XVII: JOURNÉE
Les incrédules n’ouvrent point les yeux à la lumiére : ils marchent dans les ténèbres. Joan., xiu, 34-37.
« Comment dites-vous qu'il faut que le Fils de l'homme soit élevé ! » de terre? Il avoit parlé si souvent de cette exaltation mystérieuse ; il avoit d'ailleurs si souvent parlé de la croix et de la nécessité de porter sa croix pour le suivre, qu'à la fin le peuple s'étoit accoutumé à l'entendre. C'est ce qui cause cette parole : « Nous avons appris par la loi que le Christ demeure éternellement. Et comment donc dites-vous que le Fils de l'homme doit être élevé, » c’est-à-dire crucifié ? « Qui est ce Fils de 'homme??» Il y avoit dela vérité et de l'erreur dans ce discours. Ils avoient raison de dire que le Christ devoit demeurer et régner éternellement : mais ils ne vouloient pas entendre par oü il lui falloit passer pour arriver à son règne. Le maitre étoit au milieu d'eux, et il n’y avoit qu'à le consulter, aprés que Dieu avoit attesté sa mission par tant de miracles. Et c’est pourquoi Jésus leur dit : « La lumière est encore au milieu de vous pour un peu de temps *. » Je m'en vais; et cette lumière ne sera plus guère avec vous. Servezvous-en pendant que vous l'avez : « Marchez à la faveur de cette lumière, de peur que les ténèbres ne vous environnent, » ne vous surprennent, ne vous enveloppent : « et lorsqu'on est dans les ténèbres, on ne sait où l'on va : » on se heurte à toutes les pierres : on tombe dans tous les abimes et non-seulement le pied manque, mais la téte ne se peut défendre.
Jésus est la lumière à ceux qui ouvrent les yeux pour le voir : mais à ceux qui les ferment, il est une pierre oü l'on se heurte et on se brise. Faute d'avoir voulu apprendre de lui le mystère de son infirmité, ils s'y sont heurtés et brisés, et ils ne le connoissent pas ; et ils demandent : Qui est ce Fils de l'homme, qui doit être crucifié, et par là tirer toutes choses? Est-ce vous que nous
! Joan., xit, 34, — ? Ibid. — 3 Ibid., 35.
SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XVIIe JOURNÉE. 121
voyons si foible? Comment tirerez-vous à vous-même tout le monde, dont vous allez étre le rebut par votre croix ? Aveugle, ne voyez-vous pas à la majesté de son entrée qu'il ne tiendroit qu'à lui d'avoir de la gloire? qu'il ne la perd done pas par foiblesse, mais qu'il en diffère par sagesse le grand éclat? Il vous diroit cette vérité, si vous la lui demandiez humblement. Mais vous laissez échapper la lumière ; et celui qui étoit venu pour vous éclairer, vous sera à scandale : « scandale aux Juifs, dit saint Paul, et folie aux gentils !. »
Pesons ces paroles : « La lumière n'est plus avec vous que pour un peu de temps?. » Concevons un certain état de l'ame où il semble que la lumière se retire : à force de la mépriser, on cesse de la sentir: un nuage épais nous la couvre : nos passions, que nous laissons croître, nous la vont entierement dérober : marchons tant qu'il nous en reste une petite étincelle. Quelle horreur d'être enyeloppé dans les ténèbres, au milieu de tant de précipices ! C'est ton état, Óó ame, si tu laisses éteindre ce reste de lumière qui te luit encore pour un moment.
« Qui marche dans les ténèbres ne sait où il va ?. » Etrange état : on va : car il faut aller; et notre ame ne peut pas demeurer sans mouvement : on va donc, et on ne sait où l'on va. On croit aller à la gloire, aux plaisirs, à la vie, au bonheur ; on va à la perdition et à la mort. On ne sait où l'on va, ni jusqu'à quel point on s'égare. On s'éloigne jusqu'à l'infini de la droite voie, et on ne voit plus la moindre trace ni la moindre route par ‘où l'on y puisse étre ramené. Etat trop ordinaire dans la vie des hommes. Hélas ! hélas! c'est tout ce qu'on en peut dire. C'est par des cris, c'est par des gémissemens et par des larmes, et non point par des paroles qu'il faut déplorer cet état.
