‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 96 sur 149 · IX: JOURNÉE · texte numérisé non relu

IX: JOURNÉE

Pierre refuse de se laisser laver les pieds, puis il obéit. Joan., xur, 6-9.

Que saint Pierre étoit pénétré de ces grandeurs et de ces bassesses de son maitre, lorsqu'il s'écrie tout transporté : « Quoi! Seigneur, vous me laveriez les pieds!! » Vous ? à qui? à moi! Tu, mihi. Vous, le Fils de Dieu ! à moi, un pécheur ! Il lui disoit autrefois : « Retirez-vous de moi, Seigneur ; car je suis un homme pécheur ? : » un homme, un mortel, un néant : mais ce qui est encore pis, un pécheur. Ha! retirez-vous de moi, je ne puis souffrir votre approche. A plus forte raison maintenant, que vous veniez me laver les pieds et me rendre un service si indigne de vous, un maitre à son disciple! un Seigneur et un tel Seigneur à son esclave! « Ha! Seigneur , » quoi que vous disiez, je ne le souffrirai jamais : «Jamais vous ne me laverez les pieds ?. »

Le caractère de saint Pierre étoit la ferveur. Elle n'étoit pas encore bien réglée, mais elle étoit extrême ; et quoique Jésus lui dit : « Vous ne savez pas encore ce que je veux faire, mais vous le saurez bientôt » et en son temps ; comme s'il eût dit : Laissezmoi faire; je sais pourquoi je le fais; Pierre s'obstine pour ainsi parler , et contraint Jésus de lui dire : « Si je ne vous lave, vous n'aurez point de part avec moi. » Et en méme temps, avec la méme ferveur qui lui faisoit dire : « Jamais vous ne me laverez les pieds, » il s'écrie : « Ha ! Seigneur, non-seulement les pieds, mais encore les mains et la tête *. » Il ne savoit pas encore ce que

1 Joan., XIII, 6, T. — ? Luc., v, 8. — 5 Joan., xiu, 6. — # Ibid., 7-9.

c'étoit d’être lavé par Jésus, et dans quel baptéme il falloit être plongé à son exemple. Il n'avoit pas encore pénétré cette parole de son maître : « J'ai à être baptisé d'un baptême" : » il faut que je sois baptisé de mon propre sang : et je réserve ce baptéme de souffrance à mes serviteurs : je leur laverai les pieds, je leur laverai les mains , je leur laverai la téte par ce baptéme. Pierre ne savoit pas encore tout ce mystère : il ne savoit pas encore parfaitement combien nos pensées, combien nos actions étoient impures, ni combien nous avions besoin que notre téte et nos mains fussent lavées. Et néanmoins possédé du désir d’être avec son maitre et d'avoir part avec lui, à l'abandon il s'éerie : Je vous livre tout, les pieds, les mains, la téte méme : lavez-moi comme vous voudrez : je veux étre avec vous, quoi qu'il en coüte : à quelque prix que ce soit, je veux vous avoir : faites ce que vous voudrez, nonseulement de mes pieds, mais encore de mes mains et de ma tê:e. Vous serez écouté, Pierre : vos pieds et vos mains seront lavés : vous serez crucifié comme votre maitre : votre téte aura son partage dans votre crucifiement, et vous serez crucifié la tête en bas. C'est ainsi que votre maitre vous lavera : voilà le bain qu'il vous prépare : « Vous ne le savez pas encore ; » mais on vous le fera savoir en son temps. « O Seigneur, non-seulement les pieds, mais encore les mains et la téte. » Imitons saint Pierre : abandonnonsnous à notre Sauveur. Nous ne savons pas encore ce qu'il veut faire de nous : notre foiblesse ne le pourroit pas souffrir : mais quoi que ce soit, «mon cœur est prêt : mon cœur est prêt, Ô Dieu ? ! » encore un coup, je vous livre tout : pieds et mains, tout. ce que je suis, la téte méme et l'ame dont elle est le siége.

VA VU UV EU LULU EUUUUER LE VUVVAYTTYT VUVVV 80 VUE VUUVVT LLL LULU LUE CUXAUTVVAUNAR TUYA UNUS

X° JOURNÉE

Se laver des moindres taches. Vous êtes purs, mais non pas tous. Joan., xui, 8, 10.

