‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 70 sur 149 · AAA AAA ARR AZ CA VA PALA VA AV · texte numérisé non relu

AAA AAA ARR AZ CA VA PALA VA AV

AAAARAAPAARAAARARAAAAALAAVAAAAAAMVAVLVVUA

LXXXF JOURNÉE.

Le méme sujet. Guerres, famines, pesles, tremblemens de terre, maux extrémes. Ibid.

Un grand mouvement dans le monde : « des guerres, des bruits de guerre, des pestes, des famines , des tremblemens de terre *, » seront les tristes avant-coureurs de ces deux événemens. Voyez-

1 Matth., X1, 45. — ? Philipp., 11, 12, 13. — $ Marc., Xit1, 22. — * Marc., xim, 7, 8; Luc., XXI, 9-11.

les, Matth., xxiv, 6,7, et la méme chose en saint Marc et en saint Luc. C'est ce qui arriva un peu devant la guerre de Judée et dans la dernière année de Néron ; et c’est ce qui arrivera encore d'une manière plus formidable aux approches du dernier jour.

« Des guerres , des bruits de guerre : » de grandes guerres en effet : de plus grandes appréhensions de mouvemens nouveaux : il semblera que l'esprit de guerre, les haines, les jalousies, la nature méme voudra enfanter quelque chose de funeste aux grands Etats : on remarquera dans le monde un esprit d'ébranlement universel : au milieu de tout ce-tumulte : « prenez garde de n'étre pas troublés ; car il faut que cela arrive, et ce n'est pas encore la fin !. »

De quoi donc sera-t-on troublé, si on ne l'est de telles choses? de rien du tout. Car le chrétien n'est troublé de rien que de son péché et de la colère de Dieu qui le doit punir. « Prenez donc garde de n'étre point troublés : » vous vous enquérez de ce qui se passe, non-seulement avec curiosité, mais encore avec frayeur : que deviendront ces grandes armées qui sont en présence ? Quel ravage, quel embrasement, quel carnage , quel déluge de maux , si une fois la digue est rompue! (ah ! je m'en meurs.) Vous n'étes pas chrétien : le sort des empires est entre les mains de Dieu : ils meurent en leur temps, comme le reste des choses humaines : priez pour votre patrie : humiliez- vous : faites pénitence : mais ne craignez point, ne vous troublez pas : il faut que cela arrive. Ille faut, non par une aveugle et fatale nécessité, qui nous mettroit au désespoir : mais il le faut par une raison, par une sagesse, par une bonté qui prépare de grands biens par tous ces maux. « Ne craignez point, petit troupeau, puisque le royaume qu'il a plu à votre Père céleste de vous préparer ?, » est hors d'atteinte. Toutes les puissances ennemies, visibles et invisibles, n'ont point de prise dessus, et il ne vous peut étre ravi.

Ex C'est ici le commencement des douleurs ? : » des douleurs de l'enfantement : de celles qui font jeter de plus grands cris; qui s’'augmentent de plus en plus : on croit être à la fin, ce n est encore qu'un commencement.

! Matth., xx1v, 6. — ? Luc. xit, 32, — ? Matth., xxiv, 8.

SERMONS. DE NOTRE-SEIGNEUR , LXXXIIe JOURNÉE. 251

Quoi! ee mouvement effroyable des royaumes qui s'entrechoquent, ces famines, ces pestes, ces tremblemens de terre-ne sont que « le commencement des douleurs! » O Dieu, que vos derniers coups sont redoutables, si ceux-là qui sont si terribles, dont on ne peut seulement entendre les noms sans étre saisi de frayeur, ne sont qu'un prélude! Il est ainsi, Seigneur, il est ainsi. Par tous ces grands coups, les corps seuls sont menacés : mais voici ce qui est terrible au delà de toutes les terreurs : « Craignez, craignez celui qui, aprés avoir fait mourir le corps, enverra l'ame dans la géhenne : Oui, je vous le dis, craignez celui-là *. » O Seigneur , si je sais bien craindre cela, je ne craindrai autre chose, et je verrai tous les élémens se méler et la nature se confondre sans effroi. Ah! je ne puis craindre que ce qui tue l'ame : mais je puis ne le eraindre pas , si je commence sérieusement à me convertir. Je n'ai rien à penser que la pénitence, ni rien à craindre que de mourir dans mon péché : mourir, ce n'est rien, de quelque douleur que la mort soit accompagnée ; quelque étrange, quelque imprévue, quelque cruelle et insupportable que la mort paroisse : mourir dans le péché, c'est tout le mal et le seul qui soit à craindre. Malheureux, ingrats, p^cheurs endurcis : « Vite, vite, convertissez-vous et vivez ?. »

AU LUE LULU LUE ELU VULT ELU LUE EU AUCTUS UU LUUVULUULU LE LVEUVUULE VV

LXXXII JOURNÉE

Persécution terrible de l'Eglise, trahisons , charité refroidie. Ibid.

