‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 29 sur 257 · INSTRUCTION POUR LE SACREMENT DE PÉNITENCE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION POUR LE SACREMENT DE PÉNITENCE

LEÇON I

Du sacrement de pénitence, et de ses trois parties en général.

Jésus-Christ ressuscité et donnant aux apôtres le pouvoir de remettre les péchés (Joan., xx, 21, 22, 23). Les fidèles d'Ephese confessant leurs péchés, et les réparant (Acf., XIx, 18, 19). On peut aussi expliquer sensiblement comment par

le baptéme on étoit entré en alliance avec Dieu; et comment l'ayant violée , on la-renouvelle par la pénitence.

«Qu'est-ce que le sacrement de pénitence ?

C'est un sacrement qui remetles péchés commis après le baptême,

En quelle disposition faut-il être pour recevoir la rémission de ses péchés dans le sacrement de pénitence ?

Il faut être vraiment pénitent , c'est-à-dire vraiment repentant de ses péchés, et converti à Dieu de tout son cœur.

Combien y a-t-il de parties du sacrement de pénitence ?

Il y en a trois : la contrition, la confession et la satisfaction.

SECOND CATÉCHISME. 107 Qu'est-ce que la contrition ?

C'est un regret d'avoir offensé Dieu, avec une ferme résolution de ne l'offenser plus.

Expliquez ce que c'est que ce regret et cette résolution ?

, C'est, par exemple, quand un homme se dit à lui-même : Que je suis malheureux d'avoir dérobé, de m'étre parjuré! J'ai offensé mon Dieu. Ah! je voudrois que cela füt encore à ma liberté, je n'aurois garde de dérober, ni de me parjurer. Vous le savez, mon Dieu ; fortifiez ma résolution , car je suis véritablement résolu de ne le plus faire.

Qu'est-ce que la confession ?

C'est une accusation de tous ses péchés , faite à un prétre approuvé pour en avoir l'absolution.

Qu'est-ce que la satisfaction ?

C'est rendre , autant que nous le pouvons, à Dieu et au prochain, ce que nous leur avons Ôté par le péché.

Quel est celui qui peut administrer le sacrement de pénitence ?

Tout prétre approuvé pour entendre les confessions.

Quelles paroles prononcent les prêtres en donnant l'absolution ?

Celles-ci : « Je t'absous de tes péchés, au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. »

Quand est-ce que Jésus-Christ a donné ce pouvoir auz prétres P

Quand il leur a dit, en la personne des apôtres : « Recevez le Saint-Esprit ; ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; et ceux dont vous retiendrez les péchés, ils seront retenus. » (Joan. xx, 22, 23.)

Montrez-moi dans le sacrement de pénilence un signe visible de la grace invisible ?

C'est l'absolution que le prêtre prononce sur le pénitent, laquelle signifie l'absolution intérieure et la rémission des péchés que Dieu lui accorde.

LECON II

De la contrition et du bon propos.

La pécheresse aux pieds de Jésus-Christ (Luc., vit, 36). L'enfant prodigue (Ibid. , Xv, 2, etc.). Le pharisien et le publicain (I^id., xvii, 10, etc.)

Quelle est la premiére partie du sacrement de pénitence ?

C'est la contrition.

Qu'est-ce que la contrition ?

C’est un regret d’avoir offensé Dieu, avec une ferme résolution de ne l’offenser plus.

Que veut dire ce mot, Contrition ?

Tl veut dire brisure et froissure, comme quand une pierre est. brisée et comme réduite en poudre.

Qu'entendez-vous donc par le cœur contrit ?

Un cœur dur auparavant, et maintenant brisé et froissé par la. douleur de ses péchés.

Pourquoi lU Ecriture se sert-elle-de ce mot ?

Pour montrer combien est touché , et combien est changé un coeur pénitent.

Combien y a-t-il de conditions nécessaires à une bonne contrition ?

Il y en a trois : il faut qu'elle soit surnaturelle , souveraine et universelle.

Que veut dire surnaturelle ? z

C'est-à-dire excitée dans le cœur par le Saint-Esprit, et fondée : sur les considérations que la foi nous enseigne.

Qu’entendez-vous en disant que la contrition doit être souveraine ?

