‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 162 sur 257 · III · texte numérisé non relu

III

Que faut-il faire avant la Communion?

Saint Paul nous le dit par ces paroles. Aprés avoir rapporté comme Jésus-Christ nous donne son corps et son sang avec ordre de célébrer ce saint mystére en mémoire de sa mort, il ajoute ce qui suit : «Quiconque mangera ce pain, ou boira le calice du Seigneur indignement, sera cóupable du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme donc s'éprouve soi-même, et ne présume point manger de ce pain , ni boire de cette coupe sans cette épreuve :

car celüi qui mange et boit indignement, mange et boit son jugement, ne discernant point le corps du Seigneur. C'est pour cela qu'il y en à plusieurs parmi vóus qui tombent malades, et que plusieurs meurent. Que si nous nous jugions

nous-mêmes, nous ne serions point jugés; et quand nous sommes jugés, nous sommes repris parle Seigneur, afin de n'étre point condamnés avec le monde. » (I Cor., xi, 21 et suivans. )

Ces paroles de saint Paul sont terribles , et doivent être écoutées avec tremblement de tous ceux qui approchent de la sainte table.

1. Elles nous apprennent que ceux qui communient indignement, sont coupables du corps et du sang de Jésus-Christ, c'est-à-dire qu'ils sont coupables du crime de Judas qui l'a livré, et du erime des Juifs qui l'ont mis à mort, et qui ont versé son sang innocent. Car communier indignement, c'est lui donner avec Judas un baiser de traitre:

c'est violer la sainteté de son corps et de son sang; les profaner, les fouler aux pieds, les outrager d'une maniére plus indigne que n'ont fait les Juifs qui ne le connoissoient pas dans leur fureur, au lieu que le chrétien sacrilége l'outrage en le connoissant pour le Roi de gloire, et l'appelant son Sauveur.

2. Ces paroles nous font voir jusqu'oü va le mépris que ces chrétiens sacriléges ont pour Jésus- Christ, en ce «qu'ils ne discernent point le corps du Seigneur, » et le mangent comme ils feroient un morceau de pain, sans songer auparavant à purifier leur conscience :

ce qui est le mépris le plus outra-

PRIÈRES ECCLÉSIASTIQUES

geux qu'on puisse faire à un Dieu qui se donne à nous.

3. Saint Paul conclut de là, «que celui qui mange indignement le corps de Jésus-Christ, mange et boit son jugement.» Car comme celui qui péche aux yeux du juge quia en main la puissanee publique pour châtier les scélérats, s’attire une prompte et inévitable punition : ainsi ce chrétien téméraire, qui communie sans avoir purifié sa conscience , mène son juge en luiméme, où il semble ne l'introduire qu'afin qu'il voie de plus prés ses crimes, et qu'il soit comme forcé à en prendre une prompte et rigoureuse vengeance.

4. Saint Paul nous enseigne que Dieu chátie souvent dés cette vie les communions indignes, en frappant ceux qui les font de maladies mortelles et de morts soudaines : ce qui doit faire appréhender que les communions sacriléges, si fréquentes parmi les chrétiens, n'attirent, et sur les particuliers. et sur toute la Chrétienté , des chátimens effroyables.

5. Le méme saint Paul nous apprend que ces chátimens temporels qui nous sont envoyés pour nous avertir, quelque terribles qu'ils.

soient , ne sont rien à comparaison:

de ceux qui sont réservés en l’autre vie aux malheureux chrétiens que de tels avertissemens n'auront pu détourner de leurs communions sacriléges.

EXERCICE DE LA COMMUNION

6. Ce saint Apôtre conclut de tout cela que « l'homme doit s’éprouver soi-méme, » avant que d'approcher de la communion, «et ne présumer pas de la recevoir sans avoir fait cette épreuve. »

Elle consiste en deux choses :

premiérement, à examiner sa conscience el à se juger indigne de la communion , quand on se sent souillé d'un péché mortel; secondement, à éprouver ses forces durant quelque temps, po: r voir si on aura le courage de surmonter ses mauvaises habitudes : car on ne doit point présumer de recevoir ce saint sacrement, qu'il n'y ait une apparence bien fondée qu'on est en état d'en profiter.

