LIVRE VI, N. XXX, XXXI
et que le corps de Notre-Seigneur n'y est, ni dans l'usage ni hors de l'usage : mais que l'homme à qui s'adresse toute la promesse , le recoit à la présence du pain, comme on recoit dans le baptéme à la présence de l'eau le Saint-Esprit et la grace. Mélanchthon voyoit bien cette conséquence, comme il paroitra dans la suite : mais soit qu'il eüt l'adresse de la couvrir alors, ou que Luther n'y prit pas garde de si prés, la haine qu'il avoit concue contre Ja messe lui faisoit passer tout ce qu'on avancoit pour la détruire.
Mélanchthon se servoit encore d'une autre raison plus foible que les précédentes. Il disoit que Jésus-Christ ne vouloit pas étre lié, et que l'attacher au pain hors de l'usage , c’étoit lui ôter son france arbitre ‘. Comment peut-on penser une telle chose, et dire que le libre arbitre de Jésus-Christ soit détruit par un attachement qui vient de son choix? Sa parole le lie sans doute, parce
' qu'il est fidèle et véritable ; mais ce lien n'est pas moins volontaire qu'inviolable.
Voilà ce qu'opposoit la raison humaine au mystére de Jésus- Christ, de vaines subtilités, de pures chicanes: aussi n'étoit-ce pas là le fond de l'affaire. La vraie raison de Mélanchthon, c'est qu'il ne pouvoit empécher que Jésus-Christ posé sur la sainte table avant la manducation, et par la seule consécration du pain et du vin, ne füt une chose par elle-méme agréable à Dieu, qui attestoit sa grandeur supréme, intercédoit pour les hommes, et avoit toutes les conditions d'une oblation véritable. De cette sorte la messe subsistoit, et on ne la pouvoit renverser qu'en renversant la présence hors de la manducation. Aussi quand on vint dire à Luther que Mélanchthon avoit hautement nié cette présence dans la conférence de Ratisbonne, Hospinien nous rapporte qu'il s'écria : « Courage, mon cher Mélanchthon, à cette fois la messe est à bas. Tu en as ruiné le mystère, auquel jusqu'à présentje n'avois donné qu'une vaine atteinte ?. » Ainsi de l'aveu des protestans le sacrifice de l'Eucharistie demeurera toujours inébranlable, tant qu'on admettra dans ces mots : « Ceci est mon corps, » une efficace présente ; et pour détruire la messe il faut suspendre l'effet des pa-
1 Mel., ep. sup. cit.; Hosp., part. II, p. 184, etc.; Joan. Sturm., Antip., IV, part. IV. — ? Hosp., p. 180.
doctrine
' de Luther.
Derniére raison de Mélanchthon plus foible que toutes les autres.
La vraie raison de Mélanchthon, c’est qu'il ne pouvoit séparer la messe de la présence réelle, si on la reconnoissoit permanente :
parole de Luther.
roles de Jésus - Christ, leur ôter leur sens naturel, et changer ceci
est en ceci sera.
xxr — Quoique Luther laissát dire à Mélanchthon tout ce qu'il vouloit iod: wc. contre la messe, il ne se départoit pas en tout de ses anciens sen- “re timens, et il ne réduisoit pas à la seule réception de l'Eucharistie ww a l'usage où Jésus-Christ y étoit présent: on voit méme que Méeus lanchthon biaisoit avec lui sur ce sujet; et il y a deux lettres de em. Luther en 1343, où il loue une parole de Mélanchthon , qui avoit "UU" dit « que la présence étoit dans l’action de la Cène, mais non pas dans un point précis ni mathématique ‘. » Pour Luther, il en déterminoit le temps depuis le Pater noster, qui se disoit dans la messe luthérienne incontinent áprés la consécration, « jusqu'à ce que tout le monde eût communié et qu'on eût consumé les restes. » Mais pourquoi en demeurer là? Si on eût porté à l'instant la communion aux absens, comme saint Justin nous raconte qu'on le faisoit de son temps ?, quelle raison eüt-on eue de dire que Jésus-Christ eüt aussitôt retiré sa sainte présence? Mais pourquoi ne la continueroit-il pas quelques jours aprés, lorsque le Saint-Sacrement seroit réservé pour l'usage des malades? Ce n'est que par une pure fantaisie qu'on voudroit retirer en ce cas la présence de Jésus-Christ; et Luther ni les luthériens n'avoient plus de règle, lorsqu'ils mettoient un usage, quelque court qu'il füt, hors de la réception actuelle : mais ce qu'il y avoit de pis pour eux, c'est que la messe et l'oblation subsistoient toujours; et n'y eüt-il qu'un seul moment de présence devant la communion, cette présence de Jésus-Christ ne pouvoit étre frustrée de tous les avantages qui l’accompagnoient. C'est pourquoi Mélanchthon tendoit toujours, quoi qu'il püt dire à Luther, à ne mettre la présence que dans le temps précis de la réception, et il ne voyoit que ce
seul moyen de ruiner l'oblation et la messe.
xxm. [n’y en avoit non plus aucun autre de ruiner l'élévation et L'éléva- x 2117 . . T , ion im l'adoration. Ou a vu qu'en ótant l'élévation, Luther bien éloigné pre nensi- . " " *
ble, «ln de la condamner, en avoit approuvé le fond ?. Je répète encore le senli-
ment de CES paroles : « On peut, dit-il, conserver l'élévation comme un uther.
1 Tom. IV, Jen., p. 585, 586; et ap. Cœlest. — ? Just., Apo/., 11. — 8 Ci-dessus, n. 25,