C'est qu'elle doit étre par-dessus toutes choses.

Comment par-dessus toutes choses ?

C'est qu'on doit être plus fâché d’avoir offensé Dieu, qu'on ne, le seroit de toute autre chose, méme de la perte de la vie. . Qu'entendez-vous en disant que la contrition doit être universelle ?

C'est-à-dire qu'elle doit s'étendre sur tous nos péchés.

Qu'enferme donc la contrition ?

Deux choses : la haine et la détestation de la vie passée, le ferme propos et le commencement d'une vie nouvelle.

Quelle doit étre la haine et le regret de ses fautes ?

Il faut qu'il exclue la volonté de pécher.

Qu'est-ce qu'il faut considérer pour s'exciter à la haine et au regret de ses fautes ?

Il faut considérer la rigoureuse justice de Dieu , et l'horreur du péché mortel, qui nous rend dignes de souffrir átbr nellement les peines de l'enfer.,

Quelle autre considération faut-il encore employer à s'exciter au regret de ses péchés ?

Que la bonté de Dieu est infinie; qu'il est notre créateur, à qui nous devons tout, qui nous aime plus que les meilleurs pères ne font leurs enfans.

Que faut-il encore penser ?

Que le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous; enfant, nécessiteux, qu'il a enduré toutes sortes d'outrages pour nous sauver ; -et que les péchés que nous allons confesser, ont été la cause de sa mort.

A quel regret doit-on être excité par cette pensée ?

Si on avoit fait mourir son père, on en auroit du regret toute sa vie. Jésus-Christ nous est plus qu'un père , et il a donné sa vie pour nous.

Quelles considérations servent à exciter le ferme propos à l'avenir ?

Les mémes qui excitent à s'affliger des péchés passés.

Quelles sont ces considérations ?

Celles de la crainte, comme de craindre l'enfer et la mort étermelle.

Mais quelles sont les principales considérations qui peuvent exciter en nous le ferme propos?

Celles de l'amour. On doit être affligé d’avoir offensé un si bon pére, et un Sauveur si miséricordieux et si bienfaisant.

Lequel de ces deux motifs est le plus par fait P

Celui de l'amour.

Quelle est la perfection ?

C'est que la contrition parfaite en charité suffit, avec le désir du sacrement, pour nous remettre incontinent en grace.

Et ceux qui n’ont pas cette contrition. parfaite , ne peuvent-ils pas espérer la rémission de leurs péchés ?

Ils le peuvent par la vertu du sacrement , pourvu qu "ils y apportent les dispositions nécessaires.

Quelles sont ces dispositions ?

La première est de considérer la justice de Dieu, et s’en laisser effrayer. (Conc. Trid., sess. v1, can. vr.)

Que faut-il faire ensuite ?

Croire que le pécheur est justifié , c'est-à-dire remis en grace par les mérites de Jésus-Christ , et espérer en son nom le pardon de nos péchés.

Et quoi encore ?

Commencer à aimer Dieu comme la source de toute justice. (Jbid., et can. 1.)

Qu'est-ce qu'aimer Dieu comme la source de toute justice?

C'est l'aimer comme celui qui justifie le pécheur gratuitement, et par une pure bonté.

Pourquoi y ajoutez-vous cette derniére condition , de commencer à aimer Dieu?

Parce qu'il ne paroit pas que le pécheur puisse étre vraiment converti sans ce sentiment d'amour.

Pourquoi ?

Parce que si le pécheur ne. commence à aimer Dieu , il doit craindre qu'il ne continue à n'aimer que soi-méme et la créature.

Et de là que s'ensuivroit-il ?

Qu'il neseroit pas converti, et que son cœur neseroit pas changé.

Que dites-vous donc de celui qui dans le sacrement de pénitence négligeroit de s'exciter à l'amour de Dieu.

Qu'il n'auroit pas assez de soin de son salut.

LECON III, Qu'on peut faire aux plus avancés.

De la contrition et de l'attrition.

Combien met-on ordinairement de sortes de contritions ?

De deux sortes : la contrition parfaite et la contrition imparfaite. ( Conc. Trid., sess. xv, cap. 4.)

Comment les appelle-t-on ?

La contrition parfaite retient ordinairement le nom de contrition ; la contrition imparfaite est communément appelée attrition.