Cette épreuve se doit faire par l'avis d'un sage confesseur, qui sache nous donner si à propos ce reméde salutaire, que nous nous en portions mieux, et que notre vie devienne tous les jours meilleure.

Car sans doute c'est profaner le corps et le sang de Jésus-Christ, que de le recevoir sans qu'il y paroisse à notre vie. Ce n'est point discerner le corps de Notre-Seigneur d'avec une nourriture ordinaire, que de demeurer toujours aussi grand pécheur aprés l'avoir recu qu'auparavant. Il n'y a rien qui endurcisse davantage les pécheurs, ni qui les mére plus certainement à l'impénitence, que de recevoir les sacremens sans en pro-

fiter ; parce que s'accoutumant à les recevoir sans effet, ils n'en sont plus touchés et ne se laissent aucun moyen de se relever. Dieu retire ses graces de ceux qui en abusent; et plus elles sont abondantes dans l'Eucharistie, plus on se rend odieux àla justice divine, quand on les laisse écouler sans fruit.

Que le pécheur s'éprouve donc soi-même, et qu'il juge sérieusement devant Dieu avec un sage confesseur, s’il est en état de profiter de la communion : car s’il n'en profite pas, il se met dans un danger évident d’être pire qu'auparavant, selon cette parole de Jésus-Christ :

« Le dernier état de cet homme est pire que le premier. » (Matth., xu, A5.)

Mais malheur à celui qui, n'étant pas jugé digne de communier, n'est point percé de douleur, et ne regarde point cette privation comme.

une image terrible du dernier jugement, où Jésus-Christ séparera pour jamais de sa compagnie ceux qui auront mérité la damnation.

Ce jugement n'est pas assez redouté, parce que les hommes le regardent comme une chose éloignée; mais Jésus- Christ nous le rend présent dans l'Eucharistie. ll y sépare les agneaux d'avec les boucs; il appelle les justes, et éloigne de lui les pécheurs, et leur dénonce par là qu'ils n'auront jamais de part avec lui s'ils ne font bientót pénitence.

Il y en a qui se font un sujet d'orgueil de ne pas communier, et qui s'imaginent étre plus vertueux que les autres, quand ils se retirent de la sainte table sans se disposer à en approcher au plus tót. C'est une illusion pernicieuse : cette privation est un sujet d'humiliation profonde. Jésus-Christ est notre pain :que nous devrions manger tous les jours, comme faisoient les premiers chrétiens; et nous devons nous con- ‘fondre, quand nous sommes jugés indignes de le recevoir. Au lieu done de nous reposer dans cette privation, il faut entiérement tourner notre cœur à déplorer notre malheureux état, et travailler avec ardeur à recouvrer bientôt Jésus- Christ, dont nos crimes nous ont séparés. "s

Quelques jours avant que de communier, il y faut préparer son cœur par des actes fréquens de foi, d'espérance et de charité, et travailler ‘peu à peu à nous les rendre si familiers, qu'ils sortent comme naturellement de notre cœur, sans qu'il ait besoin d'y être excité par aucun effort.

Chacun en faisant ces actes, dont il y a des formules après cette instruction, doit s'éprouver soi-même sur ces trois vertus. Le chrétien doit examiner sérieusement si, en disant les paroles par lesquelles les actes sont exprimés, il en a le sentiment en lui-même, c'est-à-dire

qu'il doit sonder son cœur pour.

PRIÈRES ECCLÉSIASTIQUES

considérer s'il croit véritablement les saintes vérités de Dieu, s'il met toute sa confiance en ses promesses, s'il l'aime de tout son cœur et s'il désire sa gloire.

Aprés avoir fait cette épreuve et avoir recu l'absolution avec un cœur vraiment repentant, on peut s'approcher de la communion, quelque indigne qu'on se sente encore de la recevoir : car les pécheurs humbles et repentans sont ceux que Jésus- Christ est venu chercher.

Il faut donc aller à lui avec confiance, comme à l'unique soutien de notre foiblesse ; et puisqu'il nous a déjà donné le repentir de nos fautes, chercher encore en luiméme la force nécessaire pour persévérer.

gIV.

Que faut-il faire dans la Communion ?

« Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison; mais dites seulement une parole, et mon ame sera guérie. » (Matth.

vni, S8.) Et encore cette parole de l'Apocalypse : « Venez, Seigneur Jésus, venez. » ( Apocal., xxu, 20.)

