REMARQUES HISTORIQUES. UT
historique. Un émule de Bossuet dans les joutes scolaires, l'abbé de Rancé vantoit cet art merveilleux qui joint en quelque sorte le bégaiement de l'enfant à la parole sublime du théologien consommé 1. Mais voici un témoignage non moins impartial et plus décisif encore : l'auteur reconnoissoit lui-même, en toute franchise et toute simplicité, « quil n'avoit rien paru en ce genre de plus accompli ?. » Ajoutons que, jusqu'à ce jour, on n'a rien publié d'aussi parfait ni pour la solidité de la doctrine, ni pour l'ordre des matières, ni pour la clarté de l'exposition, ni pour la beauté du langage.
Le Catéchisme fut composé en 1686, annoncé vers la fin de cette année par un mandement et donné au diocése de Meaux dans le commencement de 1687. Depuis cette dernière époque, plusieurs éditions parurent chez Cramoisy à Paris, et à Lyon chez Anisson. Les trois premiéres éditions renferment en entier le Credo, le Pater et l'Ave; les suivantes indiquent seulement ces prières ; du reste, aucune différence. L'auteur corrigea son ouvrage, et le céda à la veuve Benard en 1701 3.
1 Mémoire de l'abbé Ledieu, ubi supra. — ? Ibid. — 3 Le contrat de cession, écrit de la main de Bossuet, se trouve à la Bibliothéque impériale, au commencement du troisième volume de ses manuscrits; il montre ce que se proposoit le grand écrivain dans la publieation de ses ouvrages. Ce contrat, le voici :
« Cession’ du Catéchisme de Meaux, au profit de la veuve Benard, du 10 juin 1701.
» Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, reconnois avoir cédé et transporté à la dame Marie Dallin, veuve de Simon Benard, marchande libraire à Paris, mon droit de privilége à moi accordé par sa Majesté, par lettres-patentes données à Versailles le vingt-sixième de février mil sept cent un, pour la réimpression de tous mes ouvrages déjà imprimés et pour tous ceux que nous voulons faire imprimer dans la suite. Je reconnois avoir cédé et transporté le privilége susdit pour mon Catéchisme seulement, cy-devant imprimé sous ce titre : Catéchisme du diocèse de Meaux, etc., pour le temps de dix années consécutives passé auxdites lettres de privilége; et ce aux conditions d’en fournir et livrer en tout temps pour ledit diocèse de Meaux les nombres qui seront nécessaires, au prix de huit sols, en blanc (a), le volume in duodecimo , comme il vient d’être imprimé en la présente année, contenant les trois catéchismes, le premier, le second et celui des fêtes; dont la vente et distribution se fera à Meaux par la veuve Claude Charles et par son fils, libraire en ladite ville, ou par telle autre personne qu'il nous plaira de choisir à cet effet.
» Et moi Marie Dallin, veuve de Simon Benard susdite , en acceptant la présente cession pour ledit Catéchisme seulement, je me soumets pareillement aux conditions qui y sont portées ; el je promets à mondit Seigneur évêque de Meaux et à tous autres, de les entretenir ainsi qu'elles sont ci-dessus expliquées. — Fait et Signé double en l'hótel de mondit Seigneur, évéque de Meaux, ce
deuxième jour de juin mil sept cent un.
t J. BÉNIGNE, Evéque de Meaux.
DALLIN, veuve BENARD. »
(a) C'est-à-dire en feuilles. Dans le xv11e siècle, on vendoit les livres reliés; dans le milieu du xvine, on commença de les vendre cartonnés ; plus tard, on les a vendus le plus souvent brochés,
1v. CATÉCHISME, PRIÈRES ECCLÉSIASTIQUES, MÉDITATIONS, ETC.
C'est l'édition corrigée, bien entendu, qui nous a servi de modèle dans notre travail préparatoire ; et la confrontation nous, a fait découvrir, dans les éditions modernes, des fautes aussi nombreuses qu'importantes.