En Orient, dans les pays chauds, l'usage du bain étoit fort fréquent ; et après qu'on s'étoit lavé le matin et pendant le jour, 1 Luc., xit, 50, — ? Psal. LV, 8.

il ne restoit plus sur le soir que de se laver les pieds pour se nettoyer des ordures qu'on amassoit allant et venant. C'est le sens de cette parole de l'Epouse : « J'ai lavé mes pieds : pourquoi voulezvous que je me lève pour les salir !? » Jésus-Christ se sert de cette similitude, pour faire entendre à ses fidéles qu'aprés s'étre lavé des grands péchés, il reste encore le soin de se purger de ceux que l'on contracte dans l'usage de la vie humaine ; lesquels, bien que plus petits à comparaison des autres, ne laissent pas en euxmémes d'étre toujours grands, parce qu'une ame qui aime Dieu ne trouve rien de léger dans ce qui l'offense; et si elle négligeoit de se purifier de ces fautes, elles la mettroient dans un état funeste , affoiblissant insensiblement les forces de l'ame : en sorte qu'il ne lui resteroit que très-peu de résistance contre les grandes tentations ; ce qui la feroit succomber trop aisément, parce que ces tentations violentes ne peuvent étre vaincues que par une trés-ardente charité. C'est ce que Jésus-Christ nous apprend par ces paroles : « Celui qui a été lavé n'a plus besoin que de laver ses pieds, et il est pur dans tout le reste; et vous, vous étes purs , mais non pas tous ?. » Jésus-Christ nous apprend donc par cette parole qu'il ne nous est pas permis de négliger ces moindres péchés, et c'est ce qu'il a voulu signifier par le lavement des pieds. Et afin de pénétrer tout le mystère, le soin qu'il prend de laver les pieds à ses apótres au moment qu'il alloit instituer l'Eucharistie et les y faire participer, nous apprend que le temps où nous devons nous appliquer à purger ces fautes vénielles, c'est celui oü nous nous préparons à la communion , oü il s'agit de s'unir parfaitement avec Jésus-Christ; à quoi ces péchés apportent un si grand obstacle, que si on mouroit avant que de les avoir expiés , la vision bienheureuse en seroit retardée et peut-étre durant plusieurs siècles. On doit donc se sentir d'autant plus obligé à purifier ces péchés avant la communion, que c'est par elle principalement qu'on s'en doit relever, les autres étant lavés par un autre sacrement et la négligence de purger ces fautes pouvant aller à un excès qui rendroit l'attache à ces péchés non-seulement dangereuse comme elle l'est toujours, mais encore mortelle. Car celui

