‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 71 sur 149 · ARARAAI AAA ASIA ARR AAA AAA AAA VARRO RARO · texte numérisé non relu

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LXXXIIF JOURNÉE.

Réflexions sur plusieurs circonstances de ces deux événemens. lbid.

« Priez que votre fuite n'arrive point durant l'hiver ou dans le jour du sabbat : » vous aurez besoin des plus grands jours, de la

1 Luc., XVII, 8. — ? Matth., xxiv, 13. — ? Ibid., 44. — * I Timoth., 11, 9. — 5 II Thessal., 111, 1. — 9 Rom., I, 8. — " Coloss., 1, 6,

saison la moins embarrassante, de la liberté d'agir la plus entière, pour précipiter votre fuite dans les déserts et dans les montagnes, et pourvoir à tant de pressans besoins. « Jamais il n'y eut, jamais il n'y aura d'affliction semblable : » jamais peuple n'aura été, ni ne sera plus impitoyablement livré à la vengeance : « et si Dieu n'avoit abrégé le temps, nul homme ne se sauveroit : mais Dieu a abrégé le temps pour l'amour de ses élus . » Ce fléau de Dieu sera si terrible et la force en sera si insupportable, qu'il y auroit de quoi accabler tout le genre humain. Mais il falloit qu'il restât des hommes sur la terre pour enfanter les élus et les saints, qu'il y avoit encore à recueillir. Voilà un sens. Dieu fléchi par les prières de ses élus, a tempéré sa colère : ils sont le sel de la terre, pour en empécher la totale corruption : il faut qu'ils y soient répandus decà et delà et de tous côtés : autrement, le genre humain qui n'est conservé que pour eux, périroit en entier : c'est un autre sens. Le dernier : Dieu a abrégé le temps des souffrances, de peur que ses élus n'en fussent enfin accablés : et il n'a pas voulu qu'ils fussent tentés par-dessus leurs forces.

« Pour l'amour des élus qu'il a choisis ?, » dit saint Marc. Ils ne sont pas élus par un autre : c'est par lui-même : l'amour qui les lui a fait élire, l'oblige à tout faire pour eux, et il n'épargne la terre qu'à leur considération.

Respectons les saints qui sont parmi nous : nous leur devons tout : et Dieu s'apaise en les voyant, comme un père qui voit ses enfans parmi ses ennemis retient sa main. Aprés la séparation, que n'auront pas à souffrir les pécheurs?

Ce qui est vrai en un certain sens, à l'égard des Juifs, est encore plus véritable à l'égard de tout l'univers dans les approches du dernier jour: aprés que la patience de ses saints aura été épurée jusqu'au degré qu'il vouloit, il mettra fin au temps des épreuves, pour donner lieu aux récompenses.

«S'il y a cinquante justes dans Sodome, s'il y en a quarante, s'il y en a dix, je pardonnerai pour l'amour d'eux à toute la ville ?. » Dieu aime tant les siens, que non-seulement il les épargne, mais il épargne les autres pour l'amour d'eux. Si on n'aimoit pas les

* Matth., xxiv, 20-22. — 2 Marc. XIII, 20. — ? Genes., xvitI, 26, 28 et seq.

justes, si on ne les protégeoit pas pour eux-mémes, il les faudroit protéger pour le bien public. Que notre maison soit leur asile : que nos bras leur soient toujours ouverts : que notre secours les suive partout. Les prétres, les religieux les représentent par leur état.

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LXXXIV° JOURNÉE

Réflexions sur d’autres circonstances. Ibid.

«Si l'on vous dit : Le voici dans le désert : le voici dans les lieux retirés de la maison : ne le croyez point ‘. » Ceci regarde les derniers temps, lorsque les Juifs fatigués de tant attendre et d'avoir si souvent été trompés sur le sujet du Messie, s'en diront les uns aux autres des nouvelles comme en secret : « Il est venu, » mais il se cache : « il est dans ce désert; il est dans les lieux secrets de cette maison : ne croyez point tout cela. » Ce n'est plus le temps quil doit venir de cette sorte, d'une maison particulière, d'une ville obscure, d'un désert, tantót caché, tantót découvert ; il paroitra tout d'un coup avec un éclat surprenant; « et un éclair ne se fait pas voir plus rapidement du levant jusqu'au couchant, et d'un cóté du ciel à l'autre, que le Fils de l'homme paroitra dans toute la terre?. » Voilà la premiere chose qu'il marque de ce grand événement: une apparition soudaine et un éclat qui en un moment se fera sentir d'une extrémité du monde à l'autre. Mais voici la seconde : « Où sera le corps, là s'assembleront les aigles 5. » Si les aigles sentent leur proie de si loin et s'assemblent rapidement de toutes parts autour d'un corps mort: combien plus s’assemhileront les élus où sera le Fils de l'homme?

