‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 185 sur 257 · INSTRUCTIONS NÉCESSAIRES ! POUR LE JUBILÉ · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS NÉCESSAIRES ! POUR LE JUBILÉ

ARTICLE I

Ce que c'est que le jubilé.

Le jubilé est une indulgence plénière d'autant plus certaine et

d'autant plus efficace , qu'elle est accordée par notre saint Père le Pape pour cause publique, avec.une réflexion plus particulière

sur les besoins de la chrétienté, et qu’elle est universelle; ce qui faisant un concours entier de tout le corps de l'Eglise à faire pénitence de ses péchés , et à offrir de saintes et humbles prières en unité d'esprit, il se répand sur tous les membres particuliers de ce corps une grace plus abondante à cause du sacré lien de la société fraternelle et de la communion des saints.

Les indulgences sont instituées pour relâcher la rigueur des peines temporelles dues au péché : c'est pourquoi le saint concile de Trente a eu grande raison de définir que l'usage en est trèssalutaire au peuple chrétien !.

Il ne faut pas rechercher curieusement comment cette rigueur est relâchée, mais être persuadé du grand pouvoir de l'Eglise à lier età délier, ainsi que Jésus-Christ l'a prononcé de sa propre bouche , et croire certainement qu'une mère si charitable ne propose rien à ses enfans , qui ne serve véritablément à les soulager en cette vie et en l'autre.

Mais il se faut bien garder de s'imaginer que l'intention de l'Eglise soit de nous décharger par l'indulgence de l'obligation desatisfaire à Dieu : au contraire l'esprit de l'Eglise est de n'accorder lindulgence qu'à ceux qui se mettent en devoir de satisfaire de leur côté à la justice divine, autant que linfirmité humaine le permet : et l'indulgence ne laisse pas de nous être fort nécessaire en cet état, puisqu'ayant comme nous avons, tout sujet de croire que nous sommes bien éloignés d'avoir satisfait selon nos obligations, nous serions trop ennemis de nous-mémes, si nous n'avions recours aux graces et à l'indulgence de l'Eglise.

En un mot l'esprit de l'Eglise dans la dispensation des indulgences, n'est pas de diminuer le zèle qui nous doit porter à venger sur nous la justice de Dieu offensée par nos péchés, mais d'aider les hommes de bonne volonté et de suppléer à leur foiblesse; et le moyen de gagner le jubilé et toutes les autres indulgences, est de faire de bonne foi tout ce qu'on peut pour les bien gagner, et d'en attendre l'effet de la miséricorde de Dieu, qui seul connoit le secret des cœurs.

Le fondement des indulgences est la satisfaction infiniment

1 Sess, xxv, Decr. de Indulg.

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surabondante de Jésus-Christ, à quoi on ajoute aussi les satisfactions des saints, à cause de la bonté de Dieu, qui veut bien en faveur des plus pieux de ses serviteurs, se laisser fléchir envers les autres.

Ainsi pour gagner les indulgences, il faut s'unir en esprit aux larmes, aux soupirs , aux gémissements , aux mortifications , aux travaux , aux souffrances de tous les martyrs et de tous les Saints, et surtout à l'agonie, aux délaissemens , enfin à la passion et au sacrifice de Jésus-Christ, en qui et par qui toutes les satisfactions et bonnes œuvres des Saints sont acceptées par son Père.

ARTICLE II

Ce qu'il faut faire pour gagner le Jubilé, et premierement de la priere.

. lafin générale de l'Eglise dans le jubilé universel, est d'exciter les fidéles à prier aussi pour tous ses besoins en général, et premièrement pour notre saint Père le Pape, pour les évêques, les prêtres et les pasteurs; pour tous les états; et chacun en particulier pour la rémission de ses péchés et de ceux de ses frères; pour l'extirpation des hérésies , l'exaltation de la sainte Eglise , la paix des princes chrétiens et généralement pour toutes les nécessités présentes. ;

Les autres sujets de prières sont marqués dans les oraisons de l'Eglise, et il ne reste qu'à vous avertir de ne prier pas seulement de bouche, mais encore de cœur, de peur que vous ne soyez du nombre de ces hypocrites dont. il est écrit : « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. »

ARTICLE III

Du jeûne, des aumónes et de la visite des églises.

Encore qu'en particulier la bulle de notre saint Père le Pape

ne parle pas dans ce jubilé , ni du jeüne ni des aumónes , c'est la

coutume d'en prescrire dans tous les autres ; et c'est aussi l'esprit

de l'Eglise de les joindre ensemble, conformément à cette parole :

« L'oraison est bonne avec le jeûne et l'aumóne !. » Jeünons donc 1 10b, XI, 8. |

avec un esprit de componction et d'humilité ; retirons-nous des jeux et des divertissemens; pleurons nos péchés et songeons que le jeüne que Dieu a choisi et qui lui est agréable, est que mortifiant nos sens et notre propre volonté, nous accomplissions la sienne.

Pour l'aumóne, il est écrit qu'elle prie pour nous. Que chacun la fasse donc selon son pouvoir et par-dessus son pouvoir, comme dit l' Apótre. Mais que les pauvres qui ne peuvent rien donner , Se souviennent de l'obole de la veuve et du verre d'eau donné pour l'amour de Jésus-Christ à l'indigent, dont il nous promet de nous tenir un si grand compte au jour de son jugement. -

On visite les églises pour adorer Dieu dans sa maison , et pour s'unir aux mérites et aux prières des saints à la mémoire desquels les temples sont érigés. Songeons donc à la parole de notre Sauveur : « Ma maison est une maison de prières, et n'en faisons pas une caverne de voleurs, » en y portant des mains souillées de vengeances, de rapines et du bien d'autrui, ravi ou convoité dans notre cœur.

ARTICLE IV

De la Confession et de la Communion.

L'euvre principale du jubilé est une sainte communion à laquelle on soit préparé par une confession et une pénitence sincère.

On est toujours obligé à s'exciter à l'amour de Dieu toutes les fois qu'on se confesse , parce que Dieu ne remet les péchés qu'à ceux qui l'aiment ou qui s'efforcent de l'aimer de tout leur cœur, ce qui est déjà un commencement d'amour. Mais cette obligation augmente au temps du jubilé et des indulgences, parce que plus Dieu se montre miséricordieux , plus nous sommes étroitement obligés à lui rendre amour pour amour , conformément à cette parole de notre Sauveur : « Celui à qui on donne moins, aime moins ; » ce qui veut dire manifestement que celui à qui on donne plus, aime plus; et pluson attend de Dieu, plus on doit l'aimer : ce qui est aussi la disposition la plus nécessaire pour la communion, puisqu'elle n'est autre chose que la consommation du saint amour.

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