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XV* JOURNÉE
Délicatesse de la chasteté : s'arracher l’œil : se couper la main indissolubilité du mariage. Matth., v, 27, 32.
En ce qui regarde la chasteté, il faut craindre jusqu'à un regard: c'est par là qu'entre le poison. « Prenez garde, » disoit Moise, « de ne point laisser aller vos yeux et vos pensées, en vous souillant dans les objets qui vous environnent ?. » Job disoit aussi dans cette vue : « J'ai fait un pacte avec mes yeux ?, » que je les tiendrois toujours modestes, jamais vagues ni dissipés. Le voile des vierges sacrées est la marque et l'instrument de cette retenue; leur vie est une retraite d’où il faut que les yeux profanes soient bannis : elles ne doivent ni voir ni être vues. C’est le premier enseignement de Jésus-Christ sur cette matière.
Le second est de renoncer aux liaisons non-seulement les plus agréables, mais encore les plus nécessaires, plutót que de mettre son salut en péril. Le secret est de fuir, d'éviter les occasions prochaines, c'est-à-dire celles où l'on a déjà fait naufrage; craindre méme les plus éloignées, se précautionner de toutes parts, couper jusqu'à sa main droite et jusqu'à son pied, arracher jusqu'à ses yeux ; tout doit être violent dans cette matière. Car il faut, autant qu'il se peut, éviter méme d'avoir à combattre, parce io on
1 Matth., v, 25, 26. — 2 Num., Xv, 39. — 3 Job., XXXI, 4.
n'est pas longtemps courageux, ni ferme contre soi- méme.
«Si votre cell ..... si votre main droite vous scandalise *, » c'està-dire si ces personnes qui vous sont si chéres, vous sont une occasion de tomber, séparez-vous-en. Ajoutez : Si elles vous font « scandaliser » votre frère; car tout ce qui le fait tomber est aussi pour vous une chute semblable à celle d'un homme qu'on « jetteroit dans la mer une meule au col *. »
Le troisième enseignement sur cette matière regarde le mariage et son indissolubilité. Mais on peut encore porter plus loin ses pensées. Car comme cet indissoluble lien du mariage signifie l'inséparable union de Jésus-Christ avec son Eglise, les ames qui sont entrées dans ce bienheureux contrat doivent garder la foi à Jésus- Christ, et ne faire jamais divorce avec lui.
Pourcela il faut éviter jusqu'aux moindres choses qui déplaisent à l'Epoux céleste. Ce ne sont pas seulement les ruptures qui sont à craindre dans les mariages, mais encore les moindres froideurs. Tout va au divorce, si on n'y prend garde; et il faut promptement réparer les moindres négligences : la délicatesse de l'Epoux en est blessée : l'amour refroidi s'éteint bientót.
Veille donc, ame chrétienne; veille sur les moindres choses : rien ne plait plus à celui qui aime que l'attention à le contenter en tout : au contraire, il n'y a rien de plus terrible que cette parole célèbre du Fils de Dieu : « Je voudrois que vous fussiez froid ou chaud. » On vous pourroit tourner au bien et vous seriez capable de quelque action; « mais parce que vous étes tiéde » et sans efficace, on ne peut rien faire de vous, « et je vous vomirai de ma bouche ?. »
VAMARAAVAXAARAVZWUAUVAVVS LUUUEV LULU UV EU VANUATU (AULTUV VAR VV VV UV.
XVI JOURNÉE
Ne jurer point : simplicité chrétienne. Matth., v, 33, 37.
Je trouve cet endroit un des plus touchans de la doctrine chrétienne, parce que le Fils de Dieu y établit la plus aimable de toutes 1 Matth., v, 29, 30..— *? Matth., XVIII, 6. — 9 Apoc., TII, 45, 406. .
les vertus, qui est la sincérité. Le chrétien ne ment jamais; il dit : « Cela est, cela n'est pas ! : » et cette parole tient lieu de tout serment. Car au lieu de jurer ou par le ciel, ou par la terre, ou par la sainte cité , ou par sa téte, ou en quelque autre maniere que ce soit, on lui ordonne pour toute réponse : « Cela est, cela n'est pas : oui » et « non. » Le mensonge ne trouve point de place dans une expression si simple : elle ne souffre point non plus de déguisement : car sans détour ni embarras , on répond : « Cela est, cela n'est pas : » et la sincérité d'un chrétien doit être si parfaite et si connue, qu'on s'en tienne à sa simple parole, comme s'il avoit fait mille sermens de toutes les sortes.
