JÉRÉMIE FIGURE DE JÉSUS-CHRIST, CVIII* JOURNÉE
tendresse sur la terre; et ce qui lui paroissoit encore d'une plus insupportable rigueur, à ne faire plus autre chose, en second lieu, qu'en accroître en quelque facon l'iniquité et le supplice ; ne veut plus vivre en cet état, il voudroit n'avoir jamais été, et ne trouve point d'expression assez forte pour expliquer ce désir. Un troisième objet se présente à lui : la prophétie méprisée , la parole de Dieu en dérision, ses prophétes décriés, son nom blasphémé et sa justice exposée : u mépris des hommes à cause de sa bonté dont ils abusent. C'est le comble de la douleur : et aprés avoir voulu effacer du nombre des jours celui de sa nativité, puisqu'il ne peut point s'empécher d'avoir l'étre, il fait un effort secret pour ne plus écouter la prophétie qui se présente à lui avec une force qu'il ne peut éluder. Il ne faut donc plus s'étonner si ses agitations sont si violentes. C'est Dieu de tous cótés qui le presse, qui lui donne, pour ainsi parler, des forces contre lui-même; et à la fin le réduit, aprés des tourmens inexplicables, à continuer ses funestes et fatales prédictions.
Il ne convient pas au Sauveur d'étre agité de cette sorte : car son ame est tellement dilatée et d'une capacité si étendue, que toutes les impressions divines y exercent pour ainsi dire au large et tranquillement leur efficace : mais néanmoins ila dit: « Si je n'étois pas venu et que je ne leur eusse point parlé , si je n'avois pas fait en leur présence des miracles qu'aucun autre n'avoit jamais faits, ils seroient sans péché : mais maintenant ils n'ont plus d'excuse; et ils haissent gratuitement et moi et mon Pére !, » ainsi que David l'avoit prédit *. C'est donc lui qui leur óte toute excuse : sa parole les jugera et les condamnera au dernier jour : lui qui venoit ôter le péché du monde, a donné lieu au plus grand de tous les péchés , qui est celui de mépriser et de poursuivre jusqu'à la mort de la croix la vérité qui leur apparoissoit en sa personne : les blasphèmes se sont multipliés , et on lui a insulté jusque sur sa croix et dans son agonie : sa passion, sa mort, son sang répandu , sont la matière de l'ingratitude de ses disciples et leur tournent à mort et à péché : les crimes s'augmentent par les graces : c’est la grande douleur du Sauveur :
1 Joan., Xv, 22 et seq. — ? Psal. Xxiv, 19.
c'est le calice qu'il voudroit pouvoir détourner de lui : c'est ce qui lui perce le cœur : c’est enfin ce qui l'abat devant son Pére; ce qui lui fait suer du sang, ce qui est le véritable sujet de cette profonde tristesse qui pénètre son ame sainte jusqu'à la mort et enfin de son agonie.
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CIX* JOURNÉE
Jérémie annonce à som peuple sa délivrance.
Il n'en est pas de Jésus comme des prophètes, à qui Dieu défend de le prier, et à qui il dit, comme à Jérémie : « Je ne vous exaucerai pas !. » Car au contraire il dit à son Père : « Je sais que vous m'écoutez toujours ? : » etafin de nous donner en la personne de notre prophète une figure quoique imparfaite de l’intercesseur qui est exaucé, il lui parla en cette sorte, pendant qu'il étoit arrété dans le vestibule de la prison : « Crie maintenant, éléve ta voix et je t'exaucerai : et je t'apprendrai des choses grandes .et d'une inébranlable fermeté, que tu ne sais pas *. » C'est que la Judée et Jérusalem seroient rétablies : qu'il y raméneroit son peuple : qu'il en guériroit les plaies : qu'il les purifieroit de tous leurs péchés *. Il répandit alors « un esprit de prière * » dans tout son peuple : « Réjouissez-vous, ó Jacob! hennissez contre les gentils et contre Babylone, qui en est le chef; et dites : Sauvez, Seigneur, lesrestes de votre peuple : et je vous rappellerai de la terre où je vous avois envoyés en captivité *. » Jérémie annonca au peuple ce glorieux rétablissement : il leur en marqua le temps, et leur déclara qu'à la soixante-dixième année de leur servitude, il feroit éclater ce grand ouvrage. « Car je sais, dit le Seigneur, les pensées que j'ai pour vous : des pensées de paix et non d'affliction, pour vous donner la fin de vos maux et la patience en attendant pour les endurer; et vous m'invoquerez et vous irez en votre patrie : et vous me prierez et je vous exaucerai : et vous me chercherez , et vous
ug VII, 16. — ? Joan., xt, 42. — * Jerem., XXXIII, 1-3. — 4 Ibid., & et Seq. — 5 Zachar., Xit, 40. — 6 Jerem., XXXI, 1, 8.