1 Cantic., v, 8. — ? Joan., Xu, 10.

qui ne se soucie des péchés qu'à cause qu'ils damnent, montre que c'est la peine qu'il craint , mais qu'il n'aime pas véritablement la justice, c'est-à-dire qu'il n'aime pas Dieu comme il y est obligé ; et il doit craindre de perdre bientôt par son extrême langueur tout ce qui lui reste de ce feu divin. Lavons done soigneusement non-seulement nos mains et notre tête, mais encore nos pieds, avant que d'approcher de l'Eucharistie : autrement l'Epoux viendra à nous avec une espéce de dédain. Et encore que ces péchés journaliers n'empéchent pas qu'il ne nous dise ainsi qu'aux apótres : « Vous êtes purs, » il nous avertit néanmoins de nous en purger, quand nous voulons nous approcher de son corps et de son sang avec toute la pureté requise. Et il fait bien voir combien est grande cette obligation, lorsqu'en lavant les pieds à ses apótres, pour leur inspirer le soin de se purifier de ces péchés, il leur dit : « Si je ne vous lave, » c'est-à-dire si je ne lave ces taches des pieds, « vous n'aurez point de part avec moi ! ; » non-seulement à cause qu'elles retardent, comme on vient de voir , la vision bienheureuse et la parfaite union avec Dieu ; mais encore à cause que la négligence de les nettoyer peut causer de dangereuses froideurs entre l'ame et Jésus-Christ, et méme dans un certain degré devenir mortelle. Lavez-vous donc, chrétiens : lavez-vous de tous vos péchés, jusqu'aux plus petits , lorsque vous devez approcher de la sainte table : lavez vos pieds avec soin: renouvelez-vous tout à fait, de peur qu'il ne vous arrive de manger indignement le corps du Sauveur, puisque vous voyez si clairement que ce péché, qui peut-être ne seroit que véniel par sa nature, deviendroit mortel par l'attache que vous y auriez. Et quand méme vous ne seriez pas tout à fait indigne de cette indignité qui nous rend coupables du corps et du sang du Sauveür, nous pourrions nous rendre indignes des grandes graces sans lesquelles nous ne pouvons vaincre les grandes foiblesses , ni les grandes tentations dont la vie est pleine. Nous pourrions nous rendre indignes de cette parfaite communication avec l'Epoux , et causer entre lui et nous, sinon la rupture, du moins ces froideurs qui sont des dispositions à la rupture méme. 1 Joan., xi, 8.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XI* JOURNÉE. 331 Seigneur , lavez-moi les pieds, afin que je dise avec l'Epouse ; « Je me snis lavé les pieds : puis-je les salir de nouveau ?» La pureté est un attrait pour conserver la pureté : plus un habit est blanc, plus les taches qui sont dessus se font remarquer : plus on est net, plus on doit éviter de se souiller : dans le désir d'étre rangé avec ceux dont il est écrit, « qu'ils sont sans tache devant le trône de Dieu *. » C'est à quoi il faut aspirer et se souvenir de cette belle doctrine de saint Augustin : qu'encore qu'on ne puisse vivre ici sans péché, on en peut sortir sans péché , parce que comme les péchés y abondent, les remèdes pour les guérir n'y manquent pas.

WVVUV LAWVULVVVULUVVUUUVUUTULVLVLULUUVTUTWL LU LULU LULU LUV UVUUVVIUULVVL V UULVU UU VUVUVVVUUV VV

XI JOURNÉE

Judas lavé comme les autres. Joan., xim, 10, 11.

« Vous étes purs, mais non pas tous. Car il savoit qui étoit celui qui le devoit trahir; et c'est pour cela qu'il dit : Vous étes purs, mais non pas tous ?. » Et cependant, quoiqu'il le connüt et « que le diable füt déjà entré dans son coeur ? » pour lui inspirer le dessein de livrer son Maitre , il lui lave les pieds comme aux autres, et il lavertit qu'il voit son crime pour le porter à se corriger. Arrétons-nous à considérer avec saint Paul « la bonté de Dieu » qui nous attend , disons plus, « qui nous invite à la pénitence, » pendant « qu'avec notre dureté et notre cœur impénitent nous nous amassons à nous-mémes des trésors de haine *. » Telle étoit la disposition de Judas.

Que de Judas parmi les chrétiens! Que de malheureux, que mille démonstrations des bontés de Dieu ne peuvent détourner de la résolution de mal faire! Ne soyons point de ce nombre. Si nous en avons été, n'en soyons plus : songeons du moins qu'il nous voit, qu'il voit celui qui le doit trahir. Et cependant. il lui lave les pieds : une eau sainte lui est présentée dans la pénitence : Jésus est prêt à le recevoir à son amour et à ses graces, pourvu qu'il se lave et se repente.

1 Apoc. XIV, 5. — ? Joan., Xu, 10, 11, — 3 [bid., 2, — * Rom., 1, 4, 5. TOM. VI. E 22

AAAAWVALTALULULUUVUVYYtUW Vx VE UV LU LE LL ULUUUULUER UUVUX VUVT VY XA VA VA XA VUUE V LA LE UE LUE LE UE LULU

XIE JOURNÉE

Lavement des pieds commandé. Bonté et humilité. Joan., xim, 12-16.