Cette parole est bien forte: « Tout ce qui est au delà vient du malin?: » ou du mal. Tout ce qu'on dit de plus, que « cela est, cela n'est pas, » c’est la dureté des cœurs, c'est la malice et la fourberie , c'est le démon en un mot qui l'a introduit. Revenons donc à l’origine : rendons-nous si croyables par notre sincérité, qu'on se fie à nous à cette simple parole : « Cela est, cela n'est pas : oui » et « non. »
Ne soyez pas si décisif, si affirmatif, n'exagérez pas : « Ne jurez pas?:» c'est une partie de cette douceur dont il est dit: « Bienheureux ceux qui sont doux *. Ce que vous direz de plus fort que la simple affirmation ou négation ne seroit pas nécessaire , si les cœurs étoient bien disposés. Soyez de votre côté dans cette disposition : et s'il faut aller au delà, que ce soit uniquement pour les autres qui ont besoin d'étre poussés plus fortement.
Renouvelez-vous : « quittez le vieux levain*. » Le méchant est menteur, parce qu'il a intérét de cacher et de déguiser ce qu'il fait. « Revêtez-vous de l'homme nouveau, qui est Jésus-Christ, qui est créé selon Dieu, en justice et dans la sainteté de la vérité *. » Ainsi quittant le mensonge , qui ne convient qu'au mauvais qui veut se cacher : « Dites-vous la vérité les uns aux autres, parce que vous êtes membres d'un méme corps ". » La main ne veut pas tromper la téte, lorsqu'elle la prend pour guide parmi les ténèbres ; l'œil ne veut pas tromper les pieds, ni les pieds
1 Matth., v, 3r.—23 Ibid. — 3 Ibid. — * Ibid., 4. — 8 Y Cor., v, T. — 6 Ephes., 1v, 24. — " Ibid., 25.
cacher leur marche aux yeux et à la téte. Si ces membres se pouvoient parler et interroger l'un l’autre, ils se diroient simplement la vérité en. toutes choses : Oui et non : cela est, cela n'est pas. Vivez ainsi, chrétien : ne faites point le mystérieux ni l'important. Taisez-vous par modération et par prudence, et non pas en faisant l'homme sage et l'homme grave. N'ayez point de dissimulation ; surtout ne faites rien de mal, de douteux, ni de suspect, afin que. vous n'ayez rien à déguiser. Si vous péchez , car qui ne peche point? et qu'il vous faille découvrir votre péché à un confesseur, comme la plaie à son médecin, dites : Cela est, cela n'est pas, sans chercher de vaines excuses à votre faute, ni de longues circonlocutions pour l'envelopper. L'humilité vous fera sincère : vous guérirez infailliblement, pourvu que vous gardiez la sincérité.
On jure par le nom de Dieu et. on le prend à témoin, afin que notre parole, foible par elle-même, devienne ferme et inviolable par l'interposition du nom de Dieu. Mais si nous sommes remplis de Dieu et revétus de Jésus-Christ, la vérité est en nous;. et.nos discours étant fermes par le mérite de la source d'oü ils sont partis, ne demandent pas d'étre appuyés par la religion du serment.
Il y en avoit qui croyoient qu'on ne juroit pas, à moins d'interposer le nom de Dieu. Ils ne prenoient pas pour serment de dire : Par le ciel, ou par la terre, ou. par la sainte cité, et ainsi du reste. Mais Jésus-Christ décide qu'ily a dans tout cela quelque chose qui, ayant rapport à Dieu , doit être regardé avec une espèce de religion, sans qu'il soit permis à l'homme de le profaner.
