‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 15 sur 149 · XXIII: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XXIII: JOURNÉE

Notre Pére, qui êtes aux cieux. Matth. vr, 9.

Encore un coup : « Notre Pere : » mais ajoutons à cette fois : « Notre Père qui êtes dans les cieux. » Vous êtes partout : mais vous êtes dans les cieux comme dans le lieu où vous rassemblez vos enfans, où vous vous montrez à eux, où vous leur manifestez votre gloire, où vous leur avez assigné leur héritage.

Saint Paul nous disoit : « L'Esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfans de Dieu. » Mais écoutons ce qu'il ajoute : « Que si nous sommes enfans, nous sommes aussi héritiers. » Ce n'est pas tout : concevons le comble de notre bonheur : « Héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ !,» nous aurons le méme héritage, le méme royaume : nous serons assis dans son tróne : nous aurons part à sa gloire : nous serons heureux en lui, parlui, avec lui : et c'est pourquoi nous crions : « Notre Pére qui êtes dans les cieux, » afin de bien concevoir où il nous appelle.

Aimons celui qui nous fait ses héritiers et les cohéritiers de son cher Fils Jésus-Christ. Qui pourroit ne l'aimer pas ? Qui pourroit ne pas désirer ce bel héritage? Il n'est donné qu'à ceux qui l’aiment. Notre héritage, c'est Dieu méme : il est notre bien : il est lui seul notre récompense. « Je suis, » dit-il, «ton protecteur et ta trop grande récompense ? : » trop grande pour tes mérites, mais proportionnée à l'immense bonté de ton Dieu.

1 Rom., vii, 16, 17. — ? Genes., xv, 1.

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XXIV* JOURNÉE

Votre nom soit sanctifié. Matth., vi, 9, 10.

« Votre nom soit sanctifié : votre règne arrive : votre volonté soit faite en la terre comme au ciel. » C'est la perpétuelle continuation de l'exercice d'aimer. Sanetifier le nom de Dieu , c'est le glorifier en tout et ne respirer que sa gloire. Désirer son règne, c'est vouloir lui être soumis de tout son cœur et vouloir qu'il règne sur nous, et non-seulement sur nous, mais encore sur toutes les créatures. Son règne est dans le ciel : son règne éclatera sur toute la terre dans le dernier jugement. Mettons-nous done en état de désirer ce glorieux jour : puissions-nous étre de ceux dont Jésus-Christ dit : « Quand ces choses commenceront à se faire, » quand les signes avant-coureurs du dernier jugement paroitront ; aux approches de ce grand jour, pendant que le reste des hommes séchera de crainte, « regardez et levez la tête, parce que votre rédemption approche !. »

Jésus-Christ arrive pour chaeun de nous, quand notre vie finit. Alors done, aux approches de ce dernier jour, quand Jésus-Christ frappe à la porte pour nous appeler , il faudroit être en état de le recevoir avec joie et de lui dire : « Que votre regne arrive; » car je désire que « ce qu'il y a » en moi «de mortel soit englouti par la vie ?. »

Mais qui de nous désire le règne de Dieu? Qui de nous dit de bon cœur : « Que votre royaume nous arrive? » C'est néanmoins où nous préparoit cette parole : « Notre Père qui êtes dans les cieux. » C'est là notre maison; c’est notre demeure, puisque c'est là qu'est celle de notre Père.

Nous ne sommes donc pas de bonne foi , quand nous disons : « Que votre règne arrive; » ou, ce qui est dans le fond la même chose : «Que votre royaume nous arrive, » Ce qui étouffe en nous

+ Luc., xxt, 28. — ? II Cor., v, 4, |

ce désir qui devroit être si naturel aux chrétiens, c’est que nous aimons le monde et ses plaisirs : nous aimons cette vie pleine de toutes sortes de maux, et ce qui est pis, pleine de péché, qui est le plus grand de tous les maux.

Rompons ces liens, et disons : « Votre volonté soit faite. » C'est le vrai et parfait exercice de l'amour, de conformer sa volonté à celle de Dieu. O notre Pére qui étes dans les cieux! on vous y aime, et c'est pourquoi on y fait son bonheur de votre volonté. Que ce qui se fait dans le ciel se fasse sur la terre! Que ce qui s'achéve là se commence ici !

Cette vie ne doit pas être aimée, mais supportée, dit saint Augustin : Non amanda , sed toleranda : c'est le lieu de pèlerinage, le lieu d'exil, le lieu de gémissemens et de pleurs.

Donc, ó notre Père céleste, que votre règne arrive : que votre volonté soit faite.

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