Il falloit joindre l'instruction de la parole à celle de l'exemple. Jésus « reprit ses habits , et s'étant remis à table, » avant que de reprendre le souper qu'il avoit interrompu, avant que d'en venir au repas céleste, il y parla en cette sorte : « Vous voyez ce que je viens de faire : vous m'appelez votre Maitre et votre Seigneur, et vous avez raison : car je le suis *. » Continuez la lecture, versets 14, 15, 16. Vous y apprendrez que le Sauveur nous enseigne à rendre à nos frères le service que nous pouvons, méme corporel, méme sans y étre tenus. Celui de laver les pieds étoit alors en grand usage, com me il paroit par ces paroles de saint Paul, où il compte parmi les conditions de la veuve, qu'on devoit choisir pour servir les pauvres, « qu'elle ait été hospitaliére, qu'elle ait lavé les pieds des saints?. » Choisissons à cet exemple quelque service de cette nature, qui revienne à celui-là selon nos mœurs. Par exemple, allons servir les malades dans un hópital, ou plutót encore quelque malade qui soit sans secours et qui ait besoin d'un tel service; et toutes les fois que nous le rendrons à quelqu'un, rendons-le comme Jésus-Christ, le plus sérieux , le plus effectif, et par conséquent le plus humble qu'il se pourra; etque ceux qui rendent quelquefois aux pauvres de tels services par cérémonie, comme les princes, les prélats , les supérieurs des communautés, entrent dans l'esprit de cette cérémonie : qu'ils entrent dans une profonde et sincére humilité : qu'ils considérent, que dans le fond notre nature est servile : que nous sommes nés serfs par le péché et que la différence des conditions ne peut pas effacer ce titre.

Ne servons pas seulement nos fréres avec humilité , comme a fait le Sauveur ; mais servons-les avec amour, en nous souvenant de cette parole : « Jésus ayant toujours aimé les siens , il les aima jusqu'à la fin *. » Ce ne fut donc pas seulement pour pratiquer

1 Joan., xu, 19, 43; — 21] Timoth.; v, 9, 10. — 3 Joan., xut, 1.

SERMONS DE NOTRE-SEIGNEUR, XIIe JOURNÉE. 339

l'humilité et nous en donner l'exemple, qu'il lava les pieds à ses disciples; mais ce fut par un tendre amour, par le plaisir qu'il avoit à leur montrer combien il les estimoit, pour relever la dignité de Ja nature humaine tombée dans la servitude. Servons donc nos frères dans le méme esprit, par estime, par tendresse et pour honorer Jésus- Christ en eux.

Dans un sens moral, mais trés-véritable et trés-solide , nous nous lavons les pieds les uns aux autres, lorsque nous prenons soin de nous avertir mutuellement de nos fautes; toujours préts à les excuser, ne souffrant pas qu'on déshonore notre prochain dans les moindres choses, et le purgeant par ce moyen jusque des plus petits défauts; et cela, non-seulement par humilité, de peur qu'en jugeant les autres nous nous attirions à nous-mêmes un sévère jugement pour nos défauts; mais par une sincere et véritable tendresse pour tous les chrétiens qui sont nos frères, et pour tous les hommes qui sont notre chair.

Jésus-Christ, après avoir dit : « Faites comme je vous ai fait !, » et avoir montré aux hommes le service qu'ils doivent rendre à leurs semblables, afin de leur faire entendre à combien plus forte raison ils doivent servir ses ministres, il ajoute : « Celui qui recoit ceux que j'envoie, me recoit moi-méme; et : celui qui me recoit, recoit celui qui m'a envoyé *. » Le bel enchainement de remonter des ministres de Jésus-Christ à lui-même, et de lui-même jusqu'à Dieu son Père! Accoutumons-nous à regarder Jésus-Christ dans nos pasteurs, et dans Jésus-Christ toute la majesté de son Père.

En tenant ces discours à ses apôtres, Jésus-Christ y insère toujours quelque chose du traître Judas pour les confirmer, non-seulement dans la foi en leur faisant sentir qu’il savoit tout, mais encore dans les sentimens de bonté et d'humilité, puisque connoissant, comme il dit, ceux qu'il avoit choisis et sachant les noirs desseins de ce traitre, il n'avoit pas laissé de lui laver les pieds : et non-seulement cela, mais encore de le faire mettre à sa table, de lui servir à manger comme aux autres, et ce qui est au-dessus de tout, de lui donner comme aux autres son corps et son sang.

1 Joan., XT, 45. — ? Ibid., 20.

VAVVSAVA VUL VUUVL US VUA VUVV MAAAAAAAAA LULU EU EU EU AURATA UV VV VVULLVTTA VUUVA (UE

Page 1