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LXXX VIE JOURNEE
L'économe fidéle et prudent : sa récompense. Ibid.
Pierre lui dit : « Seigneur, est-ce pour nous que vous dites cette parabole ou pour tout le monde !? » Nous tromperez-vous comme les autres, nous qui sommes les dispensateurs de vos mystères ? Nous serez-vous un voleur qui nous surprendra, ou un maître impitoyable qui arrivera tout d'un coup pour nous punir? Il lui répond par la parabole de l'économe ou de l'intendant d'une maison, à qui le maitre a donné la charge de tout et en particulier celle de ses conserviteurs. C'est la figure des supérieurs et supérieures, chacun selon son degré etle poste oü il est établi.
« Le maitre a établi cet économe, » cet intendant , ce dispensateur, pour être « fidèle : » pour être « prudent : pour donner la nourriture à sa famille : » pour la lui donner « dans le temps : » pour la lui donner « avec mesure?. » Te voilà, à Pierre : vous voilà, pasteurs : il faut être fidèles : donner fidèlement ce que le maitre a mis en vos mains pour le distribuer, les instructions, les sacremens : voilà ce que c'est qu'étre fidéles : ne s'attribuer rien; ne rien retenir de ce qu'il a voulu que vous donnassiez. O économe, Ô intendant spirituel, tu n'as rien à toi, tu n'as rien pour toi, puisque toi-méme tu es tout aux autres : « Tout est à vous, soit Paul, soit Céphas, tout està vous : et vousétes à Jésus-Christ?, » disoit saint Paul. « Tout est à vous. » Il faut donc être fidèle et se donner tout entier au peuple de Dieu. Mais outre la fidélité, il faut la prudence pour donner dans le temps, pour donner avec mesure : prendre les momens favorables d'une affliction, du ralentis-
1 Luc., XII, 41. — ? Ibid., 42. — 3 1 Cor., ui, 22, 23.
sement d'une passion, d'une maladie, d'une grande perte : étre attentifs à ce moment : voyez : Dieu vous avertit : Dieu vous frappe: Dieu vous réveille : voilà le premier effet de la prudence : « prendre le temps : » sinon on rendra compte à Dieu du moment perdu et de la damnation de son frère. Le second, « donner avec mesure : » pas plus qu'on ne peut porter : «ne donner pas le saint aux chiens, ni les perles aux pourceaux ! : » ne précher pas les hauts mystères de la communication avec Dieu aux ames encore impures, qui ont besoin qu'on les étonne , qu'on les effraie : ne donner pas l'absolution ni la communion précipitamment : ne la donner pas aux chiens et aux pourceaux : aux ames encore impures. Aller par degrés: gagner peu à peu : mais néanmoins il vient un temps qu'il n’y a point de temps, qu'il ny a point de mesure à garder. Ici on dit : «Ne reprenez pas, » mais «avertissez* :» là : « Il faut reprendre avec modestie ? ; » ailleurs : « Reprenez durement ^; » ailleurs : « Dans le temps, hors du temps, à propos et hors de propos * : » autrement tout est perdu. Voilà donc la fidélité et la prudence d'un bon serviteur.
Deux choses nécessaires à régler, le fond et la manière : le fond, il faut donner : soyez fidèle : la manière, il faut donner à propos et avec les proportions, les convenances requises : autrement vous n'étes pas ce serviteur digne que le maitre l'emploie à gouverner sa famille, parce que vous ne donnez rien par infidélité , ou lorsque vous donnez, ce que vous donnez tourne à rien par votre imprudence.
Remarquez ici le faux zèle. Un supérieur, un pasteur ne préche pas : il est infidèle. Il préche, il instruit, mais rudement, mais hors de propos : il ne fait rien, parce qu'il est imprudent.