« Il ne sait où il va. » Aveugle, où allez-vous? Quelle malheureuse route enfilez-vous ? Hélas "hélas ! revenez pendant que vous voyez encore le chemin. Il avance : ah! quel labyrinthe et combien de fallacieux et inévitables détours va-t-il rencontrer ! Il est perdu ; je ne le vois plus : il ne se connoit plus lui- méme, et ne sait où il est : il marche pourtant toujours, entrainé par une es-
1 [ Cor., 1, 23. — ? Joan., Xtt, 35, — 3 Ibid.
pèce de fatalité malheureuse et poussé par des passions quil a rendues indomptables. Revenez : il ne peut plus : il faut qu'il avance : quel abime lui est réservé! quel précipice l'attend! de quelle bàte sera-t-il la proie! Sans secours, sans guide, que deviendra-t-il ? Hélas ! hélas!
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XVIIE JOURNÉE
Etat de ceux de qui la lumière se retire. Jésus se cache d'eux. Merveilles de cette journée de triomphe. Ibid.
« Jésus dit ces choses, et il se retira et se cacha d’eux!. » Quel état, quand non-seulement on se retire de la lumiere : mais qu'à son tour par un juste jugement la lumiere se retire; et non-seulement se retire, mais se.cache ! C'est l'état de ceux « dont l'entendement est enveloppé et obscurci de ténèbres par l'ignorance qui est en eux, à cause de l'aveuglement de leur cœur : qui désespérant de leur retour, se livrent à toute impureté et à toutes actions impudiques, » comme à l'envi et à qui pis fera. « Ah ! ce n'est pas ainsi que Jésus-Christ vous avoit enseigné, si toutefois vous l'avez oui*, » si sa voix est parvenue jusqu'à vous.
Ce verset 30 de saint Jean semble répondre à celui de saint Matthieu, oü il est porté, que Jésus, aprés avoir répondu aux reproches que les pharisiens lui faisoient sur son entrée, « les laissa là, et sortit de la ville pour se retirer en Béthanie?, » où il demeuroit. C'est ce que saint Jean appelle s'en aller et se cacher d'eux. Sa retraite étoit donc à Béthanie : c’est là qu'il se cachoit chez quelques-uns de ses amis et de ses disciples; et apparemment dans la maison de Lazare, de Marie et de Marthe, ou chez quelque autre. De là on peut conclure que tout ceci s'est passé au jour de l'entrée du Sauveur : que c'est à ce jour que le Père fit entendre du ciel cette voix que nous avons ouie : que c'est alors que Jésus développa tout le mystére de son exaltation et de la propagation de sa doctrine, et de sa gloire aprés sa mort. Que
! Joan., Xit, 36. — ? Ephes,, 1v, 18-20. — 3 Matth., XX
cette journée est magnifique! Quel concours de merveilles ! que de douces consolations! que d'étonnantes menaces ! Quel recueillement, quelle frayeur, quel doux étonnement , quelle attention, quel mélange de crainte et d'amour ne doit pas inspirer cette journée! Que si l'on veut différer jusqu'au lendemain une partie de ces choses, comme il pourroit y en avoir quelque raison, c'étoit toujours une suite du triomphe de Jésus, puisque ce fut à ce jour qu'il purgea le temple avec tant d'autorité et de zèle des voleurs qui en faisoient leur caverne.
0 jour admirable ! je n'avois pas encore vu toutes vos lumières, ni compris toutes les merveilles dont vous étes plein.
VAMVVVLDAATVULULULULVLTTULULULUL Ut UU LULU VEUVE UE EU UV UV UT LULA TUA AVAL VUL.