‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 53 sur 149 · XXXIV: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XXXIV: JOURNÉE

Entrer au festin des noces sans l’habit nuptial. Beaucoup d'appelés et peu d'élus. Petit tronpeau chéri de Dieu. Matth., xxm, 11-14.

« Mon ami » par la vocation, qui devenez mon ennemi en la méprisant , « comment étes-vous entré ici sans avoir l'habit nuptial? Et il n'eut rien à répondre. » Car que répondre au Sauveur qui nous reproche par la bouche de son Apótre, « de n'avoir pas su discerner son corps, et de nous en rendre coupables ?? Liezlui les pieds et les mains : » ótez-lui la liberté dont il a fait un si mauvais usage : « jetez-le dans les ténèbres extérieures ?: » il a voulu entrer dans l’intérieur de la maison avec des dispositions funestes : chassez-le : plus il a voulu entrer au dedans, plus il le faut pousser dehors. Mais qu'y trouvera-t-il, le malheureux! Loin de la maison de Dieu, où la lumière réside, où la vérité se manifeste, où Jésus-Christ luit éternellement, où les saints sont comme des astres : qu'y trouvera-t-il, sinon «les ténèbres » d'un éternel cachot? Voilà ces ténèbres extérieures dont Jésus-Christ parle si souvent. « Là sera pleur et grincement de dents. » Au lieu des chastes délices de la sainte table, il y aura un pleur éternel. La rage contre soi-même, contre sa témérité, contre les làches confesseurs qui nous auront trop facilement introduits au banquet

1 Matth, xxl, 12. — ? | Cor., x1, 27, 29. — ? Matth., xxi, 13.

sacré, sera poussée jusqu'au grincement de dents. Avoir été appelé et mis au nombre des amis par le Sauveur, ferala partie la plus cruelle et la plus vive de notre supplice : la voix de l'époux et de l'épouse cessera : toute la joie sera bannie de ce triste lieu : la désolation sera éternelle.

« Il y a beaucoup d'appelés et peu d’élus ! : » Jésus-Christ nous en a souvent avertis, et il avoit déjà dit la méme parole, Matt. xx, 16:

Cela est vrai, premièrement parmi les Juifs : « Je suis venu, dit le Sauveur, pour les brebis perdues de la maison d'Israël ? : » Jésus-Christ a prêché, et a fait éclater ses miracles par toute la Judée : « il a passé en bien faisant et guérissant tous les oppressés ?. » Les apôtres ont aussi rendu témoignage à sa résurrection devant tout le peuple, comme il leur avoit été ordonné * : et néanmoins dans ce nombre immense des Juifs, il n'y a eu que le résidu, c'est-à-dire un très-petit reste du peuple qui ait été sauvé. Ainsi « Israël n'a pas trouvé ce quil cherchoit, » c'est-àdire le Christ et son royaume : « mais les élus en très-petit nombre l'ont trouvé : et les autres, » dont la multitude étoit immense, « ont été aveuglés * » pour leurs péchés par un juste jugement de Dieu : et voilà manifestement la parole de Jésus-Christ vérifiée sur les Juifs.

Mais le Sauveur ne parle pas seulement des Juifs à l'endroit que nous lisons de la parabole : car c’est après nous avoir fait voir les gentils appelés en la personne de ces aveugles et de ces boiteux qui sont invités à son festin, qu'il conclut « qu'il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Efforcons-nous » donc « d'entrer par la petite porte qui mène à la vie : car la voie qui mène à la mort est trés-spacieuse et plusieurs y entrent: qu'il y en a peu, » poursuit le Sauveur, » qui entrent par la voie étroite *!» il y ena donc beaucoup d'appelés et peu d'élus. Mais la condition de ces appelés, qui ne persévèrent pas dans leur vocation, est plus terrible que celle des autres. Car ils sont ces serviteurs « qui ont connu la volonté de leur maitre, qui seront les plus punis: » Tyr et Sidon et les

! Matth., xxi, 14. — ? Matth., xv, 94. — 9 Act., x, 38 k À » 14. 5 . X. . — * Aot, 1:5 22:5 Iv 19, 33; v, 29, 32. — 5 Rom., x1, 3, 4, T. — € Matth, YI, 13, Mk,

Ninivites s'éléveront contre eux : et « le jugement de ces villes ingrates sera léger!, » à comparaison de celui que doivent attendre les chrétiens infideles à la grace qu'ils auront recue. O Jésus, Ó Jésus, « sauvez-moi de l'iniquité du peuple pervers ? : » sauvez-moi; car l'iniquité s'est multipliée parmi les enfans des hommes, « et on ne voit point de saint. *» Tout est plein de ces appelés qui ne veulent pas seulement penser à leur vocation, ni se souvenir qu'ils sont chrétiens.