Quelle sorte de contrition appelle-t-on parfaite?

Celle qui étant parfaite par la charité , réconcilie d'ahord le pécheur à Dieu avec le vœu du sacrement.

Qu'appelez-vous le vœu du sacrement ?

Le ferme propos de le recevoir.

Quelle est la contrition qu'on nomme impar faite ?

C'est celle qui est conçue communément par la laideur du péché ou par la crainte de la damnation éternelle.

Quel est l'effet de la douleur congue par ces motifs ?

C'est qu'avec l'exclusion de la volonté de pécher et l'espérance du pardon, elle dispose à recevoir la grace de Dieu dans le sacrement.

La crainte des peines éternelles est-elle bonne?

Elle est bonne et c'est un mouvement du Saint-Esprit, qui n'habite pas encore en nos cœurs , mais qui nous ébranle pour s'y faire une entrée.

Faut-il dans le sacrement de pénitence exciter la crainte?

Il faut, selon le précepte de l'Evangile, s'exciter à craindre celui qui , aprés ayoir fait mourir le corps, envoie l'ame dans la géhenne et dans les supplices éternels. (Matth., x, 98; Luc, xu, 45.)

À quoi est bonne la crainte ?

A préparer les voies à l'amour de Dieu.

Et celui qui se contente de la crainte sans s'exciler à l'amour de Dieu, qu'en pensez-vous ?

Qu'il n'a pas assez soin de son salut.

Pourquoi ?

Parce qu'il se repose trop sur une opinion douteuse.

Que faut-il donc faire pour assurer son salut autant qu'on y est tenu ?

Désirer vraiment d'aimer Dieu, et s'y exciter de toutes ses

. forces.

. Le peut-on?

Oui, avec la grace de Dieu, toujours prête, si on la demande.

LEÇON IV

De la confession.

David confessant son péché devant Nathan, et en obtenant le pardon (M Reg., xir, etc.). Esdras confessant ses péchés et ceux du peuple , et renouvelant l'alliance avec Dieu (1 Esdras, 1x, X).

Quelle est la seconde partie de la pénitence ?

C'est la confession.

Qu'est-ce que la confession ?

C'est une accusation de tous ses péchés faite à un prétre approuvé, pour en avoir l’absolution,

Pourquoi la confession des péchés est-elle ordonnée ?

Pour humilier le pécheur.

Pourquoi encore?

Afin que le pécheur découvrant son mal au prétre, comme à un médecin , il recoive le remede convenable.

Pourquoi encore ?

. Pour se soumettre à la puissance des clefs et au jugement des prétres, qui ont le pouvoir de retenir les péchés et de les remettre.

Est-il nécessaire de déclarer tous ses péchés?

Oui: il est nécessaire de s'accuser de tous les péchés mortels qu'on a commis.

Et celui qui en retiendroit un seul volontairement ?

Celui qui en retiendroit un seul volontairement, non-seulement

.ne recevroit pas l'absolution de tous les autres, mais il commettroit encore un horrible sacrilége.

Ne faut-il pas aussi dire les circonstances?

Oui : il y en a qu'il est nécessaire de déclarer.

Quelles sont les circonstances qu'il faut déclarer ?

Celles qui changent l'espece du péché, et celles quie en augmentent notablement l'énormité dans une méme espèce, lesquelles

: ^on appelle circonstances notablement aggravantes.

Donnez un exemple des circonstances qui changent l'espèce du péché. Le vol des choses consacrées à Dieu, comme d’un calice, d'un ciboire; ou les coups donnés à un ministre de l'Eglise, ne sont

pas seulement un péché de larcin contre le septième commandement, ou une violence contre le cinquième : ils enferment encore une autre espèce de péché, savoir un sacrilége. |

Que. concluez-vous de là?

Qu'il ne suffit pas de s’accuser d'avoir dérobé ou frappé : on est obligé de s'accuser d'avoir volé l'Eglise ou frappé un prétre.

Dites encore quelque autre exemple.

Celui qui a commis un péché mortel contre la pureté, soit par pensée, soit par action, doit déclarer si sa pensée ou son action s'est portée vers une personne mariée, ou parente, ou alliée ; et ainsi du reste.

