‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 133 sur 149 · XXXIV: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XXXIV: JOURNÉE

Quatre paroles, ou prières de Notre-Seigneur adressées à son Père.

Là finit le dernier discours et comme le dernier adieu de Notre- Seigneur à ses apôtres : après leur avoir parlé, il va maintenant parler pour eux et pour nous tous à son Père. Car ce n’est pas assez d'instruire les hommes par la prédication de la vérité, si on ne leur obtient par la prière la grace de la connoitre et de la pratiquer. C'est ce que Jésus-Christ va faire dans la prière suivante.

Je trouve que jusqu'ici le Fils de Dieu s'est adressé quatre fois à son Père et lui a parlé expressément. La première, lorsqu'il dit: « Je vous loue, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudens, et que vous les avez révélées aux petits. Oui, mon Pére: ainsi soit-il, puisque vous l'avez voulu ainsi *. » C'est une parole de complaisance et d'action de graces qui fait entrer lame chrétienne, à l'exemple de Jésus-Christ, dans les secrets desseins de Dieu pour s'y soumettre et s'y complaire.

-Les autres paroles de Notre-Seigneur adressées au Père céleste, sont en second lieu celle-ci, à la résurrection du Lazare : « Mon Pére, je vous rends graces de ce que vous m'avez écouté : pour moi, je savois que vous m'écoutez toujours; mais je parle ainsi à cause de ce peuple, afin qu'ils croient que vous m'avez envoyé ?. » C'est encore ici une action de graces, mais qui présuppose une invocation, puisqu'il dit que son Père l'a écouté et qu'il a exaucé ses prières.

1 Matth., x1, 25, 26; Luc., X, 21. — ? Joan., x1, M, 42.

La troisième parole adressée au Père par Jésus-Christ, est dans saint Jean, encore devant tout le peuple: « Et que dirai-je? diraije: Mon Pére, je vous prie de me sauver de cette heure? » qui étoit celle de sa passion: « Mais je suis venu pour cette heure. Mon Père, glorifiez votre nom '. » C'est une parole de demande et l'abrégé de tous les vœux et de toutes les demandes, comme de toutes les paroles, de tous les mystères, de toutes les actions de notre Sauveur. Aussi le Père y répondit-il par une parole venue du ciel à la manière d'un coup de tonnerre *.

La quatrième et la dernière parole de Jésus-Christ à son Père, est la prière que nous allons voir, beaucoup plus longue que toutes les autres, et qui est la prière même de son sacrifice.

L'ame du sacrifice, c'est la prière qui déclare pourquoi on l'offre, et qui est l'oblation méme ou l'action d'offrir. C'est ainsi que dans la prière du canon où commence l'action du sacrifice, l'Eglise déclare à qui, pour qui et pour quelle cause elle l'offre. C'est ce que va faire Jésus-Christ prét à faire son sacrifice, et à se consacrer soi-même; et cette prière, si je l'ose dire, est comme le canon, ou pour parler plus dignement de Jésus-Christ, est la prière expresse et solennelle qui devoit accompagner son sacrifice. La disposition de son cœur et les demandes qu'il fait à son Père, le suivent partout dans le cours de sa passion et jusqu'à la mort, et c'est l'ame de son sacrifice.

Soyons donc attentifs à cette prière qui comprend et renferme en soi toute la vertu du sacrifice de la croix, et qui renferme surtout la consécration que Jésus-Christ fait de lui-même par la Croix.

Combien doit-on imposer silence à tout le créé, pour entendre au fond de son cœur les paroles que Jésus-Christ adresse pour nous à son Père dans cette intime et parfaite communication ! Taisons-nous, Jésus-Christ va parler.

1 Joan., xir, 27, 28. — ? Ibid., 29.

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XXXV* JOURNEE

Jésus lève les yeux au ciel, en commençant sa priére. Joan., xvir, 1.