Ne vivons pas comme la plupart; car il y a longtemps qu'il est écrit: « Il n’y en a pas un qui fasse le bien, il n'y en a pas un seul *. ».Ne disons pas : Tels et tels font ainsi, à qui on le souffre : et ne nous excusons pas sur la multitude; car la multitude elleméme est inexcusable: si Dieu eüt craint la multitude, il n'auroit pas consumé ces villes abominables par le feu, ni noyé tout l'univers dans le déluge : n'alléguons point la coutume ; car Jésus- Christ a dit: « Je suis la Vérité? : » on ne prescrit pas contre Dieu : « Chacun portera son fardeau*, » et on ne nous jugera pas par les autres. Rangeons-nous avec ce petit nombre d'élus que le monde ne connoit pas, mais dont « les noms sont écrits dans le ciel; » à qui le Sauveur a dit : « Petit troupeau , ne craignez pas” : » petit en nombre, petit en éclat, et la balayuré du monde : qui est caché avec Jésus-Christ, mais aussi qui paroîtra avec lui. O petit nombre, quel que tu sois et en quelque coin de l'Eglise que tu te caches, je me joins à toi en esprit, et je veux vivre à ton ombre!

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XXXV* JOURNÉE

Consultation frauduleuse, et décision pleine de merveille et de wérité. Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Matth., xxii, 15-22; Marc., xu, 13-17; Luc., xx, 20-26.

Considérons avant toutes choses le caractère de ceux qui viennent consulter le Sauveur : saint Luc les appelle des « hommes artifi-

1 Luc., XII, 45-41; X, 135 x1, 32.— ? Psal. LVIII, 3.— ? Psal. xui, 1, 2.— * Psal. XI, 2.— 5 Joan., XIV, 6. — 9 Galat., V1, 5. — 7 Luc., x, 20; XII, 32.

cieux, » propres à dresser des embüches : insidiatores , selon le grec et selon le latin, et il ajoute: « qui contrefaisoient les gens de bien !: » tout homme qui consulte, fait l'homme de bien; car il fait semblant de chercher la vérité : mais sous ce bel extérieur on

cache souvent beaucoup d'artifice : on tend des piéges aux autres, comme ici on en tendoit au Sauveur : on en tend jusqu'à soi-même ; et il n'y a rien qui soit plus mélé de fraude que les consultations, parce que chacun veut qu'on lui réponde selon sa passion.

Ceux que saint Lue a désignés par ce caractère général étoient, selon saint Matthieu et selon saint Mare, les pharisiens, dont la malice et l'hypocrisie est bien connue, et les hérodiens. Ces derniers étoient des politiques, qui faisoient profession d'honorer la mémoire du grand Hérode, ce politique raffiné, qui, pour avoir rebáti le temple avec une magnificence presque semblable à celle de Salomon, et pour avoir rétabli en quelque manière le royaume de Judée fort foible et fort appauvri devant lui, avoit paru si grand aux Juifs, dont il professoit la religion, que quelques-uns voulurent le prendre pour le Messie. Les politiques et les hypocrites s'entendent fort bien ensemble, et les voilà qui « conspirent pour surprendre le Sauveur. »

Ils commencent par la flatterie : car c'est par là que l'on commence toujours, lorsqu'on veut tromper quelqu'un: « Maitre, nous savons que vous étes véritable et que vous enseignez la voie de Dieu en toute sincérité, sans vous mettre en peine de qui que ce soit: car vous ne prenez pas garde à la personne des hommes ?. » C'est ainsi qu'on pique d'honneur les hommes vains, pour les faire parler hardiment et sans mesure, et leur faire des ennemis. La matière étoit délicate, puisqu'il s'agissoit du gouvernement ; et c’est l'endroit où l'on a toujours tendu le plus de piéges aux serviteurs de Dieu, qui, parce qu'ils sont simples et sans ambition, sont réputés par les gens du monde avoir moins d'égard pour les puissances. Mais Jésus-Christ leur fait bien voir que, sans prétendre aux emplois publies, on sait connoitre l'endroit par où il les faut respecter.

