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LXXV* JOURNÉE
Le méme sujet.
Sans lecture, sans raisonnement étudié, je demande seulement ici que l'on considere d'un côté, la main puissante de Dieu qui pousse à bout toute la nature, les astres, les terres, les mers, et le courage de l'homme qu'il fait «sécher de frayeur! ; » et de l'autre, la méme main, qui dans ce renversement universel relève de telle sorte le courage de ses enfans, que non-seulement ils ne tombent pas dans ce choc que souffre le monde, mais ils s'élévent au-dessus de ses ruines. « Regardez? : » loin de vous cacher dans cette tempéte, comme un autre Jonas, ouvrez tout et considérez ce tumulte avec un regard assuré :loin de vous laisser abattre, « levez la téte : » et voyez tout au-dessous de vous.
Tel qu'un homme qui léve la téte au milieu des flots : tel que celui qui demeure ferme au milieu d'une maison qui tombe : ou celui qui voit d'un cil tranquille le chariot où il est, que des chevaux emportés, après avoir secoué les rênes et brisé leur mords, traînent decà et delà; tel est le fidèle toujours immobile et inébranlable au milieu de la nature troublée et de ses mouvemens déconcertés, parce que le Dieu de la nature le tient par la main. Tu crains, Pierre, au milieu des flots, et tu ne connois pas celui qui te tient ! « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? ! »
« Celui qui se fie en Dieu, est comme la montagne de Sion : celui qui a sa demeure dans Jérusalem, ne sera jamais ébranlé. Comme les montagnes sont à l'entour de Jérusalem, ainsi Dieu est à l'entour de son peuple pour le protéger *. » La sainte montagne de Sion, inébranlable par la puissance de Dieu qui l'affermit , communique son immobilité et sa tranquillité à ses habitans.
] Chantez aussi le Psaume cxx : Levavi oculos , et apprenez à ne rien craindre sous la main de Dieu.
! Luc., xx1, 25, 26, — 2 Ibid., 28. — 3 Matth., xiv, 31. — * Psal. cxxiv, 1, 22
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LXXVE JOURNÉE.
Ces prédictions certaines : leur accomplissement proche : leur jour inconnu. Matth., xxiv, 34-36; Marc., xur, 30-32.
« En vérité, en vérité, je vous le dis : Cette génération-ci ne finira point, jusqu'à ce que toutes ces choses-ci soient accomplies : le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. Mais pour ce jour et cette heure-là, ni les anges mémes qui sont dans le ciel, ni le Fils ne la savent pas, ni personne que mon Pere !. »
Voilà deux temps bien marqués : Hec, et illa, en grec comme en latin, marquent deux temps opposés : l'un plus proche, l'autre plus éloigné. « Cette génération-ci verra toutes ces choses-ci accomplies : Generatio luec : omnia heec : omnia ista : Mais pour ce jour-là , pour ceite heure-là : De die autem illà et horá, personne ne la sait. » Comme s'il disoit : Je vous ai parlé de deux choses : de la ruine de Jérusalem et de celle de tout l'univers au jugement : ce qui doit arriver dans la génération où nous sommes, et dont les hommes qui vivent doivent étre les témoins, je vous en marque le temps et cette génération ne passera pas qu'il ne s'accomplisse. Voilà pour l'événement auquel nous touchons. Mais pour ce jour-là, ce jour où je viendrai juger le monde, personne n'en sait rien, et je ne dois pas vous le découvrir. Il est
donc marqué clairement que la chute de Jérusalem étoit proche : et l'Eglise le devoit savoir : mais pour ce jour-là, pour ce dernier jour, où tout l'univers sera en trouble et où le Fils de l'homme viendra en personne, on n'en sait rien : on ne sait ni s’il est loin, ni s'il est prés : et le secret en est impénétrable, et aux anges qui sont dans le ciel, et à l'Eglise méme, quoiqu'elle soit enseignée par le Fils de Dieu.