Aprés le concordat, le Restaurateur du culte en France déclara sur la proposition du ministre Portalis, avec l'assentiment de l'épiscopat, le Catéchisme de Bossuet obligatoire dans tout l'empire. Un nouveau chapitre, ajouté au quatrième commandement de Dieu, rappeloit aux Francois la soumission, la déférence, le respect qu'ils devoient à « Napoléon I*, leur auguste empereur. »
Voiei un autre monument de la sollicitude du saint évéque : les Priéres ecclésiastiques, manuel de piété pour bien entendre le service de la paroisse: Dans cette nouvelle publication, le dessein de l'auteur fut, comme il nous l'apprend lui-méme, d'aider les plus ignorans qui ne sont pas capables de hautes méditations, les plus pauvres qui n'ont pas le moyen d'acheter d'autres livres, et les plus occupés qui n'ont pas le temps de faire de longues lectures.
Les Priéres ecclésiastiques offrent à l'adulte une nourriture plus substantielle que celle que le Catéchisme présente à l'enfant; ces deux livres, complétés l'un par l'autre, renferment tout ce qui est nécessaire au salut. L'abrégé de la doctrine chrétienne fait connoitre les saints mystères qui se célèbrent dans le culte public; le recueil des paroles liturgiques unit les fidéles au ministre des autels qui accomplit les rites sacrés; si bien que le pasteur et les ouailles, priant dans le méme esprit et comme d'un seul cœur, forment un concert de louanges et de supplications qui s'élèvent vers le ciel comme un encens d'agréable odeur.
L'Eglise s'est toujours servie, dans les offices divins, des langues anciennes et primitives, soit pour conserver l'uniformité par toute la lerre, soit pour éviter les changemens qui se font dans les langues vivantes, soit aussi pour prévenir de funestes interprétations. Cependant Bossuet a voulu procurer aux fidéles l'avantage que peut apporter l'intelligence des paroles liturgiques ; il a traduit les offices de l'Eglise dans sa langue magnifique, en ajoutant aux psaumes de courtes réflexions qui en fixent le véritable sens. Les premiers éditeurs des Prières ecclésiastiques ont publié les psaumes en latin et en francois; les éditeurs des ceuvres complétes ont supprimé , parce qu'ils le donnoient ailleurs, le texte original pour ne conserver que le texte traduit. On a pareillement retranché le latin des psaumes dans cette édition, mais on s'est fait un devoir d'imprimer le francois avec les commentaires. à
Composées un an aprés le Catéchisme, les Priéres ecclésiastiques ont
REMARQUES HISTORIQUES. y
paru pour la première fois en 1689, puis aprés correction en 1701, chez la veuve Benard. C'est sur cette édition que la nótre a été colla tionnée.
On peut joindre aux Priéres ecclésiastiques les Méditations et les Instructions pour le jubilé. Le jubilé séculaire fut donné en 1700. Bossuét en obtint, pour son diocèse, la prorogation à l'année 1702. Il avoit déjà publié, en 1696, les deux écrits dont on vient de voir les titres! ; il les corrigea dans l’année 1701 et les fit de nouveau paroitre en février 1702, chez Anisson ?. Le dimanche de la Passion , à l'ouverture du jubilé , il précha sur ce texte : Cui minis dimittitur minis diligit? ; « plus l'Eglise est indulgente, plus on doit s’exciter à l'amour pour mériter ses graces. » Ce discours étoit très-tendre et très-édifiant; et M. de Meaux le prononca avec toutes ses graces et aussi avec une voix nette, forte, sans tousser ni cracher d'un bout à l'autre du sermon, en sorte qu'on l'entendit trés-aisément jüsqu'aux portes de l'Eglise *. » Pendant la semaine, trois jours de suite, il conduisit les processions, « récitant à haute voix dans toutes les églises les cinq Pater et les cinq Ave. Et le long du. chemin, allant et venant d'une église à l'autre, on récitoit les sept psaumes en psalmodiant fort lentement. Un vent froid qui régna tous ces jours-là, méme de la neige dont on fut surpris en procession, rien n'empécha le prélat d'assister à cette dévotion publique etde donner le premier l'exemple. » Bossuetavoit alors soixantequinze ans.