REMARQUES HISTORIQUES. IX
plutôt en souveraine qu’elle ne vivoit en religieuse. Non-seulement elle disposoit des biens de la communauté comme de son patrimoine, mais elle avoit des tribunaux pour porter des sentences et des prisons pour détenir les condamnés. Joignant l'autorité spirituelle à l'autorité civile, elle suspendoit et déposoit les celeres , elle nommoit et confirmoit les vicaires, elle conféroit et retiroit la cure de Jouarre , elle ordonnoit des priéres publiques, publioit des monitoires et donnoit des mandemens; en un mot elle exercoit , comme le dit Bossuet, la juridiction épiscopale plus indépendamment que les évêques qui ont sur eux les métropolitains , plus souverainement que les métropolitains qui ont sur eux les patriarches. Et tous ces droits, tous ces pouvoirs, je voulois dire cette théocratie féminine, elle l'appuyoit sur des priviléges sanctionnés par une possession cinq fois séculaire. Qui done oseroit troubler dans l'exercice de son autorité Henriette de Lorraine, princesse d'une maison souveraine qui avoit mêlé tant de fois son nom à celui des rois de France? Quel tribunal ne prononceroit en sa faveur contre un simple évéque?
Bossuet avoit prévu tous les inconvéniens , calculé tous les obstacles, pesé toutes les difficultés. Cependant il écrivit à l'abbé de Rancé : Je vais « Ôter, si je puis, de la maison de Dieu, le scandale de l'exemption de Jouarre, qui m'a toujours paru un monstre !. » Aprés les démarches préliminaires , il porta la cause devant la grande chambre du Parlement de Paris, rédigea plusieurs mémoires, soutint un long procés contre madame Henriette de Lorraine, et ramena l'abbaye de Jouarre sous la juridiction épiscopale. Voilà comment Bossuet faisoit sa cour aux Grands!
Les péripéties de la procédure et la visite pastorale qui fit exécuter la sentence, présentent le plus grand intérét ; elles montrent comment les lois canoniques règlent lexercice de l'autorité et protégent les droits de tous.
1 Lettre du 21 janvier 1690,
AVERTISSEMENT
AUX CURÉS, VICAIRES, AUX PÈRES ET AUX MÈRES, ET A TOUS LES FIDÈLES DU DIOCÈSE DE MEAUX.
JAcQUES-BÉNIGNE, par la permission divine, Evêque de Meaux : à tous les curés et vicaires de notre diocèse, salut et bénédiction.
Il y a longtemps qu'on nous demande de tous cótés et de toutes les paroisses, que selon l'exemple de la plupart des évéques, nous ayons aussi à donner à notre diocèse un catéchisme un peu plus ' ample et plus expliqué que celui dont on s'est servi jusqu'à présent; et la grande ignorance oü nous voyons la plupart des peuples à l'égard de plusieurs vérités trés-importantes, nous y invitoit d'elle-méme. Outre que par les soins des évéques nos prédécesseurs les instructions ayant été plus fréquentes et mieux faites que dans les temps précédens, il est juste que nous profitions de cette bonne disposition, pour donner des catéchismes plus étendus, à mesure que les fidèles en deviennent plus capables. Et enfin le retour des hérétiques à l'Eglise nous sollicite à donner des instructions plus amples, pour ôter tout à fait le vieux levain.
C'est, mes fréres, ce qui nous a excité à vous donner ce nouveau Catéchisme ; où si vous trouvez quelquefois des choses qui semblent surpasser la capacité des enfans, vous ne devez pas pour cela vous lasser de les leur faire apprendre, parce que l'expérience fait voir que, pourvu que ces choses leur soient expliquées en termes courts et précis, quoique ces termes ne soient pas toujours entendus d'abord, peu à peu en les méditant on en acquiert l'intelligence : joint que regardant au salut de tous, nous avons mieux aimé que les moins avancés et les moins capables trou-