Pourquoi ?

Parce que la première espèce d'impureté est un adultère, et la seconde un inceste.

Donnez aussi quelques exemples des circonstances notablement aggravantes.

Celui qui a péché contre le quatrième et le cinquième commandement, haissant, méprisant, ou frappant, offensant son père, sa mére, son maitre, ou quelque autre supérieur, doit déclarer s'il les a offensés outrageusement, ou rudement frappés.

N'arrive-t-il pas quelque chose de semblable à l'égard du septiéme commande ment , qui défend de dérober ?

Oui : celui qui a péché contre ce commandement, en dérobant une très-grosse somme, a péché plus grièvement que celui qui en a pris une médiocre; et ainsi il faut déclarer cette circonstance.

Apportez encore quelques exemples sur d'autres commandemens.

Celui qui a blasphémé, chanté des chansons déshonnétes , dit des médisances devant un grand nombre de personnes, a fait un plus grand mal que si c'eüt été devant peu de personnes, :

Que: doit-il donc faire ?

ll doit déclarer qu'il a scandalisé beaucoup de personnes par ces sortes de péchés, et spécifier à peu prés le nombre.

Est-il nécessaire de déclarer combien de temps a duré le péché ?

Oui, s'il a considérablement plus duré qu'il ne dure pour l'ordinaire ; comme quand; on passe les nuits entières dans la gourmandise et l'ivrognerie. |

S'il arrive qu'on ait oublié quelque péché ?

Si le péché est mortel, il faut retourner à confesse; s'ilest léger, il en faut demander pardon à Dieu.

Combien y a-t-il de sortes de confessions P

De deux sortes; la particuliere et la générale.

Qu'est-ce que la confession particulière ?

C'est une accusation des péchés qu'on a commis depuis sa dernière confession.

Qu'est-ce que la confession générale ?

C'est une accusation des péchés déjà confessés, ou de toute la vie, ou d'un temps eonsidérable.

Est-il bon de faire une confession générale ?

Il est bon, et quelquefois nécessaire, par exemple, pour remédier aux défauts des confessions précédentes.

Quelle autre utilité nous revient-il d'une confession générale?

Elle nous humilie, excite en nous l'horreur du péché, et nous donne de nouvelles forces pour le surmonter: enfin elle donne une grande paix de conscience.

LECON Y

De la satisfaction.

Zachée satisfaisant à Dieu et au prochain (Luc., XIX , 1, etc.)

Quelle est la troisième partie du sacrement de pénitence P

C’est la satisfaction.

Qu'est-ce que la satisfaction ?

C'est réparer l'injure que nous avons faite à Dieu, et le tort que nous avons fait au prochain.

Pouvons-nous offrir à Dieu une satisfaction suffisante pour notre péché?

Non pas avec une égalité parfaite.

Pourquoi ?

Parce que Dieu, que nous offensons, est d'une m ijesté infinie, et que notre satisfaetion ne l'est pas.

Que concluez-vous de là ?

Qu'elle ne peut jamais étre proportionnée à l'offense. :

Pourquoi donc s'efforcer en vain de satisfaire à Dieu? Pour faire, avec sa grace, ce que nous pouvons, attendant le reste de sa bonté.

Ne pouvons-nous pas offrir à Dieu une satisfaction suffisante en quelque manière ?

Oui, parce qu'avec sa grace nous lui pouvons satisfaire d'une manière dont il veut bien se contenter.

Qu'est-ce qui donne le prix à nos satisfactions P

Celle de Jésus-Christ qui est infinie, à laquelle nous unissons les autres comme nous pouvons.

Quelles sont les œuvres qu'on appelle satisfactoires ?

Des œuvres pénibles que le prêtre nous impose en pénitence.

Dites-en quelques-unes.

Les aumónes, les jeünes, les austérités, les privations de ce qui agrée à la nature, les prières, les lectures spirituelles.

Pouvons-nous aussi satisfaire à Dieu par les afflictions qu'il nous envoie ?

Nousle pouvons, les endurant patiemment en esprit de pénitence.

Qu'est-ce que satisfaire au prochain ?

C'est lui rendre ce qu'on lui a óté : son bien, si on l'a dérobé; son honneur, si on l'a calomnié, ou qu'en quelqu'autre sorte on. ait blessé sa réputation.