JÉRÉMIE FIGURE DE JÉSUS-CHRIST, CIXe JOURNÉE. 309
me trouverez lorsque vous m'aurez cherché de tout votre eceur!.» Ainsi le prophéte Jérémie n'annonca pas seulement au peuple sa désolation : mais pour étre une parfaite figure de Jésus-Christ, il leur annonça encore sa délivrance, qui devoit être la figure de celle de son Eglise : et il fut choisi pour la demander à Dieu et pour exciter dans tout le peuple l'esprit de prière. Et s'il annonça à son peuple sa prise, sa ruine, sa captivité, ce ne fut pas pour toujours. Il n'en fut pas ainsi des autres nations, auxquelles Dieu lui ordonna de prophétiser : « Va, lui dit le Seigneur Dieu des armées : prends de ma main la coupe de ma colére, et présente-la à tous les peuples auxquels je t'enverrai : et je la pris, et je la portai à Jérusalem et aux villes de Juda : à ses rois et à ses princes : et à Pharaon roi d'Egypte et à ses serviteurs : à ses princes et à tout son peuple : et généralement à tous les rois : aux rois d'Orient, aux rois des Philistins et d'Ascalon et de Gaza et d'Idumée et de Moab : et à tous les rois de Tyr et de Sidon et aux rois des iles éloignées et à tous les rois d'Arabie et à tous les rois d'Occident et aux rois de Perse et aux rois de Mèdes et à tous les rois du Nord de prés et de loin : et le roi de Dabylone boira aprés eux , » lui qui fait boire ce calice de la colére de Dieu à tous les autres : « Buvez, buvez, leur dira le Seigneur : buvez, et enivrez-vous, et vomissez , et tombez , et vous ne vous relèverez jamais ?. Voilà le tourhillon du Seigneur : sa colère part : son orage tombe et il se reposera sur la téte de ses ennemis ?. » Ainsi sont traités les rois et les peuples idolâtres. Le prophète, qui leur dénonce leurs maux , neleur laisse aucune espérance : - Sion seule est frappée en ses miséricordes , comme un enfant que son pere chátie : le prophéte lui montre son retour : il porte ses yeux plus loin, et lui prédit son libérateur : ce nouveau David dont le régne sera éternel : cet homme parfait en sagesse , qui se trouvera environné des entrailles d'une femme , et enfermé dans son sein : etla nouvelle alliance que Dieu fera par son entremise avec le peuple racheté *. Elevez la voix, Ó Jérémie! prophète sanctifié dès le ventre de votre mère : prophète vierge et figure
1 Jerem., XXV, 11; xxIX, 10-13. — ? Jerem., XXV, 15, 21. — $ Jerem., XXX, 23. ^ Jerem., XXXI, 22, 31.
du grand prophéte vierge aussi et fils d'une vierge ' : chanteznous les miséricordes de notre Dieu : reprochez-nous nos ingratitudes : faites-nous rougir de nos crimes : donnez-nous l'exemple d'humilité , de patience, de douceur : entrez encore à nos yeux dans votre affreux cachot en figure de la sépulture de Jésus- Christ : sortez-en aussi en figure de sa résurrection : exprimez ses persécutions dans les vótres. Et nous, Seigneur, en attendant que nous méditions plus à loisir les mystères de votre passion et de votre résurrection triomphante , nous nous y préparerons en contemplant avec foi les prophètes qui leur ont servi de figure.
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CX* JOURNÉE
Jonas dans le ventre de la baleine; autre figure de Jésus-Christ.
Agité d'un de ces transports que nous avons remarqué dans les prophètes, et que nous avons vu dans Jérémie, Jonas ne veut point aller précher aux Ninivites leur perte prochaine?, de peur que si Dieu leur pardonnoit, comme son immense bonté l'y portoit toujours, les peuples paiens ne se confirmassent dans leur incrédulité et ne méprisassent ses menaces et les discours de ses prophétes : et pressé par cet esprit prophétique qui le poussoit au dedans avec une force invincible à annoncer la ruine de Ninive, il lui dit : Voilà, Seigneur, une parole que je ne puis porter. « Je sais que vous étes un Dieu clément, plein de miséricorde et de patience, d'une compassion infinie et toujours prét à pardonner aux hommes leur malice? : » vous pardonnerez encore à cette ville infidèle. On ne nous écoutera plus, quand nous parlerons en votre nom : nous annoncerons en vain à Juda et à Israél la rigueur de vos jugemens : votre facilité et votre indulgence ne fera qu'endurcir les hommes dans le mal : ear il faut suppléer tout ceci , puisque nous l'avons déjà trouvé dans Jérémie : « O Seigneur! Ôtez-moi la vie, continuoit Jonas* : car il vaut mieux mourir » que d'étre trouvé un prophète menteur et exposer la prophétie à
Jerem. I, 5; XVI, 2. — 2 Jon., m 25 2, —$ Jon., IV, 9. mr Ibid., ac