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Autre ouvrage. Avant les disputes suscitées par la Réforme, quelques docteurs enseignoient que la contrition servile, c'est-à-dire le regret du péché concu par la crainte de l'enfer, suffisoit avec le sacrement pour la justification, si bien que l'homme pouvoit obtenir le salut sans jamais avoir aimé son Créateur. Le concile de Trente établit cette proposition : « Les pécheurs se disposent à la justice ,... lorsqu'ils commencent à aimer Dieu *; » d'où il suit que la contrition, pour .opérer avec le sacrement la rémission des péchés, doit renfermer un commencement d'amour de Dieu. Malgré cette décision souveraine ; plusieurs théologiens, ceux-là méme qui se disoient les enfans les plus soumis de l'Eglise, continuèrent de soutenir la suffisance et l'efficacité de la contrition servile.
Bossuet avoit souvent combattu cette erreur dans les.assemblées ecclésiastiques, dans les synodes qu'il tenoit régulièrement et dans les conférences qu'il présidoit lui-même. Plusieurs prêtres le prièrent
1 Mémoire de l'abbé Ledieu, année 1696. — ? Journal de Ledieu, 21 décembre 1101; 45 février 1702. — 3 Luc., vit, 4T. — * Journal, 2 avril 1702. — $ Conc. Trid., sess. VI, cap. VI.
vi- CATÉCHISME, PRIÈRES ECCLÉSIASTIQUES, MÉDITATIONS, ETC.
avec instance de leur laisser par écrit ses doctes enseignemens; il céda aux sollicitations de « ses frères et coopérateurs dans le'ministére sacré; » de là le Traité sur l'amour de Dieu nécessaire dans le sacrement de pénitence. :
Ce traité est divisé en trois parties : dans la première, l'auteur parle de l'efficacité des sacremens, et prouve qu'ils ne requièrent pas l'amour de Dieu qui justifie par lui-même; dans la deuxième, il traite de l'amour commencé, et montre qu'il est nécessaire pour recevoir avec fruit les sacremens ! ; dans la troisième, il résout les objections par des principes incontestables.
Quand le Traité sur l'amour de Dieu a-t-il été composé? Deux citations vont nous l'apprendre. Dans la troisième partie dont on parloit à l'instant même, après avoir réfuté les objections contre l'amour commencé, Bossuet dit : « J'ai si souvent réfuté ces grossières absurdités, que j'ai de la peine à les discuter encore. » Sur quoi l'évéque de Troyes reprend : « Ces paroles prouvent deux choses. La première, que le Traité sur l'amour de Dieu n'a été composé qu'aprés tous ses écrits contre M. de Cambray, peu de temps avant sa mort, aprés que la célèbre assemblée du clergé eut fait sur cette méme matière ce sage et important décret où il eut tant de part ?. » Or le dernier écrit de Bossuet contre Fénelon fut publié en 1699, et la célébre assemblée du clergé eut lieu en 1700 : Bossuet composa done notre ouvrage après cette dernière date; mais il le laissa dans son portefeuille avec tant de chefs-d'ceuvre, sans le mettre au jour. C'est un homme qui portoit un nom devenu lourd à porter, c'est Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Troyes, qui recut en héritage le savant traité, ainsi que tous les manuscrits laissés par le grand écrivain. La reconnoissancee pour son bienfaiteur et le zèle pour la saine doctrine, tout lui commandoit de le donner promptement au publie par l'impression; mais au milieu des soins divers qui l’occupoient quelquefois à la cour du Régent, souvent dans les antichambres, habituellement dans le monde, il n'en trouva le temps qu'en 1736, aprés l'avoir laissé trente-deux ans dans la poussière de sa bibliothèque.
Il fit passer dans le volume, sous le couvert de l'original latin, la traduction francoise et un mandement *. L'original, nous le reproduisons avec une exactitude scrupuleuse ; la traduction, nous la laissons là; le mandement, nous l'avons cité et le citons encore : « Tout le monde se confesse, dit l'évéque de Troyes ; où sont les conversions 32» Tout le monde se confessoit en 1736; que fáit aujourd'hui tout le monde, après un siècle de progrès et de liberté ?
2 L'auteur parle, comme le concile de Trente, des adultes. — ? Dans le Mandement joint au Traité. — 3 Ibid. — * Quelques bibliographes attribuent ce mandement et cette traduction au P. Lenet, génovéfain.