Un autre avant-coureur, la persécution. Elle a ces terribles circonstances : une haine implacable de tout le genre humain contre l'Eglise : la fureur au dehors : la trahison au dedans : on $e livrera les uns les autres : les frères livreront leurs frères, et le père méme son enfant: les enfans se soulèveront contre leurs pères : et les familles mêmes seront divisées : les scandales seront horribles à cause des chutes fréquentes de ceux qu’on croyoit les plus fermes. Au milieu de tout cela la séduction redoublera, et de

1 Luc., XU, 9. — ? Ezech., xvin, 32.

faux docteurs gagneront ceux que la violence n'auroit pu abattre : la cruauté et la séduction iront ensemble au dernier degré : c’est ce qui est arrivé à l'Eglise naissante, à commencer vers les dernières années de Néron, un peu avant la guerre de Judée. C'est ce qui arrivera d'une manière bien plus terrible à la fin des siècles !.

Ce n'étoit pas une chose aisée à prédire, comme on le pourroit penser d'abord, qu'une telle haine et une telle persécution contre l'Eglise : et on n'auroit pas pu prévoir que le inonde qui laissoit en paix toutes les religions et jusqu'aux sectes les plus impies, comme celle des épicuriens, ne pourroit souffrir le christianisme. Mais Jésus-Christ l'a voulu prédire, et avertir ses fidèles d'une chose aussi singulière et jusqu'alors autant inouie que celle-là.

Il joint selon sa coutume la consolation aux maux. « Tout le monde vous haira: mais vous ne perdrez pas un seul cheveu : vous posséderez votre ame par votre patience ?, » non en combattant, mais en souffrant : « vous serez trainés à tous les tribunaux » comme des criminels : « mais cela leur sera en témoignage?: » vous y paroitrez comme des témoins de la vérité, comme les maitres du genre humain : « Je vous donnerai une bouche » que nulle impudence, nulle violence ne pourra fermer : « une sagesse, » une force « contre laquelle il n'y aura point de résistance": vous n'aurez rien à préméditer : le Saint-Esprit parlera par votre bouche *, » et le reste qu'on peut voir dans l'Evangile.

Ce qui sera de plus déplorable, c’est que « la malice s'augmentant sans fin, la charité se refroidira dans la multitude * : » c'est ce qui arriva à saint Paul, lorsqu'il disoit : « Tous m'ont quitté : personne ne m'a assisté dans ma première défense : Démas méme m'a abandonné, attiré par l'amour de ce siècle : il n'y a que Luc avec moi : qu'il ne leur soit point imputé *. » Mais ce refroidissement de la charité dans ses fréres ne changeoit point envers eux le cœur de Paul. Ce refroidissement de la charité paroitra beau-

E Matth., xxiv, 9 et seq.; Marc., xi, 125 Luc., XXI. — ? Luc., XXI, 17-19. — 9 Ibid., 42, 13; et Marc., Xii, 9 et seq. — * Luc., XXI, 14, 15, — 5 Matth., X,. 19, 20. — 6 Matth., xxiv, 12. — 7 IL Timoth., IV, 9, 41, 16.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, LXXXIIIe JOURNÉE. 253

coup davantage dans la fin des siècles : « car lorsque le Fils de l'homme viendra, pensez-vous qu'il trouve de la foi sur la terré !? »

Mais à ce comble de maux, il n'y a qu'un seul remède : « Qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé ?. » Remarquez ce mot : « jusqu'à la fin. » Dix ans, vingt ans, trente ans, cinquante ans, ce n'est rien : il faut aller jusqu'à la fin. Ne vous lassez point de travailler ; car la moisson que vous recueillerez sera éternelle.

« IL faut que cet Evangile soit préché par toute la terre ? : » de peur qu'on ne pense que la persécution qu'on vient de voir si déchainée en arréte le cours. « Paul étoit lié : mais la parole de Dieu ne l'étoit pas*: elle couroit *, » dit cet Apótre : le bruit en retentissoit par toute la terre : «la foi des Romains y étoit annoncée *: l'Evangile, qui étoit venu jusqu'à Colosse, étoit et fructifioit et croissoit en méme temps par tout le monde”. » Ainsi la prédiction du Sauveur s'accomplissoit déjà en quelque facon, avant la dissipation des Juifs: mais le grand accomplissement en est réservé à la fin des siècles, et la prédication aura percé par tout le monde avant qu'il finisse.

O Dieu, donnez vigueur à votre parole : bénissez les prédicateurs apostoliques : envoyez vos ouvriers dans cette grande moisson que votre ennemi ravage. O Seigneur, je me joins en esprit à ces hérauts de votre Evangile et à ceux qui croiront en vous par leur parole. Sanctifiez-les en vérité, et que leur sainteté naissante répare les ravages que fait le péché dans votre héritage. Sauvons-nous, sauvons-nous de la corruption de cette race mauvaise. Mon ame, sauve- toi toi-même : à Dieu, sauvez- moi; je péris.

Page 1