Cette parole est remarquable : «Ne jurez point par votre tête ; car vous ne pouvez faire blanc ou noir un de vos cheveux ‘. » De. tout ce que vous appelez vôtre , il n'y a rien dont vous puissiez disposer, pas méme de la couleur de vos cheveux. Ne dites donc pas : Je jure par ma tête, c'est-à-dire : je me dévoue ou , comme on parle, je dévoue ma tête à telle et à telle peine : car loin. d'avoir pouvoir sur votre tête, vous n'en avez pas même sur vos cheveux pour les faire venir ou croitre, ni pour en changer la
1 Maith., v, 36. PM ; j
SERMON DE NOTRE-SEIGNEUR, XVIIe JOURNÉE. 31
couleur. Soyez donc soumis à Dieu, et ne parlez jamais comme pouvant disposer de la moindre chose.
VUUVUULL LVL LE UE UE LE LULU EL LU EU EU LE LULU LULU LULU EVE LULU LULU UE LULU UT EU EEE UAR S
XVII JOURNÉE
Charité fraternelle : étendue de la perfection chrétienne. Matth. v, 38, 43.
Jésus-Christ revient encore à la charité fraternelle, dont il avoit déjà dit que, loin qu'il fût permis de tuer ou de frapper , il ne falloit pas méme se fâcher contre son frère, ni lui marquer de l'aigreur par aucune injure; que si on avoit. quelque démélé, il falloit être facile à se raccommoder; n'employer:point de juge, s’il se peut, pour terminer nos différends, ni méme de médiateur pour concilier les esprits aliénés. Nous avons un médiateur naturel de notre réconciliation mutuelle, qui est Jésus-Christ et l'esprit. de charité et de grace qui nous anime. Il faut donc se rendre traitables et se raccommoder de gré à gré avec son frère. Il a dit que si nous sentions quelque aigreur dans le cœur de notre frère, il falloit le prévenir pour le calmer, et préférer la réconciliation au sacrifice. Maintenant il pousse plus loin l'obligation , et il exclut tout à fait l'esprit de vengeance.
« OEil pour œil et dent pour dent ! : » c'est ce qu'on. permettoit aux anciens : il paroissoit là une espèce de justice : mais Jésus- Christ ne permet pas au chrétien de se la faire à lui-même, ni de la rechercher. Si la justice publique réprime les violences, le chrétien ne l'empéche pas et il respecte les ordres publics : mais pour lui, loin de.se venger de celui qui lui donne un soufflet, il tendra plutôt l'autre joue : il abandonnera plutôt son manteau à celui qui lui.dispute sa tunique que d'entreprendre un procès pour peu. de chose, et entrer dans un esprit de chicane et de ressentiment *; Il aecordera. plutot. de son bon gré deux mille pas à celui qui l'aura forcé à en faire mille, qu'il. ne: se fera justice. à lui-même, ou qu'il ne songera à se venger de la violence qu'on lui aura faite.
1 Exod., xx1, 4. — ? Matth., v, 39 et seq. Ko
La tranquillité de son cœur lui est plus chère que la possession de tout ce qu'on lui peut ravir avec injustice; et s'il faut manquer à la charité pour recouvrer les biens dont on l'a privé, il n'en veut point à ce prix. O Evangile, que tu es pur! ô doctrine chrétienne, que tu es aimable! Mais, Ô chrétiens, que vous y répondez mal et que vous êtes peu dignes d’un si beau nom!
« Donnez à qui vous demande. Ne fuyez pas, » comme on fait ordinairement, « celui qui vous emprunte dans son besoin '. » Faites ce que vous pourrez pour le soulager : soyez libéral et bienfaisant. Toutes les richesses de l'univers n'égalent pas le-prix de ces deux vertus, ni la récompense qu'elles nous attirent.
Voici donc trois degrés de charité envers ses ennemis : lesaimer, leur faire du bien, prier pour eux. Le premier est la source du second : si-on aime, on donne. Le dernier est celui qu'on croit pouvoir faire le plus aisément, mais c'est pourtant le plus difficile, parce que c'est celui qu'on fait par rapport à Dieu. Rien ne doit étre plus sincére, ni plus cordial, ni plus véritable que ce qu'on présente à celui qui voit tout jusqu'au fond du cœur.
