‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 8 sur 149 · REMARQUES HISTORIQUES. IX · texte numérisé non relu

REMARQUES HISTORIQUES. IX

m'unit à Dieu. Cette profonde mélancolie où je suis jeté, je ne sais comment, dans les détresses de cette vie, est un précurseur qui me prépare à la lumiére.. Les terreurs des jugemens de Dieu, qui ne me laissent de repos ni nuit ni jour, sont un autre précurseur 1..,

profonde mélancolie oü je suis jeté je ne sais comment, est un précurseur qui me prépare à la lumière. Les terreurs des jugemens de Dieu, qui me persécutent nuit et jour, sont un autre préeurseur...

Les additions des correcteurs n'affaiblissent-elles pas plutôt la pensée qu'elles ne la fortifient? Un peu plus loin :

Les éditions.

Nous disons du Verbe, quil étoit Verbe, qu'il étoit Fils unique, qu'il étoit Dieu; et ensuite nous considérons ce qu'il a été fait. Il étoit Dieu dans l'éternité, il a été fait homme dans le temps. Et méme saint Pierre dit ?...

Le manuscrit.

Nous disons du Verbe qu'il étoit Verbe, qu'il étoit Fils unique, qu'il étoit Dieu et qu'il a été fait : Dieu dans l'éternité, homme dans le temps. Et ensuite saint Pierre dit...

Ici les éditeurs défigurent par leurs explications maladroïites, nonseulement le texte, mais le sens de l'auteur. — Ils poursuivent ainsi :

Les éditions.

Il étoit naturellement plus que Jean :

et c'est pourquoi il lui a été préféré, Cette préférence, pour ainsi parler, est une chose qui a été faite; mais qui n'auroit point été faite, si en effet Jésus-Christ, selon sa divinité, n'étoit plus grand que Jean 3.

Le manuscrit.

11 étoit naturellement plus grand que Jean, et c'est pourquoi il lui a été préféré : ce qui est une chose qui a été faite; mais qui n'auroit point été faite, si en effet Jésus-Christ selon sa divinité n'étoit plus que Jean.

Toujours des intercalations explicatives qui n'expliquent rien. — A

la méme page :

Les éditions.

Et quand le màme disciple bien-aimé dit dés les premiers mots de sa première Épitre : Ce qui fut au commencement : où le ce doit être entendu substantivement, comme qui diroit : Ce qui étoit par sa nature et par sa substance, n'est-ce pas la méme chose que ce qu'il a dit ^2...

Le manuscrit.

Et le même disciple bien-aimé : « Ce qui fut au commencement, » ce expliqué substantivement et ce qui étoit par nature et par substance, n'est-ce pas la même chose que ce qu'il a dit?...

1 Edition de Versailles, tome. VIII, p. 298, — ? Jhid., p. 306, — ? Jbid,, p. 301. —

5 Ibid,

x LES MÉDITATIONS.

Que cela suffise pour les Elévations. Les Méditalions n'ont pas été reproduites plus fidèlement. Le manuscrit de la première partie, renfer-, mant l'explication du discours sur la montagne, se dérobe depuis longtemps à toutes les recherches; il fut probablement arrété, par une main peu délicate, dans les pérégrinations que la complaisance intéressée du propriétaire lui faisoit faire de portefeuilles en portefeuilles. L'abbé Ledieu dit qu'il avoit une copie plus complete que le manuscrit de l'abbé Bossuet !; cette copie n'auroit-elle pas servi de source et de type à l'édition princeps, donnée en 1731 par l'évéque de Troyes? Dans ces conjonctures, que devoit-on faire pour la nouvelle édition de Bossuet? Comme toutes les copies renferment toute sorte d'inexactitudes, à défaut du manuscrit, on a consulté, pour la première partie des Méditations, l'édition de 1731, et aussi celle de 1752, qui au reste ne diffère pas de celle-là; pour la seconde partie qui forme presque tout l'ouvrage, on a suivi le manuscrit; et le collationnement a révélé dans les éditions des fautes innombrables, des altérations de tout genre, des interpolations de toute espèce.

Ici l'on ne mettra point en regard, dans des extraits comparatifs, le texte des éditeurs et celui du manuscrit : voici un fait qui peut remplacer toutes les citations. En 1772, les bénédictins des Blanes-Manteaux publièrent sous la direction de Déforis, l'aigle de la congrégation janséniste, les deux œuvres posthumes d'aprés les premières éditions et quelques copies. Lorsque leur travail fut imprimé, ils retrouvèrent, disent-ils, les manuscrits qui à la vérité n'avoient jamais été perdus, et la confrontation leur fit découvrir qu'ils avoient commis des milliers d'altérations; l'errata remplit, pour les Elévations seulement, 17 pages in-4o, imprimées sur deux larges colonnes avec des caractères trèsserrés; et les éditeurs se gardèrent bien de porter en ligne de compte les changemens de termes, les interversions de phrases, en un mot toutes les corrections que le caprice et la présomption leur avoient commandé de faire dans le texte de Bossuet. On me dispensera maintenant, je l'espère, de confronter ici les Méditations sur le manuscrit.

Au reste, si l'on veut savoir comment les premiers éditeurs ont arrangé, manipulé les œuvres posthumes, on trouvera dans les Remarques historiques du VIII* volume de nombreux échantillons de leur savoirfaire.

Encore deux courtes remarques. Bossuet n'a pas suivi, dans tous ses ouvrages, le méme système de ponctuation. Dans la dernière période de sa mission comme écrivain, lorsqu'il eut quitté la chaire apostolique, les périodes prirent plus d'ampleur et plus de développement sous sa plume que dans les époques précédentes : de là, la

! Journal de l'abbé Ledieu, dimanche 8 août 1706,

Page 1