‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 50 sur 149 · XXX: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XXX: JOURNÉE

Aveuglement des Juifs de méconnoître le Christ, qui est la pierre de l'angle qu'ils ont rejetée. Luc., xx, 15-20.

« À Dieu ne plaise ! » dirent-ils. Ils avoient en horreur ce qu'ils faisoient. Ils étoient ceux qui, après avoir tué les prophètes, vouloient encore tuer le fils; et néanmoins quand on leur dit qu'ilsle vouloient faire, ils s'écrient : « A Dieu ne plaise!! » ne se connoissant pas eux-mémes et ne voulant pas croire que celui qu'ils feroient mourir püt étre le Christ, ni que sa mort püt attirer la réprobation de la nation. Car ils ne connoissoient pas que la contradiction et la souffrance étoit un des caractères du Messie dans son premier avénement. Mais le Sauveur leur ouvroit les yeux par deux prophéties : « La pierre qu'ils ont rejetée en bátissant, est devenue la pierre de l'angle ?, » la pierre principale, le nœud et le fondement de tout l'édifice. Cette pierre principale étoit sans doute le Christ. Or cette pierre devoit étre rejetée. Le Christ devoit done étre rejeté ; par qui, sinon par ceux à qui il venoit? Il n’y eût rien eu de merveilleux qu'il ne fût pas écouté ni recu de ceux à qui il ne parloit pas, tels qu'étoient les gentils. Mais les Juifs, qui devoient bâtir l'édifice spirituel, réprouvèrent cette pierre, qui devint par ce moyen la pierre de l'angle, qui unit dans un seul bâtiment les Juifs et les gentils : « Et c’est ce qui nous a paru merveileux et un ouvrage que Dieu seul pouvoit accomplir?. »

Voici encore un passage d'un autre prophète, ou plutôt deux

1 Luc., xx, 16. — ? Psal, cxvir, 12. — ? Ibid., 23,

passages prononcés par le méme esprit et pour cela unis en un : « Je poserai dans les fondemens de Sion une pierre; une pierre choisie et éprouvée, une pierre angulaire, précieuse, fondée sur le fondement!, » sur Dieu méme. Et cette pierre si précieuse et si importante pour construire l'édifice, n'y sera pas mise sans contradiction : car pour vous, Ô enfans de Dieu, tirés des gentils selon les conseils de sa prédestination éternelle, ce vous sera une pierre de sanetification , semblable à celle sur laquelle Jacob avoit dormi de ce sommeil mystérieux, et « qu'il sacra avec de l'huile pour être un monument de la gloire de Dieu?. » Mais ce sera une pierre contre laquelle on se heurtera; «et une pierre de scandale aux deux maisons d'Israél, et qui les fera tomber : un piége et une ruine aux habitans de Jérusalem : plusieurs s'y heurteront et seront brisés, et ils tomberont , et ils seront pris dans le piége, et ils y seront enlacés?. » Le Christ devoit étre cette pierre unique et fondamentale : et néanmoins en méme temps il devoit être un scandale à Jérusalem : « scandale aux Juifs*, disoit saint Paul. Celui qui se heurtera contre cette pierre ou qui tombera dessus, sera brisé : et celui sur qui elle tombera sera écrasé de son poids, et mis en poudre, » dit le Sauveur *.

Jésus-Christ est notre règle et notre juge. On tombe sur cette pierre et on se heurte contre cette règle, quand on pèche : elle tombe sur nous quand il nous punit. L'un suit de l'autre : le pécheur qui s'est brisé et a perdu toute sa force en transgressant la loi de Jésus-Christ, est écrasé par sa juste et éternelle vengeance. Mais on peut s'unir à cette pierre d'une maniere plus heureuse et plus eonvenable. « Approchez-vous, dit saint Pierre, de cette pierre vivante, réprouvée des hommes, mais honorée de Dieu , et établissez-vous sur cette pierre, et entrez dans la structure de ce bâtiment comme des pierres vivantes, et devenez la maison de Dieu*; » étant unis par la foi à la pierre fondamentale , qui est Jésus-Christ, et à tout le corps des fidèles qui sont les pierres dont est composé ce saint édifice. « Prenez done garde, continue l'apótre, que Jésus-Christ ne vous soit comme aux infideles une

1 [sa., xxvii, 16. — ? Genes., xxvi, 11, 17, 18. — 9 Isa., vir, 44, 45. — * ] Cor., 1, 23. — 5 Luc., Xx,.18. — * I Petr, 11, &8. x at ud

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXXIe JOURNÉE. 143 pierre contre laquelle on se brisera, en se heurtant contre sa parole. »

Si le fondement est solide, bâtissez dessus sans crainte : mettez-y votre appui : ne craignez pas : n'hésitez pas : la pierre est ferme : ferme à ceux qui s'y appuient pour les soutenir, ferme à ceux qui se heurtent contre pour les mettre en pièces.

