XLIII: JOURNÉE
Motifs d'espérance dans la prière. Matth., vn, 41.
Le fondement que Jésus-Christ établit pour prier et pour obtenir, c'est de bien comprendre que Dieu est un père. Combien plutôt, dit-il, « votre Père céleste sera-t-il libéral envers vous ?! »
« Si vous donnez, vous qui étes mauvais?, » combien plus Dieu qui est la bonté méme? Si vous donnez ce qui vous a été donné et que vous n'avez que par emprunt, combien plutót Dieu donnerat-il, lui qui est la source du bien, et dont la nature est pour ainsi parler de donner?
« Si vous qui étes mauvais. » Mais est-on mauvais « méme à ses enfans? » Le Fils de Dieu nous veut faire entendre que l'homme est mauvais, méme à ses enfans. L'expérience ne le fait que trop voir, et qu'on se regarde soi-même plutôt qu'eux dans les biens qu'on leur procure. Il n'y a que Dieu qui étant la bonté et le bien par essence, ne peut donner que du bien à ceux qui ont recours à lui. i
Disons-nous toujours à nous mémes : On peut tout espérer d'un père. Disons encore avec Jésus-Christ : Qu'est-ce qu'un corbeau? Notre Père céleste le nourrit. Qui nourrit les serviteurs, laissera til les enfans sans secours? Mais qui nourrit les animaux, sera-t-il insensible au besoin de ses enfans? On peut donc tout demander, et on doit espérer de tout obtenir dés qu'on demande à un pere.
! Luc., XVIII, 4. — ? Matth., vir, 11. — ? Ibid.
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XLIV* JOURNÉE
Demander par Jésus-Christ. Qualités d'une parfaite priére. Joan., xvi, 23, 37.
Il faut apprendre à demander par Jésus-Christ. Demander par Jésus-Christ, c'est demander ce qu'il commande; c'est demander sa gloire, c'estinterposer le nom du Sauveur; c'est mettre sa confiance en ses bontés et aux mérites infinis de son sang. Ce qu'on demande par le Sauveur doit regarder principalement le salut, et le reste comme un accessoire. En demandant en un tel nom , auquel le pére ne peut rien refuser, on est assuré d'obtenir : car Jésus-Christ l'a promis; et douter, c'est faire Jésus-Christ menteur. « En vérité, en vérité je vous le dis : Si vous demandez quelque chose à mon Pére en mon nom, il vous le donnera !. »
Quand donc on n'obtient pas, il faut tenir pour assuré qu'on a mal prié, selon ce que dit saint Jacques : « Vous demandez et n'obtenez pas, parce que vous demandez mal, pour avoir de quoi satisfaire vos mauvais désirs ?. »
Demander mal, c'est demander sans foi, comme dit le méme saint Jacques : «Si vous avez besoin de la sagesse, demandez-la; mais demandez-la avec foi sans hésiter? : » sans craindre, en croyant certainement que vous obtiendrez si vous demandez bien, si vous demandez avec foi, si vous demandez avec persévérance.
Le Sauveur ne nous donne pas ce que. nous demandons contre notre salut. Demandons notre conversion : attachons-nous à cela : nous l'obtiendrons.
Ame religieuse, le fruit de la doctrine de Jésus-Christ sur la prière doit être principalement d’être fidèle aux heures qu'on y consacre. Fussiez-vous distraite au dedans, si vous gémissez de létre, si vous souhaitez seulement de ne l'étre pas et que vous demeuriez fidèle, humble et recueillie au dehors, l'obéissance que
1 Joan., XV, 23. — 3 Jacob., IV, 3. — 9 Jacob., 1, 5, 6. |
vous y rendez à Dieu , à l'Eglise et à la règle, en conservant les génuflexions, les inclinations et tout le reste de l'extérieur de la piété, conserve l'esprit de prière. On prie alors par état, par dispo- * sition, par volonté, mais surtout si on s'humilie de ses sécheresses et de ses distractions. O que cette prière est agréable à Dieu! Qu'elle mortifie le corps et l'ame! Qu'elle obtient de graces et qu'elle expie de péchés!
