‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 42 sur 149 · XV: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XV: JOURNÉE

Mystère de la voix céleste : Le monde va étre jugé en jugeant Jésus-Christ. Joan., xit, 31-34.

Jésus-Christ nous va expliquer le mystère de cette voix céleste . « C'est maintenant que le monde va être jugé * : » comment? En exercant son jugement sur Jésus-Christ, dont il jugera si mal, que son jugement et ses maximes demeureront à jamais. condamnés. Qui peut juger avec le monde que les biens de la terre

' 1Joan., xit, 30. — ? Hebr., 11, 2, 3. — 8 Joan., XVII, 22. — ^ Joan., XII, 81.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR , XVIe JOURNÉE. 117

sont les seuls qu'il faut désirer, et que les maux de la terre sont les seuls qu'il faut craindre , si Jésus, privé de tous les biens et chargé de tous les maux de la terre par le jugement du monde , demeure toujours la vérité méme et le bienheureux Fils de Dieu? Qui osera, encore un coup, juger avec le monde qu'il faut soutenir ses intéréts, sa domination, sa gloire propre, au préjudice de tout , si à la fin Jésus-Christ se trouve condamné par ses maximes? Le monde est donc jugé par le jugement qu'il a porté de Jésus-Christ. Le Sauveur a jugé le monde en se laissant juger par le monde, et l'iniquité de ce jugement anéantit tous les autres à jamais.

Le monde, à vrai dire, ne sera jugé qu'à la fin des siècles : mais saint Augustin distingue ici deux sortes de jugemens : celui de condamnation à la fin des siècles : celui de discernement dans celui-ci. ll applique au dernier cette parole du Psalmiste : « Jugezmoi, Seigneur, et discernez ma cause de celle de la nation qui n'est pas sainte !. » Ce discernement se fait clairement, par bien entendre le jugement que le monde a porté de Jésus-Christ. Le monde veut étre flatté, le monde ne veut pas qu'on lui déclare ses vices , le monde ne veut pas qu'on condamne ses maximes, le monde ne veut pas qu'on ne vive pas comme le monde, parce que par là on le condamne. Tout cela a fait que le monde a condamné Jésus-Christ. Quiconque suit les maximes par lesquelles on a condamné le juste, ne se discerne pas du monde et il est jugé avec . le monde. Sois attentif, chrétien ; et discerne-toi de la nation qui n'est pas sainte, en condamnant en toi-méme de bonne foi toutes

ses maximes.

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XVI JOURNÉE

Vertu de la croix. Jésus tire tout par la croix. Le suivre jusqu'à la croix. Ibid.

« Le prince de ce monde, » le démon qui en est le maître par l'idolàtrie , « va être chassé ? » et les fausses divinités abandonnées.

1 Psal. xLH, 1. — ? Joan., XI, 31.

Mais ce n'est pas assez de chasser le démon, il faut rendre l'empire à Dieu par Jésus-Christ. « Et moi, dit-il, aprés que j'aurai été élevé de terre sur la croix, je tirerai tout à moi ! : » j'entrainerai à moi toutes choses. Il y a dans la vertu de la eroix de quoi attirer tous les hommes , il y aura des hommes de toutes les sortes, et non-seulement de tout sexe, mais encore de toute nation, de tout génie, de tonte profession , de tout état, qui seront si puissamment attirés, qu'ils viendront en foule à Jésus. Et de cette bienheureuse totalité, que Dieu a unie par son éternelle et miséricordieuse élection, aucun ne demeurera. L'action du crucifiement semble avoir élevé Jésus poür étre l'objet de tout le monde: il est en butte à toute contradiction d'un côté, et de l'autre il est l'objet de l'espérance du monde. «Il falloit qu'il füt élevé comme le serpent dans le désert, » afin que tout le monde püt tourner les yeux vers lui, comme il dit lui-même *. La guérison de l'univers a été le fruit de cette cruelle et mystérieuse exaltation. Allez au pied de la croix , et dites-y au Sauveur avec l'Epouse : « Tirezmoi : nous courrons après vous ? : » la miséricorde qui vous fait subir le supplice dela croix, l'amour qui vous fait mourir et qui sort par toutes vos plaies, est le doux parfum qui s'exhale pour attirer tous les cœurs : tirez-moi de cette puissante et douce manière dont vous avez dit que « votre Père tire à vous tous ceux qui viennent * : tirez-moi de cette manière toute-puissante qui ne me permette pas de demeurer en chemin : que j'aille jusqu'à vous, jusqu'à votre eroix : que j'y sois uni : percé de vos clous : crucifié avec vous, én sorte que je ne vive plus pour le monde, mais pour vous seul. Qand dirai-je avec votre Apótre: « Je vis, non plus moi , mais Jésus-Christ en moi; » et encore : « Je vis en la foi du Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi? ; » et encore : « Je suis attaché à la croix avec Jésus-Christ ; » et encore : « La charité de Jésus-Christ nous presse ; estimant ceci, que si Un est mort pour tous, tous aussi sont morts en un seul. Jésus- Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus à eux-mémes, mais à celui qui est mort et ressuscité pour

1 Joan., X1, 32. — * Joan., 111, 14, 15. — 3 Cant., 1, 3. — * Jo — 5 Galat., 11, 19, 90. "WE SUR 3 ER

eux *. » C'est ainsi que Jésus-Christ nous attire : il falloit, comme il vient de dire, que « ce grain de froment tombât à terre pour se multiplier ?.: il falloit qu'il se sacrifiât lui-même, pour nous faire tous en lui-méme une offrande agréable à Dieu : le nouveau peuple devoit naitre de sa mort.

Le Sauveur avoit déjà dit : «Il faut que le Fils de l'homme soit exalté comme le serpent?. » Il avoit dit : « Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, vous connoitrez qui je suis *. » La connoissance de la vérité étoit attachée à la croix.

« Je tirerai : j'entrainerai : » considérez avec quelle douceur, mais ensemble avec quelle force se fait cette opération : il nous tire, comme on vient de voir, par la manifestation de la vérité : il nous tire par le charme d'un plaisir céleste : par ces douceurs cachées que personne ne sait que ceux qui les ont expérimentées : il nous tire par notre propre volonté qu'il opère si doucement en nous-mémes, qu'on le suit sans s'apercevoir de la main qui nous remue, ni de l'impression qu'elle fait en nous. Suivons, suivons : mais suivons jusqu'à la croix : car comme c'est de là qu'il tire, c'est jusque-là qu'il le faut suivre : il le faut suivre jusqu'à expirer avec lui : jusqu'à répandre tout le sang de l'ame : toute sa vivacité naturelle et se reposer dans le seul Jésus : car c'est se reposer dans la vérité, dans la justice, dans la sagesse, dans la source du pur et chaste amour. O Jésus, que tout est vil à qui vous trouve, à qui est tiré jusqu'à vous : jusqu'à votre croix! O Jésus, quelle vertu vous avez cachée dans cette croix ! faites-la sentir à mon cœur. « Quand je serai élevé de terre : » je ne veux d'autre élévation que celle-là : c'est la vótre, que ce soit la mienne.

Songez que tout ceci se dit à l'occasion de l'entrée de Notre-Seigneur, et peut-étre le propre jour ou le lendemain qu'elle se fit. Admirez, encore un coup, comme il conserve à ce beau triomphe le caractere de croix et de mort.

1 IL Cor., v, 44, 45. — ? Joan., XII, 24. — 3 Joan., 111, 14. — ^ Joan., vin, 28.

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