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VVVVULVVVLTULLLLLVR Ut UULLVULULAUVUUUMA LUUV

XXXI JOURNÉE

Parabole du festin des noces. Les Juifs sont les conviés qui refusent d'y venir. Matth., xxii, 1-15; Luc., xiv, 16-20.

On voit avee quelle convenance la sagesse éternelle arrange les ehoses. Rien n'étoit plus convenable dans le temps qu'on machinoit la mort du Sauveur, que de parler comme il a fait aux chefs d'une si noire conspiration, en leur faisant voir quels en seroient les effets, et combien funeste à eux-mémes et à toute la nation. Il étoit bon aussi de prévenir le scandale de la croix et faire voir que si le Sauveur étoit rejeté, s'il devenoit un scandale aux Juifs, il n'en seroit pas moins, suivant les anciennes prophéties, la pierre de l'angle, le fondement de tout l'édifice et l'espérance du monde. Le Fils de Dieu enseigne toutes ces vérités deux jours avant celui de sa mort : rien n'étoit plus capable ni de corriger la malice de ses ennemis, ni de prévenir le scandale de ses disciples. Ce qu'il va encore ajouter n'est pas moins à propos.

« Et Jésus répondant leur dit * : ce mot de répondre pourroit marquer qu'il continuoit son discours. Le Fils de Dieu, qui voyoit le fond des cœurs, répondoit souvent aux pensées secrètes de ceux qui l'écoutoient, comme il paroit par plusieurs endroits de l'Evangile. Aprés avoir oui qu'il se choisiroit un autre peuple, il n’y avoit rien de plus naturel que de rechercher en soi-même les causes les plus générales qui feroient abandonner les Juifs, et les moyens qu'il auroit pour remplir sa maison. C'est ce qu'il explique par la parabole suivante.

! Matth., XXI, 2.

« Le royaume des cieux est semblable à un roi, qui fait à son fils un festin de noces !. » Jésus-Christ étoit l'Epoux de cette noce : « Celui qui a l'épouse est l'époux ?, » disoit saint Jean-Baptiste, en parlant de lui : c'est lui qui étoit venu pour épouser son Eglise, la recueillir par son sang, la doter de son royaume, la faire entrer en société de sa gloire. Il fait un grand festin quand il donne sa sainte parole pour étre la nourriture des ames, et qu'il se donne lui- méme à tout son peuple comme le pain de vie éternelle.

Ceux qui étoient invités et qui refusoient de venir , étoient les Juifs, qu'il avertit par lui-même et qu'il fit avertir par ses apôtres que l'heure du festin étoit venue; qu'ils vinssent promptement, ou qu'il en appelleroit d'autres. Cela regardoit les Juifs; mais cela nous regarde aussi: nous sommes à présent les invités, et nous devons apprendre ce qui empéche les hommes de venir à ce céleste festin.

La cause la plus générale, c'estl'occupation et, pour ainsi parler, l'enchantement des affaires du monde. Jésus ne rapporte pas les affaires extraordinaires qui surviennent dans la vie : c’est le train commun des aífaires qui occupe et qui enchante les hommes, de manière qu'ils ne se donnent pas le loisir de penser à leur vocation, ni d'écouter Jésus-Christ qui les appelle à son festin. « Tous négligeoient sa parole; l'un alloit à sa métairie, l'autre à son négoce, » et personne ne l'écoutoit: « quelques-uns prirent ses serviteurs ; et aprés leur avoir fait toute sorte de mauvais traitemens, ils les tuerent?. » C'est en effet ce qui arriva au Sauveur : les uns ont résisté ouvertement à la prédication de son évangile : mais la cause la plus générale de le rejeter, fut la négligence, neglexerunt, causée par l'occupation des affaires de la vie. Jésus-Christ avoit déjà fait cette parabole en une autre occasion ; et saint Luc, qui nous la rapporte, nous rapporte en méme temps les vaines excuses de ceux qui ne venoient pas au festin. « Les uns disoient : J'ai acheté une métairie ; les autres : J'ai acheté des bœufs pour le labourage; les autres : Je me suis marié *. » Ceux-là ne mépri-

