‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 17 sur 149 · XXVI: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XXVI: JOURNÉE

Pardonnez-nous comme nous pardonnons. Matth., vi, 12, 44, 15.

« Pardonnez-nous comme nous pardonnons. » C'est une chose admirable comment Dieu fait dépendre le pardon que nous attendons de lui, de celui qu'il nous ordonne d'aecorder à ceux qui nous ont offensés. Non content d'avoir partout inculqué cette obli-

gation, il nous la met à nous-mêmes à la bouche dans la prière 1 Joan., 1V, 34.

journalière, afin que si nous manquons à pardonner, il nous dise comme à ce mauvais serviteur : «Je te juge par ta propre bouche, mauvais serviteur’. » Tu m'as demandé pardon à condition de pardonner : tu as prononcé ta sentence, lorsque tu as refusé de pardonner à ton frére. Va-t'en au lieu malheureux, oü il n'y a plus ni pardon ni miséricorde.

C'est ce que Jésus-Christ appuie en cet endroit et c’est ce qu'il explique encore d'une manière terrible dans la parabole du serviteur rigoureux.

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XXVIF JOURNÉE.

Ne nous induisez point en tentation : mais délivrez-nous du mal. Matth., vi, 13.

« Ne nous induisez point en tentation.» On ne prie pas seulement pour s'empécher de succomber à la tentation , mais pour la prévenir, conformément à cette parole : « Veillez et priez, de peur que vous n'entriez en tentation *. » Non-seulement de peur que vous n'y succombiez, mais de peur que vous n'y entriez.

Il faut entendre par ces paroles la nécessité de prier en tout temps, et quand le besoin presse, et avant qu'il presse. N'attendez pas la tentation; car alors le trouble et l'agitation de votre esprit vous empéchera de prier. Priez avant la tentation et prévenez l'ennemi.

« Dieu ne tente personne ?, » dit saint Jacques. Ainsi lorsque nous lui disons : « Ne nous induisez point en tentation, » visiblement il faut entendre : Ne permettez pas que nous y entrions. C'est aussi comme parle saint Paul : « Dieu est fidéle en ses promesses, et il ne souffrira pas que vous soyez tentés par-dessus vos forces *; » mais nos forces consistent principalement dans nos prières.

« Délivrez-nous du mal.» L'Eglise explique : Délivrez-nous de tout mal, passé, présent et à venir. Le mal passé, mais qui laisse

1 Luc., XIX, 22. — ? Matth., XXVI, 44. — 9 Jacob., 1, 13. — ^ I Cor., x, 13.

de mauvais restes, c'est le péché commis; le mal présent, c'est le péché où nous sommes encore, le mal à venir est le péché que nous avons à craindre. Tous les autres maux ne sont rien qu'autant qu'ils nous portent au péché par le murmure et l'impatience. C'est principalement en cette vue que nous demandons d'étre délivrés des autres maux.

« Délivrez-nous du mal.» Délivrez-nous du péché et de toutes les suites du péché : par conséquent dela maladie, de la douleur, de la mort, afin que nous soyons parfaitement libres. Alors aussi nous serons souverainement heureux.

Une autre version porte : « Délivrez-nous du mau vais, » c'està-dire, du démon notre ennemi et de toutes ses tentations.

Quand nous demandons des forces contre la tentation, ce n'est pas seulement contre le démon, c'est encore contre nous-mêmes, selon ce que dit saint Jacques : «Chacun est tenté par sa propre concupiscence, qui l'attire et qui l'emporte‘ : » c'est la grande tentation, et le démon méme ne nous peut prendre que par cellelà. Quelle est done notre foiblesse, puisque nous sommes nousmémes nos plus grands ennemis! Et nous ne craignons pas!et nous dormons! et nous négligeons notre salut! et nous ne concevons pas la nécessité de prier !

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