Le grec porte, au lieu de corps, « un corps mort, un cadavre :» et le Fils de Dieu se compare à un corps de cette sorte, à cause que les élus seront rassemblés par le mystére de sa mort, et que c'est par là qu'ils auront part à sa résurrection. Tout cela regarde visiblement l'apparition derniere et le dernier jour de Jésus-

1 Matth., xxiv, 26. — ? Ibid., 21. — 3 Luc., xvi, 24; Matth., xxiv, 28.

Christ. Et c'est pourquoi il ajoute : « Mais aussitôt aprés l'affliction de ces jours-là, » de ces joursoü le Fils de l'homme devra paroitre si vite et rassembler autour de lui tous les élus, « aussitót après cette affliction, » car il a dit qu'il y en auroit d'étranges vers ces jours-là, «le soleil s'obscurcira ' , » etc.

Il ne faut done pas entendre cette affliction ni ces jours, de l'affliction ou des jours qui seront fâcheux pour les Juifs, mais de l'affliction de tout l'univers, vers le jour où le Fils de Dieu devra paroitre, qui sont ceux dont il venoit de parler. Le méme paroit dans saint Mare : «Mais dans ces jours-là ; dans cette affliction-là;

Je soleil s'obscurcira ?, » etc. Comme s'il disoit : Il arrivera de grands maux aux Juifs: mais ce n'est point dans ces maux ou dans ces temps qu'arriveront ces prodiges du soleil obscurci, et les autres : mais « dans ces jours » dont je viens de parler : « dans ces jours » où le Fils de l'homme devra paroitre; aux approches de cette dernière apparition, et peu après les afflictions dont elle sera précédée ; « le soleil s'obscurcira , » etc.

Mettons-nous en esprit dans ce dernier jour, si heureux pour les uns, si funeste aux autres. Représentons-nous l’étonnement où l'on sera, de cette nouvelle lumière que jettera le Sauveur, de ce prodigieux éclat qui se fera sentir d'une extrémité du monde à lautre, avec la rapidité d'un éclair : contemplons ces aigles mystiques : les esprits sublimes à qui le monde n'aura rien été et qui n'auront pas été troublés de tant de persécutions; ni de cet ébranlement universel de la nature éperdue : prendre tout à coup leur vol; et, comme dit saint Paul, « étre enlevés dans les nuées au milieu des airs, à la rencontre de Jésus- Christ, pour étre ensuite toujours avec lui *. » Heureux jour! heureux spectacle! heureux changement! heureux ceux qui verront ce beau feu, cet éclair nouveau, cette vive et admirable lumière ! qui verront ce corps que la mort a consacré à notre salut, ces aigles qui voleront aprés et qui seront enlevés avec lui! Soyons de ces aigles par la contemplation en foi et en vérité et par une noble élévation audessus des choses mortelles : faisons notre proie de ce corps que la mort a fait nôtre : nous l'avons dans l'Eucharistie , ce COPps mort

! Matth., xxiv, 29. — ? Marc., xut, 24. — 3 | Thessal., 1v, 16, 17.

autrefois, à présent vivant, mais couvert d’un signe de mort; dévorons-le : prenons-en toute la substance, tout le suc : vivons de Jésus et de sa vérité et de ses souffrances et de sa mort qui est notre vie : imitons-la : portons-la sur nous : « Portons sur nos corps la mortification de Jésus, afin que la vie de Jésus paroisse en nous *. » Si parmi les ténèbres du monde et celles qui nous environnent, il lui plait de faire tout à coup reluire sur nous comme une espèce d'éclair, une lumière rapide qui se répande en un moment dans toute notre ame, et qui se fasse sentir de la partie haute jusqu'à la plus basse, Ó lumière, je vous adore! Ô lumière, je vous veux suivre! Si vous vous retirez comme un éclair, et que vous laissiez mes yeux éblouis d’un éclat si vif, je me souviendrai de vous avoir vue : je me réjouirai de l’espérance de vous revoir à d'autres momens : je tàcherai de mettre à profit tout ce que vous me montrerez dans ces momens rapides ; et j'aspirerai nuit et jour à ce jour unique de l'éternité où vous luirez sans vous retirer, sans étre obscurcie; oü votre levant sera sans couchant; oü nous jouirons à jamais de vous, Ô Père, Ô Fils, ó Saint-Esprit, qui êtes la véritable et seule lumière. -

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