A un tel serviteur, qui dispense bien ce qui lui est confié, « le maitre lui donnera tout ce qu'il posséde* : » et non-seulement son royaume, mais encore lui-même. Car si le père de famille qui n'est qu'un homme, est si juste que trouvant son serviteur qui a bien usé du pouvoir et des biens qu'il lui a mis en main pour les dispenser, il l'éléve à de plus hauts emplois, et lui donne un plus
[ 1 Matth. NU, 6. — 21 Tímoth., v, 1. — 311. Timoth., 11, 95. — * Tit., 1, 13. — IT Timoth., 1v, 2, — 6 Luc., xir, 44; Matth., xxiv, 4T.
grand pouvoir : combien plus Jésus-Christ, qui est la justice même, augmentera-t-il les biens de ses serviteurs, qui auront bien dispensé ceux qu'il leur a déjà donnés?
Pesez ces mots : « Il leur donnera tout ce qu'il possède :» c'est un Dieu qui parle : que ne possède-t-il pas ? Mais tout est à nous, dés que nous usons bien de ce qu'il nous donne.
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LXXXVIII: JOURNÉE
Le serviteur méchant et violent : sa punition. Ibid. :
Nous avons vu le bon serviteur avec ses deux bonnes qualités, la fidélité et la prudence : voyons maintenant la peinture que Jésus-Christ fait du mauvais dispensateur de ses graces et de ses mystères.
« Ce serviteur dit en son cœur !. » Il ne le dit pas en termes exprés : mais il agit sur ce fondement et il le dit par ses ceuvres.
« Mon maitre tarde : » malheureux qui croit échapper ses mains à cause qu'il ne frappe pas d'abord, ou qui s'estime heureux à cause qu'il retarde son: dernier supplice.
«Il bat les serviteurs et les servantes : » il abuse de son pouvoir : illes maltraite : quelquefois en les frappant véritablement : ce que saint Paul défend, en disant que « l'évéque ne doit point frapper, ni être violent ?: » à quoi il faut aussi rapporter les injures et les duretés qu'il leur dit, qui sont une espèce de plaie à la réputation et à la vie de l'honneur. Mais le grand coup que donne ce mauvais économe à ses conserviteurs, c'est lorsqu'il les scandalise : car alors il frappe leur conscience foible : en quoi il peche contre Jésus-Christ et fait pécher son « frére, pour qui Jésus-Christ est mort ?. »
« Manger, boire, s'enivrer * : le royaume de Dieu n'est pas la viande ni le boire, mais la justice et la paix et la joie dans le Saint- Esprit *. » Voilà le festin du bon économe de Jésus-Christ.
1 Luc., Xi, 45. — 21 Timoth., 111, 3. — 3 [ Cor., vul, 11, 12. — * Luc., Xit, 45. — 5 Rom., XIV, 17.
« Le serviteur qui connoit la volonté de son maitre î. » Il veut
dire que celui qui est établi dispensateur , sachant mieux que les autres ce que veut le maitre, puisqu'il le doit précher aux autres, « sera plus puni : mais celui qui ne la sait pas ne sera pas exempt du supplice ? : » et cette moindre punition que le maitre de famille lui réserve ne laissera pas d'étre terrible : car il n'y a rien de foible ni de médiocre dans le siècle futur. . Deux règles de la justice éternelle : l'une, « de punir davantage celui qui sait davantage, » parce qu'il peche contre sa science et par malice: l'autre, « de redemander plus à celui à qui on a plus donné ?, » parce qu'il est chargé de plus de choses , et par conséquent il a un plus grand compte à rendre. Ne vante donc pas ta Science, qui ne sert qu'à te rendre plus coupable. Ne te glorifie pas de tes dons, qui ne font quet'obliger à un plus grand compte : ne t'exeuse pas aussi sous prétexte que tu ne sais pas : car c'étoit à toi à t'instruire : ne te flatte pas sous prétexte que le maitre ne te menace que de peu : car c'est un peu par comparaison , qui ne laisse pas en soi-méme d'étre trés-grand, parce que tout est grand, tout est fort dans le règne de la vérité et de la justice, où Dieu se veut faire sentir tel qu'il est.
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