«Est-il permis de payer le tribut à César ??» Le peuple juif s'é-

1 Luc., xx,.20. — ? Matth., xxi, 16, — 3 Ibid., 1.

toit nourri dans cette pensée qu'il ne pouvoit pas être assujetti à des infidèles. Les Romains avoient occupé la Judée, et avoient méme réuni à leur empire une grande partie du royaume qu'ils avoient donné autrefois à Hérode et à sa famille. Jérusalem étoit elle-même dans cette sujélion; et il y avoit un gouverneur qui commandoit au nom de César, et faisoit payer les tributs qu'on lui devoit. Si Jésus eüt décidé contre le tribut, « ils le livroient aussitôt, comme dit saint Luc, entre les mains du gouverneur ! : » et s'il disoit qu'il falloit payer, ils le décrieroient parmi le peuple comme un flatteur des gentils et de l'empire infidéle. Mais il leur ferme la bouche : premièrement, en leur faisant voir qu'il connoissoit leur malice : secondement, par une réponse qui ne laisse aucune réplique.

« Hypocrites, pourquoi me tentez-vous? Hypocrites ? : » vous faites paroitre un faux zéle pour la liberté du peuple de Dieu contre l'empire infidéle, et vous couvrez de ce beau prétexte le dessein de perdre un innocent: mais « donnez-moi la pièce d'argent dont on paie le tribut?:» je ne veux que cela pour vous confondre.

« De qui est cette image et cette inscription ? — De César *. » — Vous voilà donc convaincus de la possession où étoit César de la puissance publique, et de votre propre acquiescement, et de celui de tout le peuple. Qu'avez-vous donc à répondre? Si vous reconnoissez César pour votre prince; si vous vous servez de sa monnoie, et que son image intervienne dans tous vos contrats, en sorte qu'il soit constant que vous faites sous son autorité tout le commerce de la vie humaine, pouvez-vous vous exempter des charges publiques, et refuser à César la reconnoissance qu'on doit naturellement à la puissance légitime pour la protection qu'on en reçoit ? « Rendez donc à César ce qui est à César? : » reconnoissez son empreinte : payez-lui ce qui lui est dà : payez-le, dis-je, par cette monnoie à qui lui seul donne cours: ou renoncez au commerce et en méme temps au repos public , ou reconnoissez celui par qui vous en jouissez.

1 Luc., XX, 20. — ? Matth., xxii, 18. — 8 Jbid., 19. — * Jbid., 20, 21. — 5 Jbid., 21.

«Et à Dieu ce qui est à Dieu. » Par-cette parole il fait deux choses : la premiere, c'est qu'il décide que se soumettre aux ordres publics, c’est se soumettre à l'ordre de Dieu qui établit les empires ; la seconde, c'est qu'il renferme les ordres publics dans leurs bornes légitimes. « À César ce qui est à César : » car Dieu méme l'ordonne ainsi pour le bien des choses humaines : mais en méme temps, « à Dieu ce qui est à Dieu : » son culte et l'obéissance à la loi qu'il vous a donnée. Car voilà ce qu'il se réserve, et il a laissé tout le reste à la dispensation du gouvernement public.

Il épuise la difficulté par cette réponse; et non-seulement il répond au cas qu'ils lui proposoient par un principe certain dont ils ne pouvoient disconvenir, mais encore il prévient l'objection secrète qu'on lui pouvoit faire : Si vous ordonnez d'obéir sans bornes à un prince ennemi de la vérité, que deviendra la religion? Mais cette difficulté ne subsiste plus, puisqu'en rendant à César ce que Dieu a mis sous son ressort, en méme temps il réserve à Dieu ce que Dieu s'est réservé, c'est-à-dire la religion et la conscience. « Et ils s’en allérent confus : et ils admirèrent sa réponse !, » où il régloit tout ensemble et les peuples et les Césars, sans que personne püt se plaindre.