SAAUVVUVVNATV LU UUU VUUUUVUL VUUVUULUUUUL UU /VVVTAZRUN AU (A LAUS UAR VA VRSLA RAV.
XVIII JOURNÉE
Etendue de la perfection chrétienne. Matth., v, 46-48.
Examinez-vous sur ces trois degrés : aimer, faire du bien, prier. « Qu'est-ce qu'aimer ceux qui nous aiment? Les publicains le font bien. Qu'est-ce que saluer ceux qui vous saluent? Les paiens le font bien. » Ce n'est pas pour rien qu'on vous propose un héritage éternel et une immuable félicité : ce n'est pas pour vous laisser demeurer à l'égal, ou méme au-dessous des paiens. Dites-vous la méme chose, Ô chrétien! dans tout le reste de votre conduite ! Quelle récompense méritez -vous, femmes chrétiennes, si vous méprisez les vaines parures? Les paiennes l'ont bien fait. Quelle
sera votre gloire, si vous méprisez les richesses? Les philosophes - . 1 Matth., v, 42.
SERMON DE NOTRE-SEIGNEUR , XVIIIe JOURNÉE. 33
l'ont bien fait. Dites-vous la méme chose sur la chasteté : les vestales l'ont bien gardée; sur la cordialité : les paiens, les sages du monde en ont fait gloire. Portez done plus haut vos pensées, « et soyez parfaits '. » Mais comme qui? Comme les philosophes, comme les paiens, comme les Juifs, ou comme les pharisiens et les docteurs de la loi, qui étoient les plus parfaits d'entre les Juifs? Non : Jésus-Christ vous a dit que « vous n'aurez point de part à son royaume, si votre justice ne surpasse la leur ?. Soyez parfaits comme votre Pére céleste est parfait?. » Et comme vous ne pouvez jamais l'égaler, eroissez toujours pour vous approcher de cette perfection. L'entreprise est grande; mais le secours est égal au travail : Dieu qui vous appelle si haut vous tend la main : son Fils, qui lui est égal, descend à vous pour vous porter. Dites donc avec saint Paul : Courage, mon ame : « je puis tout avec celui qui me fortifie *. »
O chrétien , qui es si loin de la perfection de ton état, quand commenceras-tu à surmonter ta nonchalance?
Que chacun se dise à soi-même dans le fond du cœur : (à! je veux apprendre à étre chrétien. « On a dit aux anciens : Et moi je vous dis. » Qui est celui qui nous a donné cette loi nouvelle? Jésus-Christ, le Fils de Dieu en personne, la lumiere et la vérité éternelle, le Maitre qui nous est envoyé du ciel pour nous enseigner; mais en méme temps le Sauveur qui nous aide et qui, comme on vient de voir, mesure ses graces au travail qu'il nous impose. Disons done avec saint Paul : « Sila loi qui a été donnée aux anciens Juifs par le ministère des anges est demeurée ferme, et que toute transgression et désobéissance contre cette loi ait recu un juste châtiment, comment l'éviterons-nous, si nous négligeons une doctrine aussi salutaire que celle qui nous est enseignée par Jésus-Christ, qui ayant pris son commencement par l'explication qu'il en a faite lui-même, nous a été confirmée par ceux qui l'ont ouie de sa propre bouche : Dieu y rendant témoignage par tant de signes, par tant de miracles, par tant de prodiges, et. enfin par l'effusion manifeste de son Saint-Esprit *? » Et
1 Matth., V, 48. — ? Ibid., 20. — Ibid., 48. — * Philipp., 1v, 19. — 5 Hebr. n, 2-4.
encore avec le méme saint Paul : « Si , lorsqu'on avoit violé la loi de Moise, » qui n'étoit que le serviteur, « on périssoit sans miséricorde sur la déposition de deux ou de trois témoins, quel supplice mériteront ceux qui ont foulé aux pieds le Fils de Dieu ; qui ont tenu pour profane le sang de l'alliance par lequel ils ont été sanctifiés, et qui auront fait outrage à l'esprit de la grace? Car nous savons combien puissant est celui qui dit : À moi appartient la vengeance et je la saurai bien faire. Et encore : Le Seigneur jugera son peuple. Il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant 1.»