Dans cette sainte action, il faut méler ensemble ces deux sentimens, une profonde humilité par laquelle nous nous sentons indignes de recevoir Jésus-Christ, avec une ardeur extrême de s’unir à lui pour ne s'en séparer jamais.

C'est ici le mystère de l'union de

EXERCICE DE LA COMMUNION. 337

l'Époux céleste avec l'Eglise, son Epouse ; c’est ici qu'il s'unit à elle corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit, pour ne faire avec elle qu'une méme chose; oü il se donne à posséder tout entier aux ames chastes qui sont ses épouses, et où il veut aussi les posséder sans réserve.

Quel amour, quel ardent désir ne doit-on pas ressentir à l'approche d'une telle grace! Mais que cet amour doit être humble et respectueux ! Que l'ame doit être pénétrée de sa bassesse, de son néant, de la grandeur de l'Epoux céleste qui s'unit à elle, de ses bontés infinies, de ses miséricordes innombrables!

Il faut s'éveiller dans un grand respect et avec un grand sentiment de l'action qu'on va faire; se tenir toujours recueilli au dedans; et sans s'arréter à des paroles certaines, laisser aller son cœur à ces deux mouvemens d'humilité et d'amour.

Il faut tácher de les exciter avec une nouvelle ardeur durant la messe, oü nous avons dessein de communier. Prions-y plus que jamais pour toute l'Eglise et pour la paix de la chrétienté , pour les justes, pour les pécheurs, pour les pasteurs de l'Eglise et pour les

princes, afin que Dieu soit servi

partout et le monde bien gouverné en toutes maniéres ; pour les hérétiques, pour les infidéles , pour ses amis, pour ses ennemis, pour ceux qui doivent communier ce jour-là,

enfin pour les vivans et pour les morts, et offrons à Dieu notre communion pour toutes ces choses : car c’est ici le mystère de charité, où il faut, autant qu’il se peut, exercer la charité envers tous les hommes, et exciter en son cœur le désir de leur faire tout le bien possible.

Il faut recommander avec plus de soin ceux qu'on a une obligation particulière de recommander à Dieu. Ce saint mystère est établi pour nous perfectionner dans tous nos devoirs, pour nous faire exercer toutes les vertus, et pour donner de la force à toutes nos priéres et à tous nos vœux.

Offrons- nous donc à Dieu par Jésus-Christ en sacrifice, et offronslui.avec nous tous ceux avec qui nous souhaitons de régner éternellement avec lui.

Quand le prétre communie, excitons-nous plus que jamais; abandonnons notre cœur aux sentimens qu’une humilité sincère et un amour plein de confiance nous inspire ; et disons toujours, non tant par paroles que par un intime sentiment du cœur : « O Seigneur, je ne suis pas digne! Venez, Seigneur Jésus, venez. »

Après la communion du prêtre , il faut approcher de l’autel. Songeons en prenant la nappe, quel honneur nous allons recevoir d’être appelés à la table du Roi des rois, où lui-même devient notre nourriture. |

Il faut dire son Confiteor avec un regret extréme de ses péchés.

Frappons notre poitrine en disant :

Meá culpá, plus encore par une vive componetion que par l'action extérieure de la main.

Quand le prétre dit : Misereatur, et Indulgentiam, prions Dieu avec lui qu'il nous pardonne nos péchés, et qu'il nous fasse la grace de les corriger.

Le prétre dit ensuite, et nous avec lui : Domine, non sum dignus.

On le répète trois fois, et on ne le peut dire trop souvent , ni trop admirer la bonté d'un Dieu qui ne dédaigne pas de venir à nous. Là on adore Jésus-Christ avec un abaissement profond d'esprit et decorps:

on frappe sa poitrine, mais on doit encore plus frapper son cour en l'excitant à componction.

Aprés, le prétre s'approche pour nous apporter Jésus- Christ; puis faisant le signe de la croix et nous souhaitant la vie éternelle , il nous donne ce divin corps qui contient en soi toutes les graces. .

Heureux celui qui ouvrant la bouche, ouvre encore plus son cur pour le recevoir! Ayant recu Jésus-Christ, on se retire modestement les mains jointes, plein d'une joie intérieure, comme un homme qui a trouvé un trésor, et qui posséde ce qu'il aime.