Dites-moi la manière particulière de satisfaire au prochain quand on l'a offensé.

C'est de lui demander pardon.

Et celui qui n'est pas dans la résolution de satisfaire?

Sa confession lui est inutile.

LECON VI

Pratique de la confession, suivant la doctrine précédente.

Apprenez-nous le moyen de recevoir utilement le sacrement de pénitence.

Il faut observer ce qu'on doit faire avant la confession, ce qu'on doit faire dans la confession, et ce qu'on doit faire après la confession.

Que faut-il faire avant la confession ?

Il faut premièrement examiner sa conscience.

Qu'est-ce que l'examen de conscience?

C'est une soigneuse recherche des péchés qu'on a commis.

Cet examen est-il nécessaire ?

Oui, parce qu'on ne peut avoir regret de ses péchés, ni les confesser entièrement, si ou ne les connoît auparavant; ce qui ne se peut faire sans examen.

Comment faut-il faire cet examen ?

Il faut demander à Dieu la lumière pour connoitre ses fautes, et la grace de les détester.

Et aprés ?

Il faut rechercher en quoi on a manqué par pensée, parole, action et-omission contre les commandemens de Dieu et de l'Eglise.

Avec quel soin et quelle diligence faut-il examiner sa conscience avant la confession ?

Avec le même soin et la même diligence qu’on a coutume d’apporter aux affaires de conséquence.

Quel moyen de faciliter cet examen ?

C'est de faire tous les jours l'examen de sa conscience avant qu'on se couche.

Dites les autres choses qu'il faut faire avant la confession.

Il faut concevoir un grand regret d'avoir offensé Dieu, et faire un ferme propos de ne le plus offenser.

Comment excitez-vous ce regret et ce ferme propos?

En disant ces paroles, ou autres semblables : « 0 Seigneur, j'ai péché, et je suis digne de l'enfer !

» 0 qu'il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant!

» Qui pourroit demeurer dans le feu éternel, avec ce ver dévorant, avec ce grincement de dents et ce désespoir, oü il n'y a point de remède ?

» 0 mon Père, j'ai péché contre le ciel et devant vous, et je ne suis pas digne d’être appelé votre fils! Je ne veux jamais vous désobéir, ni vous déplaire, à cause de votre bonté.

» O Dieu, ayez pitié de moi, pécheur! »

Suffit-il de dire ces paroles de bouche ?

Non : il les faut dire avec componction de cœur.

Qu'appelez-vous componction ?

C'est avoir le cœur percé de douleur.

Que faut-il faire dans la confession ?

Il faut, 1° étant aux pieds du prêtre, lui demander sa bénédiction, en disant en latin, Benedic mihi , Pater, quia peccavi ; ou en francois: Zénissez-moi, mon Père, parce que j'ai péché : puis dire le Confiteor jusqu'à med culpá, et le temps de sa dernière confession; et ensuite dire ses péchés.

Est-il nécessaire de déclarer tous ses péchés?

Il est nécessaire de dire tous les péchés mortels: et celui qui y manqueroit volontairement, feroit une confession nulle et un horrible sacrilége.

Mais quand le péché est si honteux qu'on n'ose le dire, n'est-on pas excusable ?

Non : celui qui n'a pas eu honte de le faire, ne doit pas avoir honte de le dire.

Et si on craint que le confesseur ne le publie?

On ne le doit pas craindre, puisque le confesseur est obligé au secret sous peine de grand péché.

E't si l'on est en danger d'être entendu des autres pénitens ?

Il y faut mettre remède, mais non pas taire son péché.

Comment faut-il confesser ses péchés ?

Avec beaucoup de componction et d'humilité, en commençant, par les plus honteux.

Et après les avoir confessés ?

Il faut dire: « De ces péchés, et de tous ceux dont je ne.me souviens pas, j'en demande pardon à Dieu de tout mon cœur; et à vous, mon Père, pénitence et absolution. »

Aprés qu'on a dit ce que l'on sait , n'est-il pas à propos de prier le confesseur de nous interroger ?

Oui : cela est à propos.

