‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 36 sur 149 · II: JOURNÉE · texte numérisé non relu

II: JOURNÉE

Le règne de Jésus-Christ sur les esprits et sur les cœurs, par ses miracles, par ses bienfaits et par sa parole. Joan., xu, 12-19; Matth., xxt, 1-17; Marc., xi, 1-18; Luc., xix, 28-48.

Ce qui attira au Sauveur toute cette gloire, ce fut le bruit de ses miracles et en particulier celui de Lazare ressuscité, qui venoit d'étre fait à la porte de Jérusalem. « Car toute la troupe qui étoit avec lui lorsqu'il le fit sortir du tombeau, » où il pourrissoit, «lui rendoit témoignage; et c'est pour cela que la troupe » de ceux qui étoient venus à Jérusalem pour y célébrer la fête de Pâque , « accourut au-devant de lui, parce qu'ils avoient appris qu'il avoit fait ce miracle‘. » On célébroit aussi ses autres miracles , dont la réputation avoit rempli toute la Judée : « Et pendant qu'il descendoit la montagne des Olives, les troupes de ses disciples saisies d'une joie subite, se mirent à louer Dieu » de toutes les guérisons « et de toutes les merveilles qu'ils avoient vues ?. »

Sa doctrine demeuroit aussi confirmée par ses miracles : car il les avoit faits expressément en témoignage de sa mission et de la vérité qu'il annoncoit : « Mon Père, avoit-il dit en ressuscitant Lazare, je sais que vous m'écoutez toujours : mais je parle ainsi devant tout ce peuple, afin qu'ils croient que vous m'avez envoyé ?. » Et dés le commencement de sa prédication , il avoit dit aux docteurs de la loi : « Lequel est plus facile de dire à un paralytique : Tes péchés te sont remis, ou de lui dire : Léve-toi, prends ton lit sur tes épaules et marche? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés : Léve-toi, mon fils, dit-il au paralytique, et va-t'en en ta maison *. » C'est pourquoi il joignoit ensemble la prédication de l'Evangile et la guérison des maladies. « Il alloit par toute la Galilée , enseignant dans leurs synagogues et préchant l'Evangile du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi

! Joan., xit, A7, 48. — ? Luc., xix, 31. — 3 Joan., X1, 41, 42. — # Matth., 1x, 5; Marc., 1, 9-11; Luc., v, 23, 24.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, II* JOURNÉE. 95 le peuple‘. » C'est aussi ce qui lui attiroit cette grande réputation, et amassoit tout le monde autour de lui. Car, ajoutele méme évangéliste, « sa réputation se répandit dans toute la Syrie, et plusieurs troupes le suivoient de la Galilée et de la Décapole et de Jérusalem et de la Judée et du pays d'au delà du Jourdain ?. » Ce furent done ces troupes qui le suivoient qui commencèrent ces cris de joie, auxquels tout Jérusalem et tout le reste du peuple applaudit.

Sa doctrine ainsi confirmée lui attiroit cette admiration, et la réputation d'un grand prophète ; et il y avoit aussi dans ce qu'il disoit un caractère d'autorité et une efficace qu'on n'avoit pas encore vue parmi les hommes. « Car il les enseignoit comme ayant autorité et puissance, et non comme leurs docteurs et les pharisiens ?. » Tout le monde l'appeloit « Seigneur et Rabbi *, c'est-àdire maitre, quoiqu'il n'eüt étudié sous aucun docteur de la loi et qu'il n’eût fait aueune des choses qui donnoient ce titre parmi les Juifs. « Tout le peuple étoit suspendu, et ravi en admiration en l'écoutant?; et on ne pouvoit douter quil ne füt celui à qui le Psalmiste avoit chanté : « O le plus beau des enfans des hommes! la grace est répandue sur vos lèvres 5. » On quittoit tout pour l'entendre , tant le charme de sa parole étoit puissant, et tant on étoit non-seulement touché, « mais ravi de l'agrément de ses discours, et des paroles de grace qui sortoient de sa bouche. Car tout le monde lui rendoit ce témoignage" : » et ce n'étoit pas seulement ses disciples qui lui disoient : « Maitre, à qui irons -nous ? Vous avez les paroles de vie éternelle? : » mais encore ceux qui venoient avec ordre et dans le dessein de le prendre « étoient pris eux-mêmes par ses discours, et n'osoient mettre la main sur lui *: » en sorte que les pontifes et les pharisiens qui les avoient envoyés, leur demandant : « Pourquoi ne l'avez-vous pas amené? ils leur répondirent : Jamais homme n'a parlé comme cet homme ! : » ce qui fit que les pharisiens étonnés leur demandoient : « Ne voulez-vous pas aussi vous laisser séduire comme