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XLV* JOURNÉE
Abrégé de la morale chrétienne, et à quoi elle se termine. Matth., vu, 12, 20.
« Faites comme vous voulez qu'on vous fasse. » Rien de plus simple que ce principe : rien de plus étendu dans la pratique: toute la société humaine y est renfermée. La nature méme nous enseigne cette règle. Mais Jésus-Christ l'éléve, en ajoutant : « C'est ici la loi et les prophètes !. » C'en est le précis et l'abrégé de toute justice. La racine en est dans ce précepte : « Vous aimerez votre prochain comme vous-même *, » ?
« Efforcez-vous ?. » Le salut ne doit pas être entrepris avec mollesse. « La porte est étroite: » par la mortification , la pauvreté et la pénitence. « Le chemin est large » dans la licence. Le grand nombre, le petit nombre : sujet infini de méditer et inépuisable consolation pour les humbles.
« Un bon arbre porte de bons fruits: un mauvais arbre en porte de mauvais” : » c'est ce qui fait discerner la bonne pénitence d'avec la mauvaise.
Etrange état d’une créature raisonnable, qui, faute de porter de bons fruits, n’est plus propre que pour le feu.
« Vous connoitrez les bons arbres par leurs fruits ", » et non par leurs feuilles; c'est-à-dire par leurs ceuvres, non par leurs paroles.
1 Matth., vir, 19. — ? Matth., xxu1, 39. — 9? Matth., vit, 13, 14, — * Ibid., 11-19. — 5 Ibid., 20.
TOM. VI. b
Le figuier que Jésus-Christ maudit avoit des feuilles : mais parce qu'il n'avoit pas de fruits, Jésus-Christ le rendit sec. « Que jamais
‘fruit ne naisse de toi !! » Par punition d’être infructueux, il le devient encore davantage. Si on ne produit des fruits dans le temps et lorsque le maitre en attend, il vient un temps qu'on n'en peut plus produire aucun.
Un sage confesseur doit demander à son pénitent du fruit, et non des feuilles, ni des fruits commencés dans la fleur. Il faut de vrais fruits : autrement il a raison de douter que la pénitence soit sincère.
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XLVI JOURNÉE
En quoi consiste la vraie vertu. Matth., vu, 21.
Jésus-Christ vient de parler des arbres qui n’ont point de fruits : en voici une mauvaise espèce. C'est le chrétien qui n’a que l'apparence du bien et qui en effet ne porte rien de bon, celui qui parle beaucoup et ne fait rien : « Seigneur, Seigneur, » dit-il : il vaudroit bien mieux ne pas tant répéter qu'il est le Seigneur, et faire ce qu'il dit.
Il y en a qui ne résistentà rien; tout ce que vous leur proposez, ils l'entreprennent : — Oui jeleferai , je parlerai, je prierai, j'assisterai à tout; —mais quand il faut venir à l'exécution, tout demeure. Les Juifs étoient de ceux qui disent beaucoup; et Jésus leur dit : « Les femmes de mauvaise vie et les publicains font mieux que vous?. » Votre piété tout extérieure vous entretient dans une fausse opinion de vertu. Ceux qui sont manifestement mauvais ont. honte d'eux-mémes et se convertiront à la fin plutôt que vous.
Considérez ces deux jeunes hommes de la parabole?. L'un a honte de désobéir ouvertement à son pere, en lui disant, Je ne veux pas; et après lui avoir dit: «Je le veux, » il suit pourtant son penchant, et «il ne fait rien. » L'autre dit ouvertement : « Je: n'en ferai rien; » et il a honte de son insolence, et «il obéit. »
E Matt. , xxi, 19, 90. —'3 Matth. et, 3l, 32. — ? Matth. > XXI, 28-30.