‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 115 sur 387 · LIVRE VI, N. III, IV · texte numérisé non relu

LIVRE VI, N. III, IV

cemens de la Réforme, il produit ce qui s'est fait longtemps apres dans le nouveau mariage du landgrave.

Là il rapporte trois pièces, dont la première est une instruction du landgrave méme donnée à Bucer : car ce fut lui qui fut chargé de toute la négociation avec Luther ; et on voit par là que le landgrave l'employoit à bien d'autres accommodemens qu'à celui des sacramentaires. Voici un fidéle extrait de cette instruction; et comme la pièce est remarquable, on la pourra voir ici toute entière traduite d'allemand en latin de mot à mot et de bonne main *.

Le landgrave expose d'abord, que « depuis sa dernière maladie nr. il avoit beaucoup réfléchi sur son état, et principalement sur ce ^ei

voyé à Luther et

que quelques semaines aprés son mariage il avoit commencé à se 2o. autres plonger dans l’adultère : que ses pasteurs l'avoient exhorté sou- pui pins vent à s'approcher de la sainte table; mais qu'il eroyoit y trouver permission son jugement, parce qu'il ne veut pus quitter une telle vie. » D odor rejette la cause de ses désordres sur sa femme, et il raconte les "uc raisons pour lesquelles il ne l'a jamais aimée : mais comme il a. iie: à peine à s'expliquer lui-même de ces choses, il en a, dit-il, décou- ^ vert tout le secret à Bucer ?.

Il parle ensuite de sa complexion, et des effets de la bonne chère qu'on faisoit dans les assemblées de l'Empire , où il étoit obligé de se trouver *. Y mener une femme de la qualité de la sienne, c'étoit un trop grand embarras. Quand ses prédicateurs lui remontroient qu'il devoit punir les adultères et les autres crimes semblables : « Comment, disoit-il, punir les crimes où je suis plongé moi-même ? Lorsque je m'expose à la guerre pour la cause de l'Evangile, je pense que j'irois au diable si j y étois tué par quelque coup d'épée ou de mousquet *. Je vois qu'avec la femme que j'ai, ni je ne puis, ni je ne veux changer de vie, dont je prends Dieu à témoin ; de sorte que je ne trouve aucun moyen d'en sortir que par les remèdes que Dieu a permis à l'ancien peuple 5, » c’étoit-à-dire la polygamie.

Là il rapporte les raisons qui lui persuadent qu'elle n'est pas,

Suite de

1 Voyez la fin de ce livre VI. — ? Instr., n. 1, 2. — ? Instr., n. 3, — ^ Instr., n. 5. — 5 Instr., n. 6.

vint défendue sous l'évangile ‘; et ce qu'il y a de plus mémorable, c’est

lion. Le

landgrae qu'il dit « savoir que Luther et Mélanchthon ont conseillé au roi

promet à

Luther is d'Angleterre de ne point rompre son mariage avec la reine sa

biens des

mous femme, mais avec elle d'en épouser encore une autre ?. » C'est là

"Weis encore un secret que nous ignorions. Mais un prince si bien ins-

2^ truit dit qu'il le sait, et il ajoute qu'on lui doit d'antant plutôt accorder ce remède, qu'il ne le demande que « pour le salut de son ame. Je ne veux pas, poursuit-il, demeurer plus longtemps dans les lacets du démon, je ne puis, ni ne veux m'en tirer que par cette voie : c'est pourquoi je demande à Luther, à Mélanchthon et à Bucer même, qu'ils me donnent un témoignage que je la puis embrasser ?. Que s'ils craignent que ce témoignage ne tourne à scandale en ce temps et ne nuise aux affaires de l'évangile, s'il étoit imprimé , je souhaite tout au moins qu'ils me donnent une déclaration par écrit, que si je me mariois secrètement , Dieu n'y *seroit point offensé, et qu'ils cherchent les moyens de rendre avec le temps ce mariage publie; en sorte que la femme que j'épouserai ne passe pas pour une personne malhonnéte : autrement, dans la suite du temps, l'église en seroit scandalisée *. »

Après il les assure « qu'il ne faut pas craindre que ce second mariage l'oblige à maltraiter sa première femme , ou méme-à se retirer de sa compagnie, puisqu'au contraire il veut en cette occasion porter sa croix, et laisser ses Etats à leurs communs enfans. Qu'ils m’accordent donc, continue ce prince, au nom de Dieu, ce que je leur demande, afin que je puisse plus gaiement vivre et mourir pour la cause del'évangile, et en entreprendre plus volontiers la défense ; et je ferai de mon cóté tout ce qu'ils m'ordonneront selon la raison, soit qu'ils me demandent les biens des monastères, ou d'autres choses semblables *. »

y. On voit comme il insinue adroitement les raisons dont il sa-

Cin" voit, lui qui les connoissoit si intimement, qu'ils pouvoient être eos touchés ; et comme il prévoyoit que ce qu'ils craindroient le plus, T» t seroit le scandale, il ajoute que « les ecclésiastiques haissoient

l'Empe-

run 4 déjà tellement les protestans, qu'ils ne les hairoient ni plus ni

1 [nstr., n. 6 et seq. — ? Instr., n. 10. — ? Instr., n. 11. — * Instr., n. 12. — — 5 [nstr., n. 13.

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