‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 114 sur 387 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Depuis 1537 jusqu'à l'an 1546.

SOMMAIRE

Le landgrave travaille à entretenir l'union entre les luthériens et les zuingliens. Nouveau remède qu'on trouve à l'incontinence de ce prince, en lui permettant d'épouser une seconde femme durant la vie de la première. Instruction mémorable qu'il donne à Bucer pour faire entrer Luther et Mélanchthon dans ce sentiment. Avis doctrinal de Luther, de Bucer et de Mélanchthon en faveur de la polygamie. Le nouveau mariage est fait ensuite de cette consultation. Le parti en a honte, et n'ose ni le nier ni l'avouer. Le Landgrave porte Luther à supprimer l'élévation du Saint-Sacrement en faveur des Suisses, que cette cérémonie rebutoit de la ligue de Smalealde. Luther à cette occasion s’échauffe de nouveau contre les sacramentaires. Dessein de Mélanchthon pour détruire le fondement du sacrifice de l'autel. On reconnoit dans le parti que le sacrifice est inséparable de la présence réelle, et du sentiment de Luther. On en avoue autant de l’adoration. Présence momentanée et dans la seule réception, comment établie. Le sentiment de Luther méprisé par Mélanchthon et par les théologiens de Leipsick et de Vitenberg. Théses emportées de Luther contre les théologiens de Louvain. Il reconnoit le sacrement adorable, il déteste les zuingliens, et il meurt.

L'aecord de Vitenberg ne subsista guère : c'étoit une erreur de s'imaginer qu'une paix plàtrée comme celle-là pàt être de longue durée, et qu'une si grande opposition dans la doctrine, avec une si grande altération dans les esprits, püt être surmontée par des équivoques. Il échappoit toujours à Luther quelque mot fâcheux contre Zuingle. Ceux de Zurich ne manquoient pas de défendre leur docteur : mais Philippe, landgrave de Hesse, qui avoit toujours dans l'esprit des desseins de guerre, tenoit uni autant qu'il pouvoit le parti protestant, et empécha durant quelques années qu'on n'en vint à une rupture ouverte. Ce prince étoit le soutien de la ligue de Smalealde; et par le besoin qu'on avoit de lui dans le parti, on lui aecorda une chose dont il n'y avoit point d'exemple parmi les chrétiens : ce fut d'avoir deux femmes à la fois, et la Réforme ne trouva que ce seul remède à son incontinence.

Les historiens qui ont écrit que ce prince étoit à cela prés fort

L'incontinence scandaleuse du landgrave, et quel reméde on y trouva dans la Réforme.

tempérant ', n'ont pas su tout le secret du parti : on y couvroit le plus qu'on pouvoit l'intempérance d'un prince que la Réforme vantoit au-dessus de tous les autres. Nous voyons dans les lettres de Mélanchthon ? qu'en 1339, du temps que la ligue de Smalealde se rendit si redoutable, ce prince avoit une maladie que l'on cachoit avec soin : c’étoit de ces maladies qu'on ne nomme pas. Il en guérit; et pour ce qui touche son intempérance, les chefs de la Réforme ordonnèrent ce nouveau remède dont nous venons de parler. On cacha le plus qu'on put cette honte du nouvel évangile. M. de Thou, tout pénétrant qu'il étoit dans les affaires étrangères, n'en a pu découvrir autre chose, sinon que ce prince, « par le conseil de ses pasteurs, » avoit une concubine avec sa femme. C’en est assez pour couvrir de honte ces faux pasteurs qui autorisoient le concubinage : mais on ne savoit pas encore alors que ces pasteurs étoient Luther lui-méme avec tous les chefs du parti, et qu'on permit au landgrave d'avoir une concubine (a) à titre de femme légitime, encore qu'il en eüt une autre dont le mariage subsistoit dans toute sa force. Maintenant tout ce mystère d'iniquité est découvert par les pièces que l'Electeur palatin, Charles- Louis (c'est le dernier mort) a fait imprimer, et dont le prince Ernest de Hesse, un des descendans de Philippe, a manifesté une partie depuis qu'il s'est fait catholique.

1. Le livre que le prince palatin fit imprimer a pour itrelt Con-

Actes im-

ww Sidérations consciencieuses sur le mariage, avec un éclaircisse- "aes ment des questions agitées jusqu'à présent touchant l'adultére, la jiji» "" edparation et la polygamie. Le livre parut en allemand en 1679, primé par

me sous le nom emprunté de Daphneus Arcuarius , sous lequel étoit

rae" caché celui de Laurentius Bæger, c'est-à-dire Laurent l'Archer,

arie un des conseillers de ce prince (b).

So Le dessein du livre est en apparence de justifier Luther contre Bellarmin, qui l’accusoit d'avoir autorisé la polygamie : mais en effet il fait voir que Luther la favorisoit; et afin qu'on ne püt pas

dire qu'il auroit peut-étre avancé cette doctrine dans les commen-

1 Thuan., lib. IV, ad an. 1557. — ? Mel., lib. IV, ep. ccxtv.

(a) 1re édit. : Cette concubine. — (5) C'est-à-dire un des conseillers de ce prince.

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