«Jésus dit ces choses; et levant les yeux au ciel, il dit: Mon Père, l'heure est venue t. » C'étoit une action ordinaire à Jésus- Christ de lever les yeux au ciel avant la prière : lorsqu'il multiplia les pains, il regarda le ciel ?, et c'étoit une manière de s'y adresser pour l'ouvrage qu'il vouloit faire. Saint Luc remarque la méme chose. En saint Jean, lorsqu'il ressuscite Lazare, «élevant les yeux en haut, il dit : Mon Pére?,» et le reste. Et l'Eglise a tellement entendu que cette action étoit naturelle à Jésus-Christ, qu'elle l'a suppléée dans la bénédiction de la céne, en disant dans le canon, que Jésus «leva les yeux à Dieu son Pére tout-puissant, » quoique cela ne soit point marqué dans les écrivains sacrés qui ont récité cette sainte action.

Levons donc aussi les yeux au ciel avec Jésus-Christ en qui seul nous les y pouvons lever. Car le Publicain, qui étoit pécheur, n'osoit seulement lever les yeux au ciel; mais il se frappoit la poitrine, en disant: « O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur ^. » Et le prodigue disoit : « Mon père, j'ai péché contre le ciel et à vos yeux *. » Comment donc regarder le ciel, contre qui on a péché? On ne l'ose qu'en s'unissant à Jésus-Christ, qui lève pour nous les yeux au ciel et l'apaise en les y levant.

Mais pourquoi lever les yeux au ciel, si ce n'est pour adorer Dieu et sa magnifique présence dans sa gloire, et pour nous y transporter en esprit? Allez donc, mes yeux, allez au ciel et y enlevez mon cœur. Allez par désir et par espérance où vous êtes appelés, où vous serez un jour en effet : allez au séjour qui vous est montré, et aimez cette céleste patrie où Dieu sera tout en tous.

1 Joan., XVII, 4. — ? Matth., xiv, 19. — 3 Joan., XI, 41. — * Luc., XVII, 13, — 5 T26., XV; 18, 21.

VVVVALTYVUUVULUVVLUTVLUVVULYLM UU ) CUVE UUULMVLAT AARAU LU LU ULULULTCLVLVLVUUUU tU TAUVMVIAULNULAMU

XXXVI JOURNÉE

Gloire du Pére et du Fils dans l'établissement de l'Eglise. Joan., xvi, 1, 2.

« Mon Père, l'heure est venue; glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie 1. » Le sacrifice commence par le nom de Pére : nom d'autorité, mais d'une autorité douce, qui marque l’auteur de la vie, de qui on tient tout, à qui on rapporte tout; nom de bonté et d’indulgence autant que d'empire et de souveraineté. C'est encore par cet endroit que nous commencons notre sacrifice : Te igitur, clementissime Pater : c'est vous, Père trèsmiséricordieux , que nous invoquons par Jésus-Christ votre Fils. « Mon Père, glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie: » il est le médiateur entre vous et nous, et il faut lui donner la gloire qui retournera à vous : c'est ce qui arrive quand nous invoquons par Jésus-Christ. La gloire lui est donnée d'abord, mais pour étre portée à Dieu, à qui elle appartient toute. « Mon Pére, glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie : » la gloire que vous lui donnerez ne fait que passer en lui pour aller à vous : recevez-en le sacrifice, puisque vous en aimez le médiateur.

« Mon Pére, l'heure est venue. » Le sacrifice a son heure : c'est le matin : c’est le soir; il a son heure marquée : l'heure marquée pour le sacrifice de Jésus-Christ est venue : mon Pére, la victime est prête, et il n'y a plus qu'à lâcher le coup.