Et quand tout cela est fait ? )

Il faut achever le Confiteor, depuis med culpä, écouter attentivement ce que le prétre nous dira; et s'il ne nous trouve pas suffi-

samment disposés pour recevoir l'absolution , il faudra suivre son conseil.

Que faut-il faire après la confession ?

Il faut satisfaire à Dieu et au prochain, et se corriger de ses fautes.

Que faut-il faire pour se corriger de ses fautes?

Se défier de soi-même, et se tenir continuellement sur ses gardes.

Et quoi encore ?

Eviter les occasions et les compagnies qui nous induisent au péché.

Et quoi encore?

Prier beaucoup.

Et quoi encore ?

Eviter l'oisiveté.

Les trois lecons suivantes se feront à ceux qui seront plus avancés en capacité et en áge,

LECON VII

De la soumission qu'on doit avoir dans le refus de l'absolution.

Le prétre peut-il quelquefois différer ou refuser l'absolution ?

Oui : le prétre peut quelquefois differer ou refuser l'absolution.

Pourquoi ?

Parce que Jésus-Christ lui a donné le pouvoir de lier aussi bien que de délier, et de retenir les péchés aussi bien que de les remettre. ( Matth., xvur, 28; Joan., xx, 23.)

Dites-nous les cas auxquels on doit différer l'absolution.

Il y en a de deux sortes : le défaut de la bonne instruction , et le défaut de la bonne volonté.

Qui est celui qui n'a pas les instructions nécessaires ?

Celui qui ne sait pas, au moins en substance , les articles du Symbole des apótres , les commandemens de Dieu et de l'Eglise , ni ce que c'est que le sacrement de pénitence , et les dispositions qui y sont requises.

Quand est-ce qu'on présume le manquement de bonne volonté ?

- Onle présume, si le pécheur doit quelque chose au prochain à

SECOND CATÉCHISME. 149 quoi il n'ait pas encore satisfait, l'ayant déjà promis à son confesseur.

Dites-nous-en quelque exemple?

Comme s'il refuse de demander pardon à celui qu'il a offensé, et de lui restituer sa réputation ou ses biens, étant en pouvoir de le faire.

Que doit faire en ce cas le confesseur?

Il doit déclarer au pénitent, de la part de Dieu, qu'il n'est pas en état d'ét: e absous.

Quel autre cas y a-t-il de différer ou de refuser l'absolution faute de bonne volonté ?

Si le pécheur est dans l’occasion prochaine du péché mortel, et qu'il ne veuille pas s'en retirer.

Qu'appelez-vous occasion prochaine ?

Celle oà on à coutume de pécher.

Dites-en des exemples.

Comme si en de certaines compagnies, ou dans de certaines maisons, comme au cabaret, on a accoutumé de blasphémer, ou de faire des juremens criminels, de s'enivrer, de s'emporter de colere, de voler, ou de commettre quelque impureté.

Que dites-vous de tels pécheurs ?

Qu'ils sont incapables d'étre absous , s'ils n'ont une ferme résolution de s'éloigner de ces compagnies et de ces maisons.

Et celui qui, en jouant , ne peut s'empêcher de blasphémer ou de tromper ré

Il est obligé de quitter le jeu , autrement il est incapable d’être absous.

Et celui qui se sent por!é à l'impureté dans les danses ?

Il est incapable d’être absous, s'il n'est résolu de les éviter.

Et ceux qui ne veulent pas se défaire de leurs mauvais livres ?

De méme. .

Que dites-vous des chansons qui portent au libertinage , et entretiennent de mauvaises pensées ?

C'est encore pis que les livres.

Que dites-vous de celui qui est dans lhabitude du péché mortel ;

par exemple, de blasphème, d'ivrognerie , ou de quelque impureté ?

Qu'il doit souffrir humblement le refus de l'absolution , s'il n'en fait aucun profit.

A quoi jugez-vous que l'absolution ne profite pas au pécheur ?

Si les rechutes sont toujours aussi promptes et aussi fréquentes qu'auparavant.

Pourquoi doit-on refuser l'absolution à un pécheur qui retombe toujours?

Parce qu'on a sujet de croire qu'il n'a pas le ferme propos de s'amender.

Mais le prétre ne doit-il pas en croire son pénitent ?

