‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 47 sur 149 · XXV: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XXV: JOURNÉE

Aveuglement des hommes, plus disposés à croire saint Jean que Jésus-Christ même. Matth., xx1, 23, 25 ; Marc., xr, 27; Luc., xx, 1-8.

« De qui est le baptéme de Jean !? » Est-il possible que le Sauveur doive tirer son témoignage de saint Jean-Baptiste qui n'étoit que son précurseur, qui n'étoit pas l'Epoux , maisl'àmi de l'Epoux, comme il l'avoit dit: qui n'étoit pas le Christ, mais celui qui lui devoit préparer la voie: qui, pour tout dire en un mot, n'étoit pas digne de lui délier les cordons de ses souliers? Voilà ce qu'étoit Jean-Baptiste, et néanmoins Jésus-Christ se sert de son témoignage pour convaincre ceux qui ne vouloient pas croire au Christ lui-méme. Cependant Jean n'avoit fait aucun miracle; et Jésus en avoit rempli toute la Judée : Jean parloit comme le serviteur, et Jésus-Christ comme le Fils disoit ce qu'il avoit vu dans le sein du Père. « Telle est la foiblesse de nos yeux, dit saint Augustin, un flambeau nous accommode mieux que le soleil : nous cherchons le soleil avec un flambeau. » Jésus l'entendoit bien ainsi, et il avoit dit: «J'ai un témoignage plus grand que celui de Jean ?. » Quand donc il se servoit de ce témoignage, c'est qu'il approchoit aux yeux malades une lumière plus proportionnée à leur foiblesse :

1 Matth., xx1, 25. — ? Joan., v, 63.

et c'est ce qu'il fait encore en cette occasion. Profond aveuglement des hommes, plus disposés à croire saint Jean que Jésus-Christ méme! O Dieu, qui ne trembleroit? Mais qui ne vous demanderoit en tremblant, d’où vient dans le cœur des Juifs une si étrange disposition? Ne se trouvera-t-il pas quelque chose de semblable en nous? Nous le pourrons chercher une autre fois : nous frapperons à la porte pour entendre ce secret, et peut-étre nous serat-elle ouverte : continuons cependant notre lecture.

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XX VI JOURNÉE

Les Juifs incrédules confondus par le témoignage de saint Jean. Ibid., et Joan., v, 33, 36.

« Si nous disons que le baptéme de Jean est du ciel, il nous dira : Pourquoi ne l'avez-vous pas cru !? » Il le leur avoit déjà dit, etils n'avoient su que répondre : « Vous avez envoyé à Jean, et il a rendu témoignage à la vérité ?. » S'ils avoient donc avoué la mission céleste de saint Jean-Daptiste, il leur auroit fermé la bouche par son témoignage. Que dire donc? « Que le baptéme de Jean ne venoit pas de Dieu ? Ils n'osoient le dire devant le peuple qui le tenoit pour un prophéte. Nous n'en savons rien, disent-ils : Et moi, dit-il, je ne vous dis pas non plus en quelle puissance jagis?*. » Gens de mauvaise foi, qui n'osez ni avouer ni nier la mission de saint Jean-Baptiste, vous ne méritez pas que je vous réponde. Avouez, niez, pensez ce que vous voudrez; vous êtes confondus; et il n'y a de parti pour vous que de vous taire. Il y en auroit un autre; ce seroit de croire en Jésus : mais vous ne pouvez pour les raisons et à la manière que nous verrons en. son lieu.

Lisez ici le passage entier de saint Jean, v, 33: « Vous avez envoyé à Jean, et il a rendu témoignage à la vérité. Pour moi, je ' ne recois pas mon témoignage de l'homme : mais je parle ainsi, » je vous allégue Jean à qui vous croyez, « afin que vous soyez

* Matth., xxt, 25. — * Joan., v, 33. — 3 Matth., xxt, 26, 21.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXVIIe JOURNÉE. 135

sauvés. Jean étoit un flambeau ardent et luisant, et vous avez voulu vous réjouir pour un peu de temps à sa lumière. Pour moi, j'ai un témoignage plus grand que celui de Jean : les ceuvres que mon Pére m'a donné le pouvoir de faire, rendent assez témoignage que c'est lui qui m'a envoyé !. »

C'est ainsi qu'il se servoit du témoignage de saint Jean-Baptiste : « Afin, dit-il, que vous soyez sauvés » et pour vous convaincre par vous-mémes. Voilà donc l'orgueil et l'hypocrisie de ces interrogateurs de mauvaise foi, confondus : ils ne méritoient pas que le Sauveur leur dit davantage ce qu'il leur avoit dit cent fois, et que cent fois ils n'avoient pas voulu croire.