Je me sens ici élevé à je ne sais quoi d'intime, que je ne puis pas bien expliquer à moi-méme : ce je ne sais quoi me fait sentir dans le fond de l'ame qu'il se faut unir à l'intention secrète de Jésus-Christ dans cette priére, et que c'est là le véritable moyen de prier en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Et il me semble que cette intention secrète de Jésus-Christ est celle de former toute son Eglise, et de s'offrir lui-même intérieurement et extérieurement en sacrifice pour cela.

1 Joan., xvii, 4.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXXVIe JOURNÉE. 603

« Mon Père, l'heure est venue » que se doivent aecomplir les prophéties de l’effasion de votre Esprit sur tous les peuples, et de cette grande glorification qui doit vous étre donnée, en ramassant votre peuple de toutes les nations. « Glorifiez votre Fils, » en le ressuscitant de la mort et en répandant sa parole dans toute la ierre, en y formant la société où doivent être renfermés tous vos amis, tous vos élus. Glorifiez donc votre Fils de cette sorte, en lui donnant une Eglise qui porte son nom, qui soit l'Eglise chrétienne, et le recueillement intérieur et extérieur de tous ceux qui se glorifient d'étre ses disciples. C'est la gloire que vous donnerez à votre Fils, et qui en même temps retourne à vous, Ô Père, premier principe des émanations tant extérieures que divines et intérieures, puisque votre Fils vous rapporte tout.

« Glorifiez done votre Fils » de cette sorte : comme vous lui avez donné puissance sur tous les hommes, avec la méme efficace et dans le méme dessein que vous lui avez donné cette puissance, glorifiez-le. « Toute puissance m'est donnée dans le ciel et dans la terre*:» ce qui ne s'entend pas seulement de la toute-puissance qu'il lui a donnée, en lui communiquant sa divine essence; mais d'une sorte de toute-puissance que le Père donne au Fils en le ressuscitant et en le plaçant à sa droite, où il lui donne, comme au Christ et comme au Dieu-homme et méme selon son humanité, l'entière dispensation de toutes ses graces. Et l'effet de cette puissance ne peut pas être plus doux et plus agréable aux hommes, puisque « cette puissance lui est donnée sur tous les hommes, afin qu'il donne la vie éternelle à tous ceux que son Pére lui a donnés ?. » Qui ne se soumettroit à-cette puissance dont l'effet est de nous rendre heureux, et de nous faire vivre éternellement d'une vie qui n'est autre chose. que l'écoulement de la vie. de Jésus- Christ en nous, comme la suite le fera paroitre ?

Mais dirons-nous que la puissance de Jésus-Christ ne s'étend que sur les élus, à qui il donne la vie éternelle? À Dieu ne plaise! Car ceux qui ne veulent pas se soumettre à cette salutaire puissance du Fils de Dieu, il a recu sur eux une autre puissance qui est celle de les juger, selon ce qu'il dit ailleurs : « Comme le Père

1 Matth., xxvii, 18. — ? Joan., XVII, 2.

a la vie en soi, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en soi!; et comme le Père donne la vie » à qui il lui plait, « ainsi le Fils donne la vie à qui il lui plait; et il a recu la puissance de juger, parce qu'il est le Fils de l'homme? : » et de juger qui, si ce n'est ceux qui ne voudront pas recevoir la vie qu'il a pouvoir de leur donner ? Mais il ne parle que du pouvoir de donner la vie, parce que c'est son pouvoir primitif et celui qu'il veut exercer naturellement. Le pouvoir de juger et de condamner, est un pouvoir dont il n'use qu'en second lieu et à regret, désirant que tout le monde recoive la vie qu'il veut donner; et s'il condamne les autres, ce n'est que forcé.

