetés dans la mer et engloutis par une baleine, le sein affreux de ce gouffre vivant sera un temple pour vous, et c'est là que commencera votre délivrance.
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