Il faut donc entendre ici, par les choses que le Fils ne sait pas, celles qu'il ne sait pas pour son Eglise ni dans son Eglise, et qu'il
'1 Matth, xxiv, 34-36; More. — , 30-32,
ne doit point lui révéler, conformément à cette parole : « Vous étes mes amis, et je vous ai fait connoitre tout ce que j'ai oui de mon Père ! : » tout ce que j'ai oui pour vous, tout ce qui étuit compris dans mon instruction. Ou, comme il dit ici : « Je vous al tout prédit?, » tout ce que je devois vous prédire. Le reste, je le sais bien par l'étroite société qui est entre mon Père et moi : mais je ne le sais pas par rapport à vous, et selon le personnage que je suis venu faire parmi les hommes.
Adorons l’impénétrable secret de Dieu , et renfermons-nous dans les bornes oü il a voulu terminer les lumieres de son Eglise.
« Le Fils de Dieu doit venir comme un voleur. Mille ans de délai, c'est devant lui le délai d'un jour? : » ce n'est point en devinant les momens que vous éviterez la surprise : « il viendra de nuit, » parmi les ténèbres, et sans bruit, « comme un voleur * : » deux choses qui rendent sa marche impénétrable. Voulez-vous donc n'étre pas surpris, veillez toujours : ne dormez jamais pour votre salut; et «vivez comme des enfans de lumière, sans participer aux œuvres infructueuses des ténèbres 5. »
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LXX VII JOURNÉE
Le jour du jugement dernier m'a pu étre inconnu au Fils de Dieu. Marc., xui, 32.
Sans entrer dans un esprit de curiosité et de dispute, permettez-moi, Ô Jésus, de vous demander d’où vient que vous avez dit que « personne ne connoit l'heure du jugement dernier, non pas méme les anges ni le Fils? » Car vous n'avez pas ignoré combien on abuseroit de cette parole qui a fait dire aux ariens, ennemis de votre divinité, que vous ignoriez quelque chose, même comme Dieu et comme Verbe : et que vous n'étiez pas de méme science ni par conséquent de méme perfection ni de méme nature que votre Pére. Et néanmoins en nommant ceux qui ne savent pas la
! Joan., xv, 15. — ? Marc., xut, 23. — 3 ID: Pet»., II, 8, 10. — ^I Thessal., v, 2, 4. — 5 Ephes., v, 8, 41. t res
SERMONS- DE NOTRE-SEIGNEUR, LXXVIIe JOURNÉE. 239
dernière heure, il vous a plu non-seulement de nommer les anges; mais encore votre évangéliste saint Matthieu n'ayant nommé qu'eux, votre évangéliste saint Marc instruit par saint Pierre, le prince de vos apótres et le chef visible de votre Eglise, et votre Esprit qui les conduisoit, a voulu que nous sussions que vous avez dit : « Ni le Fils ni autre que le Père *. »
Pour moi, mon Dieu, je confesse avec votre apótre saint Thomas que « vous êtes mon Seigneur et mon Dieu? : » et avec votre apôtre saint Paul, que « vous êtes égal à Dieu *; et Dieu béni audessus de tout * :» et avec votre apótre saint Jean, que « vous êtes le Verbe qui étoit au commencement avec Dieu, et qui étoit Dieu lui-même”, » et que « vous êtes le vrai Dieu eta vie éternelle* :» et enfin avec toute votre Eglise catholique, que vous étes le Fils unique de Dieu, coéternel et consubstantiel à votre Père : et loin de croire que comme Verbe vous ayez pu ignorer quelque chose, et ignorer en particulier le jour du jugement, je ne veux méme pas eroire que vous ayez pu l'ignorer comme homme et selon la dispensa'ion de votre chair.
