‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 101 sur 387 · LIVRE V, N. XI, XII · texte numérisé non relu

LIVRE V, N. XI, XII

qu’on vient de voir que la discipline étoit « inconnue » dans les églises de sa secte, ajoute « qu'il n’y avoit de discipline que dans les églises luthériennes ‘. » Mais Mélanchthon, qui les connoissoit, raconte en parlant de ces églises en 1532 et à peu prés dans le méme temps que Capiton écrivit sa lettre, « que la discipline y étoit ruinée ; qu'on y doutoit des plus grandes choses : cependant qu'on n'y vouloit point entendre, non plus que parmi les autres, àexpliquer nettement les dogmes, et que ces maux étoient incurables? : » si bien qu'il ne reste aucun avantage aux luthériens, si ce n'est que leur discipline telle quelle, étoit encore si fort audessus de celle des sacramentaires, qu'elle leur faisoit envie. Il est bon d'apprendre encore de Mélanchthon comment les grands du parti traitoient la théologie et la discipline ecclésiastique. On parloit assez foiblement de la confession des péchés parmi les luthériens; et néanmoins le peu qu'on y en disoit, et ce petit reste de la discipline chrétienne qu'on y avoit voulu retenir, frappa tellement un homme d'importance, qu'au rapport de Mélanchton il avanca dans un grand festin « (car c'est là, dit-il, seulement qu'ils traitent la théologie) qu'il s'y falloit opposer; que tous ensemble ils devoient prendre garde à ne se laisser pas ravir la liberté qu'ils avoient recouvrée ; autrement qu'on les replongeroit dans une nouvelle servitude, et que déjà on renouveloit peu à peu les anciennes traditions ?. » Voilà ce que c’est que d'exciter l'esprit de révolte parmi les peuples, et de leur inspirer sans discernement la haine des traditions. On voit dans un seul festin l'image de ce qu'on faisoit dansles autres. Cet esprit régnoit dans toutle peuple : et Mélanchthon dit lui-méme à son ami Camérarius, en parlant de ces nouvelles églises : « Vous voyez les emportemens de la multitude, et ses aveugles désirs *; » on n'y pouvoit établir la régle. | Ainsi la réformation véritable, c'est-à-dire celle des mœurs, reculoit au lieu d'avancer pour deux raisons : l'une, que l'autorité étoit détruite; l'autre, que la nouvelle doctrine portoit au relàchement.

1 Int. ep. Calv., p. 5, n. 7. — ? Lib. IV, ep. cxxxv. — ? Lib. IV, ep. LxxI, — > > €P ^ Jbid., 169.

discipli-

nées et Mélanehthon le re-

connoît.

Mélanchthon déplore la licence du parti, où le peuple décidoit à table des points de lareligion.

La justice imputative diminuoit la nécessité des

bonnes

œuwe. Je n'entreprends pas de prouver que la nouvelle justification

a te. avoit ce mauvais effet: c’est une matière rebaltue , et qui n'est

Me point de mon sujet. Mais je dirai seulement ces faits constans,

"' qu'aprés l'établissement de la justice imputée , la doctrine des bonnes œuvres baissa tellement, que des principaux disciples de Luther dirent que c'étoit un blasphéme d'enseigner qu'elles fussent nécessaires. D'autres passèrent jusqu'à dire qu'elles étoient contraires au salut; tous décidèrent d'un commun accord qu'elles n'y étoient pas nécessaires. On peut bien dire dans la nouvelle Réforme que les bonnes ceuvres sont nécessaires comme des choses que Dieu exige de l'homme : mais on ne peut pas dire qu'elles sont nécessaires au salut. Et pourquoi donc Dieu les exige-t-il ? N'est-ce pas afin qu'on soit sauvé? Jésus-Christ n'a-t-il pas dit lui-même : « Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandemens :? » C'est donc précisément pour avoir la vie et le salut éternel que les bonnes œuvres sont nécessaires selon l'Evangile, et c’est ce que préche toute l'Ecriture : mais la nouvelle Réforme a trouvé cette subtile distinction, qu'on peut sans difficulté les avouer nécessaires, pourvu que ce ne soit pas pour le salut.

Il s'agissoit des adultes; car pour les petits enfans, tout le monde en étoit d'aecord. Qui eüt cru que la réformation düt enfanter un tel prodige, et que cette proposition : « Les bonnes œuvres sont nécessaires au salut, » püt jamais être condamnée? Elle le fut par Mélanchthon et par tous les luthériens *, en plusieurs de leurs assemblées, et en particulier dans celle de Vorms en 1557, dont nous verrons les actes en son temps.

xit. Je ne prétends pas ici reprocher à nos réformés leurs mauvaises

Nulle ré- 1 4 tmi MŒUTS ; les nôtres, à les regarder dans la plupart des hommes, ne

des mœurs

dns s. paroissolent pas meilleures; mais c'est qu'il ne faut pas leur laisser églises : : . : Pus , :

potestas Croire que leur Réforme ait eu les fruits véritables qu'un si beau les : lémoi- iis j . : ^ . .

ewe DOM faisoit attendre, ni que leur nouvelle justification ait produit d'Erasme, 7" aueun bon effet, Erasme disoit souvent que de tant de gens qu'il voyoit entrer dans la nouvelle Réforme (et il avoit une étroite familiarité avec la

1 Matth., xix, 17. — ? Mel., Ep., lib. I, ep. Lxx, col. 84.

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