VU LEE EU VUDVtUVVULVVUVUVU VU V VUVUVULU VM UU VUL VUVUVU LULU LULU LATUM V ANA UV VV VUA
XIX° JOURNÉE
Rechutes, Luc., xi, 21, 26; S. Paul., Hebr., v1, 4, 9; II Petr., u, 20-22.
Pour nous affermir contre les rechutes, appuyons sur ce qui est dit dans saint Luc du « fort armé ?. »
« Le fort armé, » c'est le démon. Considérez ces paroles : « Ce qu'il possède est en paix.» Songez à la malheureuse paix dont jouissent les pécheurs. La conscience assoupie, on se voit périr de sang-froid et sans s'émouvoir : les sens nous enchantent et le démon règne tranquillement. Jésus-Christ a chassé ce fort armé, quand il a ébranlé ce cœur endurci, et qu'on a fait pénitence. Mais ce n'est pas tout, et il ne quitte pas prise : il revient avec sept démons plus méchans que lui. Pesez tout : ces esprits immondes souillent de nouveau la maison que la pénitence a nettoyée, et ils y établissent leur demeure : « Et le dernier état de cet homme est pire que le premier ?. » Si toujours à chaque rechute, l'état devient pire, si le joug du démon s'affermit, si l'on s'enfonce de plus en plus dans le mal, si les forces se diminuent sans cesse, où en sera-t-on à la fin , et comment sortir de cet abime? Dieu peut nous en tirer, je le sais : mais s'il n'y a rien à désespérer , tout est à craindre.
1 Hebr., x, 28-31. — ? Luc., x1, 91 et seq. — 3 Ibid., 26.
« Il est impossible » à l’homme, dit saint Paul, selon le cours ordinaire des choses humaines, et il n'y a que Dieu qui le puisse faire par un effort, pour ainsi parler, de sa toute-puissance : « Il est impossible, dis-je, que ceux qui ont été une fois illuminés par la grace du baptéme; qui ont goüté le don céleste et ont été faits participans du Saint-Esprit, et qui ensuite sont déchus, soient renouvelés *. » Si saint Paul parle ainsi de ceux qui ont violé la sainteté du baptéme, que doivent craindre ceux qui ont ajouté à cette profanation celle dela pénitence si souvent réitérée et si souvent méprisée? « La terre qui boit souvent la pluie qui tombe sur elle, et qui ne produit que des épines et des chardons , est à la veille d’être maudite, et enfin on y met le feu ?. »
Ces paroles sont capables de vous remplir de frayeur; mais relevez votre espérance par les suivantes, et croyez que toute l'Eglise vous dit avec saint Paul: « Nous espérons de vous de meilleures choses ?. »
Apres avoir oui saint Paul, écoutons encore saint Pierre : « Il vaudroit mieux n'avoir pas connu le chemin de la justice que de retourner en arrière comme un chien qui ravale ce qu'il a vomi et comme un pourceau qui se vautre de nouveau dans la boue *. » Cela fait horreur seulement à entendre; et ces expressions soulèvent le cœur : mais ce qu'on voit faire à ces animaux est audessous de ce qui arrive au pénitent qui retombe.
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XX* JOURNÉE
Vaine gloire dans les bonnes œuvres. Matth., vi, 1, 4.
Aprés avoir porté la justice chrétienne au souverain degré de perfection et jusqu'à prendre pour modèle la perfection de Dieu méme , Jésus-Christ voit que l'homme enclin à la vanité voudroit tirer de la gloire des pratiques extérieures d'une justice si parfaite; et c'est ce qui donne lieu à ce précepte * : « Prenez garde à ne pas
1 Hebr., V1, 4 et seq. — ? Ibid:, 1, 8. — ? Ibid., 9. — * 1I Petr., n. 21, 22. — 5 Matth., Vi, 1 et seq.
faire votre justice devant les hommes, pour en étre regardé. » Il ne défend pas de pratiquer la justice chrétienne en toute rencontre pour édifier le prochain; au contraire, il a dit: « Que votre lumière luise devant les hommes, afin que votre Père céleste soit glorifié » dans vos bonnes œuvres : mais «Prenez garde de ne les pas faire pour étre regardés des hommes : autrement vous perdez votre récompense ‘. » Demandez-la aux hommes pour qui vous agissez : mais n'attendez de Dieu que la punition qu'il a réservée aux hypocrites.