Et premièrement malheur à ceux qui osent dire que vous qui étes le Verbe, la parole, la raison , l'intelligence, la sagesse de votre Pére : cette sagesse « qui lui assistiez lorsqu'il a créé l'univers, avec laquelle il disposoit et composoit toutes choses ", par qui toutes choses ont été faites *, » n'avez pas su de toute éternité ce qu'il devoit faire par vous. Or il devoit faire par vous toutes choses, et plus encore, s’il se peut, le siècle futur que le siècle présent, puisque vous étes celui dont il est écrit, que « par vous il a fait méme les siecles?. » Car n'est-ce pas dire clairement que tous les siècles se développent par votre ordre, et sont disposés dés l'éternité par votre volonté? Et si c'est par vous que tous les siècles sont faits, le dernier jour ne sera-t-il pas aussi votre ouvrage? Et ce jour auquel aboutit tout votre ouvrage, qui en est la consommation, qui en est la fin, sera-t-il le seul que vous n'aurez pas fait? Ou l'ayant fait, sera-t-il le seul que vous n'ayez pas
1 Marc., XIII, 32. — ? Joan., xx, 28. — 3 Philipp., 11, 6. — * Rom., 1X, 5. — 5 Joan., |, 4. — 6 Ibid., v, 20. — 7 Sapient., IX, 4, 9. — 8 Joan., 1, 3. — ? Hebr.,
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connu? Et ce jour, qui est le terme où se rapportent tous vos conseils, n'aura-t-il pas entré dés le commencement dans vos desseins? Ou y aura-t-il quelque chose que Dieu n'ait pas disposé par sa sagesse, ni ordonné par sa parole? quelque chose qu'il ait caché à celui qui est sa sagesse et son conseil? Et «le Fils unique qui réside dans le sein du Père, » n'y a-t-il pas vu ce secret? Personne n'a vu Dieu que lui, et «c’est lui-même qui est venu nous l'annoncer'.» Mais y a-t-il quelque chose dans le sein de Dieu qui lui ait été caché? Erreur, impiété, blasphème, retirezvous: rentrez dans l'enfer dont vous étes sortis: car faudroit-il dire encore que le Saint-Esprit, « qui sonde, qui pénétre tout, et méme les secrets et les profondeurs de Dieu?,» ce qu'il y a de plus caché dans ses desseins, n'aura pas vu un secret si important, ni connu. le dernier jour? ou que cet Esprit l'aura vu, pendant que le Fils « de qui il prend comme du Père ?, » l'aura ignoré? Absurdité par-dessus limpiété : que l'Esprit « qui annonce l'avenir, et qui distribue comme il veut les dons et les connoissances *, » n'ait pas tout dans la perfection qui convient au principe età la source. Car il faudroit l'excepter comme Fils, s'il falloit prendre à la rigueur ce que vous avez prononcé, que « ni les anges ni le Fils ne savent ce jour, ni aucun autre que le Père 5. »
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LXXVIIE JOURNÉE.
Ce dernier jour est connu au Fils de Dieu, mais non pas pour nous l'apprendre. Marc., xui, 32.
Je continuerai, à mon Sauveur, à considérer en tremblant, cette parole que vous avez prononcée : « Ni le Fils. » Où est donc cette autre parole où vous disiez : « Tout ce qu'a mon Père est à moi* : toutes choses ont été mises entre mes mains par mon Père : et personne ne connoit le Fils, si ce n'est le Père : et personne ne connoit le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui il a plu au Fils de
; 1 Joan. 1, 18. — 21 Cor., 11, 10, 11. — 8 Joan., XVI, 45. — ^I Cor., XII, 4. — Marc., xii, 32. — 6 Joan., XVI, 15.
le révéler !. » Tout est commun entre votre Père et vous : et la connoissance du dernier jour ne vous sera pas commune? Vous qui seul connoissez le Père, et qui seul le faites connoitre à qui il vous plait, ne l'aurez pas connu tout entier, ni pénétré tout son secret ! S'il faut excepter quelque chose dans la connoissance que vous avez de lui, il faudra donc excepter quelque chose dans celle qu'il a de vous , puisqu'en parlant de cette connoissance incommunicable à tout autre qu'à vous deux, que vous avez l’un de l’autre, vous dites également : « Nul ne connoit le Père, si ce n'est le Fils : et nul ne connoit le Fils, si ce n'est le Pére? » Tout vous est donné par le Père : «le Père aime le Fils et lui a tout mis entre les mains * :» et vous ne saurez pas tout ce qu'il vous a mis entre les mains! Mais comment cela se pourroit-il, puisque vous dites encore : « Le Pére aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait *? » Ainsi avec le méme amour qu'il lui donne tout, il lui montre tout aussi. Est-ce ici le seul endroit où il ait donné des bornes à son amour ? la seule connoissance qu'il lui ait déniée? le seul don qu'il ait recu avec mesure , « lui qui a recu sans mesure tout le reste *, » afin « que nous recussions tous , » et chacun de nous « ce qu'il a du fond de sa plénitude!»