Non : l'homme ne se connoit pas soi-même, surtout quand il est aveuglé par ses passions et ses mauvaises habitudes.

À quoi donc peut-on connoître l'homme ?

L'Evangile nous apprend qu’on le connoît à ses œuvres.

Mais le confesseur n'est-il point trop rude, quand il diffère l'absolution à son pénitent ?

Non : il ressemble à un médecin qui tente tous les remèdes pour sauver son malade.

Qu'appelez-vous tenter tous les remèdes ?

Tenter les voies de rigueur, quand le pécheur a trop longtemps abusé des graces de Dieu. s

Mois le pécheur à qui on diffère l'absolution , doit-il désespérer de son salut ?

A Dieu ne plaise ; au contraire, il doit croire que les rigueurs de l'Eglise lui sont salutaires.

Mais le pécheur à qui on refuse l'absolution à cause de ses rechutes fréquentes, doit-il se retirer tout à fait de la confession ?

Non : la confession lui est utile en plusieurs sortes.

Comment ?

Cest qu'il Shumilie; il y recoit de bons conseils et des pénitences salutaires; il produit quelques bons désirs, en attendant de bonnes œuvres ; le prêtre prie pour lui; et enfin il yatoujours du mérite à subir le jugement de l'Eglise.

Quels sont les inconvéniens des absolutions mal données ?

: C'est d'exposer le pécheur à la profanation des sacremens.

Et de là que s'ensuit-il?

Qu'on lui attire la colére de Dieu , au lieu de la miséricorde.

Quel autre inconvénient y a-t-il?

D'aecoutumer le pécheur à ne profiter pas des remèdes, et les lui rendre inutiles.

Où tombe-t-il par là ?

Dans une fausse confiance, et dans l'impénitence finale.

Qu'appelez-vous impénitence finale ?

C'est mourir dans le péché.

Qu'arrive-t-il à ceux qui cherchent des confesseurs qui les flattent ?

Il leur arrive ce que dit Notre-Seigneur : «Si un aveugle con-duit un aveugle, ils tombent tous deux dans la. fosse. »

Qu'est-ce à dire, tous deux ?

C'est-à-dire tant celui qui mène que celui qui suit.

Que doit donc faire un vrai pénitent?

Se mettre entre les mains d'un confesseur discret, et se soumettre à lui comme à son juge.

LECON VIII

De la soumission qu'on doit avoir dans l'imposition de la pénitence.

Quelles pénitences devons-nous désirer qu'on nous impose ?

Des pénitences salutaires et convenables. (Conc. T'rid., sess. xtv, can. VIII.)

Qu’appelez-vous des pénitences convenables ?

Des pénitences qui servent de remèdes particuliers à nos habitudes vicieuses.

Dites-nous-en quelques exemples ?

Ordonner des aumônes à ceux qui volent ou qui pèchent par avarice, des jeünes à ceux qui ont violé le caréme, des austérités à. ceux qui ont pris des plaisirs déréglés.

Qu'entendez- vous encore par des pénitences convenables?

Des pénitences qui soient en quelque sorte proportionnées à la. grandeur des fautes.

Et les confesseurs qui imposent des œuvres et des peines trés- légóres pour des péchés très-griefs ?

Ils participent au péché d'autrui.

A quoi donc doivent servir les pénitences qu'on nous impose ?

A corriger les mauvaises habitudes.

A quoi encore ?

À venger et à châtier les péchés passés.

A quoi encore ? 3

A nous rendre conformes à Jésus-Christ souffrant, et erucifié pour nos péchés.

Mais n'a-t-il pas satisfait pour nous?

Oui : plus que suffisamment.

Pourquoi donc, en pardonnant la peine éternelle, réserve- t-il des peines temporelles ?

Par bonté, et pour nous retenir davantage dans la crainte.

Pourquoi l' Eglise nous impose-t-elle de ces peines temporelles dans le sacrement de pénitence ?

Parce qu'il n'y en a point de plus utiles, ni de plus douces, que celles qui nous sont imposées par le jugement de l'Eglise.

Qu'arrive-t-il à ceux qui, étant réconciliés à Dieu par la pénilence, n'auront pas suffisamment satisfait pour leurs péchés en cette vie ?

Ils satisferont en l'autre par des peines bien plus rigoureuses.

