SUR LE CATÉCHISME. XI
vassent des choses qu'ils n'entendissent pas, que de priver les autres de ce qu'ils seroient capables d'entendre.
Il nous a aussi paru que le fruit du catéchisme ne devoit pas étre seulement d'apprendre aux fidéles les premiers élémens de la foi, mais encore de les rendre capables peu à peu des instructions plus solides; de sorte qu'il a fallu commencer à leur en inspirer le goüt et leur donner quelque teinture du langage de l'Ecriture et de l'Eglise, afin qu'ils fussent en état de profiter dans la suite des sermons qu'ils entendroient.
Nous avons jugé nécessaire d'appuyer un peu plus sur la création de l'homme, sur sa chute et sur les mauvaises dispositions où le péché nous a mis ; comme aussi sur le mystère admirable de notre rédemption et sur les saints sacremens qui nous en appliquent la vertu, afin que chacun connüt plus distinctement les remèdes que Dieu a donnés à nos maux, et les dispositions avec lesquelles il les faut recevoir. 1
Et nous avons trouvé à propos de nous étendre davantage sur ces choses que sur les vertus et les vices particuliers, réservant cette instruction pour l’âge plus avancé, où l'on fait des réflexions plus sérieuses sur les obligations générales de tous les chrétiens, et sur les obligations particulières de son état.
Enfin nous avons voulu principalement faire entendre les mystères et la vertu des sacremens, parce que ces vérités bien entendues contiennent la vraie semence venue du ciel, qui produit dans la suite les fruits des bonnes ceuvres, quand la terre oü on la jette est bien cultivée.
C'est pourquoi nous vous exhortons à répandre toujours dans vos prónes et dans vos sermons quelque chose du Catéchisme, et d'y ramener souvent les mystères de Jésus-Christ et la doctrine des sacremens, parce que ces choses étant bien traitées, inspirent
l'amour de Dieu, et avec l'amour de Dieu toutes les vertus. — . C'est aussi la véritable fin de tous les mystères, Dieu n'ayant pas fait des choses si admirables pour être la pâture des esprits
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curieux, mais pour être le fondement des saintes pratiques auxquelles la religion nous oblige. :
Et il est clair qu'en expliquant aux fidéles ce qui est opéré en nous par le baptéme et à quoi nous nous y sommes obligés , quelles sont les lois de la pénitence chrétienne, quel est le dessein de Jésus-Christ dans l'institution de l'Eucharistie, et avec quel sentiment il faut entendre la messe et communier, on produit insensiblement dans les cœurs la véritable piété, et on rend les hommes capables de profiter du service divin auquel ils assistent.
Et il ne faut pas croire que les peuples, et méme les gens de travail, soient incapables d'entendre ces choses ; l'expérience fait voir au contraire, que pourvu qu'on s’y prenne bien, et qu'en excitant en eux le désir d'apprendre on se montre toujours prét à les instruire, tant en public et dans l'Eglise, qu'en particulier et à la maison, on les peut avancer beaucoup dans la connoissance de Dieu et de son royaume.
On trouve certains villages, qui pour avoir eu seulement quelques bons curés qui se sont donnés tout entiers à les instruire, ont fait de si grands progrés dans la doctrine chrétienne, qu'on en est surpris : de sorte que quand on crie tant que les peuples sont incapables , il est à craindre que ce ne soit un prétexte pour se décharger de la peine de les instruire.
L'exempie méme des hérétiques peut fermer la bouche à ceux qui cherchent une excuse à leur négligence dans l'incapacité des peuples. Car enfin on y voit les plus grossiers artisans, et les femmes mémes et les enfans citer l'Ecriture et parler des points de controverse, et quoique ces connoissanees dégénèrent en un babil dangereux et se consument en vaines disputes, c'en est assez pour nous faire voir de quoi on pourroit rendre les peuples capables, en tournant mieux les instructions.
. Mais il est vrai que pour cela il faut un grand soin; et comme nous venons de dire, il faut faire le catéchisme plus encore dans les maisons et en particulier que dans l'église, et le faire non-
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seulement aux enfans, mais principalement aux pères de famille et aux maitres d'école, afin que peu à peu toutes les familles soient instruites.