LULU UV LE LU UV UV LU UV UV UV UV UUVEV EU LU UV UUUUUUUULE LULU UE UACVAAAALACVAAATLCA AARAU VAN V xA VU

XXXVE JOURNÉE.

Injustice des Juifs envers Jésus-Christ. Jésus calomnié, opprimé par la puissance publique, en maintient l'autorité. Ibid.

Un peu de réflexion sur l'injustice des hommes. Ils admirèrent Jésus, et sentirent bien qu'ils ne pouvoient l’accuser ni devant le gouverneur, ni devant le peuple?. Mais se convertissent-ils et cessent-ils de le vouloir perdre? Au contraire, plus ils sont convaincus et moins ils ont de raison à lui opposer, plus ils lui opposent de fureur.

En apparence ils font les zélés pour la liberté du peuple de Dieu et contre l'empire infidéle, puisqu'ils osent méme demander avis

1 Matth., xxi, 22. — ? Luc., xx, 26.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXXVIe JOURNÉE. 157

sur le tribut qu'on lui doit. Mais ceux-là méme qui font paroitre ce faux zèle, dans trois jours crieront à Pilate : « Si vous sauvez cet homme, vous n'étes pas ami de César '. » Bien plus, voici un des chefs de l’accusation : « Nous avons trouvé cet homme qui empéchoit de payer le tribut à César ?. » C'étoit précisément tout le contraire, comme on vient de voir par sa réponse. Qui peut empêcher la calomnie, si une réponse si nette ne l'a pu faire? Il ne reste qu'à la souffrir si Dieu la permet, et à savoir se contenter de son innocence.

Mais cavons (a) encore plus avant dans le coeur humain, et apprenons à en bien connoître l'injustice. Ceux qui font ici les zélés contre l'empire infidéle, y vont avoir recours contre Jésus-Christ et ils en useront de méme contre ses disciples. S'agit-il de flatter le peuple , César ne peut rien. S'agit-il de faire mourir leurs ennemis, César peut tout. Les hommes ne trouvent juste que leurs passions : tout est bon pour les satisfaire; et on veut méme y faire servir la puissance publique, qui est établie pour les réprimer.

Au reste, jamais réponse ne vint plus à propos que celle de Jésus-Christ ; jamais instruction ne fut plus nécessaire au peuple juif dans la conjoncture et la disposition où il étoit. Ce peuple s'entretenoit dans un esprit de révolte qui éclata bientôt aprés, et en causa la ruine : les pharisiens et les faux zélés fomentoient secrétement ces mauvaises dispositions : mais Jésus-Christ, toujours plein de vérité et de grace, ne veut point partir de ce monde, sans les avoir bien instruits sur ce qu'ils devoient au prince et sans prévenir la rébellion dans laquelle toute la nation devoit périr.

Il savoit aussi que ses fidèles devoient être persécutés par les Césars, dont méme l'autorité et le nom devoit dans deux jours intervenir dans le supplice qu'on lui préparoit : Jésus ne l'ignoroit pas, puisque même il l'avoit prédit; et qu'une des choses qu'il avoit marquées en prédisant son supplice, c'est qu'il seroit livré aux gentils. « Le Fils de l'homme, dit-il, sera livré aux gentils pour en être outragé, flagellé, crucifié ?. » Il savoit aussi qu'on feroit le méme traitement à ses apótres, et que les Juifs « les li-

1 Joan., x1x, 19. — ? Luc., xxii, 2. — 9 Matth., xx, 18, 19. (a) Creusons.

vreroient aux gentils » aussi bien que lui, «les trainant devant tous les princes et devant tous les tribunaux !» en haine de son Evangile. Mais quoiqu'il süt toutes ces choses, il fait justice aux princes ses persécuteurs : il maintient leur autorité dont il devoit être opprimé , lui et son Eglise : et il apprend en méme temps à ses disciples de demeurer comme lui sans aigreur et en toute soumission envers les puissances, « en se livrant » à son exemple, comme dit saint Pierre, « à celui qui le jugeoit iniquement ?. »

Ne nous plaignons donc jamais du gouvernement ni de la justice, quand méme nous croirions en étre opprimés injustement : mais imitons le Sauveur ; et conservant à Dieu ce qui est à lui, c'est-à-dire la pureté de nos consciences , rendons de bon eceur à tous les hommes, et méme aux juges iniques, si le cas y échoit, et à nos plus grands ennemis ce quileur est dà. C'est ce qu'il faudroit faire quand ils auroient tort : à plus forte raison quand ils ne l'ont pas, et que notre seule passion excite nos plaintes.

