‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 117 sur 387 · LIVRE VI, N. VII, VIN · texte numérisé non relu

LIVRE VI, N. VII, VIN

Tout ce que la Réforme avoit de plus renommé en Allemagne consentit à cette iniquité : Dieu les livroit visiblement au sens réprouvé; et ceux qui crioient contre les abus pour rendre l'Eglise odieuse, en commettent de plus étranges et en plus grand nombre dès les premiers temps de leur Réforme, qu'ils n'en ont pu ramasser ou inventer dans la suite de tant de siècles où ils reprochent à l'Eglise sa corruption.

Lelandgrave avoit bien prévu qu'il feroit trembler ses docteurs, en leur parlant seulement de la pensée qu'il avoit de traiter de cette affaire avec l'Empereur. On lui répond que ce prince n'a « ni foi, ni religion; » que « c'est un trompeur qui n'a rien des moeurs germaniques , avec qui il est dangereux de prendre des liaisons ‘. » Ecrire ainsi à un prince de l'Empire , qu'est-ce autre chose que de mettre toute l' Allemagne en feu ? Mais qu'y a-t-il de plus bas que ce qu'on voit à la téte de cet avis? « Notre pauvre église, disent-ils, petite , misérable et abandonnée, a besoin de princes régens vertueux ?. » Voilà, si on sait l'entendre, la raison des nouveaux docteurs. Ces princes vertueux , dont on avoit besoin dans la Réforme, étoient des princes qui vouloient qu'on fit servir l'Evangile à leurs passions. L'Eglise, pour son repos temporel, peut avoir besoin du secours des princes : mais établir des dogmes pernicieux et inouis pour leur complaire , et leur sacriflier par ce moyen l'Evangile qu'on se vante de venir rétablir , c’est le vrai mystère d'iniquité et l'abomination de la désolation dans le sanctuaire.

Une si infàme consultation eüt déshonoré tout le parti , et les docteurs qui la souscrivirent n'auroient pas pu se sauver des clameurs publiques, qui les auroient rangés , comme ils l'avouent , « parmi les mahométans , ou parmi les anabaptistes , qui font un jeu du mariage. » Aussi le prévirent-ils dans leur avis, et défendirent sur toutes choses au landgrave de découvrir ce nouveau mariage ?. Il ne devoit y avoir qu'un très-petit nombre de témoins, qui devoient encore étre obligés au secret, « sous le sceau dela confession *;» c’est ainsi que parloit la consultation. La

1 Consult., n. 23, 24. — ? Consult., n. 43. — 3 Consult., n. 10, 18.— ^ Consult ., n. 21.

Ce que répondent les consul-

tans sur le :

sujet de l'Empereu.

Le secret du second mariage qui devoil

passer pour concubinage :

ce scandale méprisé par les consultans.

Le second mariage se fait en secret : le contrat qui en fut passé.

Réponse du landgrave etde Luther à ceux qui leur reprochent ce mariage.

nouvelle épouse devoit passer pour concubine. On aimoit mieux ce scandale dans la maison de ce prince, que celui qu'auroit causé dans toute la chrétienté (a) l'approbation d'un mariage si contraire à l'Evangile et à la doctrine commune de tous les chrétiens.

La consultation fut suivie d’un mariage dans les formes entre Philippe, landgrave de Hesse, et Marguerite de Saal, du consentement de Christine de Saxe sa femme. Le prince en fut quitte pour déclarer en se mariant qu'il ne prenoit cette seconde femme par « aucune légèreté ni curiosité, » mais par « d'inévitables nécessités de corps et de conscience, que son Altesse avoit expliquées à beaucoup de doctes , prudens, chrétiens et dévots prédicateurs, qui lui avoient conseillé de mettre sa conscience en repos par ce moyen '. » L'instrument de ce mariage, daté du 4 mars 1540, est avec la consultation dans le livre qui fut publié par l'ordre de l'électeur palatin. Le prince Ernest a encore fourni les mêmes pièces, ainsi elles sont publiques en deux manières. Il y a dix ou douze ans qu'on en a produit des extraits dans un livre qui a couru toute la France ?, sans avoir été contredit; et on vient de nous les donner en forme si authentique ?, qu'il n'y a pas moyen d'en douter. Pour ne rien laisser à désirer, j'y ai joint l'instruetion du landgrave, et l'histoire maintenant est complète.

Les crimes échappent toujours par quelque .endroit. Quelque précaution qu'on eüt prise pour cacher ce mariage scandaleux , on ne laissa pas d'en soupconner quelque chose, et il est certain qu'on l'a reproché au landgrave aussi bien qu'à Luther dans des écrits publies : mais ils s'en tirérent par des équivoques. Un auteur allemand a publié une lettre du landgrave à Henri le Jeune, duc de Brunswick *, où il lui parle en ces termes : « Vous me reprochez un bruit qui court, que j'ai pris une seconde femme, la première étant encore en vie. Mais je vous déclare que si vous ou qui que ce soit, dites que j'ai contracté un mariage non chrétien, ou que j'aie fait quelque chose indigne d'un prince ehrétien, on me l'impose par pure calomnie : ear quoiqu'envers Dieu je me

1 Inst. copulat. Voyez à la fin de ce livre VI. — ? Lettres de Gastineau. — — ? Varill., Hist. de lHérés., liv. XII. — * Hortlederus, de caus. bell. Germ., an. 1540.

(a) 1re édit. : Dans toute l'Eglise.

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