« Afin qu'il donne la vie éternelle à tous ceux que vous lui avez donnés : » comment est-ce qu'ils sont donnés à Jésus-Christ , si ce n'est en devenant ses membres vivans? Et il faut que le Père les donne à son Fils, conformément à cette parole : « Nul ne vient à moi que mon Père ne l'attire*, » et cela d'une manière spéciale. Ce qui paroit en ce que Jésus-Christ voyant ceux qui se retiroient de sa compagnie, il leur disoit : « C'est pour cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s'il ne lui est donné de mon Pére*. » Ceux done à qui le Père le donne de cette manière particulière, sont ceux dont il dit ici que son Père les lui a donnés; et tous ceux qu'il lui a donnés pour lui étre inséparablement unis et demeurer ses membres vivans et perpétuels, il leur donne la vie éternelle : et ceux qui se retirent de lui et ne persévèrent pas, il leur donne aussi cette vie de son cóté, ne les quittant jamais s'ils ne le quittent.

Mon Sauveur, je me soumets donc à cette divine et salutaire

. puissance que vous avez sur tous les hommes pour les faire vivre. O Père, donnez-nous à votre Fils de cette manière intime et secrète qui fait qu'il demeure en nous et nous en lui, en sorte que nous ne nous en séparions jamais.

1 Joan., v, 26. — ? Ibid., 21, 27. — 3 Joan., X1, 44. — 5 Ibid., 66.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXXVIIe JOURNÉE. 605

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XXX VII JOURNÉE

La vie éternelle est de connoitre Dieu et Jésus-Christ. Joan., xvit, 3.

« Or la vie éternelle consiste à vous connoitre, vous qui êtes le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé !. »

Voilà done en quoi consiste la formation de l'Eglise : dans la glorification de Jésus-Christ par la manifestation de son Evangile à la gloire de Dieu son Père, dont la fin est de donner la vie éternelle à tous ceux que le Père donnera au Fils, et qu'il attireræ à son corps mystique par cette secrète et particulière vocation dont nous venons de parler. Ainsi tout le ministère de Jésus-Christ tend à la vie éternelle : les promesses temporelles sont finies, et la vraie terre coulante de lait et de miel que Jésus-Christ promet à ses amis, est «la cité permanente? » qu'il leur a bâtie dans le ciel pour y vivre éternellement.

Il ne restoit plus qu'à expliquer ce que c'est que cette vie éternelle; et c'est ce qu'il fait dans le verset 3, que nous venons de transcrire.

La vie éternelle commencée consiste à connoitre par la foi, et la vie éternelle consommée consiste à voir face à face et à découvert; et Jésus-Christ nous donne l’une et l’autre, parce qu’il nous la mérite et qu'il en est le principe dans tous les membres qu'il anime. -

La vie éternelle n'est pas dans les sens, qui sont trop attachés au corps et à la partie de l'homme grossière et mortelle, que les bétes ont comme nous et plus parfaite par certains endroits : elle est dans la partie immortelle et intelligente où est l'image de Dieu, dont la principale opération est la source de toutes les autres, c'est la connoissance.

« On n'aime point ce qu'on ignore, dit saint Augustin. Mais quand on aime ce qu'on a commencé à connoitre un peu, l'amour fait qu'on le connoit plus parfaitement, » et ensuite qu'on l'aime davantage.

1 Joan., XVII, 3. — ? Hebr., x1, 105 xir, 44. — ? Tract. xcvi, in Joan., n. 4.

La connoissance dont parle ici Jésus-Christ, est une connoissance tendre et affectueuse qui porte à aimer, parce qu'elle fait entendre et sentir combien est aimable celui qu'on connoit si bien. « Celui qui dit qu'il le connoit et ne garde pas ses commandemens, c'est un menteur et la vérité n'est pas en lui : mais celui qui garde sa parole, l'amour de Dieu est vraiment parfait en lui'.» La connoissance véritable et parfaite est une source d'amour : il ne faut point regarder ces deux opérations de l'ame, connoitre et aimer, comme séparées et indépendantes l'une de l'autre, mais comme s'excitant et perfectionnant l'une l'autre. Dieu méme dit à Moïse : « Je te connois, et je t'appelle par ton nom?, » c'est-à-dire je tapprouve, je t'aime. Nous connoissons Dieu véritablement, quand nous l'aimons; une connoissance spéculative et purement curieuse, n'est pas celle dont Jésus-Christ dit qu'en elle consiste la vie : les démons connoissent Dieu de cette sorte, et.leur connoissance fait leur orgueil et leur damnation. Connoissons donc et aimons : c'est ce que demande Jésus-Christ.