1 ci MU XD Joan., 1, 29. — ? Matth., xxi, 5, 6, — ^ Luc., XIV, 16,

soient pas ouvertement la parole; mais occupés des soins du monde, ils alloient et venoient sans songer à rien qu'à leurs affaires. Ils ne disoient pas : Je n'ai que faire de vous ni de votre festin : ils s'excusoient avec une espéce de respect: « Je vous prie, disoient-ils, excusez-moi » pour cette fois. C'étoit plutôt un délai qu'un refus : telle est la vie. On venoit dire aux Juifs, aux homains, à tout le monde: Une grande chose est arrivée à Jérusalem : la vérité s'y est manifestée et la voie a été ouverte pour le bonheur de la vie future. Que m'importe? chacun passoit son chemin et alloit à ses affaires : l'un à la ville, l'autre à la campagne : chacun avoit son plaisir ou son petit intérét : combien plus étoient enchantés ceux qui n'étoient pas seulement occupés de leur domestique comme les particuliers, mais qui attachés à ce qu'on appelle les grandes affaires du monde ne disoient pas seulement : «J'ai acheté une métairie, » ou « J'ai pris une femme ; » mais : J'ai une province, j'ai une armée, j'ai une importante négociation, j'ai l'empire entier à conduire. Qui se soucioit en cet état de ce qu'avoit dit Jésus-Christ? ou qui se mettoit en peine de s'en informer ?

« Il en est ainsi arrivé aux jours de Noé : ils mangeoient, ils buvoient, ils se marioient, ou ils marioient leurs enfans les uns aux autres. Et le déluge vint tout à coup, » lorsqu'on y pensoit le moins : « et ils y périrent tous. Ainsi aux jours de Lot dans Sodome : ils mangeoient , ils buvoient, ils achetoient, ils vendoient, ils plantoient, et ils bâtissoient; et tout d'un coup » un autre déluge, « un déluge de soufre et de feu tomba du ciel et ils périrent tous. Ainsi en sera-t-il dans les jours du Fils de l’homme,» Il ne dit pas : Ils tuoient, ils pilloient, ils commettoient des adulteres: l'occupation des affaires les plus innocentes suffit pour nous assourdir, pour nous aveugler, pour nous enchanter. Il n'allégue pas non plus les grandes affaires, les grands emplois, les grandes charges : les soins les plus ordinaires suffisent pour nous étourdir et nous ôter tout le loisir de penser à nous; et la mort vient toujours imprévue : et pendant qu'à la maniere de ces oiseaux niais, nous nous repaissons de ce qu'on présente pour nous amuser, le

1 Luc., XVII, 26-30.

lacet vient tout à coup, nous sommes pris et il n'y a plus moyen d'échapper. O pauvre nature humaine ! ne faut-il qu'un si foible appât pour t'amuser? Ne faut-il qu'un charme si foible pour t'endormir? une si foible occupation pour t'aveugler, et t’ôter le souvenir de Dieu et de ses terribles jugemens? « Aucun de ceux qui sont invités ne goütera de mon repas!; » c'est la sentence du juge. Si peu de chose les a détournés et décus! Où trouveronsnous des larmes pour déplorer notre aveuglement et notre foiblesse?

Telle est la parabole que Jésus-Christ avoit faite, et qu'il trouva à propos de répéter peu de jours avant sa mort. Il y ajouta pour les Juifs l'endroit qui les regardoit et les noires machinations qu'ils faisoient entre eux pour le perdre. « Quelques-uns firent mourir ses serviteurs qui les appeloient au festin: le roi en colère envoya ses armées et perdit ces meurtriers, et mit le feu à leur ville qui fut réduite en cendres ?. » Encore un coup, appliquonsnous tout. Qui conspire contre la justice, en quelque manière que ce soit, conspire contre Jésus-Christ. Qui opprime le pauvre, l'attaque. Qui n'est pas avec lui, est contre lui. Qui néglige ses commandemens et les foule aux pieds , le crucifie et tient son sang pour impur. Lisez : vous en trouverez la sentence, aux Hébreux, 11,05. x, 99,

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