Mais parmi toutes choses que votre Pére a mises entre vos mains, ce qu'il y a le plus mis, c'est le jugement, puisqu'il s'en est en quelque sorte dépouillé lui-même pour vous le donner. D'où vient que vous avez dit : « Le Père ne juge personne, mais il a remis au Fils toutle jugement *. » Mais en méme temps vous avez dit, que « le Fils ne fait que ce qu'il voit faire à son Pére. » Ce qui fait aussi que «le Pére l'aime et lui montre tout ce qu'il fait ", » comme on vient de voir.
Mais si vous devez connoitre tout ce que le Pére a ordonné sur le jugement dernier, parce que c'est à vous qu'il est remis, et que vous étes vous-méme ce souverain juge qui paroitrez en ce jour avec une majesté et une puissance divine, il s'ensuit que vous connoissez tout cela méme comme homme, parce que c'est comme homme que vous devez juger. Ce qu'il vous a plu de nous expli-
1 Matth., x1, 91. — ? Joan., 111, 35. I 3 Joan., v, 20. — * Joan., 111, 34. — 5 Joan., 1, 46. — 6 Joan., V, 22. — " Ibid., 19, 20.
quer en disant que «le Père a donné au Fils la puissance de juger, parce qu'il estle Fils de l’homme ‘.» Vous savez donc tout, même comme homme : vous savez tout ce qui regarde le jugement : vous en savez sans difficulté le jour et l'heure, puisque vous en savez toute la sagesse, et que la sagesse consiste principalement à prendre les momens, conformément à cette parole : « Chaque chose a son temps ?, » et dans le monde tout est compassé; tout est rangé dans son lieu ; « tout se passe au temps qui lui est marqué par la sagesse qui règle tout. »
Vous êtes notre chef, et nous sommes vos membres : vous savez toute l'économie de votre corps : vous connoissez toutes vos brebis : vous savez celles qui sont venues, et celles qui sont encore à amener : vous les connoissez et les nommez distinctement : vous nommez tous ceux que votre Pére vous a donnés, et tout vous est connu depuis le premier jusqu'au dernier de vos élus : et vous marquez tous les temps où vous les devez appeler, et les incorporer à votre eorps?. Car c'est vous qui les devez recueillir; et en les recueillant vous ne faites qu'exécuter ce que vous aviez destiné avec votre Père, dés que vous posátes les fondemens de votre Eglise : vous en avez révélé les persécutions à votre apôtre saint Jean : il en a vu tout le cours : il a vu la dernière comme les autres : et celle qui ne finiroit qu'avec la fin du monde « etavec le feu de votre dernier jugement *. » Les temps vous sont connus comme tout le reste: vous savez ce que veulent dire ces mille ans où vous avez déterminé le règne de vos saints sur la terre; et ce que vous avez révélé en énigme à votre bien-aimé disciple, n'est pas énigme pour vous. Tout vous est connu : « Vous étes le scrutateur des reins et des cœurs. » Vous avez en votre puissance le livre où sont écrits les secrets de Dieu et ses décrets éternels; et les sept sceaux qui le ferment n'y sont pas pour vous, puisque vous les ouvrez quand il vous plait, à qui il vous plait, et pour les raisons qu'il vous plaît. Et sous le septième sceau étoient enfermés tous les événemens futurs, puisque c'est de là que se développent et «les trompettes » et les Væ *, et tout le reste,
: 1 Joan., V, 91. — ? Eccle., nt, 4, — 3 Joan., X. — ^ Apoc., xx, 1-10. — Apoc., 11, 235 v, 1, 2 et seq. — 9 Apoc., VIII, 4 et seq.
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SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LXXVIIIe JOURNÉE. 243: qui étoit l'histoire de l'Eglise : c'est pourquoi lorsque vos apôtres vous interrogeoient sur le temps où vous rétabliriez le royaume d'Israël, vous leur répondites : « Ce n'est pas à vous à le savoir !.»