/ 4 Matth., 1v, 23. — 2 Ibid., 21, 25. — ? Matth., vt, 99. — ^ Joan. 2, nr. — 8 Luc., XIX, 48.— 6 Psal. xiv, 3.— 7 Luc., 1v, 22. — 8 Joan., v1, 69. — 9 Joan., vit, 44. — 19 Jbid., 45, 46.

les autres !? » Mais ces docteurs et ces pharisiens eux-mêmes, qui méprisoient tant ceux qui croyoient en lui et nelui parloient que pour le surprendre, ne savoient eux-mémes que lui répondre. Car il leur fermoit la bouche par des réponses précises et décisives, «et ils n'osoient plus l'interroger ?. »

Voilà done ce règne admirable prédit dans le Psaume ; et tous les peuples gagnés au Sauveur par le charme de sa parole et par la grace répandue sur ses lèvres. Le prophète y ajoutoit celle « de la vérité » qu'il annoncoit, « de la justice » dont il étoit le parfait modèle, « de la douceur? » et de la bonté avec laquelle il guérissoit tous les malades, ne faisant servir sa puissance que pour le soulagement des malheureux et de tout le genre humain.

Qui jamais avoit régné de cette sorte? Mais c'est ainsi que Jésus régna. Ainsi sa doctrine et ses miracles firent tout l'effet extérieur qu'ils devoient faire naturellement sur tous les esprits : on le suivoit, on l'admiroit, on lui applaudissoit, on le recevoit avec des cris de joie : il n’y avoit que ces envieux qui frémissoient et qui néanmoins n'osoient parler. Mais d’où vient done qu'il eut si peu de véritables disciples? D'où vient que les cris qui l'envoyoient à la croix : « Crucifiez-le, crucifiez-le *, » suivirent de si près ceux qui le célébroient comme le fils de David? et que l'on compte à peine six-vingts hommes parmi les frères, c'est-à-dire parmi les disciples qui se renfermèrent dans le cénacle pour recevoir le Saint-Esprit? C'est que les disciples de Jésus-Christ ne sont pas ceux qui l'admirent, qui le louent, qui le célèbrent, qui le suivent méme à l'extérieur, et jusqu'à un certain point : mais ceux qui le suivent au dedans et partout : qui observent tous ces préceptes : qui portent sa croix : qui se renoncent eux-mêmes : et le nombre en est petit : et il faut outre les attraits de la parole et des miracles, une parole intérieure que tout le monde ne veut pas entendre et un miracle qui change les cœurs, dont notre orgueil et notre mollesse empêchent l'effet. Soyons donc de vrais disciples de Jésus : « Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, et vous connoitrez la vérité, et la

1 Joan., vit, 41. — 2 Matth., xxii, 45. — 3 Psal. xL1V, 5, 8. — * Joan., XIX , 6.

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vérité vous affranchira '. » Et encore : « Mon Père sera glorifié, en ce que vous rapporterez beaucoup de fruit, et que vous serez mes vrais disciples * : » des disciples dignes de ce nom. Et enfin : « Celui qui m'aime, dit-il, est celui qui garde mes commandemens? : » les autres peuvent me louer, m'admirer, me suivre au dehors, et se glorifier d'étre mes disciples : car on se fait toujours beaucoup d'honneur d'avoir un tel maitre ; mais ils ne m'aiment pas, et je ne les connois point, ni je ne les mets au rang des miens.

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