Toutes les fois qu'on vous loue,.craignez 'cette parole du Sauveur : « En vérité, je vous le dis, vous avez recu votre récompense ?. » Parole si importante, que Jésus-Christ la répète à chaque action qu'il marque en particulier dans ce chapitre.
Souvenez-vous de ce qu'il a dit du mauvais riche : « Il a recu ses biens en cette vie. » Et ailleurs dans la parabole du festin : « On vous a rendu ce qu'on a recu de vous ?. »
Heureux donc ceux dont « la vie est cachée en Dieu *, » comme dit saint Paul; que le monde ne connoit pas, qui vivent dans le secret de Dieu, qui se contentent de ses yeux : car quelle erreur et quelle folie de ne se pas contenter d'un tel spectateur ? « Ils sont comme inconnus 5, » dit le méme saint Paul : car ils ne sont point dans les vains discours des hommes : « Mais ils sont connus : » Dieu les regarde d'autant plus que personne ne songe à eux , et qu'ils sont comme n'étant pas sur la terre. Heureux : heureux! « Si je plaisois encore aux hommes, » dit saint Paul, « je ne serois pas serviteur de Jésus-Christ 9. »
Il faut bien prendre garde ici à une certaine nonchalance qui fait négliger les actions du dehors qui édifient le prochain. On dit: Que m'importe de ce qu'il pense? Comme qui diroit : Que m'importe de le scandaliser? A. Dieu ne plaise! Dans les actions du dehors édifiez le prochain , et que tout soit régléjen vous jusqu'à un clin d'œil; mais que tout cela se fasse naturellement et simplement, et que la gloire en retourne à Dieu.
Gardez-vous bien aussi de vous contenter de vous régler à l'ex-
1 Matth., v, 16. — * Matth., v1, 2, 5. — 8 odi XVI, 25; XIV, 12. — ^ Coloss., ni, 3. — 5 Hu Cor., VI, 8. — 6 "Galat. 20159202
térieur : il faut à Dieu son spectacle, c’est-à-dire, dans le secret un cœur qui le cherche.
« Que votre gauche ne sache pas ce que fait la droite !. » Cachez votre aumóne à vos plus intimes amis : « Cachez-la dans le sein du pauvre ?, » dit le Sage; que le pauvre même, s'il se peut, ne vous connoisse point. Il faudroit, s'il se pouvoit, vous pouvoir cacher à vous-méme le bien que vous faites : cachez-en du moins le mérite à vos yeux : croyez toujours que vous faites peu, que vous ne faites rien, que vous étes un serviteur inutile: craignez toujours dans vos bonnes ceuvres que votre intention ne soit pas assez pure, assez dégagée des vues du monde : laissez connoitre à Dieu seul le mérite de vos actions : faites bien sans retour sur vous-même : oecupez-vous tellement de la bonne œuvre en elleméme, que vous ne songiez jamais à ce qui vous en reviendra : laissez tout au jugement de Dieu: ainsi il vous verra seul : vous vous cacherez à vous-même.
« Ne sonnez pas de la trompette devant vous ?, » comme ceux qui parlent sans cesse de ce qu'ils font et de ce qu'ils disent. Ils sont eux-mêmes leur trompette, tant ils craignent de n'étre pas vus.
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XXI JOURNÉE
Prière et présence de Dieu dans le secret. Matth., vr, 5-8.
« Entrez dans votre cabinet, » dans le plus intime de la maison; mais entrez dans le plus intime de votre cœur. Soyez dans un parfait recueillement : « Fermez la porte sur vous ; » fermez tous vos sens : ne donnez accès à aucune pensée étrangère : « Priez en secret : » épanchez votre cœur devant Dieu seul: qu'il soit le dépositaire de vos secrètes peines.