O Seigneur, s'il m'est permis de vous interroger encore, que ne parliez-vous en la méme sorte à vos apótres; et que ne leur disiez-vous : Ce n'est pas à vous à le savoir, au lieu de dire que «le Fils ne le savoit pas? »
Peut-étre se faudroit-il taire encore ici; et qu'au lieu de se fatiguer à examiner ce passage,il faudroit se dire à soi-méme : Ce n'est pas à moi à l'entendre : ce n'est pas à moi à savoir pourquoi vous avez parlé en cette sorte : j'acquiesce, Óó mon Sauveur, et je ne recherche ce mystère que pour y trouver quelque instruction, s'il vous plait de mela donner. Mais peut-étre qu'elle est déjà toute trouvée : peut-être que cette parole : « Ce n'est pas à vous à entendre les temps ni les momens que le Pére a mis en sa puissance ? : » est le dénouement de celle où vous avez dit : «Pour ce jour et cette heure-là , nul ne la sait que le Père, et le Fils méme ne la sait pas *. » Ce que le Fils ne sait pas en cet endroit, c'est ce qu'il ne nous appartient pas de savoir : le Fils comme notre docteur, le Fils comme l'interpréte de la volonté de son Pére envers les hommes, ne le sait pas, parce que cela n'est pas compris dans ses instructions, ni dans tout ce qu'il a vu pour nous, ainsi que nous l'avons dit. Et le Fils de Dieu parle ainsi pour transporter en lui-même le mystère de notre ignorance, sans préjudice de la science qu'il avoit d’ailleurs, et nous apprendre, non-seulement à ignorer, mais encore à confesser sans peine que nous ignorons, puisque lui-méme qui n'ignoroit rien et surtout qui n'ignoroit pas cette heure dont il étoit le dispensateur , ayant trouvé un cóté par oü il pouvoit dire qu'il l'ignoroit, parce qu'il lignoroit dans son corps et qu'il étoit de son dessein que son Eglise l'ignorát, il dit tout court qu'il l'ignore et nous enseigne à ne rougir pas de notre ignorance.
Jignore donc de tout mon cœur, et ce mystère, et tous les autres que vous voulez me cacher et que vous ne savez pas en moi ni pour moi. J'ignore le jour où vous viendrez, parce que
1 Act. 1, 1. — ? Ibid. — ? Marc., XI, 32.
vous m'avez dit « que vous viendriez comme un voleur. » Mais si on ne sait pas quand le voleur viendra, le voleur n'en sait pas moins quand il veut venir : vous savez donc, voleur mystique, vous savez quand vous viendrez; et les enfans de ce siècle ne seront pas plus prudens, plus avisés dans leurs desseins, plus éclairés dans l'ordre qu'ils mettront à leur exécution, que vous qui étes la lumière méme , la sagesse méme. Vous savez donc, encore un coup, quand vous viendrez à la dérobée , demander à chacun de nous, et demander à tout le genre humain, le compte que nous vous devons de notre conduite: vous le savez, et c'est pourquoi vous avez dit que « le père de famille ne sait pas l'heure du voleur, » mais non pas que le voleur lignorát lui-même. Et vous avez dit: « Veillez done, parce que vous ne savez pas à quelle heure le Seigneur viendra : » et non pas que le Seigneur qui doit venir, l'ignore lui-méme. Et vous avez dit en continuant la parabole : « Soyez préts, parce que vous ne savez pas à quelle heure viendra le Fils de l'homme 1. »
Vous vous êtes aussi comparé à un père de famille, qui revenant de son voyage surprend son économe , « en venant au jour que ce méchant serviteur ignore, et à l'heure qu'il n'attend pas ?. » Mais vous, vous êtes le Seigneur, vous êtes le père de famille qui sait bien quand il doit venir; et si le serviteur est imprudent, le père de famille n'est pas pour cela ignorant de ses propres desseins. Vous savez donc, pour la dernière fois, quand vous voulez venir, et vous ne voulez pas que nous le sachions. Voilà que mon ame est préte, quand vous me la redemanderez : mon compte est en état : recevez-le et me jugez en vos miséricordes. Voilà du moins ce qu'il faudroit pouvoir dire : Óó mon Sauveur, quand serai-je en cet état? quand pourrai-je dire de bonne foi : « Mon cœur est prêt, Ô Dieu, mon cœur est prêt ?? »
! Matth., xxiv, 42-44. — ? Ibid., 50. — 3 Psal. Lv1, 8.
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