Il faut demeurer quelque temps tranquille, jouissant intérieure-

ment de la présence de Jésus-|

PRIERES ECCLÉSIASTIQUES

Christ, et écoutant ce qu'il nous dira au fond du cœur; car il a des paroles de consolation ét de paix, dont nul ne peut comprendre la douceur que celui qui les à ouies.

I] faut goûter intérieurement

| Jésus-Christ en s’aidant des senti-

mens qu’on trouvera ci-après, et le prier de se faire tellement goûter à nous, que nous perdions le goût de toute autre chose.

On peut faire après cela les actions de graces qui sont ici marquées; mais il n'y en a point de meilleures que celles qui sortent naturellement d’un cœur rempli des bontés de Dieu , et touché de ses infinies miséricordes. L'ame qui sent son bonheur ne peut quitter cette pensée : elle s'épanche tout entiére en actes d'amour et en cantiques de réjouissance.

Elle fait aussi des demandes; mais des demandes animées d'un amour céleste. Elle demande pour toute grace qu'il lui soit donné d'aimer Dieu ; elle souhaite et demande le méme bonheur à tous ceux qu'elle aime ; et plus elle aime quelqu'un, plus elle prie qu'il soit rempli de amour divin,

Aprés l'action de graces , on se retire plein de Jésus-Christ et du désir de lui plaire. |

8 V. | Que faut-il faire après la communion ?

Jésus-Christ nous l'apprend pat

EXERCICE DE LA COMMUNION

ces paroles : « Qni mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui.» (Joan., vi, 51.)

La grace de la communion n'est pas une grace passagère : c'est une grace de persévérance et de force , qui doit nous unir avec Jésus- Christ d'une maniére stable et permanente : « Qui me mange demeure en moi, et moi en lui. »

Il faut demeurer en lui par l’obéissance à ses préceptes, afin qu'il demeure en nous par le continuel épanchement de ses graces.

La force de cette viande céleste doit tellement prendre le dessus en nous , qu'elle nous conforme tout à fait à elle, en sorte que Jésus- Christ paroisse dans toute notre conduite, c’est-à-dire que nous vivions selon ses préceptes et ses exemples.

Quiconque mange Jésus-Christ , doit être tellement rempli de ce divin goût, qu’il soit sans cesse attiré à la table de Notre-Seigneur , et qu'il se dise souvent à luiméme : «Mon ame goûte et ressent combien le Seigneur est doux :

heureux l'homme qui espère en lui. » (Psal. xxxur, 9.)

Le propre effet de la communion est de nous faire aimer Jésus- Christ tout entier, c'est-à-dire sa personne adorable , sa parole , son Evangile, sa doctrine céleste, ses vérités saintes, ses exemples , son obéissance et sa charité infinie. Il faut. prendre dansla communion le

goût de toutes ces choses. Il faut que Jésus-Christ nous plaise , que nous l'imprimions en nous-mémes, que nous en soyons une vive image, et que nous fassions notre plaisir du soin de lui plaire.

Ainsi nous accomplirons cette parole qu'il a prononcée : « Comme je vis ponr mon Pére, celui qui me mange vivrà aussi pour moi, » c’est-à-dire accomplira mes volontés, comme j'ai accompli celles de mon Pére.

C'est ici la consommation du mystère de Jésus-Christ, où par lui et en lui nous aimons son Père :

c’est ici que le Sauveur Dieu et homme est le parfait Médiateur , et le lien éternel de l’homme avec Dieu.

Il faut donc que celui qui a communié , prenne bien garde de ne plus tomber dans les péchés qui le séparent d'avec.Jésus- Christ , et l'excluent de sa communion. C'est une terrible profanation de l'Eucharistie de retomber dans le crime aprés l'avoir recue, et de se laisser emporter à nos passions , aprés avoir goüté ce don céleste.

Que Jésus-Christ vive donc éternellement dans nos cœurs ; que le péché y meure; que les mauvais désirs s'y éteignent peu à peu ; que Jésus-Christ prenne le dessus ; qu'il demeure en nous, et nous en lui, et que rien ne soit capable de nous séparer de son amour !

Ainsi soit-il.

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PRIÈRES POUR LA COMMUNION

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