‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 52 sur 149 · XXXIII: JOURNÉE · texte numérisé non relu

XXXIII: JOURNÉE

Robe nuptiale, le festin est prét : préparation à la sainte Eucharistie : noces spirituelles.

Prenez garde, Matth. xxu, aux y. 41, 12, 43, 14. N'y a-t-il donc qu'à entrer dans le festin dés qu'on y est appelé, et la vocation fait-elle tout ? Gardez-vous bien de le croire : le roi va entrer dans la salle du banquet , et celui qui n'aura pas l'habit nuptial sera honteusement chassé. On appeloit anciennement l’habit nuptial une sorte de parure que devoient avoir ceux qui accompagnoient l'époux et l'épouse, lorsque celle-ci passoit de la maison paternelle en celle de l'époux. Il falloit, pour honorer la solennité , être paré d’une certaine manière, et on portoit cet habit magnifique dans le festin nuptial. De là vient que le.Fils de Dieu , qui prend ses comparaisons des usages les plus solennels et les plus connus. de la vie humaine, allègue ici l'habit nuptial pour expliquer les ornemens intérieurs qu'il faut apporter à son banquet.

Ces ornemens sont, premièrement linnocence et la sainteté baptismale. On donnoit autrefois l'Eucharistie incontinent aprés le baptéme : il falloit toujours en conserver la grace ; et il ne faut point douter que la sainteté baptismale ne soit la disposition , et

1 II Timoth., 1v, 25 Til., 1t, 15.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XXXIIIe JOURNÉE. 149

pour ainsi dire, la parure naturelle qu'il falloit toujours apporter au festin de l'Epoux. Mais la parabole du Prodigue nous fait voir que les grands pécheurs , qui ont été assez malheureux pour déchoir de leur innocence et souiller cette robe blanche qu'on leur avoit donnée dans le baptéme, ne laissent pas d’être admis au banquet du père de famille, après qu'il leur a fait rendre leur première robe : « Apportez, dit-il, sa première robe et l'en revétez ! :» rendez-lui la grace qu'il a perdue « et mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers à ses pieds: et amenez le veau gras et le tuez : mangeons et faisons bonne chère. » Venez donc , ames innocentes; venez du baptéme à la sainte table : venez, vous êtes lavées; le festin nuptial vous est préparé : et non-seulement le festin , mais encore le lit nuptial : car toute ame lavée de cette sorte est épouse et le fils du roi s'unit à elle. Màis je ne vous bannis pas de ce festin, à pécheurs : ó épouses infideles, qui avez manqué à la foi donnée : revenez, revenez, et je vous recevrai, dit le Seigneur : vous rentrerez au festin; mais pourvu que vous ayez repris votre première robe, et que vous portiez dans l'anneau qu'on vous met au doigt, la marque de l'union oü le Verbe divin entre avec vous.

Apportons done l'innocence et la sainteté à la table de l'Epoux : c'est l'immortelle parure que nous demande celui qui est en méme temps l'époux, le convive et la victime immolée, qu'on nous donne à manger dans le festin. Autrement nous serions ces pourceaux devant qui on jetteroit des perles et des pierreries.

Les riches habits sont une marque de joie ; et il est juste de se réjouir à la table du roi, lorsqu'il célèbre les noces de son fils avec les ames saintes ; lorsqu'il leur en donne le corps pour en jouir , et qu'elles deviennent un méme corps et un méme esprit avec lui par la communion. Car ce qui s'appelle ici le festin nuptial est aussi en un autre sens la consommation du mariage sacré où l’Eglise et toute ame sainte s'unit à l'Epoux corps à corps, cœur à cœur , esprit à esprit; et où s'accomplit cette parole : « Qui me mange vivra pour moi *. » Venez donc avec vos habits les plus riches : venez avec toutes les vertus : venez avec une joie digne

1 Luc., xv, 22, 23. — 2 Joan., VI, 98.

du festin qu'on vous fait et de la viande immortelle qu'on vous donne : « Ce pain est le pain du ciel: ce pain est un pain vivant qui donne la vie au monde! : venez, mes amis, mangez et buvez ; enivrez-vous, mes trés-chers, de ce vin ? » qui transporte l'ame et lui fait goüter par avance les plaisirs des anges.

Si nous étions toujours avec l'Epoux , il n'y auroit pour nous , que de la joie. Mais écoutons ce qu'il dit lui-méme : « Les amis de l'Epoux : » les enfans des noces, comme on les appeloit dans la langue sainte; ceux qui sont conviés au banquet nuptial, « ne peuvent pas jeüner et s’affliser pendant que l'Epoux est avec eux. Le temps viendra que l'Epoux leur sera ôté, ils s'affligeront et ils jeüneront dans ces jours *. » Nous sommes maintenant dans ces jours. Nous ne sommes point dans ces jours où l'on entendoit sur la terre la voix delEpoux céleste, qui faisoit dire à saint Jean- Baptiste : « L'ami de l'Epoux se réjouit d'une grande joie à cause de la voix de l'Epoux qu'il entend. Cette joie, poursuit-il , s'accomplit en moi *. » Nous ne sommes plus dans ce temps : Jésus est retourné à celui qui l'a envoyé et l'Epoux ne paroit plus parmi nous. Nous ne voyons plus ce jour qu'Abraham et tous les prophétes avoient désiré ; l'Epoux a disparu : la nuée nous l'a enlevé: et il ne nous reste plus qu'à crier nuit et jour avec l'épouse : « Revenez, revenez, mon bien-aimé*. » Nous devons donc apporter au festin royal une joie mélée de tristesse. L'habit nuptial riche et magnifique par la grace de la sainteté ou conservée ou rendue, doit tenir quelque chose du deuil. Il faut jeüner, il faut s'affliger dans le festin nuptial en la forme où nous avons à le célébrer. Carle festin que nous célébrons est la commémoration de la mort de l'Epoux. Revétons-nous done d'un deuil spirituel à ce festin : apportons-y le jeüne etla mortification des sens : c'est ce que nous signifie le jeüne du caréme , par lequel nous nous préparons au festin pascal.

L'Eglise jeünoit autrefois toutes les semaines deux ou trois fois, en mémoire de la douleur que la retraite de l'Epoux lui avoit causée. Le vendredi qui étoit le jour de sa mort, le samedi qui

1 Joan., v1, 32, 33, 41, 51. — ? Cantic., v, 1. — 3 Matth., 1x, 15. — ^ Joan., IU, 29. — 5 Cantic., 11, 47.

étoit le jour de sa sépulture, étoient de ces jours consacrés au jeûne : l'abstinence nous en reste, pour marque de l'abstinence où nous devons vivre durant l'absence de l'Epoux, en renoncant à la joie et annoncant sa mort jusqu'à ce qu'il vienne. C'est peutétre une des raisons qui nous oblige à ne manger pas avant la communion. C'est une espèce de jeüne que nous célébrons par ce moyen ; et il faut entendre par là qu'il se faut préparer au pain de vie, en nous refusant toute autre nourriture, et en cessant de vivre selon les sens. Ainsi la mortification des sens doit faire une des parties de notre habit nuptial, et-il faut se mortifier pour célébrer la mort du Sauveur.

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