« Ne parlez pas beaucoup. » Il n'est pas ici question d'apprendre à Dieu par un long discours vos besoins secrets : « Il sait tout avant que vous parliez. » Dites intérieurement ce qui peut vous
1 Matth., V1, 3, 4. — ? Eccli., xxix, 15. — 3 Matth., NI, 2.
profiter à vous-méme, vous exciter, vous recueillir en Dieu. Les prières des paiens qui ne connoissent pas Dieu, ne sont qu'une surabondance de paroles inconsidérées. Parlez peu de la bouche et beaucoup du cœur. Ne multipliez pas vos pensées: car c'est ainsi qu'on s'étourdit et qu'on se dissipe soi-même. Arrêtez vos regards sur quelque importante vérité qui aura saisi votre esprit et votre cœur. Considérez : pesez : goûtez : ruminez : jouissez. La vérité est le pain de l'ame. Il ne faut pas engloutir d'abord, pour ainsi parler, chaque morceau : il ne faut pas sans cesse passer d'une pensée à une autre, d'une vérité à une autre.: tenez - en une : serrez-la jusqu'à vous l'incorporer : attachez-y votre cœur plutót que votre esprit : tirez-en pour ainsi dire tout le suc à force de la presser par votre attention.
« Dieu vous voit dans le secret. » Songez qu'il vous voit jusque dans le fond, infiniment plus que vous-méme. Faites un acte de foi simple et vif sur sa présence. Ame chrétienne, mettez- vous sous ses yeux tout entière. ll est intime, il est présent: car il donne l'étre et le mouvement à tout. Ne vous arrétez pas néanmoins à cette présence, dont toutes les créatures animées et inanimées sont également capables. Croyez par une foi vive qu'il vous est présent, comme vous donnant au dedans toutes les bonnes pensées, comme tenant en sa main la source d'ou elles sortent : et non-seulement les bonnes pensées, mais encore les bons désirs, les bonnes résolutions et toutes les bonnes volontés, depuis le premier principe qui les fait naître jusqu'à la dernière perfection. Croyez encore qu'il est dans les justes et qu'il y fait sa demeure, selon cette parole du Seigneur : « Nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure en lui '. » Il y est d'une manière stable et permanente : il y établit sa demeure. Souhaitez qu'il soit en vous de cette sorte : offrez-lui votre intérieur, afin qu'il y soit et qu'il en fasse son temple. Sortez quelquefois de vous-méme; et avec la méme foi qui vous le fait voir dans vous-méme, regardez-le dans le ciel, où il se manifeste à ses bien-aimés. C'est là qu'il vous attend. Courez: volez : rompez vos liens : rompez toutes ces at-
taches qui vous lient à la chair et au sang. O Dieu, quand vous 1 Joan., XIV, 23,
SERMON DE NOTRE-SEIGNEUR, XXIIe JOURNÉE. 39
verrai-je? Quand aurai-je ce « cœur pur, qui fait qu'on » vous « voit » en soi-même, hors de soi-même, partout? O lumière qui éclairez tout! Ó vie qui animez tout ! Ó vérité qui nourrissez tout! Ô bien qui rassasiez tout! ô amour qui unissez tout! je vous loue, mon Père céleste, qui me voyez dans le secret.
MVMVUVVVVVVDVVUPUVULUULUUULULVLULVYULLTUUV LUUUUU LULU LULU LU LUUU EVE EU LU UV UU VUL UU EL UV LU
XXII JOURNÉE
Oraison Dominicale : Notre Pére. Matth., vr, 9.
Regardez : dans toutes les demandes un excrcice d'amour.