Où ?

Dans le purgatoire.

Et s'ils ne veulent aucunement satisfaire ?

Tls seront damnés pour avoir fait trop peu de cas de la justice de Dieu.

Quand le pénitent refuse la pénitence que son confesseur lui impose?

Il lui doit refuser l'absolution.

Ne peut-il pas quelquefois faire accomplir quelque partie de la pénitence, ou la pénitence tout entière à son pénitent , avant que de lui donner l'absolution?

Il le peut avec discrétion, s’il le juge utile à la parfaite conversion de son pénitent.

Et ceux dont les crimes sont notoires et publiquement scandaleux ?

' Le concile de Trente déclare que, selon le précepte de l’Apôtre, il faut leur imposer une pénitence publique. (Sess. xxiv, de Reform., cap. vin ; I Tim., v, 20, 24.)

Pourquoi ?

C'est, comme dit le concile , afin que par leur bon exemple ils raménent à la vertu ceux que leur mauvais exemple en a détournés.

Peut-on se dispenser de cette régle?

Le concile remet à la conscience de l'évéque de faire ce qui sera le plus utile.

Pourquoi instruire les pénitens de ces choses , ne suffit-il pas d'en instruire les confesseurs?

Il est bon d'en instruire aussi les pénitens, afin qu'ils apprennent | à se soumettre à la conduite d'un sage confesseur.

LEÇON IX

Des indulgences.

Qu'est-ce que la foi nous enseigne des indulgences ?

Que l'Eglise a recu de Jésus-Christ le pouvoir de les accorder , et que l'usage en est trés-salutaire au peuple chrétien. (Conc. Trid., cont. sess. xxv, Dec. de indulg.)

Pourquoi sont-elles si salutaires ?

Parce qu'elles sont établies pour relàcher la rigueur des peines temporelles dues au péché.

Est-il nécessaire de savoir précisément comment cette rigueur est reláchée ?

Non : il suffit de croire qu'une bonne mére , comme l'Eglise , ne donne rien à ses enfans qui ne serve véritablement à les soulager en cette vie et en l'autre.

Est-ce l'intention de l'Eglise de nous décharger par l'indulgence de l'obligation de satisfaire à Dieu?

Nullement : et au contraire , l'esprit de l'Eglise est de n'accorder d'indulgence qu'à ceux qui se mettent en devoir de satisfaire de leur cóté à la justice divine.

A quoi donc nous sert l'indulgence ?

Elle nous sert beaucoup en toutes manières, puisque nous avons toujours sujet de croire que nous sommes bien éloignés d'avoir satisfait selon nos obligations.

Et de là que s'ensuit-il ?

Que nous serions ennemis de nous-mêmes, si nous n'avions recours aux graces et aux indulgences de l'Eglise.

Quel est donc, en un mot, l'esprit de l'Eglise dans la dispensation des indulgences ?

C'est d'aider les hommes de bonne volonté à s'acquitter envers Dieu, et suppléer à leur infirmité.

Que prétend-elle par là?

Exciter de plus en plus dans les cœurs la ferveur de la dévotion et l'amour de Dieu, conformément à cette parole de Notre- Seigneur : « Celui à qui on donne davantage, doit aussi aimerdavantage. » (Luc. vi, 47.)

Quelle est la meilleure disposition pour bien gagner les indulgences ?

C'est de faire de bonne foi tout ce qu'on peut pour les bien gagner , et d'en attendre l'effet de la misérieorde de Dieu , qui seul connoit le secret des cœurs.

Sur quoi sont fondées les indulgences ?

Sur les satisfactions de Jésus-Christ et des Saints.

Pourquoi ajoutez-vous les satisfactions des Saints à celles de Jésus-- Christ?

À cause de la bonté de Dieu, qui veut bien, en faveur des plus pieux de ses serviteurs, se laisser fléchir envers les autres.

Pourquoi encore ?

À cause que les satisfactions des Saints sont unies à celles de’ Jésus-Christ, dont elles tirent toute leur valeur. à;

Qut a le pouvoir de donner les indulgences?

Le Pape dans toute l'Eglise ; et les évêques dans leurs diocèses, : avec les limitations que l'Eglise y a apportées.

INSTRUCTION

Page 1