DEPUIS LE DIMANCHE DES RAMEAUX JUSQU'A LA CENE
PREMIERE JOURNÉE
Entrée triomphante de Notre-Seigneur dans Jérusalem : 41 y est reconnu vot, fils de David, et le Messie. Joan., xu, 12-20; Matth., xxi, 1-17 ; Marc., xt, 1-17; Luc., xix, 28-48.
Toutes ces lectures nous apprendront l'entrée de Jésus dans Jérusalem , ce qu'il y fit et ce qu'il y dit. La tradition de l'Eglise met cette entrée au premier jour de la semaine, qui est un dimanche qu'on appelle pour eette raison le dimanche des Rameaux : Dominica in ramis Palmarum.
' Quoique le premier avénement de Jésus-Christ contre l'attente des Juifs düt se passer en humilité, il ne devoit pas étre destitué
de cette gloire et de cet éclat que les Jüifs attendoient. Cet éclat étoit nécessaire pour leur faire voir que tout humble qu'étoit le Sauveur et tout méprisable qu'il paroissoit selon le monde, il y avoit dans ses actions et dans sa personne de quoi lui attirer la plus grande gloire que les hommes puissent donner sur la terre, et jusqu'à le faire roi, si l'ingratitude des Juifs et une secrète dispensation de la sagesse de Dieu ne l'eüt empéché.
C’est done ce qui parut à cette entrée, la plus éclatante et la plus belle qui fut jamais parmi les hommes, puisqu'on y voit un homme qui paroissoit le dernier de tous les hommes en considération et en puissance, recevoir tout d'un coup de tout le peuple, dans la ville royale et dans le temple, des honneurs plus grands que n'en avoient jamais recus les plus grands rois. Voilà donc cet éclat dont nous parlons : mais le caractère d'humiliation et d'infirmité inséparable de l'état du Fils de Dieu sur la terre n'y devoit pas étre oublié; et nous ly verrons aussi aprés que nous aurons auparavant considéré le caractére de gloire et de grandeur. !
Il faut done savoir que le Fils de Dieu, quoiqu'il parüt à l'extérieur le dernier des hommes, étoit né pour étre roi de la maniere du monde la plus admirable et la plus auguste, puisque c'étoit par l'admiration que causoient ses exemples, sa sainte vie, sa sainte doctrine, ses grands ouvrages, et ses miracles, sans aucun autre secours: Le Sauveur avoit paru par ces merveilles si secourable au genre humain, que les troupes oublioient tout pour le suivre avec leurs femmes et leurs enfans, jusqu'aux déserts les plus éloignés, sans songer à aucun besoin; « et Jésus en ayant nourri avec cinq pains d'orge et deux poissons jusqu'à cinq mille, sans compter les femmes et les enfans, » ils furent tellement ravis, qu'ils « vouloient venir » en foule « pour le faire roi » et le reconnoitre pour le Christ. On eüt donc vu dès lors quelque chose de l'éclat qui a paru aujourd'hui, si Jésus qui avoit ses temps réglés pour toutes choses, ne « se fût retiré » bien avant «dans le désert ! » pour l'empécher. Mais au jour des Rameaux, il lui plut de laisser éclater l'admiration que les peuples avoient pour lui :
1 Matth., xiv, 13, 21 ; Joan., vt, 14, 15.
c'est pourquoi ils accoururent au-devant de lui avec des palmes à la main, criant hautement qu'il étoit leur roi, le vrai fils de David qui devoit venir, et enfin le Messie qu'ils attendoient. Les enfans se joignoient à ces cris de joie; et le témoignage sincère de cet áge innocent faisoit voir combien ces transports étoient véritables. Jamais peuples n'en avoient tant fait à aucun roi : ils jetoient leurs habits par terre sur son passage; ils coupoient à lenvi des rameaux verts pour en couvrir les chemins; et tout jusqu'aux arbres sembloit vouloir s'incliner et s'abattre devant lui. Les plus riches tapisseries qu'on ait jamais tendues à l'entrée des rois, n'égalent pas ces ornemens simples et naturels. Tous les arbres ébranchés pour l'usage qu'on vient de voir: tout un peuple qui se dépouille pour parer en cette maniere le chemin oü passoit son roi, fait un spectacle ravissant. Dans les autres entrées on ordonne aux peuples de parer les rues et la joie pour ainsi dire est commandée. lei tout se fait par le seul ravissement du peuple. Rien au dehors ne frappoit les yeux. Ce roi pauvre et doux étoit monté sur un ànon, humble et paisible monture ; ce n'étoit point ces chevaux fougueux attelés à un chariot dont la fierté attiroit les regards. On ne voyoit ni satellites, ni gardes, ni l'image des villes vaincues, ni leurs dépouilles, ou leurs rois captifs. Les palmes qu'on portoit devant lui marquoient d'autres vietoires. Tout l'appareil des triomphes ordinaires étoit banni de celui-ci. Mais on voyoit à la place les malades qu'il avoit guéris, et les morts qu'il avoit ressuscités. La personne du roi et le souvenir de ses miracles faisoient toute la recommandation de cette féte. Tout ce que l'art et la flatterie ont inventé pour honorer les conquérans dans leurs plus beaux jours, cède à la simplicité et à la vérité qui paroissent dans celui-ci. On conduit le Sauveur avec cette pompe sacrée par le milieu de Jérusalem jusqu'à la montagne du temple. Il y paroit comme le seigneur et comme le maitre : comme le fils de la maison : le Fils du Dieu qu'on y sert, ainsi que nous verrons. Ni Salomon qui en fut le fondateur, ni les pontifes qui y officioient avec tant d'éclat, n'y avoient jamais recu de pareils honneurs. Arrétons-nous ici, et donnons le loisir de considérer le détail
de ce grand spectacle.
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