VV AR LULU LUE TR VULMVSA V VV LUV UU A VUUUVVYT VU 4112 V LULA CVV AR AUT VVUVV VV VU.

XXXVIF JOURNÉE.

Réflexions sur ces paroles: De qui est cette image? Le chrétien est l'image de Dieu. Il doit vivre de la vie de Dieu. Matth., xxu, 20.

«De qui est cette image et cette inscription ?? » Quittons la monnoie publique et l'image de César : chrétien , tourne tes yeux sur toi-méme : De qui es-tu l'image et de qui portes-tu le nom ? 0 Dieu, vous nous avez faits à votre image et ressemblance. « Vous êtes en nous, Ô Seigneur, » comme dans votre temple, « et votre saint nom a été invoqué sur nous *. » O Père, Fils et Saint-Esprit, nous avons été baptisés en votre nom : votre empreinte est sur nous: votreimage que vous aviez mise au dedans de nous en nous créant, y a été réparée par le baptéme. Ame raisonnable, faite à l'image de Dieu, chrétien renouvelé par sa grace , reconnois ton auteur, et à l'image que tu portes apprends à qui tu es.

Connoitre Dieu , aimer Dieu, s'estimer heureux par là, c'est ce

1 Matth., x, V1, 48. — 21] Petr., 11, 23, — 3 Matth., xxit, 20. — * Jerem., XIV, 9.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR , XXXVIIe JOURNÉE. 159

qui s'appelle dans saint Paul « la vie de Dieu, dont les gentils étoient éloignés dans leur ignorance, et l'aveuglement de leur cœur '. Car c'est par là que nous entendons que Dieu méme est heureux, parce qu'il se connoit et aime lui-méme : et lorsque nous l'imitons, en nous estimant heureux par sa connoissance et son amour, nous vivons de « la vie de Dieu. »

Que la connoissance de Dieu ne soit pas en nous une simple curiosité, ni une sèche méditation de ses perfections : qu'elle tende à établir en nous són amour : nous vivrons de la vie de Dieu et nous rétablirons en nous son image.

Unissons-nous à la vie de Dieu, à la connoissance et à l'amour qu'il a pour lui-méme : lui seul se connoit et s'aime dignement. Unissons-nous autant que nous pouvons à l'incompréhensible connoissance qu'il a de lui-même ; et consentons de tout notre cœur aux louanges dont il est digne, que lui seul connoit : nous vivrons de sa vie et son image sera parfaite en nous.

Tout ce que nous connoissons de Dieu , transportons-le en nous. Nous connoissons sa miséricorde : ce n'est pas assez : imprimons ce trait en nous-mêmes : « Et soyons miséricordieux comme notre Pére céleste est miséricordieux *. » Nous admirons sa perfection : ce n'est pas assez : imitons-la : « Soyez parfaits, dit le Sauveur, comme votre Père céleste est parfait. »

Pour se faire connoître à nous d’une manière sensible et proportionnée à notre nature, Dieu nous a envoyé son Fils, dont l'exemple est notre règle. Imitons-le done : « Apprenons de lui qu'il est doux et qu'il est humble * ; » rendons-nous semblables à lui, et nous serons semblables à Dieu , et nous vivrons de sa vie, et son image sera rétablie en nous ; et nous parviendrons à la vie « où nous lui serons tout à fait semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est?. »

Rendons-nous done de vrais enfans de Dieu, en portant l’image et en faisant les œuvres de notre Père. Ne faisons donc point les œuvres du diable de peur que nous n'entendions la dure sentence que Jésus-Christ prononca aux Juifs : « Vous étes les en-

1 Ephes., 1v, 18. — 3 Luc., VI, 36. — ? Matth., v, 48. — * Ibid., xt, 29. — 5 | Joan., III, 2.

fans du diable et vous voulez faire ses œuvres : il est malin, envieux, calomniateur, menteur et père du mensonge, cruel et homicide dès le commencement !. » Il inspire la sensualité, il enflamme la concupiscence, afin de faire servir l'esprit à la chair, et effacer en nous l'image de Dieu.