Jésus-Christ s'égale lui-même à son Père par cette parole : premiérement, parce qu'il dit que c'est lui qui donne la vie éternelle à ceux que son Père lui a donnés, ce qui ne peut être qu'un ouvrage divin. Secondement, en ce que le connoitre, comme connoitre le Père, est la vie éternelle; ce qui ne se diroit pas d'une pure créature, en laquelle la vie éternelle ne peut jamais être. Et ainsi la vie éternelle étant dans le Fils, comme dans le Père, saint Jean a eu raison de dire de lui : «Celui-ci est le vrai Dieu et la vie éternelle ?, » parce qu'il avoit dit auparavant : « Et voici le témoignage de Dieu en nous, que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils*. »

Quand done il dit que le Père est le seul vrai Dieu, il ne s'exclut pas d'étre le vrai et seul Dieu avec lui, puisqu'avec lui il donne la vie éternelle et qu'avec lui il estla vie éternelle.

Quand il dit à son Père qu'il donne la vie éternelle à ceux qu'il lui a donnés, il se fait égal à lui. Lequel est le plus, ou que le Père les donne au Fils, ou que le Fils leur donne la vie éternelle ? Mais quand il dit qu'il donne la vie éternelle, exclut-il le Père?

1 L Joqn., 11, 4, 5:— * Exod., xxxi, 19, 47, — 3 1 Joan., V, 20. — * Ibid., 11.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR , XXXVIIe JOURNÉE. 607

A Dieu ne plaise! Ainsi quand il dit que le Pére est le seul vrai Dieu , il ne s'exclut pas lui-même; mais il fait entendre qu'il est un seul et vrai Dieu avec son Fils, qui donne avec lui la- vie éternelle; et qui est avec lui la vie éternelle. Et s'il nomme le Pére le seul vrai Dieu, on voit bien que c'est sans s'exclure lui-même, puisqu'il s'attribue à lui-mème ce qu'il y a de plus divin, qui est de donner la vie et d'étre la vie; et sans exclure le Saint-Esprit, qui est si souvent appelé ailleurs un Esprit sanc- Ufiant et vivifiant. Et tout est compris dans le nom du Père, selon ce langage mystique , où en nommant le Père, qui est le principe, on nomme tout ce qui est enfermé en lui comme dans la source commune. On nomme donc tout ensemble et le Fils et le Saint-Esprit; en sorte que, lorsqu'il dit que son Pére est le seul vrai Dieu, et que la vie éternelle est de connoitrele Pére et le Fils, il insinue que tous deux ensemble avec le Saint-Esprit , qui procède d'eux, sont un seul et méme et vrai Dieu, à l'exclusion des faux dieux à qui on donne ce titre incommunicable. Voici donc le sens entier de ce verset : La vie éternelle est à vous connoitre, vous qui étes la vérité méme; et à connoitre votre Fils, qui comme Dieu étant avec vous la vérité et la vie, comme homme est le milieu pour aller à vous.

Nous entendons maintenant ce qui fait l'Eglise: c'est que le Pére donne au Fils ceux qu'il veut faire ses membres, afin que le Fils en les recevant dans l'unité de son corps, leur donne la vie éternelle, qui consiste à connoitre le Pére et le Fils de cette manière affectueuse qui fait qu'on les aime.