Je m'adresse donc maintenant à vous, pères et mères, qui nous témoignez si souvent que vous désirez que vos enfans soient bien instruits : sachez que vous en devez étre les premiers et principaux catéchistes.
Vous étes les premiers catéchistes de vos enfans, parce qu'avant qu'ils viennent à l'église, vous leur inspirez avec le lait la saine doctrine que l'Eglise vous donne pour eux.
Vous étes les principaux catéchistes, parce que c'est à vous à leur faire apprendre par cœur leur Catéchisme, à le leur faire entendre et à le leur répéter tous les jours dans la maison; autrement ce qu'ils apprendront à l'église le dimanche et durant un temps de l'année, se perdra trop aisément dans le reste.
Mais comment pourrez-vous les instruire, si vous-mémes vous n'étes pas instruits? Vous devez donc assister au Catéchisme avec autant de soin que vos enfans mémes : vous devez vous y renouveler avec eux, et reprendre le premier lait que vous avez sucé dans l'Eglise, étant enfans.
Et il n'y a point de père ni de mère de famille qui ne doive souvent repasser sur son Catéchisme, et le relire avec attention. Les principes de la religion chrétienne contenus dans le Catéchisme, ont cela de grand, que plus on les relit, plus on y découvre de vérités. Nous venons méme de remarquer qu'il y a beaucoup de choses qu'on dit aux enfans, qu'ils n'entendent que dans un âge plus avancé : de sorte qu'il y a dans le Catéchisme à apprendre pour tout le monde. Et quand les pères de famille ne reliroient le Catéchisme que pour se rendre capables d'en instruire leurs enfans et leurs serviteurs, c'est une assez forte raison pour les y obliger.
Mais il n'est que trop vrai que la plupart des hommes ne le savent pas assez; et ce qu'il y a de pis, c'est que depuis qu'ils sont
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arrivés à un certain âge sans l’avoir bien su, ils négligent et même ils ont honte de le rapprendre. ;
Pour empécher un si grand mal, il faut tàcher d'établir dans ce diocèse une coutume qu'on voit déjà en beaucoup d'autres, que les hommes et les femmes d'àge, non-seulement assistent avec les enfans aux catéchismes, mais encore qu'ils sont bien aises d'y étre interrogés et d'y répondre.
Je vous exhorte, mes chers enfans, de vous rendre dociles à pratiquer ce saint exercice; et vous, mes fréres les prétres, à introduire le plus que voüs pourrez une pratique si nécessaire.
Surtout ne vous relàchez pas de l'obligation qui vous est imposée, d'interroger ceux qui se présentent pour la confession, pour le mariage, pour étre parrains et marraines ; et ne les recevez pas, s'ils ne savent leur catéchisme. |
Faites entendre souvent aux pères et mères de famille « qu'ils sont, comme dit l'Apótre, pires qu'infidéles, s'ils ne procurent l'instruction de leurs serviteurs;.» et par là faites-leur comprendre ce qu'ils doivent à leurs enfans.
Représentez-leur que les fétes, et principalement le saint dimanche est institué particulièrement pour vaquer à cette instruction. Montrez-leur le crime qu'ils commettent, en préférant le cabaret et le jeu au salut de leurs enfans; et faites-leur connoitre au contraire, que si leurs enfans sont bien instruits, ils goüteront les premiers le fruit de leur instruction, puisqu'ils leur seront d'autant plus soumis, qu'ils le seront davantage à Dieu et qu'ils seront mieux informés de ses volontés.
Au reste vous devez prendre garde à faire le Catéchisme, nonseulement avec une grande assiduité et affection, mais encore avec une gravité mélée de douceur, afin que la gravité inspire du respect aux enfans, et que votre douceur leur soit un attrait pour vous entendre.
Avant que de faire réciter le Catéchisme aux enfans, faites toujours précéder un discours plein de piété et d'onction, qui leur