LULU LULU EL EU LULU EU VUUVEUV EL VA LU BTE VUL CUTYVVU VUL VU VV VULT VVUVVLVLVTVLVUL V USVTVUVUVU

XXX VIIE JOURNÉE

Sur ces paroles : À Dieu ce qui est à Dieu. Ibid.

« À Dieu ce qui est à Dieu ?. » Si une image pouvoit sentir , s'il lui venoit un esprit de vie et d'intelligence, elle ne cesseroit de se rapporter elle-méme à son original : trait à trait, partie à partie, membre à membre, elle iroit sans cesse se réunissant à lui : si elle pouvoit connoitre qu'il lui manquát quelque trait, elle iroit, pour ainsi parler, continuellement lemprunter : s'il s'en effacoit quelqu'un, elle n'auroit point de repos jusqu'à ce qu'il füt rétabli ; et si elle y pouvoit contribuer, ce seroit là toute son étude et tout son travail. Nuit et jour elle ne seroit occupée que du désir de lui ressembler : ear c'est là son être : elle n'auroit point d'autre gloire que celle de le faire connoitre : elle ne pourroit souffrir qu'on terminàt son amour en elle, mais elle feroit tout passer à son original : surtout si son original étoit en méme temps son auteur, parce qu'elle lui devroit l'étre en deux manières : elle le devroit à sa main et à son art qui l'auroit formée : elle le devroit à sa forme primitive et originale, dont toute sa ressemblance seroit dérivée et ne subsisteroit que par ce double emprunt.

Si les portraits de nos peintres étoient animés, ils seroient étrangement partagés entre le peintre qui est leur auteur et le Roi ou quelque autre objet qui est leur modèle et qu'ils ont à représenter. Car à qui aller? Je suis toute à celui qui m'a fait, et il n'y a trait que je ne lui doive : je suis toute à celui que je représente, et il n'y atrait que je ne lui doive d'une autre manière. La pauvre

1 Joan., vir, 44. — ? Matth., xxi, 21.

image, pour ainsi dire, se mettroit en pièces et ne sauroit à qui se donner, étant attirée des deux cótés avec une égale force. Mais en nous les deux forces concourent ensemble : celui qui nous a faits nous a faits à sa ressemblance : il est notre original et notre principe. Quel effort ne devons-nous done pas faire pour nous réunir à lui?

Qui peut représenter Dieu, si ce n’est lui-même? Lui seul se connoit. C'est lui qui nous a faits, ce n'est pas un autre : il nous a faits à sa ressemblance, et nous lui devons doublement tout ce que nous sommes jusqu'au moindre trait. Nous ne pouvons donc ni nous reposer, ni nous glorifier en nous-mèmes : « À Dieu ce qui est à Dieu : » c'est notre gloire, c'est notre enseigne, c'est notre vie : notre étude et notre travail est de lui ressembler de plus en plus, de faire tout pour lui et de lui rapporter sans cesse tout ce que nous sommes.

Voyez le Fils de Dieu : il est la parfaite image du Père, son Verbe, son intelligence, sa sagesse, « le caractère de sa substance et le rejaillissement de sa gloire !. » Mais que fait-il sur la terre ? « Rien , dit-il, que ce qu'il voit faire à son Pére : » rien de luimême , rien pour lui-même : «il ne fait que ce que son Père lui découvre : et tout ce que le Père fait, non-seulement le Fils le fait aussi, mais encore il le fait semblablement ?, » avec la méme dignité et la màme perfection que lui : parce qu'il est le Fils unique , Dieu de Dieu, parfait du parfait. Tel est le devoir, ou plutót telle est la nature de l'image. Nous qui ne sommes pas l'image et la ressemblance méme, mais qui sommes faits à l'image et ressemblance, c'est-à-dire qui ne sommes pas l'image engendrée du sein et de la substance du Père, mais un ouvrage tiré du néant où il a gravé son image, nous devons à notre manière imparfaite et foible imiter notre modèle qui est Jésus-Christ; et toujours attentifs à son exemple, faire ce que Dieu nous montrera, ne nous étudier à autre chose qu'à y conformer nos désirs. « À Dieu ce qui est à Dieu : » c'est la vérité : venons à la pratique.

1 Hebr., 1, 3. — ? Joan., v, 19 et seq.

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