Il ne faut donc pas exclure la connoissance : à Dieu ne plaise! Et les mystiques, qui semblent la vouloir exclure , ne veulent exclure que la eonnoissance curieuse et spéculative , qui se repait d'elle-méme : la connoissance doit pour ainsi dire se fondre tout entière en amour. Il faut entendre de même ceux qui excluent les lumières : car ou ils entendent des lumières sèches et sans onction, ou en tout cas ils veulent dire que les lumières de cette vie ont quelque chose de sombre et de ténébreux, parce que plus on avance à connoitre Dieu, plus on voit pour ainsi parler qu'on n'y connoit rien qui soit digne dé lui; et en s'élevant au-dessus

de tout ce qu'on en a jamais pensé, ou qu'on en pourroit penser dans toute l'éternité, on le loue dans sa vérité incompréhensible eton se perd dans cette louange; et on tâche de réparer en aimant ce qui manque à la connoissance , quoique tout cela soit une espèce de connoissance et une lumière d'autant plus grande, que son propre effet est d'allumer un saint et éternel amour.

« C'étoit un flambeau ardent et luisant, » dit Jésus-Christ, en parlant de saint Jean-Baptiste: « et vous avez voulu durant quelque temps vous réjouir à sa lumière !. » Ceux qui, comme les Juifs, ne font que se réjouir à l'aspect de la lumière, ne songent pas que le flambeau étoit tout ensemble ardent et luisant; et ils séparent la lumière d'avec lardeur, et leur joie ne dure qu'un moment. Afin qu'elle soit durable et véritable, il faut se laisser brûler d'un éternel amour, qui est le fruit de la connoissance où Jésus-Christ met aujourd'hui la vie éternelle.

VV VUUVV LU UUVUV VUA UV LUE VU V UV V VU UTAMUR TUR VU EV: VUUVEU VE VV LU

XXXVIIE JOURNÉE.

Gloire infinie du Pére et du Fils. Joan., xvn, 4.

« Je vous ai glorifié sur la terre » par ma prédication et par mes miracles : « j'ai achevé l'ouvrage que vous m'aviez donné à faire *. » Ce qu'il entend tant de ce qu'il avoit à faire durant le cours de sa vie mortelle, que de ce qu'il lui restoit à faire dans sa passion, qu'il regarde comme fait, parce que dans un moment il l'alloit être, et l'étoit déjà dans sa pensée. Puis donc qu'il a accompli ce que son Père lui avoit donné à faire pour sa gloire, que restoit-il autre chose, sinon ce qu'il dit: « Et maintenant glorifiez-moi , vous mon Père, de la gloire que j'ai eue en vous devant que le monde füt?? »

La gloire qu'il donne à son Père, c'est de déclarer son immense et naturelle grandeur : la gloire qu'il lui demande , c'est que son Pére déclare aussi la grandeur dont il jouissoit éternellement dans son sein comme son Verbe, qui étant en lui ne pouvoit rien

1 Joan., v, 35. — ? Joan., xVit, 4. — 3 Ibid., 5.

étre de moins que lui, et qui étoit par conséquent un seul et méme Dieu avec lui. Il le prie done de déclarer cette grandeur, en la répandant sur l'humanité qu'il s'étoit unie comme faisant avec lui une seule et méme personne, et sur les hommes qu'il s'étoit unis comme ses membres vivans. Et c'est tout le fonds de sa prière, comme la suite le fait paroitre.

Voilà done l'unité parfaite et la parfaite égalité du Pére et du Fils : le Fils glorifie le Père commele Père glorifie le Fils : ils se donnent mutuellement une gloire infinie dans l'éternité par leur amour mutuel : et ils se donnent dans le temps la gloire qui leur est due, parce que le Père manifeste le nom du Fils et le Fils le nom du Père, dont il est lui-même «la gloire, l'éclat , l'image invisible, l'empreinte de sa substance et le rejaillissement de sa Iumière éternelle ! : » et notre gloire est d'avoir part à celle que se donnent mutuellement le Pére et le Fils, ainsi que les paroles suivantes le déclarent.

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