« Notre Pére : » dés ce premier mot de l'Oraison Dominicale, le eceur se fond en amour. Dieu veut étre notre Pére par une adoption particulière. Il a un Fils unique qui lui est égal, en qui il a mis sa complaisance : il adopte les pécheurs! Les hommes n'adoptent des enfans que lorsqu'ils n'en ont point : Dieu qui avoit un tel Fils nougadopte eneore. L'adoption est un effet de l'amour ; car on choisit celui qu'on adopte : la nature donne les autres enfans : l'amour seul fait les adoptifs. Dieu qui aime son Fils unique de tout son amour et jusqu'à l'infini, étend sur nous l'amour qu'il a pour lui. C'est ce que dit Jésus-Christ dans cette admirable prière qu'il fait à son Pére pour nous : « Que l'amour dont vous m'aimez soit en eux , et moi je suis en eux *. » Aimons donc un tel Père. Disons mille et mille fois : Notre Père, notre Père, notre Pére, ne vous aimerons-nous jamais? Ne serons-nous jamais de vrais enfans pénétrés de vos tendresses paternelles ?
Encore une fois, notre Pére. Qu'est-ce qui nous fait dire : Notre Père? Apprenons-le de saint Paul: « Parce que vous êtes enfans, Dieu envoie en vous l'Esprit de son Fils, qui crie en vous : Père, Père ?. » C’est donc le Saint-Esprit qui. est en nous : c'est lui qui forme en nous ce cri intime de notre cœur par lequel nous invoquons Dieu comme un Père toujours prêt à nous entendre.
Le méme saint Paul dit ailleurs : « Ceux qui sont mus, qui
1 Joan., XVII, 26. —.? Galat., IV, 6.
sont conduits par l'Esprit de Dieu, sont les enfans de Dieu..., et » Dieu nous envoie « l'Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Père, Père *. » C'est done encore une fois le Saint-Esprit qui nous donne ce cri filial par lequel nous recourons à Dieu comme à notre Pére.
Pourquoi l'appelle-t-il un cri? Un grand besoin fait crier. Un enfant ne crie que lorsqu'il souffre ou qu'il a besoin. Mais à qui est-ce qu'il crie dans son besoin, sinon à son père, à sa mère, à sa nourrice, à tous ceux dans qui la nature lui fait sentir quelque chose de paternel? Crions donc, car nos besoins sont extrémes. Nous défaillons : le péché nous gagne : le plaisir des sens nous entraîne. Crions, nous n'en pouvons plus ; mais crions à notre Père. Qu'est-ce qui nous porte à crier? Le Saint-Esprit, le Dieu-Amour, l'amour du Pére et du Fils : « Celui qui répand l'amour dans nos cœurs ?. » Crions, crions donc avec ardeur, et que tous nos os crient : O Dieu, vous êtes notre Pere!
«Abraham » et les autres pères, dont nous venons selon la chair, « nous ont ignorés; et Isaac ne nous a pas counus. Mais VOUS , Ô Dieu notre vrai Père, » vous nous connoissez; et c'est vous qui nous envoyez du sein intime de votre eceur et de la source infinie qui est votre amour, cet Esprit qui nous fait crier à vous comme à notre Père.
« Cet esprit, » ajoute saint Paul, « rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfans de Dieu ?.» O Dieu, qui entendra ce témoignage du Saint-Esprit, qui nous dit intérieurement que nous sommes enfans de Dieu? Quelle voix , lorsque dans la paix d'une bonne conscience et d'un cœur qui n'a rien à se reprocher qui le sépare de Dieu, je ne sais quoi nous dit secrétement et dans l'intime silence de notre cœur : Dieu est ton Père : tu es son enfant! Passons : cette voix est trop intime : trop peu de personnes l'entendent. Passons : un autre fois nous l'entendrons mieux : il faut étre plus affermi, plus enraciné dans le bien. Le Saint-Esprit ne rend pas à tous ce témoignage secret. Quant à lui, il voudroit le rendre à tous ; mais tous n'en sont pas dignes. O Dieu, faitesnous-en dignes! C'est bien fait de le demander à Dieu ; car en effet
! Rom., VIII, 14, 15. — ? Rom., v, 5. — 3 Rom., VIII, 16,
SERMON DE NOTRE-SEIGNEUR , XXIIIe JOURNÉE, 4A
c'est lui quile donne : mais il nous répond : Agis avec moi : travaille de ton côté : ouvre-moi ton cœur : fais taire les créatures : dis-moi souvent dans le secret : Notre Père, notre Père.
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