Que sera-ce au dernier jour, lorsque la vérité manifestée dans toute sa force, nous confondra éternellement-devant tout l'univers? Où irons-nous? hélas! où nous cacherons- nous? Mais voyons comme Jésus confond les docteurs et les pontifes.

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XXVIF JOURNÉE.

Parabole des deux fils désobéissuns. Application aux chrétiens láches et tièdes et aux faux dévots. Matth., xxi, 28-31.

« Que vous semble de ceci : Un homme avoit deux fils ?. » Cette parabole va convaincre les pontifes et les sénateurs d'une hypocrisie manifeste. Le Fils de Dieu nous y marque deux caractères : l'un est celui d'une désobéissance manifeste; l'autre est celui d'une obéissance imparfaite et plus apparente que solide, et il se trouve que ce dernier est le plus mauvais.

Il y a des gens qui promettent tout, ou par foiblesse parce qu'ils n'ont pas la hardiesse de résister en face, ou par légèreté ou par tromperie. Ils n'osent vous dire qu'ils ne veulent pas se corriger, et quoique peu résolus à vous obéir, ils vous disent : « Seigneur, je m'en vais:» Eo, Domine : ils vous appellent, Seigneur : ils ont un certain respect: ils sont en apparence prompts à obéir; ils ne disent pas : J'irai : mais: Je vais: vous diriez qu'il va marcher et

1 Joan., v, 93-36. — ? Matth., xx1, 28-31.

que tout est fait. Cependant il n'obéit pas, il ne bouge de sa place, ou parce qu'il vous veut tromper, ou, ce qui est pis, parce qu'il se trompe lui-même, et se croit plus de volonté et plus de courage qu'il n'en a.

Il paroit que ce caractère est manifestement le plus mauvais : ces foibles résolutions et cet extérieur de piété font qu'on s'imagine avoir de la religion; et on n'a point cette horreur de soiméme et de son état qui fait qu'on le change. Mais pour celui qui tranche le mot: « Je ne veux pas: » Nolo : comme il résiste à Dieu par une manifeste désobéissance, et ne peut se flatter d'aucun bien, à la fin il a honte de soi-méme et réveillé par son propre excès, il s’en repent : Penitentià motus abiit : « Touché de repentir, il obéit. »

Notre-Seigneur fait voir aux pontifes que ce dernier caractère est le leur. Nourris dans la piété, ils ne parlent que de Dieu, que de religion , que de l'obéissance qu'on doit à la loi; et parce qu'ils en parlent souvent, ils se croient assez gens de bien et ne se corrigent jamais. C'est pourquoi Jésus- Christ leur parle de cette maniere terrible : « Les publicains et les femmes de mauvaise vie arriveront plutôt que vous dans leroyaume de Dieu !, » parce que confus de leurs excés, ils en ont fait pénitence à la voix de Jean : et vous qui par vos lumières et la dignité de vos charges deviez donner l'exemple aux autres, non-seulement vous n'étes pas venus les premiers, comme on avoit raison de l'attendre, mais vous n'avez pas méme su profiter de l'exemple des autres. Plus endurcis dans le crime que les publicains et les femmes de mauvaise vie, vous les avez vus se convertir sans en étre touchés : double enfoncement dans le crime : premier, ne faire pas mieux que de telles gens et ne leur point donner l'exemple : second , ne profiter pas méme du leur.

« Jean est venu dans la voie de la justice, » sans autre marque de sa mission que sa vie sainte et austère : « et » néanmoins «les publicains mêmes et les femmes de mauvaise vie-? » en ont été touchés: et vous qui avez vu Jésus-Christ, qui non-seulement marchoit comme Jean dans la voie de la justice, puisqu'il a dit,

1 Matth., xxx, 31 ,32, — 2 Ibid., 32.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXVIIIe JOURNÉE. 137

non dans le désert, mais dans le milieu du monde : « Qui me reprendra de péché '? » mais qui a fait de si grands miracles, qu'il y avoit de quoi émouvoir les plus insensibles: vous, dis-je, qui l'avez vu et qui avez oui sa voix, « vous n'avez pas cru : » quelle est votre honte et quel sera votre supplice !

Vous, ó prétres, religieux et religieuses, dont la vie ne répond pas à votre état; et vous tous, Ó gens de bien en apparence, dévots de profession, appliquez-vous cette parabole : ne vous lasserez-vous jamais de n'avoir qu'un vain titre de piété, à l'exemple des pharisiens, des pontifes et des sénateurs des Juifs? Rougissez, rougissez une bonne fois : humiliez-vous, confessez vos foiblesses et les corrigez. C'est à vous que Jésus parle dans ce discours.

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