VIII POINT
Que l’indulgence nous doit porter à augmenter notre amour, non-seulement envers Dieu, mais encore envers le prochain. — *
PREMIÈRE CONSIDÉRATION
L'amour fraternel se mesure par l'amour de Dieu.
Il n'y a que deux préceptes oü se réduisent la loi et les prophètes : le premier est d'aimer Dieu de tout son cœur, et le second , qui lui est semblable, d'aimer son prochain comme soiméme : le second est dérivé du premier , et c'est une des raisons pourquoi il est dit qu’il lui est semblable. Tout le monde est d'accord que plus on aime Dieu, plus on aime le prochain. C'est done assez d'avoir établi l'augmentation de l'amour divin dans l'indulgence , pour y établir en méme temps celle de l'amour fraternel. Mais pour nous rendre cette vérité plus claire , Jésus-Christ nous a proposé cette parabole.
II CONSIDÉRATION
Parabole du Roi qui pardonne.
Un roi avoit fait compter ses serviteurs, et avoit miséricordieusement relâché à l'un d'eux dix mille talens : mais voyant que ce serviteur ingrat exercoit les dernieres rigueurs envers un de ses compagnons, il lui parla en cette sorte : « Mauvais serviteur, je
1 Prov., VI, 22, 23.
vous ai remis toute votre dette, parce que vous m'en aviez prié : je n'ai rien exigé de vous, et je me suis contenté de votre prière : ne falloit-il done pas que vous eussiez pitié de votre conserviteur comme j'ai eu pitié de vous !? Si vous ne le faites, mon indulgence n'aura en vous aucun effet; il faudra vous jeter pieds et poings liés entre les mains des bourreaux , qui exigeront de vous la dette entière sans en rien remettre ?. »
Justice de mon Sauveur, je vous adore dans cette parole ; c'est à nous tous, c’est à moi en particulier que vous l'adressez : « Vous deviez avoir eu pitié de votre frère, comme j'ai eu pitié de vous ?» vous vous deviez sentir obligé à une compassion égale à celle que vous aviez éprouvée, et ne rien garder sur votre cœur de l'offense que vous aviez recue, comme de mon cóté je vous avois remis dans l'indulgence toute celle que vous m'aviez faite.
III CONSIDÉRATION. Í
La bonté de Dieu envers nous, règle la mesure de la nôtre envers le. prochain.
« Ne craignez point, petit troupeau , parce qu'il a plu à votre Père de vous donner son royaume : vendez tout ce que vous avez, et donnez l'aumóne *. » En mémoire de la grande aumóne que Dieu vous a faite en vous transportant des ténèbres à son admirable lumière, et en vous donnant son royaume par un effet si visible d'une dilection et d'une grace si gratuite, faites l'aumóne à vos frères : Vendez tout, et donnez l'aumóne ; vendez-vous vousméme au prochain, en vous faisant par la charité serviteur de tous : n'ayez rien à vous : possédez vos biens comme ne les possédant pas : ne croyez à vous véritablement que ce que vous aurez donné à ces amis qui vous recevront dans les tabernacles éternels, et ce que vous faites passera au ciel par leurs mains. Mettez votre cœur où vous avez votre trésor. Estimez-vous plus heureux de donner que de recevoir, selon la parole du Seigneur Jésus, dont saint Paul nous a ordonné de nous souvenir *. :
« Songez à votre éternelle prédestination si pleine de miséri-
1 Matth., xvi, 32, 33. — ? [bid. — 3 Luc., xit, 32, 33. — * Act., xx, 35.
corde, et revétez-vous comme des élus de Dieu saints et bienaimés, d’entrailles de compassion, de bénignité, d'humilité , de modestie et de.patience : vous supportant les uns les autres, et pardonnant l'un à l'autre tout ce qu'on aura contre son frère : comme Jésus-Christ voüs a donné, donnez de même.» Enfans de dilection et de grace, aimez à faire plaisir : donnez , pardonnez, rendez à vos frères l'indulgence que Dieu vous accorde : ne croyez perdus que les jours que vous passez sans donner, et regrettez jusqu'à l'infini, non-seulement d'avoir offensé un Dieu si bon, mais encore d'avoir contristé votre prochain dans lequel Dieu se tient offensé.
PRIÈRES, etc.
On résout sous les yeux de Dieu d'aimer plus que jamais et lui et le prochain après l'indulgence.
Mon Dieu , faites-moi la grace de parvenir à cette ferveur que votre Eglise attend de ses enfans dans la distribution de ses indulgences.
Mais, Ô mon Dieu, mon Seigneur, qui ne vous loueroit dans l'opération de votre grace? En méme temps que vous attirez mon eceur à votre bonté infinie, vous m'apprenez à répandre sur mon prochain le chaste et pur amour qui m'unit à vous : je ne puis plus demeurer désuni d'avec aucun de mes fréres, ni en froideur ou indifférence avec les plus petits. Que ne puis-je, à lexemple de saint Paul, me donner moi-même à mes frères qui sont vos enfans et les membres de votre Fils ! Eten effet, comme disoit le disciple bien-aimé : « Si je n'aime pas mon frére que je vois, comment aimerai-je Dieu que je ne vois pas ?? » Attendrissez mon cœur sur les maux etsur les besoins temporels et spirituels de mes frères. Heureux progrès du saint amour, qui de nos frères s'éléve à Dieu, et de Dieu se répand encore avec une nouvelle douceur sur nos frères!
Mon Dieu, je veux entrer dans cet esprit, qui est l'esprit de votre Evangile : je porterailes rigueurs dela pénitence, autant que ma foiblesse le pourra permettre. Si vos ministres, qui sont - 1 Coloss., 111, 13. — ? I Joan., 1V, 20.
398 INSTRUCTIONS
mes pères, trouvent à propos d'épargner mon infirmité, je tàcherai d'augmenter mon amour et ma douleur au dedans. Je ne ménagerai rien d'un côté, que je ne tâche de récompenser de l'autre. On ne peut jamais me tenir trop de rigueur; car il ny ena point que je ne mérite : mais quelle que soit celle qu'on me tiendra, je n'aurai toujours que trop de besoin d'indulgence. Ainsi je profiterai de toute celle de votre Eglise, et toujours plein du dessein d'y augmenter mon amour, aidé par votre grace, je tàcherai d'arriver à ce bienheureux renouvellement oü vous voulez me conduire. L'indulgence ne me peut être que trés-salutaire , puisqu'elle est également propre à apaiser votre colère et à exciter mon amour. Très-puissante et très-efficace par elle-même, elle ne peut manquer son effet que par ma langueur. 0 Jésus, à Epoux céleste, dans l'extréme besoin où je suis, j'accepte en esprit de foi, d'humilité et de componction les indulgences de votre Eglise, dans le dessein de m'unir à vous plus parfaitement , et s'il se peut de ne rien laisser entre vous et moi, pas méme le moindre reste ou du péché ou de la peine , qui me puisse séparer de vous un seul moment! Car, ó mon Dieu, mon refuge et mon appui, je veux être à vous: je vous consacre mon cœur pour vous aimer de toutes mes forces, à cause que vous étes mon Dieu, mon créateur, trés-aimable, trés-bon et trés-parfait , à qui tout honneur et gloire appartient aux siècles des siècles. Amen.
VAUARARATVUVATVUTARATYUAU LEVEL VU LUUUUVUUU AAA AAA LAUR A UAR CAPUA AUR AAAAAUVAR. VU LAVAL