JONAS FIGURE DE JÉSUS-CHRIST , CX* JOURNÉE
la dérision. On voit, en passant, que les ames toüchées de ces impressions divines, sont élevées au-dessus de tout, et la mort ne leur coüte rien. Dans cette extréme détresse, non-seulement il tâcha, comme Jérémie, de ne point écouter la prophétie et de s'étourdir lui-même contre cette voix; mais pressé par cet esprit prophétique, il s'enfuit de devant le Seigneur, et s'embarque à Joppé'* pour aller de la Terre sainte où il étoit à l'autre extrémité du monde. Car encore qu'on ne sache pas précisément quelle étoit la ville de Tharsis, on convient qu'elle étoit extrémement éloignée du cóté de l'Occident.
Il ne faut pas se persuader que le saint prophéte crüt que Dieu ne le verroit plus ou qu'il sortiroit de son empire, lorsqu'il iroit dans les terres lointaines : ear nous l'entendrons bientót dire aux nautonniers : « Je suis Hébreu, et je révère le Dieu du ciel qui a fait la mer et la terre?. » De sorte qu'il voyoit bien qu'on ne pouvoit échapper à sa puissance, ni sortir de son domaine. Cette face de Dieu, qu'il tàche de fuir, cette présence qu'il veut éviter, c'est la face que Dieu montroit intérieurement à ses prophètes ; c'est la présence dont il éclairoit leur esprit, lorsqu'il daignoit les inspirer : c'est cette face que Jonas crut pouvoir éviter en s'éloignant de la Terre sainte et du milieu du peuple d'Israél, où Dieu avoit accoutumé de répandre la prophétie. Il s'éloigna donc tout ensemble et de la Terre sainte et de Ninive, où il ne crut pas que Dieu voulüt le ramener malgré lui d'un pays si éloigné. Mais il ne fut pas plutót embarqué, que « Dieu fit souffler un vent impétueux , et la tempête fut si violente, qu'on craignoit à chaque moment que le vaisseau ne s'entr'ouvrit. » Pendant que « chacun invoquoit son Dieu avec des cris effroyables, et qu'on jetoit dans la mer toute la charge du vaisseau , Jonas » sans s'étonner d'un si grand péril, car nous avons vu souvent que ces ames fortes qui sont sous la main de Dieu, ne craignent rien que lui seul, « descendit au fond du vaisseau, et dormoit d'un profond sommeil *. ». C'est quelque trait de Jésus, qui dans une semblable tempéte dort. tranquillement sur un coussin, et laisse remplir de flots le vaisseau où il étoit avec ses disciples“. Par un semblable mystère et
/4 Jon., 1, 3. — % Ibid., 9, — 3 Ibid., 4, 5. — * Marc., 1v, 31, 88. ;
pour montrer qu'on n'a rien à craindre, quand on a Dieü avec soi, et qu'il n'y a en tout cas qu'à s'abandonner à sa volonté, Jonas dormoit parmi tant de cris et tant d'horribles sifflemens des vents et des flots, jusqu'à ce qu'on l'éveilla, à peu prés de la méme manière qu'on fit le Sauveur, en lui disant : « Pourquoi dormezvous ? invoquez aussi votre Dieu, afin qu'il se souvienne de nous et que nous ne périssions pas!. » La main de Dieu ne quittoit pas le saint prophète : il sentit d'abord que la tempête étoit envoyée contre lui : il vit jeter tranquillement le sort que les passagers jetoient entre eux, pour découvrir le sujet de la tempête : il le vit tomber sur lui sans s'effrayer : car il avoit toujours dans l'esprit que la mort lui étoit meilleure que d'aller prophétiser pour étre dédit et faire blasphémer la prophétie? : et il dit hardiment aux nautonniers, qui le vouloient épargner : « Jetez-moi dans la mer » sans hésiter, « et la tempéte cessera; car je sais bien que c'est pour moi qu'elle est excitée?. » Cependant ils le respectèrent, étonnés de sa prodigieuse tranquillité et encore plus de la grandeur du Dieu qu'il servoit. Car comme on lui demanda qui il étoit, «il avoit répondu qu'il étoit Hébreu et que le Dieu qu'il craignoit étoit le Dieu du ciel, et le Créateur de la terre et de la mer : » et ils faisoient les derniers efforts « pour arriver à terre, » sans qu'il en coutât la vie à un si grand homme. Mais plus « ils ramoient, » plus «la mer s'enfloit : » en sorte qu'ils furent contraints de « jeter Jonas dans la mer, » en prenant Dieu à témoin que c'étoit à regret qu'ils le noyoient et qu'ils étoient innocens de sa mort : « et aussitót l'agitation de la mer cessa *. » Et voilà déjà en figure de notre Sauveur tout ce peuple sauvé par la mort, comme l'on croyoit, du saint prophète, à laquelle il s'étoit lui-même volontairement offert. Mais ce n'est pas là tout le mystère; et le reste nous est expliqué par le Sauveur méme, lorsqu'il dit : « Cette mauvaise race demande un signe, et il ne lui en sera point donné d'autre que le signe du prophéte Jonas : car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans les entrailles de la baleine, ainsi le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre*. »
1 Jon. 15065. —— 2 Jon. IV. do-—9-Jóom.. l. 19 13. — * Ibid. g "war erum b Matth., xil, 39, 40. LEM » À; E > 5 5